Sᵗᵉ Marguerite-Marie Alacoque, Vierge

Textes de la Messe

Férie • Mém. de S. Georges, Martyr ou Messe d’un Martyr au Temps Pascal

Jeudi 23 avril 2026

Tous les textes, sans date : temporal et sanctoral

Messe du jour

Messe (Protexisti) d’un Martyr au Temps Pascal (4ᵉ cl./Rouge) : Gloria. Or. pro Papa. Préf. Pascale.

Textes du Commun : le propre du saint manque encore (« N. » à la place de son nom).

Commentaires

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

L’honneur particulier que l’Eglise rend aux martyrs trouve son couronnement dans ce fait qu’ils ont un commun spécial dans le temps pascal. L’Eglise veut unir le martyre avec la victoire que le Christ a remportée dans sa Passion, de la manière la plus étroite. La “blanche armée des martyrs” est l’escorte du vainqueur de la mort et de l’enfer. La liturgie veut donc, dans la solennité des martyrs, réaliser la parole de saint Paul : “Si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à la consolation”. Les deux formulaires (le premier pour un martyr, le second pour plusieurs martyrs) se distinguent par une beauté et une profondeur classiques, et respirent l’esprit triomphant du martyre tel que le connaissait l’ancienne Église.

Dans cette messe, nous sommes frappés immédiatement par le caractère direct et dramatique et par la fraîcheur des chants. C’est un signe de son antiquité. Sans beaucoup de considérations, la liturgie nous montre le saint, le fait parler, passe d’un tableau à l’autre. Dans l’Introït, le martyr lui-même chante un cantique d’action de grâces : Les persécuteurs n’ont fait qu’accroître son triomphe. Le psaume 63 (qu’il faut envisager en entier) était appliqué : le Vendredi et le Samedi saints, à la Passion du Christ ; il sert maintenant au saint à décrire son martyre. Nous l’entendons se plaindre et crier. Nous voyons les ennemis “aiguiser leur langue comme des épées”, “attaquer l’innocent” ; nous les voyons concevoir leur plan infernal. Et pourtant, ils ne sont pas les vainqueurs : “Leurs coups sont devenus des flèches d’enfants”. En grinçant des dents, ils doivent annoncer l’action de Dieu. Mais “le juste se réjouit dans le Seigneur, ils se réjouissent tous ceux qui ont le cœur droit”.

La leçon est également dramatique. Nous jetons un regard sur l’au-delà ; nous sommes au jugement dernier. Nous voyons de nouveau les deux partis, les persécuteurs et les martyrs. Les persécuteurs se tiennent debout en face de leurs victimes. Ils les voient dans la gloire céleste et s’écrient, pleins de frayeur : “Les voilà ceux dont nous nous sommes moqués... Fous que nous étions, nous pensions que leur vie était insensée... Voilà qu’ils sont comptés maintenant au nombre des enfants de Dieu”. L’antienne de l’Alleluia est la réponse de la communauté. Le ciel et la terre, l’Église triomphante et l’Église militante louent et “confessent” les merveilles de Dieu qui se manifestent dans le martyre et sa récompense céleste. Les mots, “confessio” “confiteri”, qui signifient reconnaître et louer, ont dans le langage de l’ancienne liturgie une relation partiulière avec le martyre. Le martyr, en effet, est un “confesseur” au sens le plus élevé. Il a “confessé le Seigneur devant les hommes”. Maintenant, le Christ — et avec lui tout le royaume de Dieu — le “confesse”, comme un “vainqueur couronné”.

L’Évangile nous déçoit à première vue. Nous aurions attendu, comme dans les autres messes de martyrs, un mot du Christ sur ceux qui portent leur croix après lui. Or, nous entendons la parabole de la vigne. Pourquoi cela ? Il peut se faire qu’il y ait d’abord une raison extérieure et historique. Dans l’antiquité, on faisait la lecture continue de la dernière partie de l’évangile de saint Jean pendant le temps pascal. Notre évangile rentrait sans doute dans cette suite (cf. les Évangiles des dimanches après Pâques ; de même celui de saint Philippe et saint Jacques). Cependant, un œil exercé trouvera une relation intime entre le martyre et l’image de la vigne. Le Christ, le Roi des martyrs, est le cep de vigne élevé sur la Croix ; les martyrs sont les raisins mûrs de cette vigne qui pendent de la Croix. Le vin eucharistique a jailli sous le pressoir de la souffrance et ce vin fut la boisson enivrante qui donna force et courage aux martyrs. Ces trois notions : Croix, Eucharistie et martyre, sont tellement unies dans l’esprit de la primitive Église que l’une d’entre elles évoque immédiatement les autres. C’est pourquoi, depuis les temps les plus reculés, on nomme deux fois les martyrs au Canon de la messe. Notre Evangile est en quelque sorte une illustration du Canon. Le Christ, la vigne divine qui s’appuie sur la Croix, le Christ qui est en même temps l’arbre de vie du Paradis ; les martyrs qui sont les raisins suspendus à cette vigne.

Les martyrs ont réalisé la parabole. Ils sont “demeurés dans le Christ et ont porté beaucoup de fruit” en méritant la couronne du martyre. Nous aussi, nous sommes les sarments de la vigne divine qui est le Christ et justement, maintenant, à la messe, la sève vitale de la vigne doit couler dans les sarments afin qu’ils “portent beaucoup de fruits”. C’est par la vie divine que nous sommes unis au saint martyr ; c’est précisément à la messe que doit se réaliser la communion des saints qui est une “communauté de souffrance et de consolation”. C’est ainsi que nous comprenons, à la lumière de la primitive Église, la communion des saints.

De nouveau, le royaume de Dieu au ciel et sur la terre loue et “confesse” les merveilles de la vigne divine (Off.). A la Communion, nous voyons le saint s’asseoir avec joie au banquet céleste et, sur la terre, nous prenons part à sa joie à la table eucharistique. Le psaume 63 a commencé la messe et il l’achève. Remarquons que la plupart des chants nomment le saint au singulier.

Pour un Martyr

Pro uno Martyre

IntroïtAnt. ad Introitum. Ps. 63, 3.
Protexísti me, Deus, a convéntu malignántium, allelúia : a multitúdine operántium iniquitátem, allelúia, allelúia.
Vous m’avez protégé, ô Dieu, contre l’assemblée des méchants, contre la multitude de ceux qui commettent l’iniquité, alléluia, alléluia.
Ps. Ibid., 2.
Exáudi, Deus, oratiónem meam, cum déprecor : a timóre inimíci éripe ánimam meam.
Exaucez, ô Dieu, ma prière lorsque je vous implore ; délivrez mon âme de la crainte de l’ennemi.
V/.Glória Patri.
I Pro Martyre Pontifice
I Pour un Martyr Évêque
CollecteOratio.
Infirmitátem nostram réspice, omnípotens Deus : et, quia pondus própriæ actiónis gravat, beáti N. Martyris tui atque Pontíficis intercéssio gloriósa nos prótegat. Per Dóminum.
Dieu tout-puissant, regardez notre faiblesse ; et parce que le poids de nos péchés nous accable, fortifiez-nous par la glorieuse intercession du bienheureux N., votre Martyr et Pontife.
2 Item altera oratio
2 De même, seconde oraison
Deus, qui nos beáti N. Mártyris tui atque Pontíficis ánnua sollemnitáte lætíficas : concéde propítius ; ut, cuius natalítia cólimus, de eiúsdem étiam protectióne gaudeámus. Per Dóminum.
O Dieu, qui nous donnez chaque année un nouveau sujet de joie par la solennité de votre Martyr et Pontife, le bienheureux N., accordez-nous, dans votre miséricorde,de pouvoir ressentir les effets de la protection de celui dont nous célébrons la naissance.
3 Pro Martyre tantum
I Pour un Martyr Évêque
CollecteOratio.
Præsta, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, qui beáti N. Mártyris tui natalícia cólimus, intercessióne eius, in tui nóminis amóre roborémur. Per Dóminum.
Accordez, Dieu tout-puissant, à nous qui célébrons la naissance au ciel du bienheureux N., votre Martyr, la grâce d’être, par son intercession, fortifiés dans l’amour de votre nom.
4 Item altera oratio
4 De même, seconde oraison
CollecteOratio.
Præsta, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, intercedénte beáto N. Mártyre tuo, et a cunctis adversitátibus liberémur in córpore, et a pravis cogitatiónibus mundémur in mente. Per Dóminum nostrum.
Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que par l’intercession du bienheureux N., votre Martyr, nous soyons délivrés de toute adversité corporelle, et que notre âme soit purifiée de toute pensée mauvaise.
ÉpîtreLéctio libri Sapiéntiæ.
Lecture du livre de la Sagesse.
Sap. 5, 1-5.
Stabunt iusti in magna constántia advérsus eos, qui se angustiavérunt et qui abstulérunt labóres eórum. Vidéntes turbabúntur timore horríbili, et mirabúntur in subitatióne insperátæ salútis, dicéntes intra se, poeniténtiam agéntes, et præ angústia spíritus geméntes : Hi sunt, quos habúimus aliquándo in derísum et in similitúdinem impropérii. Nos insensáti vitam illórum æstimabámus insániam, et finem illórum sine honóre : ecce, quómodo computáti sunt inter fílios Dei, et inter Sanctos sors illórum est.
Les justes se lèveront avec une grande assurance contre ceux qui les auront mis dans l’angoisse, et qui auront ravi le fruit de leurs travaux. A cette vue les méchants seront troublés par une horrible frayeur, et ils seront stupéfaits en voyant tout à coup ceux dont ils n’attendaient pas le salut ; ils diront en eux-mêmes, saisis de remords, et gémissant dans l’angoisse de leur cœur : Voici ceux dont nous avons fait autrefois un objet de risée, et un thème d’outrages. Insensés que nous étions, nous regardions leur vie comme une folie, et leur mort comme une honte ; et voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu, et que leur partage est avec les saints.
Vel Epistola B. Pauli Apostoli ad Timotheum Memor esto, ut in Missa Lætábitur, de Communi unius Martyris 4 loco.
Ou bien l’Epître de saint Paul Apôtre à Timithée Memor esto, comme à la Messe Lætábitur, du 4ᵉ Commun d’un seul Martyr.
ÉpîtreLéctio Epístolæ beáti Pauli Apóstoli ad Timótheum.
Lecture de l’Épître de saint Paul apôtre à Timothée.
2. Tim. 2, 8-10 ; 3, 10-12.
Caríssime : Memor esto, Dóminum Iesum Christum resurrexísse a mórtuis ex sémine David, secúndum Evangélium meum, in quo labóro usque ad víncula, quasi male óperans : sed verbum Dei non est alligátum. Ideo ómnia sustíneo propter eléctos, ut et ipsi salútem consequántur, quæ est in Christo Iesu, cum glória cælésti. Tu autem assecútus es meam doctrínam, institutiónem, propósitum, fidem, longanimitátem, dilectiónem, patiéntiam, persecutiónes, passiónes : quália mihi facta sunt Antiochíæ, Icónii et Lystris : quales perseditiónes sustínui, et ex ómnibus erípuit me Dóminus. Et omnes, qui pie volunt vívere in Christo Iesu, persecutiónem patiéntur.
Mon bien-aimé : Souviens-toi que le Seigneur Jésus-Christ, de la race de David, est ressuscité d’entre les morts, selon mon évangile, pour lequel je souffre, jusqu’à porter les chaînes comme un malfaiteur ; mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée. C’est pourquoi je supporte tout pour les élus, afin qu’ils obtiennent aussi eux-mêmes le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire du Ciel. Mais toi, tu as suivi mon enseignement, ma conduite, ma résolution, ma foi, ma douceur, ma charité, ma patience, mes persécutions, mes souffrances : celles qui me sont arrivées à Antioche, à Iconium et à Lystres ; tu sais quelles persécutions j’ai endurées, et le Seigneur m’a délivré de toutes. Aussi tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus subiront la persécution.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Ioánnem.
Lecture du Saint Evangile selon saint Jean.
Ioann. 15, 1-7.
In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis : Ego sum vitis vera : et Pater meus agrícola est. Omnem pálmitem in me non feréntem fructum, tollet eum : et omnem, qui fert fructum, purgábit eum, ut fructum plus áfferat. Iam vos mundi estis propter sermónem, quem locútus sum vobis. Mane te in me : et ego in vobis. Sicut palmes non potest ferre fructum a semetípso, nisi mánserit in vite : sic nec vos, nisi in me manséritis. Ego sum vitis, vos pálmites : qui manet in me, et ego in eo, hic fert fructum multum : quia sine me nihil potéstis fácere. Si quis in me non mánserit, mittétur foras sicut palmes, et aréscet, et cólligent eum, et in ignem mittent, et ardet. Si manséritis in me, et verba mea in vobis mánserint : quodcúmque voluéritis, petétis, et fiet vobis.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il le retranchera ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émondera, afin qu’il porte plus de fruit. Vous êtes déjà purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez pas non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car, sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera ; puis on le ramassera, et on le jettera au feu, et il brûlera. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.
OffertoireAnt. ad Offertorium. Ps. 88, 6.
Confitebúntur cæli mirabília tua, Dómine : et veritátem tuam in ecclésia sanctórum, allelúia, allelúia.
Les cieux publieront vos merveilles, Seigneur, et votre vérité dans l’assemblée des saints, alléluia, alléluia.
I Pro Martyre Pontifice
I Pour un Martyr Évêque
SecrèteSecreta
Hóstias tibi, Dómine, beáti N. Mártyris tui atque Pontíficis dicátas méritis, benígnus assúme : et ad perpétuum nobis tríbue proveníre subsídium. Per Dóminum.
Seigneur, acceptez dans votre bonté ces hosties qui vous sont offertes en mémoire des mérites du bienheureux N. votre Martyr et Pontife ; et faites qu’elles nous obtiennent une continuelle assistance.
2 Item altera secreta
2 De même, seconde secrète
Múnera tibi, Dómine, dicáta sanctífica : et, intercedénte beáto N. Mártyre tuo atque Pontífice, per éadem nos placátus inténde. Per Dóminum.N.
Sanctifiez, Seigneur, ces dons qui vous sont consacrés, grâce à eux et le bienheureux N., votre Martyr et Pontife, jetez sur nous un regard de paix et de bonté.
3 Pro Martyre tantum
I Pour un Martyr Évêque
SecrèteSecreta.
Munéribus nostris, quǽsumus, Dómine, precibúsque suscéptis : et cæléstibus nos munda mystériis, et cleménter exáudi. Per Dóminum nostrum.
Ayant accueilli nos dons et nos prières, nous vous en supplions, Seigneur, purifiez-nous par ces célestes mystères, et exaucez-nous dans votre clémence.
4 Item altera secreta
4 De même, seconde secrète
Accépta sit in conspéctu tuo, Dómine, nostra devótio : et eius nobis fiat supplicatióne salutáris, pro cuius sollemnitáte defértur. Per Dóminum nostrum.
Qu’elle soit agréée en votre présence, Seigneur, l’offrande de notre piété ; et faites qu’ell î nous devienne salutaire par lés prières de celui en la fête duquel nous vous la présentons.
CommunionAnt. ad Communionem. Ps. 63, 11.
Lætábitur iustus in Dómino, et sperábit in eo : et laudabúntur omnes recti corde, allelúia, allelúia.
Le juste se réjouira dans le Seigneur, et espérera en lui ; et tous ceux qui ont le cœur droit se réjouiront, alléluia, alléluia.
I Pro Martyre Pontifice
I Pour un Martyr Évêque
PostcommunionPostcommunio.
Refécti participatióne múneris sacri, quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut, cuius exséquimur cultum, intercedénte beáto N. Mártyre tuo atque Pontífice, sentiámus efféctum. Per Dóminum.
Rassasiés par la participation à ce don sacré, nous vous supplions, Seigneur notre Dieu, par l’intercession du bienheureux N., votre Martyr et Pontife, de nous faire ressentir l’effet du sacrifice que nous célébrons.

2 Item altera postcommunio · 2 De même, seconde postcommunion

Postcommunion
Hæc nos commúnio, Dómine, purget a crímine : et, intercedénte beáto N. Mártyre tuo atque Pontífice, cæléstis remédii fáciat esse consórtes. Per Dóminum nostrum.
Que cette communion, Seigneur, nous purifie de nos fautes, et, par l’intercession du bienheureux N., Martyr et Pontife, nous rende participants du céleste salut.
3 Pro Martyre tantum
I Pour un Martyr Évêque
PostcommunionPostcommunio.
Da, quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut, sicut tuórum commemoratióne Sanctórum temporáli gratulámur offício ; ita perpétuo lætámur aspéctu. Per Dóminum nostrum.
Faites, s’il vous plaît, Seigneur notre Dieu, que comme nous nous réjouissons d’honorer dans le temps, en cet office, la mémoire de vos Saints, nous puissions aussi nous réjouir de les voir dans l’éternité.

4 Item altera postcommunio · 4 De même, seconde postcommunion

Postcommunion
Refécti participatióne múneris sacri, quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut, cuius exséquimur cultum, intercedénte beáto N. Mártyre tuo, sentiámus efféctum. Per Dóminum.
Nourris par la participation du don sacré, nous vous supplions, Seigneur notre Dieu, de faire que, le bienheureux N. votre Martyr intercédant pour nous, nous ressentions l’effet du mystère que nous célébrons.

Ou

ou Messe de Dim. : Gloria. Mém. de S. Georges & pro Papa. Préf. Pascale.

Commentaires

Présentation

Présentation

Ce Dimanche est appelé le Dimanche du Bon Pasteur. St Pierre, que Jésus ressuscité constitue chef et Pasteur de son Église, nous dit en effet dans l’Épître que le Christ est le Pasteur de nos âmes, qui étaient comme des brebis errantes. Il est venu donner sa vie pour elles et elles se sont groupées autour de lui. L’Évangile nous redit la parabole du Bon Pasteur, qui défend ses brebis contre les attaques du loup et les préserve de la mort (Or.). Il annonce aussi que les païens viendront se joindre aux Juifs de l’Ancienne Loi et qu’ils ne formeront qu’une seule église et un seul troupeau, sous un même Pasteur. Jésus les reconnaît pour ses brebis et, comme les disciples d’Emmaüs dont « les yeux s’ouvrent à la fraction du pain » (Ev., 1ᵉʳ All.), elles reconnaissent à leur tour, à l’autel où le prêtre consacre l’Hostie qui est le mémorial de la Passion de Jésus, que le Christ est « le bon Pasteur qui a donné sa vie pour pouvoir nourrir ses brebis de son corps et de son sang » (Matines, S. Grégoire, leçon X.). Levant alors vers lui leurs regards (Off.), elles lui expriment leur reconnaissance pour sa grande miséricorde (Intr.). « C’est en ces jours, dit S. Léon, que le Saint-Esprit s’est répandu sur tous les Apôtres par l’insufflation du Seigneur, et que le bienheureux Apôtre Pierre, élevé au-dessus de tous, s’est vu confier, après les clefs du royaume, le soin du troupeau du Seigneur » (2ᵉ Nocturne). C’est le prélude de la fondation de l’Église. — Serrons-nous autour du divin Pasteur de nos âmes caché dans l’Eucharistie, et dont le Pape, Pasteur de l’Église universelle, est le représentant visible.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Ce Dimanche est désigné sous l’appellation populaire de Dimanche du bon Pasteur, parce qu’on y lit à la Messe le passage de l’Évangile de saint Jean où notre Seigneur se donne à lui-même ce titre. Un lien mystérieux unit ce texte évangélique au temps où nous sommes ; car c’est en ces jours que le Sauveur des hommes, établissant et consolidant son Église, commença par lui donner le Pasteur qui devait la gouverner jusqu’à la consommation des siècles.

Selon le décret éternel, l’Homme-Dieu, après quelques jours encore, doit cesser d’être visible ici-bas. La terre ne le reverra plus qu’à la fin des temps, lorsqu’il viendra juger les vivants et les morts. Cependant il ne saurait abandonner cette race humaine pour laquelle il s’est offert en sacrifice sur la croix, qu’il a vengée de la mort et de l’enfer en sortant victorieux du tombeau. Il demeurera son Chef dans les deux ; mais sur la terre qu’aurons-nous pour suppléera sa présence ? Nous aurons l’Église. C’est à l’Église qu’il va laisser toute son autorité sur nous ; c’est entre les mains de l’Église qu’il va remettre le dépôt de toutes les vérités qu’il a enseignées ; c’est l’Église qu’il va établir dispensatrice de tous les moyens de salut qu’il a destinés aux hommes.

Cette Église est une vaste société dans laquelle tous les hommes sont appelés à entrer ; société composée de deux sortes de membres, les uns gouvernant et les autres gouvernés, les uns enseignant et les autres enseignés, les uns sanctifiant et les autres sanctifiés. Cette société immortelle est l’Épouse du Fils de Dieu : c’est par elle qu’il produit ses élus. Elle est leur mère unique : hors de son sein le salut ne saurait exister pour personne.

Mais comment cette société subsistera-t-elle ? Comment traversera-t-elle les siècles, et arrivera-t-elle ainsi jusqu’au dernier jour du monde ? Qui lui donnera l’unité et la cohésion ? Quel sera le lien visible entre ses membres, le signe palpable qui la désignera comme la véritable Épouse du Christ, dans le cas où d’autres sociétés prétendraient frauduleusement lui ravir ses légitimes honneurs ? Si Jésus eût dû rester au milieu de nous, nous ne courions aucun risque ; partout où il est, là est aussi la vérité et la vie ; mais « il s’en va », nous dit-il, et nous ne pouvons encore le suivre. Écoutez donc, et apprenez sur quelle base il a établi la légitimité de son unique Épouse.

Durant sa vie mortelle, étant un jour sur le territoire de Césarée de Philippe, ses Apôtres assemblés autour de lui, il les interrogea sur l’idée qu’ils avaient de sa personne. L’un d’eux, Simon, fils de Jean ou Jonas, et frère d’André, prit la parole, et lui dit : « Vous êtes le Christ, Fils du « Dieu vivant ». Jésus reçut avec bonté ce témoignage qu’aucun sentiment humain n’avait suggéré à Simon, mais qui sortait de sa conscience divinement inspirée à ce moment ; et il déclara à cet heureux Apôtre que désormais il n’était plus Simon, mais Pierre. Le Christ avait été désigné par les Prophètes sous le caractère symbolique de la pierre [1] ; en attribuant aussi solennellement à son disciple ce titre distinctif du Messie, Jésus donnait à entendre que Simon aurait avec lui un rapport que n’auraient pas les autres Apôtres. Mais Jésus continua son discours. Il avait dit à Simon : « Tu es Pierre » ; il ajouta : « et sur cette Pierre je bâtirai mon Église ».

Pesons ces paroles du Fils de Dieu : « Je bâtirai mon Église. » Il a donc un projet : celui de bâtir une Église. Cette Église, ce n’est pas maintenant qu’il la bâtira ; cette œuvre est encore différée ; mais ce que nous savons déjà avec certitude, c’est que cette Église sera bâtie sur Pierre. Pierre en sera le fondement, et quiconque ne posera pas sur Pierre ne fera pas partie de l’Église. Écoutons encore : « Et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre mon Église. » Dans le style des Juifs les portes signifient les puissances ; ainsi l’Église de Jésus sera indestructible, malgré tous les efforts de l’enfer. Pourquoi ? Parce que le fondement que Jésus lui aura donné sera inébranlable. Le Fils de Dieu continue : « Et je te donnerai les clefs du Royaume des cieux. » Dans le langage des Juifs, les clefs signifient le pouvoir de gouvernement, et dans les paraboles de l’Évangile le Royaume de Dieu signifie l’Église qui doit être bâtie par le Christ. En disant à Pierre, qui ne s’appellera plus Simon : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux, » Jésus s’exprimait comme s’il lui eût dit : « Je te ferai le Roi de cette Église, dont tu seras en même temps le fondement. » Rien n’est plus évident ; mais ne perdons pas de vue que toutes ces magnifiques promesses regardaient l’avenir [2].

Or, cet avenir est devenu le présent. Nous voici arrivés aux dernières heures du séjour de Jésus ici-bas. Le moment est venu où il va remplir sa promesse, et fonder ce Royaume de Dieu, cette Église qu’il devait bâtir sur la terre. Fidèles aux ordres que leur avaient transmis les Anges, les Apôtres se sont rendus en Galilée. Le Seigneur se manifeste à eux sur le bord du lac de Tibériade, et après un repas mystérieux qu’il leur a préparé, pendant qu’ils sont tous attentifs à ses paroles, il interpelle tout à coup son disciple : « Simon, fils de Jean, lui dit-il, m’aimes-tu ? » Remarquons qu’il ne lui donne pas en ce moment le nom de Pierre ; il se replace au moment où il lui dit autrefois : « Simon, fils de Jonas, tu es Pierre ; » il veut que les disciples sentent le lien qui unit la promesse et l’accomplissement. Pierre, avec son empressement accoutumé, répondu l’interrogation de son Maître : « Oui, Seigneur ; vous savez que je vous aime. » Jésus reprend la parole avec autorité : « Pais mes agneaux, » dit-il au disciple. Puis réitérant la demande, il dit encore : « Simon fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre s’étonne de l’insistance avec laquelle son Maître semble le poursuivre ; toutefois il répond avec la même simplicité : « Oui, Seigneur ; vous savez que je vous aime. » Après cette réponse, Jésus répète les mêmes paroles d’investiture : « Pais mes agneaux. »

Les disciples écoutaient ce dialogue avec respect ; ils comprenaient que Pierre était encore une fois mis à part, qu’il recevait en ce moment quelque chose qu’ils ne recevraient pas eux-mêmes. Les souvenirs de Césarée de Philippe leur revenaient à l’esprit, et ils se rappelaient les égards particuliers que leur Maître avait toujours eus pour Pierre depuis ce jour. Cependant, tout n’était pas terminé encore. Une troisième fois Jésus interpelle Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » A ce coup l’Apôtre n’y tient plus. Ces trois appels que fait Jésus à son amour ont réveillé en lui le triste souvenir des trois reniements qu’il eut le malheur de prononcer devant la servante de Caïphe. Il sent une allusion à son infidélité encore si récente, et c’est en demandant grâce qu’il répond cette fois avec plus de componction encore que d’assurance : « Seigneur, dit-il, tout vous est connu ; vous savez que je vous aime. » Alors le Seigneur mettant le dernier sceau à l’autorité de Pierre, prononce ces paroles imposantes : « Pais mes brebis » [3].

Voilà donc Pierre établi Pasteur par celui-là même qui nous a dit : « Je suis le bon Pasteur. » D’abord le Seigneur a donné à son disciple et par deux fois le soin des agneaux ; ce n’était pas encore l’établir Pasteur ; mais quand il le charge de paître aussi les brebis, le troupeau tout entier est placé sous son autorité. Que l’Église paraisse donc maintenant, qu’elle s’élève, qu’elle s’étende ; Simon fils de Jean en est proclamé le Chef visible. Est-elle un édifice, cette Église ? Il en est la Pierre fondamentale. Est-elle un Royaume ? Il en tient les Clefs, c’est-à-dire le sceptre. Est-elle une bergerie ? Il en est le Pasteur.

Oui, elle sera une bergerie, cette Église que Jésus organise en ce moment, et qui se révélera au jour de la Pentecôte. Le Verbe de Dieu est descendu du ciel « pour réunir en un les enfants de Dieu qui auparavant étaient dispersés » [4], et le moment approche où il n’y aura plus « qu’une « seule bergerie et un seul Pasteur » [5]. Nous vous bénissons, nous vous rendons grâces, ô notre divin Pasteur ! C’est par vous qu’elle subsiste et qu’elle traverse les siècles, recueillant et sauvant toutes les âmes qui se confient à elle, cette Église que vous fondez en ces jours. Sa légitimité, sa force, son unité, lui viennent de vous, son Pasteur tout-puissant et tout miséricordieux. Nous vous bénissons aussi et nous vous rendons grâces, ô Jésus, pour la prévoyance avec laquelle vous avez pourvu au maintien de cette légitimité, de cette force, de cette unité, en nous donnant Pierre votre vicaire, Pierre notre Pasteur en vous et par vous, Pierre à qui brebis et agneaux doivent obéissance, Pierre en qui vous demeurez visible, ô notre divin Chef, jusqu’à la consommation des siècles.

Dans l’Église grecque, le deuxième Dimanche après Pâques que nous appelons du Bon Pasteur, est désigné sous le nom de Dimanche des saintes myrophores, ou porte-parfums. On y célèbre particulièrement la piété des saintes femmes qui apportèrent des parfums au Sépulcre pour embaumer le corps du Sauveur. Joseph d’Arimathie a aussi une part dans les cantiques dont se compose l’Office de l’Église grecque durant cette semaine.

L’Église Romaine lit les Actes des Apôtres, à l’Office des Matines, depuis lundi dernier jusqu’au troisième Dimanche après Pâques exclusivement.

A LA MESSE.

L’Introït respire le triomphe. Empruntant les accents de David, il célèbre la miséricorde du Seigneur qui s’est étendue à la terre entière, par la fondation de l’Église. Les cieux, qui signifient les Apôtres dans le langage mystérieux de l’Écriture, ont été affermis par le Verbe de Dieu, le jour où il leur a donné Pierre pour Pasteur et pour fondement.

Dans la Collecte, la sainte Église demande pour ses enfants la grâce d’une sainte joie ; car tel est le sentiment qui convient au Temps pascal. Il nous faut nous réjouir d’avoir été sauvés de la mort par le triomphe de notre Sauveur, et nous préparer par les joies pascales à celles de l’éternité.

ÉPÎTRE.

C’est le Prince des Apôtres, le Pasteur visible de l’Église universelle, qui vient de nous faire entendre sa parole. Voyez comment il termine ce passage en reportant nos pensées sur le Pasteur invisible dont il est le Vicaire, et comment il évite avec modestie tout retour sur lui-même. C’est bien là ce Pierre qui, dirigeant Marc son disciple dans la rédaction de son Évangile, n’a pas voulu qu’il y racontât l’investiture que le Christ lui a donnée sur tout le troupeau, mais a exigé qu’il n’omît rien dans son récit du triple reniement chez Caïphe. Avec quelle tendresse l’Apôtre nous parle ici de son Maître, des souffrances qu’il a endurées, de sa patience, de son dévouement jusqu’à la mort à ces pauvres brebis errantes dont il devait composer sa bergerie ! Ces paroles auront un jour leur application dans Pierre lui-même. L’heure viendra où il sera attaché au bois, où il se montrera patient comme son Maître au milieu des outrages et des mauvais traitements. Jésus le lui avait prédit ; car, après lui avoir confié brebis et agneaux, il ajouta que le temps viendrait où Pierre « devenu vieux étendrait ses mains » sur la croix, et que la violence des bourreaux s’exercerait sur sa faiblesse [6]. Et ceci arrivera non seulement à la personne de Pierre, mais à un nombre considérable de ses successeurs qui tous ne font qu’un avec lui, et que l’on verra, dans la suite des siècles, si souvent persécutés, exilés, emprisonnés, mis à mort. Suivons, nous aussi, les traces de Jésus, en souffrant de bon cœur pour la justice ; nous le devons à Celui qui, étant de toute éternité l’égal de Dieu le Père dans la gloire, a daigné descendre sur la terre pour être « le Pasteur et l’Évêque de nos âmes ».

Le premier Verset alléluiatique rappelle le repas d’Emmaüs ; dans peu d’instants nous aussi nous connaîtrons Jésus à la fraction du Pain de vie.

Le second proclame par les propres paroles du Sauveur la dignité et les qualités du Pasteur, son amour pour ses brebis, et l’empressement de celles-ci à le reconnaître pour leur chef.

ÉVANGILE.

Divin Pasteur de nos âmes, qu’il est grand votre amour pour vos heureuses brebis ! Vous allez jusqu’à donner votre vie pour qu’elles soient sauvées. La fureur des loups ne vous fait pas fuir ; vous vous donnez en proie, afin de détourner d’elles la dent meurtrière qui voudrait les dévorer. Vous êtes mort en notre place, parce que vous étiez notre Pasteur. Nous ne nous étonnons plus que vous ayez exigé de Pierre plus d’amour que vous n’en attendiez de ses frères : vous vouliez l’établir leur Pasteur et le nôtre. Pierre a pu répondre avec assurance qu’il vous aimait, et vous lui avez conféré votre propre titre avec la réalité de vos fonctions, afin qu’il vous suppléât quand vous auriez disparu à nos regards. Soyez béni, divin Pasteur ; car vous avez songé aux besoins de votre bergerie qui ne pouvait se conserver Une, si elle eût eu plusieurs Pasteurs sans un Pasteur suprême. Pour nous conformer à vos ordres, nous nous inclinons avec amour et soumission devant Pierre, nous baisons avec respect ses pieds sacrés ; car c’est par lui que nous nous rattachons à vous, c’est par lui que nous sommes vos brebis. Conservez-nous, ô Jésus, dans la bergerie de Pierre qui est la vôtre. Éloignez de nous le mercenaire qui voudrait usurper la place et les droits du Pasteur. Intrus dans la bergerie par une profane violence, il affecte les airs de maître ; mais il ne connaît pas les brebis, et les brebis ne le connaissent pas. Attiré, non par le zèle, mais par la cupidité et l’ambition, il fuit à l’approche du danger. Quand on n’est mû que par des intérêts terrestres, on ne sacrifie pas sa vie pour autrui ; le pasteur schismatique s’aime lui-même ; ce n’est pas vos brebis qu’il aime ; pourquoi donnerait-il sa vie pour elles ? Gardez-nous de ce mercenaire, ô Jésus ! Il nous séparerait de vous, en nous séparant de Pierre que vous avez établi votre Vicaire. Nous n’en voulons pas connaître d’autre. Anathème à quiconque voudrait nous commander en votre nom, et ne serait pas envoyé de Pierre ! Faux pasteur, il ne poserait pas sur la pierre du fondement, il n’aurait pas les clefs du Royaume des cieux ; il ne pourrait que nous perdre. Accordez-nous, ô bon Pasteur, de demeurer toujours avec vous et avec Pierre dont vous êtes le fondement, comme il est le nôtre, et nous pourrons défier toutes les tempêtes. Vous l’avez dit, Seigneur : « L’homme sage a bâti sa maison sur le rocher ; les pluies ont fondu sur elle, les fleuves se sont déchaînés, les vents ont soufflé, toutes ces forces se sont ruées sur la maison, et elle n’est pas tombée, parce qu’elle était fondée sur la Pierre » [7].

L’Offertoire est une aspiration vers Dieu empruntée au Roi-Prophète.

Dans la Secrète, l’Église demande que la divine énergie du Mystère qui va se consommer sur l’autel produise en nous les effets auxquels nos âmes aspirent : mourir au péché et ressusciter à la grâce.

Les paroles de l’Antienne de la Communion rappellent encore le bon Pasteur. C’est le mystère qui domine toute cette journée. Rendons un dernier hommage au Fils de Dieu qui daigne se montrer à nous sous des traits si touchants, et soyons toujours pour lui de fidèles brebis.

Au divin banquet, Jésus bon Pasteur vient d’être donné en nourriture à ses brebis ; la sainte Église, dans la Postcommunion, demande pour nous que nous soyons toujours plus pénétrés d’amour pour cet auguste sacrement, dans lequel nous devons mettre notre gloire ; car il est pour nous l’aliment d’immortalité.

Terminons cette journée par le grand souvenir de la Résurrection, en empruntant cette belle Préface au Missel Mozarabe.

ILLATIO.Feria VI Paschœ.
Dignum et justum est, sanctum et salutare est, nos te gloriosissime Pater Domini nostri Jesu Christi, inenarrabilibus triumphis attollere, completisque erga nos promissorum suorum beneficiis, in quantum se mens parvulorum, te inspirante, repleri senserit, propensius conlaudare. Ut cui plus dimissum est amplius diligat, et potiora jam fœdera accumulet qui tanta necdum credenti donavit. Postquam igitur Verbum caro factum est et habitavit in nobis, fecitque prius cuncta quæ docuit, perfectum divinis operibus virum necessariæ nobis sibique voluntariæ tradidit passioni. Ut quemadmodum mundo huic prædicationis suæ claritate effulserat, ne errorum interitus tenebris fluctuaret, ita etiam infernali carcere mancipatis sua resolvendis descensione succurreret. Neque regnum usque in finem sæculi dilataret. Et spolia quæ quondam prædo attraxerat fraudulentus, ad cœlos secum reveheret innocens crucifixus. Et liberaret virtute justitiæ quos humilitatis suæ redemerat passione. Emisso itaque spiritu, et paternis, ut scriptum est, manibus commendato, hospitium divinitatis immensæ quem virginea conceperant atque ediderant viscera, virgo interim sepultura suscepit. Sed mansit illic nihilominus incorruptus, quia non fuerat ex Adam nati seminis corruptione conceptus. Judæis quoque petentibus, custodes monumento deputantur a Præside, quorum testimonio et fides firmaretur credentium, et confunderetur impietas perfidorum. Quid enim illi obesse potuit humana custodia, cui et dum requiesceret cœleste vigilavit excubium, et cum resurgeret Deus inerat Verbum ? Quod immaculatæ animæ inseparabiliter copulatum adiit, exterruit, subjecit, et domuit, et vinxit cunctas hujus æris in lacu novissimo potestates. Illic mors hebetata contremuit, seseque peremtam acrius quam stimulaverat sensit. Quæque se humani generis dominam lætitabat, ancillam mox crucis affectam Christo triumphante lugebat. Fracta est confestim virtus sæva carnificum, et ad nihilum redacta est exhausta grassatio cruentorum. Inclinata est harum tenebrarum Christi humilitate superbia, et diabolica malitia divini Agni est simplicitate restincta. Amisit e manibus subito quod se crudelissimus hostis credebat perpetim possessurum, cernens humanum genus per hominem Deum paradiso, unde prævaricatione Adæ eliminatum fuerat, restitutum.Il est digne et juste, saint et salutaire, ô glorieux Père de notre Seigneur Jésus-Christ, que nous célébrions votre Nom par les plus triomphantes acclamations, et qu’après avoir vu s’accomplir ce qu’il avait promis, nous fassions entendre ses louanges avec tout l’enthousiasme que vous inspirerez à nos âmes, nous qui ne sommes que des enfants. Celui auquel il a été remis davantage doit aimer davantage aussi ; celui qui, ne croyant pas encore, a reçu des dons si précieux, doit d’autant plus reconnaître le lien que son bienfaiteur a formé avec lui. Le Verbe d’abord se fit chair, et il habita parmi nous ; ses œuvres furent conformes à ses enseignements ; plus tard, lui, l’homme parfait dans ses divines opérations, a daigné embrasser la souffrance nécessaire pour nous, volontaire de sa part. Il avait éclairé le monde des rayons de son enseignement, afin de l’arracher aux ténèbres de l’erreur dans lesquelles il flottait : de même il voulut descendre jusque dans les régions souterraines pour briser les chaînes de ceux qui y gémissaient captifs. Mais il n’a pas attendu la fin des siècles pour proclamer sa royauté. Cette proie que le perfide ennemi s’était acquise par la tromperie, lui, l’innocent crucifié, voulait la faire entrer avec lui dans les cieux, et délivrer, dans sa justice, ceux qu’il avait rachetés par ses humiliations et ses souffrances. Il rendit l’esprit, le remettant aux mains de son Père, ainsi qu’il est écrit ; et un tombeau vierge reçut l’hôte immense et divin que le sein de la Vierge avait conçu et enfanté. Il y demeura sans corruption, de même qu’il avait été conçu de la race d’Adam, sans en contracter la souillure. Sur la demande des Juifs, le gouverneur place des gardes au tombeau ; et le témoignage de ces gardes sert d’appui à la foi des croyants, en même temps qu’il confond l’impiété des perfides. Quel obstacle pouvait lui susciter la surveillance des hommes, à lui autour duquel, durant son repos, veillaient les Esprits célestes ? À lui, qui est ressuscité parce qu’il était le Verbe de Dieu ? Il n’avait point rompu le lien qui l’unissait indissolublement à son âme très pure : lorsqu’il vint la réunir à son corps, il épouvanta les puissances de l’air ; il les soumit, les dompta et les enchaîna dans le gouffre le plus profond. Ce fut alors que, sentant son glaive émoussé, la mort trembla, et qu’elle se vit atteinte plus avant que son aiguillon n’avait porté sur sa victime. Elle se proclamait fièrement maîtresse du genre humain ; maintenant, elle pleure d’être devenue l’esclave de la croix du Christ triomphant. La cruauté des bourreaux envers le Rédempteur a été réduite au néant : tous leurs tourments sont vains. L’orgueil des esprits de ténèbres a été abaissé par l’humilité du Christ ; et la malice du diable a succombé devant la simplicité de l’Agneau. Le cruel ennemi s’est vu tout à coup arracher des mains ce qu’il croyait posséder à jamais ! Sous ses veux, le genre humain a été rétabli par l’Homme-Dieu dans le Paradis, d’où il avait été expulsé par le crime d’Adam.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station à Saint-Pierre.

Au temps de saint Grégoire le Grand, la station de ce jour avait lieu à Saint-Pierre, près de la tombe du Pastor ovium, puisque c’est là que le saint Docteur prononça sa splendide Homélie sur l’Évangile du Bon Pasteur. L’affirmation était énergique et belle : Jésus, le « prince des pasteurs et l’évêque de nos âmes », comme précisément saint Pierre l’appelle en ce jour (I, II, 25), avait voulu, avant de lui confier le soin de l’Église universelle, que l’Apôtre l’assurât qu’il l’aimait d’un amour intense, qui ne pût être comparé avec celui de ses collègues dans l’apostolat. Sur la foi indéfectible et sur l’amour de Pierre, Jésus fondait la primauté pontificale ; et Pierre, à l’imitation du Sauveur, n’hésita pas à donner sa vie pour le troupeau qui lui avait été confié, scellant de son sang son office pastoral.

C’est pourquoi, dès l’antiquité la plus reculée, l’Église romaine désignait la tombe de saint Pierre comme un trophée de victoire. Là, en effet, à quelques pas de la Confession Apostolique, le premier Pontife avait proclamé devant le « divin » Néron et sa cour, la divinité du Christ : Tu es Christus, filius Dei vivi [8] ; aussi, tel un conquérant glorieux, avait-il étendu ses bras sur la croix, comme pour accueillir Rome et le monde sous sa protection.

La dévotion à Jésus Rédempteur sous les traits du Bon Pasteur pénétra de bonne heure dans le cœur des premiers fidèles. Abercius, dans son inscription funéraire, parle du Bon Pasteur qui, de ses yeux toujours vigilants, regarde son troupeau. A la fin de l’âge apostolique, Hermas donne précisément le nom du Pasteur à son écrit apocalyptique sur la pénitence, sujet alors si discuté. A Rome, l’église située sur le Viminal, près de laquelle les Pontifes fixent leur résidence temporaire, est dédiée au bon Pasteur, dont l’image, au dire de Tertullien, ornait les calices et les coupes eucharistiques. La représentation du bon Pasteur est si familière aux peintres et aux sculpteurs des catacombes que nous la trouvons reproduite à profusion dans les arcosolia et sur les sarcophages. Bien plus, à une époque où le spiritualisme de l’art chrétien antique avait encore en horreur les statues, on fait une exception en faveur de celle du bon Pasteur, dont plusieurs exemplaires importants nous ont été conservés.

Ce dimanche, l’Église grecque commémore avec délicatesse les pieuses femmes qui allèrent au sépulcre de Jésus pour embaumer son corps. Rien n’indique que cet usage ait pénétré dans la liturgie romaine. Quoi qu’il en soit, cette pensée est pleine de noblesse, et nous ne saurions nous dispenser de rapporter ce gracieux distique grec en l’honneur des saintes Myrrhophores :

Christo deferunt aromata discipulae
Quibus, pro unguento, carmina fero.

L’introït est tiré du psaume 32. La résurrection de Jésus est venue répandre sur la terre ses miséricordes, c’est-à-dire les Sacrements, les charismes et les grâces qui alimentent dans l’Église cette vie de sainteté et de mystique résurrection. C’est la puissance de la parole divine qui a opéré tant de merveilles. La nature seule ne pourrait aucunement expliquer un fait aussi merveilleux que la conversion, en si peu de temps, du monde païen au christianisme, et la constitution divine de la famille catholique. Ici intervient évidemment le doigt de Dieu, et à lui seul aussi doit en être attribuée la gloire.

Dans la collecte, il est rappelé que les humiliations du Christ ont été comme les échelons, le moyen dont Dieu s’est servi pour descendre jusqu’au monde abattu dans la poussière et la fange du péché, pour nous relever à notre dignité première d’enfants de Dieu. Heureusement, ce triste état de choses est désormais fini, et au deuil a succédé l’allégresse pascale. On demande donc au Seigneur de donner aux fidèles un continuel motif de se réjouir, non pas des vains plaisirs mondains, mais de cette joie intime que le Saint-Esprit alimente dans le cœur des saints. L’effet de cette allégresse toute spirituelle est de nous pousser plus facilement à désirer et, par suite, à obtenir le bonheur céleste.

Dans la lecture (I Petr., II, 21-25) c’est Pierre en sa demeure, c’est-à-dire dans la basilique Vaticane, qui prend la parole. Il veut expliquer aux fidèles la raison de cette fête pascale en l’honneur du bon Pasteur, qui donne sa vie pour son troupeau. Il décrit dans ce but les circonstances qui révèlent davantage la tendresse et l’amour du Christ en son sacrifice volontaire, sa patience en face des injures, ses blessures, la charité qui lui fait exprimer de ses plaies le baume salutaire destiné à guérir nos péchés. Enfin l’Apôtre termine en nous proposant Jésus-Christ comme le type du pasteur et de l’évêque de nos âmes.

Le verset alléluiatique est pris dans saint Luc (XXIV, 35), là où il raconte que les Apôtres reconnurent Jésus à la fraction du Pain eucharistique. Durant la vie présente, nous procédons par voie de paraboles et de voiles mystérieux. Quand nous sommes sur le point de franchir le seuil de l’éternité bienheureuse, Dieu déchire le voile du Sacrement et il se révèle à nous, non plus sous des symboles et des signes extérieurs, mais face à face, dans les splendeurs de sa lumière, dont le Psalmiste a dit : Et in lumine tuo videbimus lumen [9].

Le verset alléluiatique précédant l’Évangile (Joan., X, 14) présente par anticipation Jésus qui aujourd’hui se révèle à nous comme un pasteur tendre et bon. Entre lui et le troupeau il y a une intime correspondance d’affection. Il connaît ses brebis, c’est-à-dire qu’il les aime, et il dispose tout pour leur bien. Celles-ci à leur tour le connaissent, c’est-à-dire écoutent intérieurement sa voix, dont elles ont l’intime expérience, et elles se prêtent aux motions intérieures de sa grâce, comme il est écrit : Qui Spiritu Dei aguntur, hi sunt filii Dei. [10].

Aujourd’hui la leçon évangélique vient troubler le cycle des lectures pascales de l’Évangile, qui sont tirées exclusivement du discours de Jésus après la Cène. Toutefois une solennité trop caractéristique et trop exceptionnelle se présente aujourd’hui pour que cette infraction à l’antique règle romaine ne semble pas plus que justifiée. D’ailleurs la tradition liturgique de l’Évangile du bon Pasteur, le IIᵉ dimanche après Pâques, est très ancienne, Jésus se présente donc à nous en ce jour comme le bon Pasteur, et il proclame quelles seront dorénavant ses relations avec son troupeau. Brebis et Pasteur avant tout se comprendront réciproquement, et toute la sainteté des âmes aura donc pour base cette vie intérieure d’union avec Jésus. L’âme se maintiendra dans un état de recueillement afin d’entendre la voix suave du bon Pasteur qui parle, et c’est dans ce colloque qu’elle reconnaîtra Jésus.

Il n’est que trop vrai que le nombre des catholiques est restreint, en comparaison de ceux qui non sunt ex hoc ovili [11]. Qu’on remarque le langage plein de douceur de Jésus envers les dissidents : pas un mot de reproche, mais seulement la constatation d’un fait. Pourtant le Christ est venu pour racheter tous les hommes, afin que, comme en Adam tous avaient péri, ainsi en lui tous puissent se sauver. Au moyen de son Église il veut donc aller à la recherche des brebis égarées. Le travail est long et difficile, mais il faut être toujours confiant, parce que Jésus a prédit que l’issue sera heureuse. Nonobstant toute la mauvaise volonté des hommes et des démons, fiet unum ovile [12], il se fera indubitablement un seul bercail sous le gouvernement d’un unique Pasteur.

L’antienne pour l’offrande est tirée du psaume matutinal 62 : « Je lève vers vous, ô Seigneur, mes bras avant le jour, tant est ardent mon amour, tant urgent est le besoin où je me trouve. »

Dans la collecte qui nous prépare à l’anaphore, nous supplions le Seigneur afin que l’oblation eucharistique nous comble de bénédictions, et que la Communion accomplisse effectivement en nous toutes ces grâces d’intime union au Christ sacrifié et triomphant qu’elle — sacramentum unitatis — symbolise mystiquement.

L’antienne pour la Communion répète le verset alléluiatique du bon Pasteur. Non seulement Jésus donne sa vie pour ses brebis, mais il renouvelle quotidiennement pour elles son sacrifice sur les saints autels. En effet, pour perpétuer le souvenir de sa mort, il désire que les fidèles se nourrissent aussi de sa chair et de son sang, sacrifiés et offerts pour nous, afin de nous incorporer à lui.

Dans la collecte d’action de grâces après la Communion, on demande au Seigneur qu’ayant participé aujourd’hui au Sacrement qui nous fait vivre de sa vie même, nous soyons aussi assurés pour l’avenir de la jouissance d’une si grande grâce. Pensée profonde ! La meilleure préparation à une sainte Communion est précisément la Communion qui la précède.

O sacrosainte basilique Vaticane ! Élargis tes nefs spacieuses, parce que tes espérances, fondées sur la promesse de Jésus, ne peuvent être déçues ! Le bon Pasteur ramènera au bercail même les brebis égarées, et illas oportet me adducere [13]... et il y aura un seul troupeau et un seul Pasteur.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Je suis le Bon-Pasteur : je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.

1. Le Bon Pasteur. — L’image du Bon Pasteur nous accompagne pendant la Semaine-Sainte et la semaine de Pâques. Aux matines du Samedi-Saint, nous chantons :

Il s’est éloigné, notre Pasteur,
La source d’eau vive,
A son départ, le soleil s’est assombri…

Et à Pâques, nous avons chanté :

Il est ressuscité, le Bon-Pasteur
Qui donna sa vie pour ses brebis
Et pour son troupeau voulut mourir, Alléluia.
Notre Agneau pascal, le Christ, est immolé.

Aujourd’hui, nous chantons au lever du soleil : « Je suis le pasteur des brebis ; je suis la voie, la vérité et la vie ; je suis le Bon Pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, Alléluia, Alléluia ». Au coucher du soleil, nous chantons : « Je suis le Bon Pasteur et je pais mes brebis et, pour mes brebis, je donne ma vie, Alléluia ». Qu’ils sont saisissants ces deux chants quand, dans le soleil, on voit le symbole du Christ ! A son lever, il dit au monde : Je suis votre pasteur, je suis la voie, la vérité, la vie ; à son coucher, il parle de sa mort.
C’est justement par sa mort et sa Résurrection que le Christ s’est montré le Bon Pasteur. Il a donné sa vie pour ses brebis quand il est mort sur la Croix. Après sa Résurrection, il rassemble son troupeau avec un amour de Pasteur, cet amour qui pardonne, console et dirige. Il établit un pasteur pour le remplacer. C’est une véritable image de Pâques. Le dimanche est appelé le « dimanche du Bon Pasteur ».

2. La messe (Misericordia). — L’architecture de la messe est d’une belle unité. Presque dans chaque morceau, le Bon Pasteur nous regarde. Ce qui est particulièrement beau, c’est que le verset principal de l’Évangile est répété, comme leitmotiv, à l’Alléluia et à la Communion. L’office de station se célébrait jadis à Saint-Pierre, au tombeau de celui que le Christ a établi pasteur suprême. C’était symbolique.

A l’Introït, nous louons la miséricorde du Bon Pasteur et nous chantons le psaume du Bon Pasteur (Ps. 32). Ce psaume décrit Dieu comme le Bon Pasteur de la nature et des hommes.

Dans l’oraison, le Bon Pasteur paraît de nouveau devant nous : la brebis perdue, l’humanité tombée qu’il a retirée des épines, il la porte maintenant sur ses épaules où elle jouit de la paix en attendant l’éternelle joie dont le temps pascal est l’avant-goût.

Maintenant, à l’Épître, le saint de station, saint Pierre, s’adresse à nous. Saint Pierre, plus que bien d’autres, a éprouvé l’amour prévenant et miséricordieux du Bon Pasteur. En termes chaleureux, il décrit le Bon Pasteur de nos âmes dans sa Passion, il nous rappelle le temps de nos égarements et le bonheur de notre retour au Bon Pasteur. « Vous étiez des brebis errantes, mais, maintenant, vous êtes revenus vers l’Évêque de vos âmes ».

Les deux versets de l’Alléluia ne sont reliés que par le mot connaître (cognoscere). Le Bon Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent — les disciples d’Emmaüs reconnaissent le Seigneur à la fraction du pain. Cette association d’idées est d’abord difficile à comprendre ; puis nous méditons sur le mot connaître. Ce mot signifie plus que son sens littéral ; il veut dire comprendre, avoir confiance, aimer, vivre l’un pour l’autre. C’est là la meilleure explication. Le Christ veut dire : Je suis avec les miens dans l’union la plus étroite, je suis un avec les miens. Le modèle de cette union est l’unité de la sainte Trinité. Mais où cette union se réalise-t-elle d’une manière plus profonde et plus intime que dans la « fraction du pain », dans la sainte Eucharistie ? Cette pensée est la lumière qui éclaire toute la messe.

A l’Évangile, le Bon Pasteur lui-même est devant nous. Il nous donne aujourd’hui encore les deux preuves de son amour de pasteur. Il donne sa vie pour nous, car la messe est le renouvellement du sacrifice sanglant du Calvaire. Il nous connaît et nous devons le connaître dans la sainte communion. Dans l’église des Gentils (saint Pierre), il parle aussi des « autres brebis qu’il veut faire entrer dans le bercail ». Comparons la conclusion des deux lectures. L’une annonce le plan de Dieu, l’autre l’exécution de ce plan. « Celles-ci, je veux aussi les amener au bercail. ». -c Vous étiez des brebis errantes, maintenant — vous êtes rentrés… ».

L’antienne de l’Offertoire est saisissante. Jusqu’ici, il était question du Bon Pasteur Maintenant, on parle des brebis. Quand la communauté se presse autour de l’autel, au moment de l’Offrande, c’est comme si les brebis se pressaient autour de leur pasteur. Nous comprenons alors l’antienne de l’Offertoire que l’Église met dans leur bouche : « Dieu, mon Dieu, je te cherche dès le matin », j’élève vers toi mes mains (pour l’offrande des dons).

A la Communion, nous entendons de nouveau le leitmotiv de la messe. C’est la « connaissance » la plus intime qui puisse s’imaginer.

3. La Prière des Heures. — Aux matines, nous entendons deux « bons pasteurs », deux représentants du « Pasteur et Évêque de nos âmes », les deux papes saint Léon le Grand et saint Grégoire le Grand. — Saint Léon parlé des quarante jours qui ont suivi la Résurrection : « Les jours entre la Résurrection et l’Ascension du Seigneur ne se sont pas passés dans l’inaction. Au contraire, pendant ce temps, de grands sacrements ont été institués, de grands mystères ont été révélés. Pendant ce temps, la crainte de la mort terrible est enlevée et l’immortalité non seulement de l’âme, mais aussi du corps, est annoncée. En ces jours, par l’insufflation du Seigneur, le Saint-Esprit est répandu dans tous les Apôtres. L’Apôtre Pierre, placé avant tous les autres, reçoit, après les clefs du royaume, le soin du bercail du Seigneur... » Saint Grégoire prononça son homélie, en ce jour, dans l’église de station de Saint-Pierre. Le saint Pape nous enseigne que le Christ a réalisé sa parole : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis », non seulement sur la Croix, mais encore dans l’Eucharistie. Mais la parabole doit surtout être une leçon et un avertissement pour les pasteurs des âmes ; elle doit les exhorter à donner leur bien et leur vie pour les brebis qui leur sont confiées. Voici que celui qui est bon, non en vertu d’un don accidentel, mais essentiellement, dit : Je suis le Bon Pasteur. Et il ajoute le modèle de cette bonté que nous devons imiter en disant : le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Il fit ce qu’il nous demande de faire, il montra ce qu’il nous ordonne. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis afin de présenter son corps et son sang, sous une forme nouvelle, dans notre sacrement et de rassasier de l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées. Le mépris de la mort nous montre la voie que nous devons suivre ; un exemple nous est donné auquel nous devons nous conformer. Notre premier devoir est de nous montrer pleins de miséricorde pour ses brebis ; mais nous avons encore le devoir d’offrir, s’il le faut, notre mort pour ces mêmes brebis.

4. Lecture d’Écriture (Act. Ap., chap. 13 et 14). — Nous lisons le récit du premier voyage missionnaire de Paul et de Barnabé dans l’île de Chypre et l’Asie Mineure. Ils prêchèrent hardiment à Antioche de Pisidie et « tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ». Mais les Juifs, ayant excité les femmes prosélytes de la classe élevée et les principaux de la ville, suscitèrent une persécution contre Paul et Barnabé et les chassèrent de leur territoire. « Ils allèrent à Iconium ; ils entrèrent de même dans la synagogue des Juifs et y prêchèrent de manière qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs embrassèrent la foi. Mais les Juifs restés incrédules excitèrent et aigrirent l’esprit des Gentils contre leurs frères. Ils firent néanmoins un assez long séjour dans ce lieu, parlant avec assurance, appuyés par le Seigneur qui rendait témoignage à la parole de grâce par les prodiges et les miracles qu’il leur donnait de faire. Toute la ville se divisa : les uns étaient pour les Juifs, les autres pour les Apôtres ». De là aussi, saint Paul et son compagnon durent s’enfuir. Ils continuèrent leur œuvre à Lystres. Saint Paul ayant guéri dans cette ville un paralytique, la foule les prit pour des dieux et voulait leur offrir des sacrifices. Ce n’est qu’à grand’peine que le peuple se laissa persuader que ce miracle n’avait pas été accompli par la puissance de Paul, mais par celle du Dieu vivant. Il renonça au sacrifice. Alors survinrent d’Antioche et d’Iconium des Juifs, qui ayant gagné le peuple, lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, le croyant mort. Mais, les disciples l’ayant entouré, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, Paul et Barnabé partirent pour Derbé. De là, ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche, raffermissant l’esprit des disciples, et les exhortèrent à persévérer dans la foi en disant que c’est « par beaucoup de tribulations qu’on doit entrer dans le royaume de Dieu. Ils se rendirent ensuite, en traversant la Pisidie, en Pamphylie, puis à Attalie où ils s’embarquèrent pour Antioche. Dès qu’ils furent arrivés, ils assemblèrent l’Église et racontèrent tout ce que Dieu avait fait par eux et comment ils avaient ouvert aux nations les portes de la foi. Ils demeurèrent assez longtemps avec les disciples. Dans cette lecture, nous voyons saint Paul se montrer, lui aussi, un bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

2ᵉ Dimanche après Pâques

Dominica Secunda post Pascha

IntroïtAnt. ad Introitum. Ps. 32, 5-6.
Misericórdia Dómini plena est terra, allelúia : verbo Dómini cæli firmáti sunt, allelúia, allelúia.
La terre est remplie de la miséricorde du Seigneur, alléluia ; les cieux ont été affermis par la parole du Seigneur, alléluia, alléluia.
Ps. ibid., 1.
Exsultáte, iusti, in Dómino : rectos decet collaudátio.
Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur ; c’est aux hommes droits que sied la louange.
V/.Glória Patri.
CollecteOratio.
Deus, qui in Fílii tui humilitáte iacéntem mundum erexísti : fidélibus tuis perpétuam concéde lætítiam ; ut, quos perpétuæ mortis eripuísti cásibus, gáudiis fácias pérfrui sempitérnis. Per eúndem Dóminum.
Dieu, qui, par l’humilité de votre Fils, avez relevé le monde abattu : accordez à vos fidèles une allégresse constante, et faites jouir des joies éternelles ceux que vous avez arrachés aux dangers d’une mort sans fin.
ÉpîtreLéctio Epístolæ beáti Petri Apóstoli.
Lecture de l’Épître du B. Ap. Pierre.
1 Petri 2, 21-25.
Caríssimi : Christus passus est pro nobis, vobis relínquens exémplum, ut sequámini vestígia eius. Qui peccátum non fecit, nec invéntus est dolus in ore eius : qui cum male dicerétur, non maledicébat : cum paterétur, non comminabátur : tradébat autem iudicánti se iniúste : qui peccáta nostra ipse pértulit in córpore suo super lignum : ut, peccátis mórtui, iustítiæ vivámus : cuius livóre sanáti estis. Erátis enim sicut oves errántes, sed convérsi estis nunc ad pastórem et epíscopum animárum vestrárum.
Mes bien-aimés, le Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces : lui qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel ne s’est pas trouvé de fraude ; lui qui, injurié, ne rendait point d’injures, et, maltraité, ne faisait point de menaces, mais se livrait à celui qui le jugeait injustement ; lui qui a porté lui-même nos péchés dans son corps sur le bois, afin qu’étant morts au péché, nous vivions à la justice ; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. Car vous étiez comme des brebis errantes ; mais vous êtes retournés maintenant au pasteur et au gardien de vos âmes.
Alléluia
Allelúia, allelúia. V/. Luc. 24, 35. Cognovérunt discípuli Dóminum Iesum in fractióne panis.
Allelúia, allelúia. V/. Les disciples reconnurent le Seigneur, Jésus à la fraction du pain.
Allelúia. V/. Ioann. 10, 14. Ego sum pastor bonus : ei cognósco oves meas, et cognóscunt me meæ. Allelúia.
Allelúia. V/. Je suis le bon pasteur et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Ioánnem.
Suite du Saint Évangile selon saint Jean.
Ioann. 10, 11-16.
In illo témpore : Dixit Iesus pharisǽis : Ego sum pastor bonus. Bonus pastor ánimam suam dat pro óvibus suis. Mercenárius autem et qui non est pastor, cuius non sunt oves própriæ, videt lupum veniéntem, et dimíttit oves et fugit : et lupus rapit et dispérgit oves : mercenárius autem fugit, quia mercenárius est et non pértinet ad eum de óvibus. Ego sum pastor bonus : et cognósco meas et cognóscunt me meæ. Sicut novit me Pater, et ego agnósco Patrem, et ánimam meam pono pro óvibus meis. Et alias oves hábeo, quæ non sunt ex hoc ovíli : et illas opórtet me addúcere, et vocem meam áudient, et fiet unum ovíle et unus pastor.
En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens : Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, et celui qui n’est point pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s’enfuit ; et le loup ravit et disperse les brebis. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met point en peine des brebis. Je suis le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là aussi, il faut que je les amène, et elles écouteront ma voix, et il n’y aura qu’une seule bergerie et qu’un seul pasteur.
OffertoireAnt. ad Offertorium. Ps. 62, 2 et 5.
Deus, Deus meus, ad te de luce vígilo : et in nómine tuo levábo manus meas, allelúia.
O Dieu, mon Dieu, je veille aspirant à vous dès l’aurore et je lève mes mains en votre nom, alléluia.
SecrèteSecreta.
Benedictiónem nobis, Dómine, cónferat salutárem sacra semper oblátio : ut, quod agit mystério, virtúte perfíciat. Per Dóminum.
Que cette oblation sacrée attire toujours sur nous, Seigneur, votre bénédiction salutaire ; en sorte que ce qu’elle opère en ce mystère, elle l’achève par sa vertu.
CommunionAnt. ad Communionem. Ioann. 10, 14.
Ego sum pastor bonus, allelúia : et cognósco oves meas, et cognóscunt me meæ, allelúia, allelúia.
Je suis le bon pasteur, alléluia ; et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, alléluia, alléluia.
PostcommunionPostcommunio.
Præsta nobis, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, vivificatiónis tuæ grátiam consequéntes, in tuo semper múnere gloriémur. Per Dóminum nostrum.
Accordez-nous, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, qu’obtenant de vous la grâce d’une nouvelle vie, nous nous glorifiions toujours de ce bienfait que nous vous devons.
Mémoire de S. Georges

Collecte

Deus, qui nos beáti Geórgii Mártyri tui méritis et intercessióne lætíficas : concéde propítius ; ut, qui tua per eum benefícia póscimus, dono tuæ grátiæ consequámur. Per Dóminum.
O Dieu, qui nous donnez un motif de joie dans les mérites et l’intercession du bienheureux Georges, votre Martyr, accordez-nous, avec bonté, qu’en recourant à cette intercession pour solliciter vos bienfaits, nous les obtenions au moyen de votre grâce.

Secrète

Múnera, Dómine, obláta sanctífica, et, intercedénte beáto Geórgio Mártyre tuo, nos per hæc a peccatórum nostrórum máculis emúnda. Per Dóminum.
Rendez saints, Seigneur, ces dons qui vous sont offerts ; à leur occasion, et comme le bienheureux Georges, votre Martyr, intercède pour nous, purifiez-nous des souillures de nos péchés.

Postcommunion

Súpplices te rogámus, omnípotens Deus : ut, quos tuis réficis sacraméntis, intercedénte beáto Geórgio Mártyre tuo, tibi étiam plácitis móribus dignánter tríbuas deservíre. Per Dóminum.
Nous vous le demandons instamment, Dieu tout-puissant, par l’intercession du bienheureux Georges, votre Martyr, faites, dans votre bonté, que ceux que vous nourrissez de votre sacrement vous servent en se conduisant d’une manière qui vous plaise.
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