Sᵗᵉ Hedwige, Veuveabstinence

Textes de la Messe

Férie • Mém. des SS. Hippolyte & Cassien, Martyrs ou Messe des SS. Hippolyte & Cassien

Jeudi 13 août 2026

Tous les textes, sans date : temporal et sanctoral

Messe du jour

Messe (Salus autem) des SS. Hippolyte & Cassien (4ᵉ cl./Rouge) : Gloria. Or. pro Papa. Préf. commune.

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Présentation

Présentation

St Hippolyte aurait été martyrisé avec St Pontien, qu’on fête le 19 novembre en 236. Culte attesté en 336. Cassien, martyr vers 330-304, fête au XIᵉ siècle.

Fête simple dans le bréviaire de 1550, réduite au rang de mémoire dans l’Octave de St Laurent par St Pie V en 1568. Rétabli comme fête simple lors de la réforme de St Pie X, réduit à une commémoraison sous Jean XXIII.

« La Depositio Martyrum de 354 annonce Ypoliti in Tiburtina et Pontiani in Calisti et le Hiéronymien fait de même. Le pape Pontien et le prêtre Hippolyte avaient été déportés en Sardaigne lors de la persécution de Maximin (235) et ils y moururent en confesseurs de la foi. Plus tard on ramena leurs corps à Rome, celui de Pontien dans la crypte des Papes au cimetière de Callixte, et celui d’Hippolyte sur la via Tiburtina, non loin du Campo Verano où fut inhumé saint Laurent. Le 13 août est la date de cette translation.

La proximité des tombes d’Hippolyte et de Laurent fit entrer Hippolyte dans la Geste de Laurent en compagnie de plusieurs autres martyrs de la via Tiburtina, comme Justin (4 août), Romain (9 août) et Concordia, martyre inscrite au Hiéronymien le 22 février. La légende a fait d’Hippolyte, comme de Romain, un soldat chargé de garder Laurent et converti par lui. Quant à Concordia, elle devint la nourrice d’Hippolyte. Au VIᵉ siècle, le sacramentaire Veronense annonce le natale d’Hippolyte et de Pontien, mais la préface ne traite que d’Hippolyte. On notera d’ailleurs que tous les documents nomment le prêtre martyr avant le pape. Le prestige d’Hippolyte devait s’affirmer définitivement au VIIᵉ siècle. Les sacramentaires grégorien et gélasien, ainsi que l’évangéliaire, omettent le nom de Pontien et ne connaissent plus que le natale sancti Ypoliti. On devait dès lors célébrer celui-ci d’une manière constante dans l’Église romaine. La mention de Concordia et des compagnons d’Hippolyte dans certains témoins de la liturgie du Latran et du Vatican manifeste le renouveau d’intérêt qu’on accorda dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle aux récits légendaires relatifs à saint Laurent.

En ajoutant le nom de Cassien à celui d’Hippolyte, le passionnaire, le missel, le calendrier et l’Ordo du Latran ne nous éloignent pas de Saint-Laurent. En effet, le monastère desservant la basilique portait le nom de saint Cassien. Cette dénomination est attestée au début du VIIIᵉ siècle, le monastère lui-même remontant au pape Hilaire. Le Liber Pontificalis relève de son côté que le pape Symmaque (498-514) fecit confessionem sancti Cassiani dans la rotonde de saint André près de Saint-Pierre. Saint Cassien est un martyr d’Imola, dont le martyrologe hiéronymien annonce la passion en ce jour. Au Ve siècle, Prudence le célèbre dans son Peristephanon. Le culte du martyr se répandit largement en Italie, mais il n’apparait dans les calendriers romains qu’au XIᵉ siècle, où le nom de saint Cassien est joint à celui de saint Hippolyte. Il est encore peu attesté au siècle suivant, mais par l’entremise du missel du Latran il allait entrer d’une manière durable dans le sanctoral romain » [1].

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Non loin du tombeau de Laurent, au côté opposé de la voie Tiburtine, la tombe d’Hippolyte était elle-même un des sanctuaires les plus aimés de la piété des siècles du triomphe. Prudence décrit les magnificences de sa crypte, l’immense concours qu’y attirait chaque année sa fête au jour des ides d’août [2]. Quel fut le saint ? quels son rang et sa vie ? quels faits convient-il d’ajouter à son histoire, en plus de celui d’avoir donné son sang au Seigneur Christ ? toutes questions devenues, en nos temps plus modernes, l’objet de nombreux et doctes travaux. Il fut martyr, et cette noblesse suffit pour nous à sa gloire.

Honorons-le donc, avec l’autre athlète du Seigneur, Cassien d’Imola, que l’Église propose en même temps à nos hommages. Hippolyte fut traîné par des chevaux indomptés qui brisèrent son corps à travers les rochers et les ronces ; Cassien, qui tenait une école, fut livré par le juge aux enfants dont il était le maître, et il mourut sous les mille coups de leurs poinçons : le prince des poètes chrétiens a chanté, comme pour Hippolyte, ses combats et sa tombe [3].

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Les martyrs Hippolyte et Pontien.
Station sur la voie Tiburtine et dans le cimetière de Callixte.

Aujourd’hui le Férial Philocalien annonce deux stations : Idus Aug. Ipoliti in Tiburtina, et Pontiani in Callisti. A cela correspond le Sacramentaire Léonien, qui, en effet, annonce le 13 août le natale sanctorum Hippolyti et Pontiani.

La légende en a pris à son aise avec Hippolyte, et elle en a fait successivement un disciple de Novat, un martyr d’Antioche, un évêque de Porto, finalement un soldat et le geôlier de saint Laurent.

Il s’agit, au contraire, du célèbre Hippolyte, disciple de saint Irénée, prêtre et docteur de l’Église de Rome, qui, à l’occasion de l’élection papale de Callixte, consomma le schisme et devint ainsi le premier antipape. Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages théologiques, et sous le titre d’évêque de Rome il jouit, même en Orient, d’une indiscutable autorité. Heureusement d’ailleurs, cette division fut de courte durée, car Hippolyte, ayant été condamné pour la foi, en même temps que Pontien, deuxième successeur de Callixte, rentra dans l’unité de l’Église avant de laisser Rome pour le bagne de Sardaigne, et il mourut martyr catholique en 236.

Pontien avait succédé, en 230, au pape Urbain. En 235, l’empereur Maximin envoya en exil en Sardaigne, in insula nociva, l’un et l’autre chefs des deux communautés chrétiennes de Rome ; cependant comme l’exil comportait, dans le droit romain, la mort civile, Pontien, ne pouvant plus gouverner l’Église, donna sa démission : discinctus est, selon le catalogue Libérien. Si Hippolyte était encore à la tête de la faction schismatique de la Ville, il dut faire de même ; et ainsi, du commun accord de tout le clergé, l’unité fut rétablie par l’élection du pape Antère, tandis que les deux confesseurs de la foi voguaient vers l’insula nociva. Là, en peu de mois, la malignité de l’air et les souffrances de l’exil brisèrent leurs forces, si bien qu’en cette année même, Pontien mourut, et si Hippolyte ne le précéda pas dans la tombe, il l’y suivit à peu de distance. Antère y était descendu lui aussi après quarante jours seulement de pontificat, et Fabien avait déjà été élu à sa place.

Quand arriva à Rome la nouvelle de la mort de Pontien et d’Hippolyte, le nouveau pape se rendit lui-même avec un nombreux clergé en Sardaigne, pour recueillir leurs corps et les transporter à Rome.

Le jour de leur déposition dans le sépulcre est le 13 août, date indiquée par le Calendrier Philocalien. Pontien fut enseveli dans la crypte papale de Callixte ; Hippolyte au contraire qui, officiellement, continua à porter à Rome le simple titre de prêtre, eut un sépulcre somptueux dans un cimetière spécial sur la voie Tiburtine, près de celui de saint Laurent. Rien n’empêche de croire que l’initiative de l’honneur insolite avec lequel furent transportés de Sardaigne les deux corps, revînt surtout à l’ancien groupe des disciples d’Hippolyte.

Le graffite suivant semble se rapporter à la tombe de Pontien dans la crypte papale de Callixte :

ΕΝ ΘΕΩ ΜΕΤΑ ΠΑΝΤΩ(ν) ΤΩΝ ΕΠΙ(σκοπον) ΠΟΝΤΙΑΝΕ ΖΗCΗC
Toi, ô Pontien, vis en Dieu, avec tous les autres (Évêques).

On procéda, en revanche, tout différemment pour Hippolyte. Ses admirateurs eurent toute la liberté possible, et ils en profitèrent pour ériger à leur ancien maître jusqu’à une statue de marbre — l’art chrétien antique avait en horreur les statues — qui le représentait assis majestueusement dans une chaire, sur laquelle fut gravé le catalogue des œuvres du grand docteur.

Le sanctuaire d’Hippolyte, sur la voie Tiburtine, fut l’un des plus vénérés. Prudence qui, dans son Peristephanon chanta le martyre du célèbre docteur, nous le décrit en détails, et parle du Pape qui en célébrait annuellement la station (natalis) y faisant même un discours. Cet hypogée vénérable a été découvert par De Rossi. Bosio, qui y avait pénétré le premier au XVIIᵉ siècle, y avait lu ce graffite :

REFRIGERI • TIBI • DOMINVS • IPOLITVS • SID

D’autres inscriptions avec le nom d’Hippolyte vinrent confirmer la découverte de De Rossi :

IPPOLYTE • IN • MENTE • (habeas) • PET(rum • p)EC(cat)OR(cm)
Hippolyte, souviens-toi de Pierre, pécheur.
DRACONTIVS • PELAGIVS • ET • IVLIA • ET • ELIA
ANTONINA • PARAVERVNT • SIBI • LOCV ^
AT • IPPOLITV • SVPER • ARCOSOLIV • PROPTER • VNA • FILIA

Le pape Damase avait orné la tombe d’Hippolyte d’une inscription métrique, que les marbriers romains du bas moyen âge employèrent pour le pavé, en style des Cosmas, de la basilique du Latran :

HIPPOLYTVS • FERTVR • PREMERENT • CVM • IVSSA • TYRAMNI
PRESBYTER • IN • SCHISMA • SEMPER • MANSISSE • NOVATI
TEMPORE • QVO • GLADIVS • SECVIT • FIA • VISCERA • MATRIS
DEVOTVS • CHRISTO • PETERET • CVM • REGNA • PIORVM
QUAESISSET • POPVLVS • VBINAM • PROCEDERE • POSSET
CATHOLICAM • DIXISSE • FIDEM • SEQVERENTVR • VT • OMNES
SIC • NOSTER • MERVIT • CONFESSVS • MARTYR • VT • ESSET
HAEC • AVDITA • REFERT • DAMASVS • PROBAT • OMNIA • CHRISTVS
On dit qu’au temps où sévissait la persécution du tyran,
et qu’un glaive transperçait le sein de la Mère Église,
le prêtre Hippolyte demeura attaché au schisme de Novat.
Mais quand il fut condamné à mort à cause de sa foi au Christ,
le peuple lui demanda de quel côté il devait se diriger.
Il répondit alors que tous devaient suivre la foi catholique.
Par cette confession, il mérita de devenir notre martyr.
Damase rapporte ce qu’il a entendu, mais le Christ seul connaît la vérité.

Cependant, les informateurs de Damase manquèrent d’exactitude relativement au fait du schisme de Novat, qui éclata une trentaine d’années après la mort d’Hippolyte.

Une autre épigraphe, avec l’acrostiche du prêtre Léon, rappelle les embellissements faits par Damase à la tombe de saint Hippolyte :

LAETA • DEO • PLEBS • SANCTA • CANAT • QVOD • MOENIA • CRESCVNT
ET • RENOVATA • DOMVS • MARTYRIS • YPPOLITI
ORNAMENTA • OPERIS • SVRGVNT • AVCTORE • DAMASO
NATVS • QVI • ANTISTES • SEDIS • APOSTOLICAE
INCLYTA • PACIFICIS • FACTA • EST • HAEC • AVLA • TRIVMPHIS • HORNAT
SERVATVRA • DECVS • PERPETVAMQVE • FIDEM
HAEC • OMNIA • NOVA • QVAEQVE • VIDES • LEO • PRESBYTER
Que le peuple voué à Dieu entonne une hymne d’action de grâces, parce que les murs s’agrandissent
et que se restaure la basilique du martyr Hippolyte.
De cet embellissement, l’auteur est Damase
qui semble être désigné par sa naissance pour le siège apostolique.
Cette salle qui a été rendue illustre par ses pacifiques triomphes
conservera à travers les siècles sa splendeur et sera un monument perpétuel de foi.

Le souhait du prêtre Léon reçut toutefois un démenti dans l’invasion des Goths, qui ruinèrent l’hypogée. Le pape Vigile eut donc à le restaurer, et il y plaça cette inscription commémorative :

DEVASTATA • ITERVM • SVMMOTA • PLEBE • PRECANTVM
PRISCVM • PERDIDERANT • ANTRA • SACRATA • DECVS
NEC • TVA • IAM • MARTYR • POTERANT • VENERANDE • SEPVLCHRA
HVIC • MVNDO • LVCEM • MITTERE • QVA • FRVERIS
LVX • TAMEN • ISTA • TVA • EST • QVAE • NESCIT • FVNERA • SED • QVO
PERPETVO • CRESCAT • NEC • MINVATVR • HABET
NAM • NIGRA • NOX • TRINVM • STVPVIT • PER • SPECVLA • LVMEN
ADMITTVNTQVE • NOVVM • CONCAVA • SAXA • DIEM
FRVSTRA • BARBARICIS • FREMVERVNT • AVSIBVS • HOSTES
FAEDARVNTQVE • SACRVM • TELA • CRVENTA • LOCVM
INCLYTA • SED • MELIVS • SPLENDESCIT • MARTYRIS • AVLA
AVCTOREMQVE • GRAVANT • IMPIA • FACTA • SVVM
PRAESVLE • VIGILIO • SVMPSERVNT • ANTRA • DECOREM
PRESBYTERI • ANDREAE • CVRA • PEREGIT • OPVS
Cet hypogée vénérable, plusieurs fois dévasté,
à tel point que les foules des fidèles ne pouvaient plus y venir prier,
avait perdu aussi son antique splendeur.
Ton sépulcre, ô vénérable martyr, ne pouvait plus refléter
sur le monde cette lumière dont tu jouis,
lumière, celle-là, qui ne connaît pas de déclin,
car au lieu de diminuer, elle a toujours sujet de devenir plus intense.
Les épaisses ténèbres qui enveloppaient l’hypogée furent enfin mises en fuite
par la lumière qui maintenant nous arrive par trois fenêtres,
si bien que la crypte creusée dans le tuf connaît à nouveau le jour.
En vain les ennemis déchargèrent leur colère barbare et violèrent de traits sanglants le lieu sacré.
La salle du noble martyr se relève plus belle,
tandis que le crime couvre de honte celui-là seul qui l’a consommé.
Durant le pontificat de Vigile, cette grotte fut décorée,
et l’œuvre est due tout entière à la diligence du prêtre André.

Le culte d’Hippolyte fut si répandu à Rome qu’on alla jusqu’à lui consacrer un sanctuaire dans la maison où, près du Titre du Pasteur, sur le vicus Patricius, il avait jadis exercé l’office de docteur. Cette inscription le rappelle ; elle fut trouvée en 1850 près de Sainte-Praxède :

OMNIA • QVAE • VIDENTVR
A • MEMORIA • SANCTI • MAR
TYRIS • YPPOLITI • VSQVE • HVC
SVRGERE • TECTA • ILICIVS
PRESB • SVMPTV • PROPIO • FECIT

Malgré la popularité du culte dont Hippolyte était l’objet à Rome, au temps des grandes translations des corps saints hors des catacombes, ses restes furent transférés dans l’illustre monastère de Saint-Sauveur, sur le mont Letenano, sur le territoire de Rieti. Plusieurs anciens Martyrologes mentionnent cette translation le 9 mai : Beati Ippoliti martyris, quando sacratissimum corpus eius translatum est in comitatu Reatino, in Monasterio Domini Salvatoris [4].

Le transfert des reliques de saint Hippolyte en Sabine amena les moines de Farfa à se faire eux aussi les zélés propagateurs de son culte ; aussi, dans la seule Chronique de Farfa trouvons-nous énumérées, sous le nom de martyr, les possessions suivantes : Curtis S. Ippoliti, ecclesia sancti Hyppoliti, ecclesia sancti Yppoliti in Aviliano, ecclesia sancti Yppoliti in Retiano, ecclesia sancti Yppoliti in comitatu Tudertino, monasterium sancti Yppoliti in Firmana Civitate, monasterium sancti Hippoliti in silva etc.

L’étendue et la variété de la production littéraire d’Hippolyte impressionnèrent vivement toute l’antiquité chrétienne, à ce point que le lointain Orient attribua au Docteur romain — qui, probablement, était de bonne foi — une autorité si indiscutable que nous trouvons des fragments de ses œuvres dans d’anciennes versions latines, syriaques, coptes, arabes, éthiopiques, arméniennes et slaves.

Nous éprouvons une impression pénible en pensant au schisme qui sépara un certain temps Hippolyte du pape Callixte ; mais nous appliquerons à son cas ce que disait saint Augustin au sujet du désaccord survenu entre saint Cyprien et le pape Étienne : Tout ce qu’il y avait dans l’arbre de trop fécond et de luxuriant dans les branches, le céleste Agriculteur l’a émondé avec la faux du martyre. Ou, comme dit de son côté saint Jérôme, à propos d’un autre grand docteur de l’antiquité, Origène, avec lequel Hippolyte a de nombreux points de ressemblance : Non imitemur eius vitia, cuius virtutes assequi non possumus [5].

Dans le Sacramentaire Léonien, le titre de la messe de ce jour est commun à saint Hippolyte et à saint Pontien ; cependant la préface ne concerne que le premier. Les Sacramentaires postérieurs, au contraire, ont oublié complètement le Pontife mort exilé in insula nociva, pour ne conserver que la mémoire du grand Docteur romain, à la fête de qui, plus tard seulement, fut associée aussi celle de saint Cassien d’Imola.

Saint Cassien, martyr.
Station sur la voie Tiburtine.

Les louanges de ce martyr furent chantées par Prudence, qui, dans le Peristephanon, décrivit les peintures qui ornaient sa basilique sépulcrale. On y voyait le Saint déchiré par ses jeunes élèves, auxquels il avait été livré pour que ceux-ci pussent décharger leur rancune contre leur trop austère précepteur. Ce fut près de cette basilique que saint Pierre Chrysologue voulut rendre son âme à Dieu.

Le culte de saint Cassien se répandit largement en Italie. Son image en mosaïque apparaît à Ravenne au Ve siècle, à la voûte de la chapelle de 1’’episcopium et dans la théorie des saints à Saint-Martin in caelo aureo. Vers la fin du même siècle, le pape Symmaque lui érigea un oratoire au Vatican, près de la rotonde de Saint-André ; une autre chapelle lui fut aussi dédiée dans l’Agro Verano, et le pape Léon IV restaura près de celle-ci un monastère d’hommes, chargé du service divin dans la basilique de Saint-Laurent.

La messe est Salus autem du Commun.

La première collecte, avec la simple adjonction des noms des martyrs Hippolyte et Cassien, est tirée de la messe des Confesseurs Pontifes : « Dieu tout-puissant, faites que la vénérable solennité de vos bienheureux martyrs Hippolyte et Cassien, nous obtenant une augmentation de piété, nous rapproche de plus en plus du salut éternel ». Dans le Sacramentaire Grégorien, la première collecte est la suivante : Sancti martyris tui Hippolyti, Domine, quaesumus, veneranda festivitas salutaris auxilii nobis praestet augmentum [6].

Conformément à la liste de Würzbourg, la lecture évangélique de ce jour : Attendite a fermenta Pharisaeorum est la même que celle du 26 juin.

Les deux collectes suivantes sont communes au Missel et au Sacramentaire Grégorien.

Sur les oblations. — « Regardez, Seigneur, les oblations que vous offre votre peuple en la fête des Saints, et faites que la confession de la vérité serve à nous obtenir à nous aussi le salut éternel ». Cette collecte se trouve dans le Sacramentaire Léonien pour ce même jour.

Il faut remarquer avec attention le sens originaire du martyre chrétien. Il ne s’agit pas directement des tortures d’une mort cruelle par la main d’autrui, mais de la confession sanglante de la vérité chrétienne, scellée par la mort, que le martyr affronte, courageux, pour le nom du Christ. En cette confession et en cette mort réside la valeur apologétique du martyre chrétien. Martyrem non poena, sed causa facit.

La tradition des Sacramentaires, du Léonien au Grégorien, assigne toujours une préface propre à la fête du grand saint Hippolyte. Voici celle du Léonien : Vere dignum... Tibi enim, Domine, festiva solemnitas agitur, tibi dies sacrata celebratur, quam sancti Hippolyti martyris tui sanguis in veritatis tuae testificatione profusus, magnifico nominis tui honore signavit. Per... [7]

Après la Communion. — « Que la participation à vos sacrements, Seigneur, nous sauve et nous confirme dans la lumière de votre vérité ». Aujourd’hui la liturgie est trop préoccupée de la lumière de la vérité, de la confession de la vérité, de l’attestation de la vérité, pour qu’on n’y reconnaisse pas une lointaine réminiscence des disputes qui agitèrent jadis catholiques et schismatiques à Rome, au temps d’Hippolyte. Celui-ci apprit d’ailleurs à ses dépens combien cher est le prix de la foi catholique, qu’il racheta, pour ainsi dire, finalement, par un glorieux martyre.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

L’armée des martyrs vêtus de blanc célèbre vos louanges.

1. Saint Hippolyte. — La véritable physionomie de saint Hippolyte a été considérablement altérée par la légende, qui en a fait un soldat chargé de garder saint Laurent dans sa prison, puis un martyr. En réalité, Hippolyte était prêtre, disciple de saint Irénée, et maître réputé de l’Église de Rome. Auteur de nombreux ouvrages, il fait aussi autorité dans l’Église d’Orient. Il fut aussi le premier antipape, mais il racheta généreusement cette faute par le martyre. Heureusement le schisme dura peu de temps. Avec son rival, le pape Pontien, Hippolyte fut condamné aux mines de Sardaigne, « l’île meurtrière », où tous deux moururent en 236. On déposa son corps dans un cimetière particulier sur la voie Tiburtine, près de celui de saint Laurent. Plus tard ses reliques furent transférées au monastère du Rédempteur sur le mont Latenano, près de Rieti.

2. Saint Cassien. — Le même jour, à Imola, martyre de saint Cassien. Les mains liées derrière le dos, il fut livré par le persécuteur aux enfants dont il était le maître pour être déchiré par eux à coups de stylets. Ce supplice fut d’autant plus douloureux que les coups portés par des mains trop faibles, ne pouvant lui ôter la vie, ne faisaient que prolonger ses tourments. (Il souffrit durant la persécution de Dioclétien 303-304). (On conserve à Ravenne, dans la chapelle de l’évêché, une statue de ce saint datant du Ve siècle).

La messe est du commun des martyrs Salus autem.

Office du jour

Office du jour

Office

Leçon des Matines avant 1960.

Troisième leçon. Hippolyte, baptisé par saint Laurent, fut arrêté à son domicile au moment où il prenait en communion la sainte Eucharistie. Amené devant l’Empereur Valérien, et interrogé par lui sur la religion qu’il professait, Hippolyte se déclara hardiment chrétien, et fut pour cette raison flagellé. Les coups n’ayant servi qu’à mieux montrer la constance de sa foi, on le tenta par des présents et des promesses d’honneurs. Mais toutes ces offres lui étant faites en vain, on le livra au préfet de la ville pour être mis à mort. Celui-ci allant chez Hippolyte pour confisquer ses biens, constata que tous les gens de sa maison étaient chrétiens. Après avoir essayé inutilement de les amener à l’apostasie, il fit frapper avec des lanières plombées Concordia, nourrice d’Hippolyte, qui encourageait les autres. Quant à ces derniers, sur l’ordre du préfet, ils furent tués en dehors de la porte Tiburtine. Hippolyte, traîné par des chevaux indomptés à travers des lieux couverts d’épines et de chardons, eut le corps tout déchiré et rendit son âme à Dieu. Le Prêtre Justin ensevelit les restes du Martyr avec ceux de ses serviteurs dans l’Agro Verano. Le même jour, à Imola, le Martyr Cassien subit un très cruel supplice ; on le livra, les mains liées derrière le dos, aux enfants qu’il instruisait, pour être percé et déchiré avec leurs stylets de fer. La faiblesse de ces bourreaux, en rendant le martyre plus long et plus douloureux, ne fit qu’ajouter à l’éclat du triomphe.

Pour plusieurs Martyrs, Troisième Messe

Pro pluribus Martyribus · Tertia Missa

IntroïtAnt. ad Introitum. Ps. 36, 39.
Salus autem iustórum a Dómino : et protéctor eórum est in témpore tribulatiónis.
Mais le salut des justes vient du Seigneur, et il est leur protecteur au temps de la tribulation.
Ps. Ibid., 1.
Noli æmulári in malignántibus : neque zeláveris faciéntes iniquitátem.
Ne porte pas envie aux méchants, ne sois pas jaloux de ceux qui commettent l’iniquité.
V/.Glória Patri.
CollecteOratio.
Da, quǽsumus, omnípotens Deus : ut beatórum Mártyrum tuórum Hippolýti et Cassiáni veneránda sollémnitas, et devotiónem nobis áugeat et salútem. Per Dóminum nostrum.
Faites, s’il vous plaît, ô Dieu tout puissant, que la solennité vénérable de vos bienheureux Martyrs Hippolyte et Cassien, nous apporte un accroissement de dévotion et de salut.
ÉpîtreLéctio Epístolæ beáti Pauli Apóstoli ad Hebrǽos.
Lecture de l’Épître de saint Paul Apôtre aux Hébreux.
Hebr. 10, 32-38.
Fratres : Rememorámini prístinos dies, in quibus illumináti magnum certámen sustinuístis passiónum : et in áltero quidem oppróbriis et tribulatiónibus spectáculum facti : in áltero autem sócii táliter conversántium effécti. Nam et vinctis compássi estis, et rapínam bonórum vestrórum cum gáudio suscepístis, cognoscéntes vos habere meliórem et manéntem substántiam. Nolíte itaque amíttere ! confidéntiam vestram, quæ magnam habet remuneratiónem. Patiéntia enim vobis necéssaria est : ut, voluntátem Dei faciéntes, reportétis promissiónem. Adhuc enim módicum aliquántulum, qui ventúrus est, véniet, et non tardábit. Iustus autem meus ex fide vivit.
Mes frères, Rappelez en votre mémoire ces premiers jours où, après avoir été illuminés, vous avez soutenu un grand combat de souffrances, d’une part exposés comme en spectacle aux opprobres et aux tribulations, et de l’autre, prenant part aux maux de ceux qui étaient traités de même. Car vous avez eu de la compassion pour les prisonniers, et vous avez accepté avec joie la perte de vos biens, sachant que vous aviez une richesse meilleure et permanente. N’abandonnez donc pas votre confiance, qui aura une grande rémunération. En effet, la patience vous est nécessaire, afin que faisant la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis. Encore bien peu de temps, et celui qui doit venir viendra ; il ne tardera pas. Or, mon juste vit de la foi.
GraduelGraduale. Ps. 33, 18-19.
Clamavérunt iusti, et Dóminus exaudívit eos : et ex ómnibus tribulatiónibus eórum liberávit eos.
Les justes ont crié, et le Seigneur les a exaucés, et il les a délivrés de toutes leurs tribulations.
V/. Iuxta est Dóminus his, qui tribuláto sunt corde : et húmiles spíritu salvábit.
V/. Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur affligé, et il sauvera les humbles d’esprit.
Alléluia
Allelúia, allelúia. V/. Te Mártyrum candidátus laudat exércitus, Dómine. Allelúia.
Allelúia, allelúia. V/. La blanche armée des Martyrs chante vos louanges, Seigneur. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Lucam.
Suite du Saint Évangile selon saint Luc.
Luc. 12, 1-8.
In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis : Atténdite a ferménto pharisæórum, quod est hypócrisis. Nihil autem opértum est, quod non revelétur : neque abscónditum, quod non sciátur. Quóniam, quæ in ténebris dixístis, in lúmine dicéntur : et quod in aurem locuti estis in cubículis, prædicábitur in tectis. Dico autem vobis amícis meis : Ne terreámini ab his, qui occídunt corpus, et post hæc non habent ámplius quid fáciant. Osténdam autem vobis, quem timeátis : timéte eum, qui, postquam occídent, habet potestátem míttere in gehénnam. Ita dico vobis : hunc timéte. Nonne quinque pásseres véneunt dipóndio, et unus ex illis non est in oblivióne coram Deo ? Sed et capílli cápitis vestri omnes numerári sunt. Nolíte ergo timére : multis passéribus pluris estis vos. Dico autem vobis : Omnis, quicúmque conféssus fúerit me coram homínibus, et Fílius hóminis confiténtur illum coram Angelis Dei.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie. Il n’y a rien de secret qui ne doive être découvert, ni rien de caché qui ne doive être connu. Car, ce que vous avez dit dans les ténèbres, on le dira dans la lumière ; et ce que vous avez dit à l’oreille, dans les chambres, sera prêché sur les toits. Je vous dis donc à vous, qui êtes mes amis : ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. Mais je vous montrerai qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne. Oui, je vous le dis, celui-là, craignez-le. Cinq passereaux ne se vendent-ils pas deux as ? Et pas un d’eux n’est en oubli devant Dieu. Les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point ; vous valez plus que beaucoup de passereaux. Or, je vous le dis, quiconque me confessera devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu.

Post Septuagesimam in fine sequentæ antiphonæ Allelúia omittitur. · ¶Après la Septuagésime, on omet l’Allelúia à la fin de l’antienne qui suit.

OffertoireAnt. ad Offertorium. Sap. 3, 1, 2 et 3.
Iustórum ánimæ in manu Dei sunt, et non tanget illos torméntum malítiae : visi sunt óculis insipiéntium mori : illi autem sunt in pace, allelúia.
Les âmes des Justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les touchera pas ; aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, cependant ils sont en paix, alléluia.
SecrèteSecreta
Réspice, Dómine, múnera pópuli tui, Sanctórum festivitáte votíva : et tuæ testificátio veritátis nobis profíciat ad salútem. Per Dóminum.
Regardez, Seigneur, les oblations que vous offre votre peuple en la fête des Saints, et faites que la confession de la vérité serve à nous obtenir à nous aussi le salut éternel.
CommunionAnt. ad Communionem. Matth. 10, 27.
Quod dico vobis in ténebris, dícite in lúmine, dicit Dóminus : et quod in aure audítis, prædicáte super tecta.
Ce que je vous dis dans l’obscurité, dites-le dans la lumière, dit le Seigneur ; et ce qui est dit à l’oreille, prêchez-le sur les toits.
PostcommunionPostcommunio
Sacramentórum tuórum, Dómine, commúnio sumpta nos salvet : et in tuæ veritátis luce confírmet. Per Dóminum.
Que la participation à vos sacrements, Seigneur, nous sauve et nous confirme dans la lumière de votre vérité.

Ou

ou Messe de Dim. : Mém. des SS. Hippolyte & Cassien & pro Papa. Préf. commune.

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Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Ce Dimanche est appelé en Occident le Dimanche du Sourd et Muet, depuis que l’Évangile du Pharisien et du Publicain a été transféré huit jours plus tôt. La Messe actuelle garde encore cependant, il sera facile de le constater, plus d’un souvenir de l’ancienne disposition.

Dans les années où la Pâque se rapproche le plus du 21 mars, la lecture des livres des Rois se poursuit jusqu’à cette semaine, qu’elle ne dépasse jamais. C’est la maladie d’Ézéchias et la guérison miraculeuse obtenue par les prières du saint roi, qui font alors le sujet des premières Leçons de l’Office de la nuit [1].

A LA MESSE.

Le docte et pieux abbé Rupert, écrivant avant le changement survenu dans l’ordre des lectures évangéliques, explique en ces termes le choix fait par l’Eglise de l’Introït du jour : « Le Publicain, dans l’Évangile, s’accuse et dit : Je ne suis pas digne de lever mes yeux au ciel. Paul, dans l’Épître, l’imite en disant : Je suis le plus petit des Apôtres, indigne d’en porter le nom, car j’ai persécuté l’Église de Dieu. Comme donc cette humilité qui nous est donnée pour exemple est la gardienne de l’unité des serviteurs de Dieu, en faisant que l’un ne s’élève pas contre l’autre [2], c’est à bon droit qu’on chante d’abord l’Introït où il est parlé du Dieu qui fait habiter dans sa maison des hommes d’une seule âme [3]. »

Rien n’est touchant comme la Collecte de ce jour, lorsqu’on la rapproche de l’Évangile qu’elle accompagnait primitivement. Pour être moins immédiat aujourd’hui, ce rapport n’a point disparu, puisque l’Épître, ainsi que nous le disions tout à l’heure, continue par l’exemple de saint Paul la leçon d’humilité que nous donnait le publicain repentant. En présence du spectacle qu’offre toujours à ses yeux maternels ce publicain méprisé du Juif, mais frappant sa poitrine et pouvant à peine dans sa douleur prononcer une parole, la sainte Église, émue jusqu’au fond des entrailles, vient donc compléter et aider sa prière. Avec une délicatesse ineffable, elle demande au Dieu tout-puissant, par sa miséricorde infinie, de rendre la paix aux consciences troublées en pardonnant les fautes, et d’accorder ce que la prière même des pauvres pécheurs n’ose formuler dans sa réserve craintive.

ÉPÎTRE

Dimanche dernier, le Publicain nous rappelait l’humilité qui convient au pécheur. Aujourd’hui le Docteur des nations nous montre en sa personne que cette vertu ne sied pas moins à l’homme justifié, qui se souvient d’avoir autrefois offensé le Très-Haut. Le péché du juste, fût-il remis dès longtemps, demeure sans cesse devant ses yeux [4] ; toujours prêt à s’accuser lui-même [5], il ne voit dans le pardon et l’oubli divins [6] qu’un motif nouveau de ne jamais perdre, quant à lui, le souvenir de ses fautes. Les faveurs célestes qui viennent parfois récompenser la sincérité de son repentir, la manifestation des secrets de la Sagesse éternelle [7], l’entrée dans les puissances du Seigneur, en le conduisant plus avant dans l’intelligence des droits de la justice infinie [8], lui révèlent mieux aussi l’énormité des crimes volontaires qui sont venus s’adjoindre aux souillures de son origine [9]. Bientôt, dans cette voie, l’humilité n’est plus seulement pour lui une satisfaction donnée à la justice et à la vérité par son intelligence éclairée d’en haut : à mesure qu’il vit avec Dieu d’une union plus étroite et qu’il s’élève par la contemplation dans la lumière et l’amour, la divine charité, qui le presse toujours plus en toutes manières [10], se fait un aliment du souvenir même de ses fautes. Elle sonde l’abîme d’où la grâce l’a tiré, pour s’élancer de ces profondeurs de l’enfer plus véhémente, plus dominante et plus active. C’est alors que la reconnaissance pour les richesses sans prix qu’il tient aujourd’hui de la libéralité souveraine ne suffit plus au pécheur d’autrefois, et que l’aveu de ses misères passées sort de son âme ravie comme un hymne au Seigneur.

Comme Augustin, à la suite de Paul [11], « il glorifie le Dieu juste et bon en publiant de soi le bien et le mal, afin de gagner à l’unique objet de sa louange et de son amour l’esprit et le cœur des humains [12]. » Et le converti de Monique et d’Ambroise, l’illustre évêque d’Hippone, plaçait en tête de ses Confessions immortelles la parole des psaumes, qui expliquait son but et sa pensée : Vous êtes grand, Seigneur, et digne de toute louange ; grande est votre puissance, et sans mesure votre sagesse [13] !

« Et c’est vous que l’homme prétend louer ! poursuit-il : l’homme, portion chétive de votre création, promenant partout sa mortalité, et, avec elle, le témoignage de son péché, le témoignage que vous résistez aux superbes [14] ! Et pourtant, cet être infime qui veut vous louer, ô Dieu, vous l’excitez à se complaire en cette louange. Recevez donc l’hommage que vous offre ma langue formée pour louer votre Nom. Que ma chair et tous mes os, guéris par vous, s’écrient : Seigneur, qui est semblable à vous [15] ? Que mon âme vous loue pour vous aimer ; que pour vous louer elle confesse vos miséricordes. Je veux repasser présentement dans ma pensée mes longs égarements, et vous immoler sur ma honte une hostie d’allégresse [16]. Non que j’aime mes fautes ; mais c’est pour vous aimer, vous, mon Dieu, que je les rappelle ; c’est par amour de votre amour que je reviens à ces amertumes pour savourer vos délices, ô douceur qui ne trompez pas, douceur bienheureuse et sans périls, qui rassemblez mes puissances et les rappelez de la dispersion douloureuse où les avait jetées mon éloignement de vous, centre unique de tout être. Que suis-je pour moi sans vous, qu’un guide conduisant aux abîmes ? Lorsqu’en moi tout est bien, que suis-je, que le petit enfant au sein de sa mère, le nourrisson puisant en vous dans la jouissance une nourriture incorruptible ? Qu’est l’homme enfin, quelque homme qu’il soit, puisqu’il est homme ? Qu’ils rient de moi, les puissants, ceux-là, ô mon Dieu, qui n’ont pas encore eu l’heureuse fortune d’être terrassés et brisés par vous ! Nous les petits, en face de ces forts, nous nous confessons et vous louons dans notre misère. Point n’est besoin pour cela de la parole et de la voix, vous entendez les cris de la pensée : quand je suis mauvais, c’est me confesser et vous louer que de me déplaire à moi-même ; quand je suis bon, c’est me confesser et vous louer que de ne pas m’en attribuer la cause. Car si vous bénissez le juste[Psalm. V, 13.[]], ô Seigneur, c’est que [17] vous l’avez d’abord justifié comme impie [18]. »

C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, doit dire en effet le juste avec l’Apôtre ; et lorsque cette vérité fondamentale est affermie dans son âme, il peut sans crainte ajouter avec lui : Sa grâce n’a pas été stérile en moi. Car l’humilité repose sur la vérité, disions-nous Dimanche : on manquerait à la vérité en rapportant à l’homme ce qui, dans l’homme, vient du souverain Être ; mais ce serait aller aussi contre elle, que de ne pas reconnaître avec les saints les œuvres de la grâce où Dieu les a mises. Dans le premier cas, la justice se trouverait blessée non moins que la vérité ; dans le second, la gratitude. L’humilité, dont le but direct est d’éviter ces lésions injustes de la gloire due à Dieu en réfrénant les appétits de la superbe, devient ainsi d’autre part le plus sûr auxiliaire de la reconnaissance, noble vertu, qui, dans les chemins d’ici-bas, n’a pas de plus grand ennemi que l’orgueil.

Aux premiers temps de la conversion, il est bon, il est prudent et nécessaire même généralement, pour les âmes, d’insister plus dans leurs méditations sur la considération de leurs défauts et de leurs fautes que sur la pensée des faveurs divines ; toujours est-il, cependant, qu’alors même il n’est permis à aucun homme d’oublier qu’il doit non seulement pleurer ses crimes passés et veiller sur sa vie présente, mais aussi remercier sans fin l’auteur de son bienheureux changement et de ses progrès dans la vertu [19]. Lorsque le chrétien ne peut voir en lui-même une grâce, un bien quelconque, sans qu’aussitôt il lui faille lutter pour écarter les complaisances de l’amour-propre et la pensée de se préférer à d’autres, il n’a pas à s’en troubler sans doute ; car le péché d’orgueil n’est pas dans la suggestion mauvaise qui peut s’en présenter, mais dans le consentement qu’on lui donne ; toutefois cette hésitation du regard intérieur n’est pas sans inconvénient dans les voies spirituelles, et l’homme qui veut s’élever vers Dieu doit tendre doucement à la faire disparaître. Avec l’aide de la grâce il raffermira peu à peu l’œil de son âme, et guérira, parla pratique des Sacrements, son infirmité de nature. Surtout, qu’en ce point, comme pour tant d’autres, il se confie pleinement à Dieu qui l’appelle ; de lui-même, il serait impuissante se dégager des restes involontaires du péché qui, comme autant d’humeurs viciées, faussent en lui la belle lumière des dons divins ou la font dévier par une réfraction malheureuse.

Si votre œil est simple, nous dit le Seigneur [20], votre corps tout entier sera lumineux, sans qu’aucune partie soit obscure ; la lumière vous illuminera pleinement et sûrement, parce qu’elle vous arrivera sans altération ni détour. C’est donc à la douce simplicité, fille de l’humilité et son inséparable compagne, qu’il appartient de nous dire comment s’allient dans les âmes, et se complètent mutuellement, la connaissance réfléchie des faveurs qu’elles reçoivent du ciel et la conscience de leur misère ; elle nous apprend, à la clarté des Écritures et à l’école des Saints, que se louer dans le Seigneur [21], se glorifier en Dieu [22], c’est louer et glorifier le Seigneur même. Quand Notre-Dame proclamait que toutes les générations l’appelleraient bienheureuse, l’enthousiasme divin qui l’animait n’était pas moins l’extase de son humilité que de son amour [23]. La vie des âmes d’élite présente à chaque pas de ces transports sublimes, Où reprenant pour soi le cantique de leur Reine, elles magnifient le Seigneur en chantant les grandes choses qu’il fait par elles dans sa puissance [24]. Lorsque saint Paul, après l’appréciation si basse qu’il porte de lui-même comparé aux autres Apôtres, ajoute que la grâce a été productive en lui et qu’il a travaillé plus qu’eux tous [25], ne croyons pas qu’il change de thème, ou que l’Esprit qui le dirige veuille corriger ainsi ses premières expressions ; un seul besoin, un même et unique désir lui inspire ces paroles en apparence diverses et contraires : le désir et le besoin de ne pas frustrer Dieu dans ses dons, soit par l’appropriation de l’orgueil, soit par le silence de l’ingratitude.

Nous nous sommes étendus de préférence sur ces réflexions que suggèrent les dernières lignes de notre Épître ; elles complètent ce que nous avions à dire de l’humilité, vertu indispensable d’où relève tout progrès comme toute sûreté dans la vie chrétienne. Ce que dit saint Paul au sujet de la résurrection du Seigneur, considérée comme fondement de la prédication apostolique et de la foi des nations [26], n’a pas moins d’importance ; mais le glorieux mystère qui fournit à l’année liturgique dans la Solennité des solennités son pivot et son centre, a été traité durant l’Octave de Pâques avec les développements qu’il mérite. Lors même que le défaut d’espace ne nous y contraindrait pas, nous ne saurions mieux faire que d’y renvoyer le lecteur. Le Graduel nous est donné, dans les ouvrages des pieux interprètes de la Liturgie, comme l’action de grâces des humbles, guéris par Dieu conformément à l’espérance qu’ils avaient mise en lui [27].

ÉVANGILE.

Jésus n’est plus dans la Judée ; le nom des lieux cités en tête de l’Évangile du jour indique que la gentilité est devenue le théâtre des opérations du salut. Quel est donc cet homme qu’on amène au Sauveur, et dont la misère arrache des soupirs au Verbe divin ? Que signifient les circonstances insolites avec lesquelles s’opère sa guérison ?

Cette guérison, d’un seul mot Jésus pouvait l’accomplir, et sa puissance en eût paru plus éclatante. Mais le miracle qui nous est raconté cache un plus grand mystère ; et l’Homme-Dieu, voulant ici surtout nous instruire, subordonne l’exercice de sa puissance au but d’enseignement qu’il poursuit.

Les saints Docteurs nous apprennent en effet que cet homme représente le genre humain tout entier [28] en dehors du peuple juif. Abandonné depuis quatre mille ans dans les régions de l’aquilon où régnait seul le prince du monde [29], il a ressenti les effets désastreux de l’oubli dans lequel l’avait mis, semblait-il, son Créateur et Père, par suite du péché d’origine. Satan dont la ruse perfide l’a fait chasser du paradis, s’en étant emparé, s’est surpassé dans le choix du moyen qu’il a pris pour garder sa conquête. La tyrannie savante [30] de l’oppresseur a réduit son esclave à un état de mutisme et de surdité qui le fixe mieux que des chaînes de diamant sous son empire ; muet pour implorer Dieu, sourd pour entendre sa voix, les deux routes qui pouvaient le conduire à la délivrance sont fermées pour lui. L’adversaire de Dieu et de l’homme, Satan peut s’applaudir. C’en est fait, on peut le croire, de la dernière des créations du Tout-Puissant, c’en est fait du genre humain sans distinction de familles ou de peuples ; car voici qu’elle-même, la nation gardée par le Très-Haut comme sa part de réserve au milieu de la défection des peuples [31], a profité de ses avantages pour renier plus cruellement qu’eux tous son Seigneur et son Roi !

L’Épouse que le Fils de Dieu était venu chercher sur la terre, la société des saints, doit-elle donc se réduire aux rares individualités qui s’attachèrent à lui durant les jours de sa vie mortelle ? Par le zèle de l’Église naissante et l’ineffable bonté du Seigneur, il n’en sera pas ainsi. Chassée de Jérusalem avec son Époux, l’Église a rencontré au delà des confins de Judée le captif de Satan ; elle le convoite pour le royaume de Dieu, et c’est elle qui, par ses apôtres et leurs disciples, l’amène à Jésus, en le priant d’imposer sur lui sa main divine. Car nulle puissance humaine ne saurait le guérir : non seulement, assourdi comme il l’est par le tumulte des passions, il n’entend plus que d’une manière confuse la voix même de sa conscience, et ne perçoit plus l’écho des traditions, les accents des prophètes, que comme un son lointain et sans force ; mais encore, l’ouïe ainsi éteinte, il a perdu, avec ce sens précieux plus que tous les autres ici-bas, la possibilité même de réparer ses pertes, puisque la foi qui pourrait seule le sauver vient de l’ouïe, nous dit l’Apôtre [32].

L’Homme-Dieu gémit en présence d’une misère si extrême. Et comment ne l’eût-il pas fait à la vue des ravages exercés par l’ennemi sur cet être d’élite, dans cette œuvre si belle dont lui-même avait fourni le modèle à la Trinité adorable aux premiers jours du monde [33] ? Levant donc au ciel les yeux toujours exaucés de son humanité sainte [34], il voit l’acquiescement du Père aux intentions de sa compassion miséricordieuse ; et, reprenant l’usage de ce pouvoir créateur qui fit toutes choses par faites à l’origine, il prononce comme Dieu et comme Verbe [35] la parole de restauration toute-puissante :

Ephphetha ! Le néant, ou plutôt, ici, la ruine pire que le néant, obéit à cette voix bien connue ; l’ouïe de l’infortuné se réveille ; elle s’ouvre avec délices aux enseignements que lui prodigue la tendresse triomphante de l’Église, dont les prières maternelles ont obtenu cette délivrance ; et la foi qui pénètre en lui du même coup produisant son effet, sa langue enchaînée reprend le cantique de louange au Seigneur interrompu par le fatal péché depuis des siècles [36].

Cependant l’Homme-Dieu, disions-nous, veut moins, dans cette guérison, manifester la puissance de sa parole divine qu’instruire les siens ; il veut leur révéler symboliquement les réalités invisibles produites par sa grâce dans le secret des sacrements. C’est pourquoi il emmène l’homme qu’on lui présente à l’écart, à l’écart de cette foule tumultueuse des passions et des vaines pensées [37] qui l’avaient rendu sourd pour le ciel ; à quoi servirait-il en effet de le guérir, si, les causes de sa maladie n’étant pas éloignées, il doit retomber aussitôt ? Jésus, ayant donc garanti l’avenir, met dans les oreilles de chair de l’infirme ses doigts sacrés qui portent l’Esprit-Saint [38] et font pénétrer jusqu’aux oreilles de son cœur la vertu réparatrice de cet Esprit d’amour. Enfin, plus mystérieusement encore, parce que la vérité qu’il s’agit d’exprimer est plus profonde, il touche avec la salive sortie de sa bouche divine cette langue devenue impuissante pour la confession et la louange ; et la Sagesse, car c’est elle qui est ici mystiquement signifiée, la Sagesse qui sort de la bouche du Très-Haut, et découle pour nous comme une onde enivrante de la chair du Sauveur [39], ouvre la bouche du muet, comme elle rend éloquente la langue des enfants qui ne parlaient pas encore [40].

Aussi l’Église, pour nous montrer qu’il s’agit figurativement, dans le fait de notre Évangile, non d’un homme isolé, mais de nous tous, a-t-elle voulu que les rites du baptême de chacun de ses enfants reproduisissent les circonstances de la guérison qui nous est racontée. Son ministre doit, avant de plonger dans le bain sacré l’élu qu’elle lui présente, déposer sur sa langue le sel de la Sagesse, et toucher les oreilles du néophyte en répétant la parole du Christ sur le sourd-muet : Ephphetha, c’est-à-dire ouvrez-vous [41]. Il est une instruction d’un autre genre qui ressort également du récit évangélique, et que nous ne devons pas négliger, parce qu’elle arrive opportunément à la suite de ce que nous avons dit sur l’humilité. Jésus-Christ demande le silence aux témoins du miracle qu’il vient d’accomplir, bien qu’il n’ignore pas que leur légitime admiration ne tiendra nul compte de ses recommandations sur ce point. Mais il veut apprendre à ceux qui le suivent que s’il ne leur est pas toujours loisible d’empêcher l’éclat de jaillir de leurs œuvres, que si parfois l’Esprit-Saint lui-même se charge, en dépit de leurs efforts contraires, d’illustrer leur nom ici-bas pour la plus grande gloire du Dieu dont ils sont l’instrument, ils n’en doivent pas moins toujours, quant à eux, fuir l’ostentation, préférer l’abjection [42] ou du moins le silence, et se cacher avec délices dans le secret de la face de leur Dieu [43], redisant avec une égale vérité à la suite des actions les plus retentissantes aussi bien qu’après les plus ignorées : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n’avons fait que ce que nous devions faire [44].

C’est toujours le chant des humbles, délivrés, guéris et glorifiés par Dieu, qui se fait entendre dans l’Offertoire.

L’assemblée des serviteurs de Dieu le supplie, par la Secrète, d’agréer leurs dons, d’en faire au Sacrifice l’hommage de leur servitude et le soutien de leur faiblesse.

L’Antienne choisie pour la Communion ne pouvait mieux convenir, dans un temps où les travaux de la moisson et des récoltes de tout genre se trouvent partout en pleine activité. Nous devons penser en effet à donner au Seigneur, par l’intermédiaire de son Église et des pauvres, les prémices de ces biens qui nous viennent de lui. Mais si nous voulons véritablement honorer Dieu en cela, évitons d’imiter la jactance du Pharisien dans l’acquittement d’un devoir si simple et si profitable à qui l’accomplit.

Le remède sacré des Mystères agit sur le corps et sur l’âme ; produisant ainsi le salut de l’un et de l’autre, il est la vraie gloire du chrétien. L’Église demande pour ses fils, dans la Postcommunion, cette plénitude effective du Sacrement.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

« Prima post sancti Laurentii. »

La messe de ce jour a un caractère festif très prononcé, et en quelques documents elle est indiquée comme celle de la première semaine après la solennité du martyr Laurent. Ce classement ne peut pourtant pas correspondre toujours au XIᵉ dimanche après la Pentecôte, puisque cette dernière est elle-même une fête mobile.

L’introït est un chant de triomphe, où la famille de Jésus célèbre dans l’Esprit Saint son unité, sa perfection et sa force. L’offertoire est un hymne d’action de grâces à l’auteur de si grands bienfaits, et le psaume de la Communion, tout en suggérant la manière d’honorer Dieu dans le juste usage de ses dons matériels, contient une gracieuse allusion à la fécondité de la saison d’été, à la moisson que l’on va recueillir dans les greniers, et à la vendange prochaine pour laquelle les grappes se dorent déjà dans les vignes plantées en grand nombre sur les riantes collines de la campagne romaine. Bref, une belle moisson par une joyeuse matinée d’été.

L’antienne pour l’entrée des ministres sacrés dans le temple est empruntée au psaume 67, qui s’inspire à son tour du cantique de Débora la Prophétesse. « Le Seigneur réside dans son sanctuaire. Il fait retourner chez eux les abandonnés. Il donne à son peuple valeur et force. » Le sanctuaire éternel de Dieu est dans le ciel. C’est là qu’il ramène son troupeau, errant à travers le désert de ce monde. Le chemin nous est disputé par nos adversaires spirituels, symbolisés par tous ces peuples qui se présentèrent devant les Israélites pour les empêcher d’avancer dans l’occupation de la terre promise. Mais le Seigneur prend la défense de ses fidèles. Il se lève à leur aide, et le souffle de son Esprit disperse tous ses ennemis.

La collecte qui suit est un vrai joyau liturgique : « O Dieu, l’on dit que, dans l’immensité de votre amour, sans regarder à nos fautes, vous allez au delà de nos prières elles-mêmes ; répandez sur nous votre miséricorde, éloignant ce que redoute conscience coupable et y ajoutant bénévolement ce que la prière n’ose pas même implorer. »

Cette brève prière de la liturgie dominicale vaut tout un traité sur l’oraison. Celle-ci, pour conserver l’ordre convenable, doit être humble et commencer par les exercices de la voie purgative, demandant assidûment à Dieu le pardon des fautes. Il ne convient pas, en effet, à une âme coupable de mille infidélités, de demander au Seigneur ces faveurs spéciales que seuls peuvent se promettre l’épouse ou l’ami. C’est pourquoi le saint moine qui convertit la courtisane Thaïs, après l’avoir enfermée dans une grotte lui apprit à prier uniquement ainsi : Qui plasmasti me, miserere mei. Il la jugea indigne de prononcer même le nom adorable du Seigneur. Thaïs obéit et devint une sainte.

Quand l’âme a fidèlement accompli les exercices de purification propres à la voie purgative, Dieu lui-même l’invite — ascende superius — à s’élever plus haut, c’est-à-dire à la voie illuminative et enfin même à la voie unitive, à laquelle est réservée l’union parfaite avec le Seigneur, le don de l’amour, qui est précisément ce à quoi fait humblement allusion aujourd’hui la collecte : et adiicias quod oratio non praesumit. Certes, l’oraison du pauvre pécheur ne peut prétendre à un si grand don ; mais il est bien permis de l’espérer de l’infinie bonté de Dieu, par les mérites du Christ ; car si la grâce de l’amour parfait ne nous est pas due à nous, elle lui est certainement due à lui et elle nous sera accordée par égard pour lui.

Aujourd’hui le texte de l’épître aux Corinthiens qui fait suite à la lecture de dimanche dernier (I, 15, 1-10) contient en traits concis mais énergiques le plan de la primitive catéchèse chrétienne, tant dans sa partie dogmatique que dans sa partie historique et christologique. Elle est basée entièrement sur le dogme de la résurrection de Jésus, attestée de mille manières par l’Écriture et par les Apôtres. Les fidèles sont sauvés au moyen de cette foi qui, néanmoins, ne doit pas demeurer stérile et morte, mais doit être féconde et fructifier en bonnes œuvres, à l’imitation de Paul lui-même, en qui la grâce de Dieu ne fut pas inerte et inactive, mais, mise en valeur par la coopération de l’Apôtre, fructifia tellement que l’ancien persécuteur de Damas put ensuite, sous l’inspiration du Paraclet, se rendre à lui-même ce témoignage, qu’il avait plus travaillé pour la prédication, de l’Évangile que tous ]es autres apôtres. Abundantius illis omnibus laboravi. Splendide louange, glorification magnifique que celle-ci, et qui concerne non les visions et les dons célestes, mais les labeurs supportés pour l’Évangile.

Le répons est commun au vendredi après le IIIᵉ dimanche de Carême et provient du psaume 27. « Mon cœur se confie en Dieu, de qui j’ai reçu secours. Mon cœur tressaille de joie et le célèbre par des chants. V/. Vers vous, Seigneur, j’élève mon cri ; ah ! Ne vous taisez pas, ne vous éloignez pas. » Le Seigneur se tait quand l’âme, par son continuel mépris et abus de la grâce, a mérité de ne plus l’entendre. Alors II ne parle plus intérieurement au cœur, parce que ce cœur volontairement et de lui-même s’est endurci, desséché, de manière à ne pouvoir plus écouter la voix de Dieu. Cet état est très voisin de celui de l’impénitence finale, et doit faire trembler spécialement les âmes tièdes dont là maladie souvent s’aggrave et conduit à cette espèce de léthargie spirituelle.

Le verset alléluiatique est tiré du psaume 80, où l’on invite à se réjouir dans le Seigneur, Dieu de Jacob, aide et bras puissant de toute la postérité spirituelle d’Israël. Que l’on entonne donc des hymnes, que l’on chante en s’accompagnant de la harpe, pour rendre à Dieu les actions de grâces qui lui sont dues.

Quand le Seigneur, qui est l’universel souverain de toutes choses, prend dans les Écritures le nom de Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, il le fait pour indiquer que ces saints Patriarches morts vivaient en Lui et qu’il leur appartenait à titre spécial de récompense, pour avoir été l’objet de leur foi, de leur espérance et de leur charité quand ils étaient voyageurs ici-bas.

La lecture évangélique de saint Marc (7, 31-37) avec le récit de la guérison du sourd-muet de la Décapole, rappelait aux anciens fidèles une des cérémonies les plus émouvantes de leur catéchuménat, alors que le prêtre avait, avec l’huile bénite et sa salive, signé leurs lèvres fermées jusqu’alors aux louanges divines, disant avec Jésus : « Ephpheta... ouvrez-vous. » Saint Grégoire le Grand commenta ce miracle avec une grande profondeur de vues, quand il expliqua au peuple le prophète Ézéchiel [45].

L’Évangile de ce jour se termine par ce chant de reconnaissance adressé à Jésus par les foules émues : « Il a tout disposé dans sa bonté ; il a rendu l’ouïe aux sourds et la parole aux muets. » A plus forte raison pouvons-nous le répéter, après vingt siècles de rédemption, nous qui comprenons bien mieux que ces foules tout le sens de ce bene omnia fecit ! Il a tout disposé selon les voies ineffables de sa miséricorde, les nations, les familles et les individus. Au fond, toute l’histoire de l’Église, bien plus, l’histoire du monde, confirment cette unique vérité : Bene omnia fecit. C’est là le véritable optimisme, celui qui est digne du Dieu très bon et très grand.

L’antienne durant l’offrande du peuple est commune au mercredi des Cendres et provient du psaume 29 : « O Seigneur ! Vous m’avez mis en sûreté, je vous exalterai parce que vous n’avez jamais laissé se réjouir à mon sujet mes adversaires. Mon Dieu, je vous appelai à l’aide, et vous me guérîtes. » Ce cantique d’action de grâces, l’Esprit Saint le met sur les lèvres du Christ crucifié et ressuscité triomphant de la mort. Celui-ci, en expirant, confia son sort au Père, et le Père, voulant le venger de ses ennemis qui ensevelirent son cadavre et firent garder la caverne sépulcrale pour empêcher qu’on l’enlevât, serra contre sa poitrine ce Cœur transpercé, refroidi et qui ne battait plus. Ce Cœur lui appartenait, parce que c’était le Cœur de son Fils, un Cœur qui lui était entièrement consacré. Au contact du Cœur paternel, le Cœur de Jésus recouvra pour ainsi dire la chaleur et le mouvement vital. Le Père venge la gloire de son Fils. Les impies l’ont jugé indigne de vivre et l’ont condamné à une mort ignominieuse ; mais le divin Père le rappelle à une vie nouvelle et indéfectible, une vie glorieuse, qui est aussi une cause de résurrection pour tous ceux qui croient en lui.

La secrète implore du Seigneur un regard favorable sur le sacrifice qui va lui être offert, afin qu’il soit aussi un remède contre la faiblesse de notre nature. La servitus dont parle le Missel correspond à ce que les Grecs appellent liturgie, c’est-à-dire le ministère sacerdotal. Comme la nourriture donne la force au corps, ainsi l’Eucharistie confère à l’âme une vigueur divine, cette vigueur qui maintenait intrépides les martyrs sur les bûchers et en face du glaive des bourreaux. C’est d’eux, en effet, qu’il fut dit : Eucharistia martyres alit.

L’antienne pour la Communion est tirée des Proverbes (3, 9-10), en vertu d’une exception aux règles ordinaires de l’antiphonie classique, mais elle s’adapte trop bien au caractère de ces messes d’été, durant la saison de la moisson, pour que le rédacteur du sacramentaire grégorien ait pu renoncer à s’en servir. « Honore le Seigneur selon ton avoir, et offre-lui les prémices de ta moisson. En récompense, tes greniers seront remplis de blé, et ton pressoir distillera le vin en abondance. »

Le sens général de cette antienne est d’inculquer qu’il convient d’offrir au Seigneur et à l’Église les prémices des fruits de la terre, comme pour consacrer en elles la récolte tout entière. Bien plus, il était de règle, dans l’antiquité, que cette bénédiction des fruits nouveaux eût lieu peu après l’anamnèse, et c’est à elle que se rapportent, dans le Canon romain, ces paroles : Per quem haec omnia — c’est-à-dire les fruits — semper bona creas, sanctificas, vivificas, etc.

Dans la prière d’action de grâces, nous demandons au Seigneur, par la vertu du Sacrement, la santé de l’âme et du corps. L’Eucharistie nourrit réellement l’âme, mais le corps lui aussi ressent les effets bienfaisants de ce contact avec le Corps de Jésus, contact qui, finalement, lui vaut le don de la résurrection dernière.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Ephpheta — Ouvre-toi.

Nous avons remarqué que les dimanches après la Pentecôte, malgré leur variété, présentent deux formes principales. Tantôt, ils nous montrent deux images opposées : le bon et le mauvais arbre, les enfants du monde et les enfants de lumière, l’homme spirituel et l’homme charnel, l’humble publicain et l’orgueilleux pharisien. Tantôt, dans l’image d’une guérison ou d’un autre événement évangélique, ils nous rappellent notre conversion baptismale. Le dimanche est une petite fête de Pâques, un jour de baptême pour nous. Ce dimanche est un renouvellement de la grâce du baptême.

1. La messe (Deus in loco). — Nous entrons dans la maison de Dieu (Intr.). Nous songeons alors à ce que nous possédons dans cette maison. C’est là que demeure et trône notre Seigneur et notre Roi. L’église est la maison de notre Père. C’est la résidence des enfants de Dieu. C’est là qu’ils n’ont qu’une pensée et qu’une foi. Ils sont réunis par les liens de la charité. C’est là qu’ils se rassemblent tous, le jour du Seigneur, autour de leur Roi. Il leur confère force et courage (dans la messe du dimanche) pour entreprendre le combat contre le monde. L’image de paix se transforme, en effet, en image de guerre (Ps. 67). Les chrétiens sont pour ainsi dire une armée rangée qui s’avance à travers le monde, mettant en fuite les ennemis. La liturgie nous fait ainsi envisager les deux aspects de la vie chrétienne. Ces deux aspects se manifestent aussi dans le chant du Kyrie et celui du Gloria. Nous exprimons dans le Kyrie notre besoin de Rédemption ; puis, dans le Gloria, nous nous élevons à la joie de la Rédemption. Le Gloria est aujourd’hui un cantique pascal. Nous nous disons en le chantant : Je suis racheté, je suis un enfant de Dieu.

L’oraison, si riche de pensées, achève l’office de prière ; nous y exprimons aussi l’aspect de la vie chrétienne. Nous pouvons donc voir, dans l’office de prière, le commentaire des deux prières principales du Notre Père : Assurez-nous le royaume des cieux et écartez de nous le péché.

Écoutons maintenant le message de Dieu (Ép.). Saint Paul se tient devant nous et nous annonce le message pascal. Nous le voyons tel qu’il était quand, devant la communauté de Corinthe, il annonçait les grandes vérités de la foi : le Christ est mort pour nos péchés, le Christ est ressuscité. Il cite des témoins de la Résurrection et parmi eux il se cite lui-même. Le Christ lui est apparu. Lui aussi a été autrefois malade comme le sourd-muet ; il se désigne comme un avorton, le dernier parmi les Apôtres. Paul raconte comment il a reçu la grâce du baptême ; puis se manifeste sa conscience d’avoir été racheté : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, mais sa grâce n’a pas été vaine en moi ». Pendant toute sa vie, saint Paul eut ce sentiment de la Rédemption.

Pendant l’Évangile, nous nous transportons en esprit à la nuit de Pâques et nous nous tenons près des fonts baptismaux. Chacun de nous est le sourd-muet ; le Christ nous apparaît ; le divin médecin de l’âme met ses doigts dans nos oreilles et sur notre langue pour nous guérir. Nous recouvrons l’ouïe et la parole, nous devenons des illuminés pour le ciel. Nous portons comme offrande à l’autel une ardente reconnaissance pour le bienfait de la Rédemption.

Le psaume 29, à l’Offertoire, est un beau cantique d’action de grâces et, en même temps, un cantique de sacrifice. Maintenant, au Saint-Sacrifice, l’œuvre de la Rédemption est actuelle et réelle. Nous avons entendu : le Christ est mort pour nos péchés, il est ressuscité. Le Christ est présent sur l’autel ; sur l’autel apparaît l’Agneau immolé et glorifié. A la messe descend parmi nous le Sauveur pascal, tel qu’il apparut aux 500 frères sur la montagne, tel qu’il se montra à saint Paul sur le chemin de Damas. Dans la Communion, le Sauveur de l’âme vient jusqu’à moi. Il dit : Il reste encore beaucoup de cécité, de surdité et de mutisme dans ton âme. « Ephpheta », dit-il aujourd’hui comme au moment du baptême, ouvre-toi. Ce que tu as reçu au baptême, ajoute-t-il, je veux le maintenir, l’affermir, je veux t’enrichir pour le jour de mon retour.

2. Pensées du dimanche. — Dans le fait évangélique que nous avons lu l’Église voit depuis longtemps le symbole du baptême. Car c’est tout d’abord par le baptême que l’homme reçoit l’ouïe spirituelle et la parole véritable. Avant le baptême, il est pour ainsi dire sourd-muet. Il ne peut parler à Dieu dans la prière parce qu’il n’a pas la foi ; il ne peut pas davantage entendre la voix de Dieu. Ainsi donc, pour le royaume de Dieu, il est sourd-muet. Mais par le baptême il devient enfant de Dieu, il reçoit la vie de la grâce sanctifiante. Le Saint-Esprit demeure en lui et il est l’intermédiaire entre Dieu et son âme. Le Saint-Esprit est pour ainsi dire la langue qui peut parler à Dieu, l’oreille qui entend la voix de Dieu. Aussi, c’est un usage antique que le prêtre, dans les cérémonies du baptême, fasse quelque chose de semblable à ce que fit le Seigneur dans la guérison du sourd-muet. Le prêtre mouille avec de la salive les oreilles de l’enfant en disant : « Ephpheta, c’est-à-dire : ouvre-toi ». Il touche aussi le nez en disant : « Pour l’odeur de suavité -. Voici ce qu’il veut exprimer par-là : le baptême ouvre l’ouïe spirituelle ; il doit aussi répandre dans le baptisé le parfum des vertus. Ce que le baptême a commencé, la Sainte Eucharistie doit le continuer et le compléter. L’Église nous propose ce beau passage évangélique, nous donner cette leçon : Vous venez aujourd’hui pour à la messe comme de pauvres sourds-muets. Les bruits du monde vous empêchent d’entendre ce que Dieu vous dit. Vous vous tenez devant Dieu comme un enfant bégayant et vous ne trouvez pas une parole convenable. La grâce de la messe d’aujourd’hui doit vous restituer l’ouïe spirituelle, délier votre langue et vous rendre de plus en plus aptes à faire partie, un jour, du chœur des anges pour chanter la louange de Dieu. Ainsi donc le baptême doit être continué par la messe d’aujourd’hui.

Dans l’Épître, saint Paul nous annonce le message pascal : le Christ est mort pour nos péchés ; il a été enseveli, il est ressuscité. Saint Paul cite les témoins de la Résurrection : Pierre, les onze Apôtres ; il parle ensuite d’une apparition du Ressuscité devant 500 frères dont plusieurs vivaient encore de son temps. Il s’agit sans doute de l’apparition sur la montagne de Galilée sur laquelle le Seigneur rassembla une fois encore tous ses disciples. Le Sauveur apparut aussi à Jacques le Mineur en particulier. Les évangiles ne disent rien de cette apparition. Saint Paul cite encore un témoin de la Résurrection du Seigneur, c’est lui-même ; « Il apparut enfin à moi-même qui ne suis qu’un avorton. Je suis le dernier des Apôtres et je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu ». Le Sauveur apparut à saint Paul devant les portes de Damas et fit de lui un Apôtre. Néanmoins, il demeure petit et humble, il ne se croit pas digne de porter le titre honorifique d’Apôtre ; il se nomme un avorton. Il ne peut donc se vanter d’aucun mérite personnel. « Ce n’est que par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ». Il est une œuvre de la grâce de Dieu. — C’est ainsi que nous devrions parler nous aussi. De nous-mêmes, nous ne sommes rien ; si nous sommes grands, c’est par la grâce. Puissions-nous dire comme saint Paul : « La grâce de Dieu ne fut pas vaine en moi ». Cela veut dire que saint Paul a coopéré à la grâce. Que l’Épître convient donc bien à ce dimanche ! L’Évangile nous rappelle notre baptême. Dans l’Épître, l’Église veut nous rappeler le message pascal et nous montrer en même temps dans la conversion de saint Paul l’image de notre conversion baptismale.

Office du jour

Office du jour

Office

Ant. du Magnificat aux 1ʳᵉˢ Vêpres Je vous conjure, Seigneur, * souvenez-vous, je vous prie, comment j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et (comment) j’ai fait ce qui vous est agréable.

Leçons des Matines avant 1960

Au premier nocturne.

Du quatrième Livre des Rois.

Première leçon. Première leçon. — En ces jours-là, Ézéchias fut malade jusqu’à la mort ; alors vint vers lui Isaïe, le Prophète, fils d’Amos, et il lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Donne des ordres à ta maison ; car tu mourras, toi, et tu ne vivras pas. Ézéchias tourna sa face vers la muraille, et pria le Seigneur, disant : Je vous conjure, Seigneur, souvenez-vous, je vous prie, comment j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et comment j’ai fait ce qui vous est agréable. Et Ézéchias pleura d’un grand pleur.

Deuxième leçon. Et avant qu’Isaïe eût franchi la moitié du vestibule, la parole du Seigneur lui fut adressée, disant : Retourne, et dis à Ézéchias, chef de mon peuple : Voici ce que dit le Seigneur Dieu de David, votre père : J’ai entendu ta prière et j’ai vu tes larmes ; et voilà que je t’ai guéri, dans trois jours tu monteras au temple du Seigneur. Et j’ajouterai quinze années à tes jours ; et même je te délivrerai de la main du roi des Assyriens, toi et cette ville, et je protégerai cette ville, à cause de moi, et à cause de David, mon serviteur. Alors Isaïe dit aux serviteurs du roi : Apportez-moi une panerée de figues. Lorsqu’ils la lui eurent apportée et qu’ils l’eurent mise sur l’ulcère du roi, il fut guéri.

Troisième leçon. Or Ézéchias avait dit à Isaïe : Quel sera le signe que le Seigneur me guérira, et que je monterai dans trois jours au temple du Seigneur ? Isaïe lui répondit : Voici, de la part du Seigneur, le signe que le Seigneur accomplira la parole qu’il a dite : Voulez-vous que l’ombre (du soleil) monte de dix lignes, ou qu’elle rétrograde d’autant de degrés ? Et Ézéchias dit : Il est facile que l’ombre croisse de dix lignes ; et je ne désire pas que cela se fasse ; mais qu’elle retourne en arrière de dix degrés. C’est pourquoi Isaïe, le Prophète, invoqua le Seigneur, et il ramena l’ombre par les lignes par lesquelles déjà elle était descendue dans l’horloge d’Achaz, de dix degrés en arrière.

Au deuxième nocturne.

Du Commentaire de saint Jérôme, Prêtre, sur le Prophète Isaïe.

Quatrième leçon. De crainte que le cœur d’Ézéchias s’enorgueillisse, après d’incroyables triomphes et une victoire qui préservait d’une captivité, la maladie le visite et il lui est déclare qu’il va mourir, afin que, se tournant vers le Seigneur, il lui fasse changer son arrêt. Nous lisons qu’il en fut ainsi, et pour ce que Jonas avait annoncé, et pour les menaces lancées contre David. De ce que ces choses prédites ne sont pas suivies d’effet, il ne faut pas conclure que Dieu change de résolution, mais il amène les hommes à le connaître ; car le Seigneur a le cœur peiné de sévir contre les hommes. Ézéchias tourna son visage du côté de la muraille, parce qu’il ne pouvait se rendre au temple. Il le tourna vers la muraille du temple, près duquel Salomon avait construit le palais ; ou absolument vers la muraille, pour ne point paraître montrer avec affectation ses larmes à ceux qui l’entouraient.

Cinquième leçon. Apprenant qu’il va mourir, il ne demande pas une prolongation de vie et beaucoup d’années : il s’en remet à la volonté de Dieu sur ce qu’il voudra lui accorder, sachant que Salomon avait plu à Dieu pour ne lui avoir point demandé une longue existence. Près d’aller vers le Seigneur, il rappelle ce qu’il a fait, comment il a marché devant lui dans la vérité et avec un cœur parfait. Heureuse la conscience qui, au temps de l’affliction, se souvient de ses bonnes œuvres : « Heureux, en effet, ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. » Mais comment ; se fait-il qu’il est écrit ailleurs : « Qui pourra se glorifier d’avoir le cœur pur ? » La difficulté se résout ainsi : la perfection du cœur est attribuée ici à Ézéchias, parce qu’il a détruit les idoles, ouvert les portes du temple, brisé le serpent d’airain et accompli les autres actions que rapporte l’Écriture.

Sixième leçon. Il répandit beaucoup de larmes, à cause de la promesse du Seigneur à David, qu’il voyait privée d’effet par sa mort. Ézéchias n’avait pas d’enfants à cette époque, puisqu’après sa mort Manassé commença de régner en Juda, n’étant encore âgé que de douze ans ; ce qui montre avec évidence qu’il ne vint au monde que trois années après la prolongation de vie accordée à Ézéchias. La cause unique de ses larmes est donc qu’il désespérait que le Christ naquît de sa race. D’autres interprètes disent que la mort épouvante les saints eux-mêmes, à cause de l’incertitude du jugement de Dieu et de leur ignorance de la sentence d’où dépendra la demeure qu’ils auront.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Marc.
En ce temps-là : Jésus quitta le pays de Tyr et vint, par Sidon, vers la mer de Galilée, en plein pays de la Décapole. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, pape.

Septième leçon. Quand Dieu, Créateur de toutes choses, a voulu guérir un sourd-muet, il lui mit les doigts dans les oreilles et il prit de la salive et lui toucha la langue. Pourquoi ? Que signifient les doigts du Rédempteur, sinon les dons du Saint-Esprit ? C’est pour cela que, ailleurs, après avoir chassé un démon, il dit : « Si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, le Royaume de Dieu est donc venu jusqu’à vous. » Un autre évangéliste exprime cette même parole ainsi : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, le Royaume de Dieu est donc venu jusqu’à vous. » En mettant ces deux textes ensemble, on voit que l’Esprit est appelé doigt de Dieu. Donc, mettre les doigts dans les oreilles, c’est ouvrir à l’obéissance l’esprit du sourd par les dons du Saint-Esprit.

Huitième leçon. Et que veut dire : « Il prit de la salive et lui toucha la langue » ? Pour nous, la salive de la bouche du Rédempteur c’est la sagesse reçue par le discours divin. En effet, la salive découle de la tête dans la bouche. Ainsi, quand le Rédempteur qui est lui-même la Sagesse, touche notre langue, du coup, il la forme aux paroles de la prédication. « Il leva les yeux vers le ciel, et il gémit. » Non qu’il eût besoin de gémir, lui qui donnait ce qu’il demandait : Mais c’était pour nous apprendre à gémir vers celui qui siège au ciel, car nos oreilles doivent s’ouvrir par les dons du Saint-Esprit ; et la langue doit se délier en vue de la prédication par la salive de la bouche, c’est-à-dire par la science de la divine parole.

Neuvième leçon. « Et au même moment il lui dit : Effétha, c’est-à-dire : Ouvre-toi, ses oreilles s’ouvrirent, et du coup fut dénoué le lien de sa langue. » Notons ici que les mots « ouvre-toi » sont en fonction des oreilles bouchées. Mais dès que les oreilles du cœur sont ouvertes à l’obéissance, il s’en suit tout naturellement que le lien de la langue est dénoué pour dire aux autres d’accomplir les bonnes actions qu’on a soi-même accomplies. Alors on ajoute à bon droit : « Il parlait normalement. » Car celui qui pratique d’abord l’obéissance parle ensuite normalement pour exhorter les autres à exécuter ce qu’ils doivent faire.

Ant. du Benedictus à Laudes Quand le Seigneur passa * les confins de Tyr, il a fait entendre les sourds et parler les muets.

Ant. du Magnificat aux 2ᵉˢ Vêpres Il a bien fait toutes choses, * il a fait entendre les sourds et parler les muets.

11ᵉ Dimanche après la Pentecôte

Dominica Undecima post Pentecosten

IntroïtAnt. ad Introitum. Ps. 67, 6-7 et 36.
Deus in loco sancto suo : Deus qui inhabitáre facit unánimes in domo : ipse dabit virtútem et fortitúdinem plebi suæ.
Dieu est dans son lieu saint, Dieu qui fait habiter dans sa maison des hommes d’une seule âme : il donnera la vertu et la force à son peuple.
Ps. ibid., 2.
Exsúrgat Deus, et dissipéntur inimíci eius : et fúgiant, qui odérunt eum, a fácie eius.
Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient de devant sa face.
V/.Glória Patri.
CollecteOratio.
Omnípotens sempitérne Deus, qui, abundántia pietátis tuæ, et merita súpplicum excédis et vota : effúnde super nos misericórdiam tuam ; ut dimíttas quæ consciéntia metuit, et adícias quod orátio non præsúmit. Per Dóminum.
Dieu tout-puissant et éternel, qui dépassez par l’abondance de votre bonté les mérites et les vœux de ceux qui vous prient, répandez sur nous votre miséricorde : pardonnez les fautes qui agitent la conscience, accordez même ce que n’ose formuler la prière.
ÉpîtreLéctio Epístolæ beáti Pauli Apóstoli ad Corínthios.
Lecture de l’Epître de saint Paul, Apôtre, aux Corinthiens.
1. Cor. 15, 1-10.
Fratres : Notum vobis fácio Evangélium, quod prædicávi vobis, quod et accepístis, in quo et statis, per quod et salvámini : qua ratione prædicáverim vobis, si tenétis, nisi frustra credidístis. Trádidi enim vobis in primis, quod et accépi : quóniam Christus mortuus est pro peccátis nostris secúndum Scriptúras : et quia sepúltus est, et quia resurréxit tértia die secúndum Scriptúras : et quia visus est Cephæ, et post hoc úndecim. Deinde visus est plus quam quingéntis frátribus simul, ex quibus multi manent usque adhuc, quidam autem dormiérunt. Deinde visus est Iacóbo, deinde Apóstolis ómnibus : novíssime autem ómnium tamquam abortívo, visus est et mihi. Ego enim sum mínimus Apostolórum, qui non sum dignus vocári Apóstolus, quóniam persecútus sum Ecclésiam Dei. Grátia autem Dei sum id quod sum, et grátia eius in me vácua non fuit.
Mes Frères, je vous rappelle l’Evangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés : voyez si vous l’avez retenu en la manière que je vous l’ai annoncé ; car autrement vous auriez cru en vain. Or l’enseignement principal que je vous ai donné comme je l’ai reçu moi-même, c’est que le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures, qu’il est apparu à Céphas et ensuite aux onze. Après il a été vu en une seule fois par plus de cinq cents frères, dont la plupart vivent encore présentement et quelques-uns sont morts. Ensuite il s’est montré à Jacques, ensuite à tous les Apôtres. Après tous les autres enfin il s’est fait voir à moi-même qui ne suis qu’un avorton. Car je suis, moi, le moindre des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n’a point été stérile en moi.
GraduelGraduale. Ps. 27, 7 et 1.
In Deo sperávit cor meum, et adiútus sum : et reflóruit caro mea, et ex voluntáte mea confitébor illi.
Mon cœur a espéré en Dieu, et j’ai été secouru, et ma chair a refleuri, et je le louerai du fond de mon âme.
V/. Ad te, Dómine, clamávi : Deus meus, ne síleas, ne discédas a me.
Seigneur, j’ai crié vers vous ; mon Dieu, ne gardez pas le silence, ne m’abandonnez pas.
AlléluiaAllelúia, allelúia. V/.Ps. 80, 2-3.
Exsultáte Deo, adiutóri nostro, iubiláte Deo Iacob : súmite psalmum iucúndum cum cíthara. Allelúia.
Réjouissez-vous en Dieu notre protecteur, chantez au Dieu de Jacob, entonnez le psaume harmonieux sur la cithare. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Marcum.
Lecture du Saint Evangile selon saint Mathieu Luc Jean Marc.
Marc. 7, 31-37.
In illo témpore : Exiens Iesus de fínibus Tyri, venit per Sidónem ad mare Galilǽæ, inter médios fines Decapóleos. Et addúcunt ei surdum et mutum, et deprecabántur eum, ut impónat illi manum. Et apprehéndens eum de turba seórsum, misit dígitos suos in aurículas eius : et éxspuens, tétigit linguam eius : et suspíciens in cælum, ingémuit, et ait illi : Ephphetha, quod est adaperíre. Et statim apértæ sunt aures eius, et solútum est vínculum linguæ eius, et loquebátur recte. Et præcépit illis, ne cui dícerent. Quanto autem eis præcipiébat, tanto magis plus prædicábant : et eo ámplius admirabántur, dicéntes : Bene ómnia fecit : et surdos fecit audíre et mutos loqui.
En ce temps-là, Jésus, sortant des confins de Tyr, vint par Sidon vers la mer de Galilée, en passant au milieu de la Décapole. Et voici qu’on lui amena un homme qui était sourd et muet, en le priant de lui imposer les mains. Le prenant donc à part du milieu de la foule, il lui mit ses doigts dans les oreilles et de sa salive sur la langue ; et, levant les yeux au ciel, il soupira et lui dit : Ephphetha, c’est-à-dire, ouvrez-vous. Aussitôt ses oreilles furent ouvertes et sa langue déliée, et il parlait comme il convient. Il leur défendit de le dire à personne. Mais plus il le leur défendait, plus ils le publiaient, et plus ils étaient dans l’admiration, disant : Il a bien fait toutes choses ; il a fait entendre les sourds et parler les muets.
OffertoireAnt. ad Offertorium. Ps. 29, 2-3.
Exaltábo te, Dómine, quóniam suscepísti me, nec delectásti inimícos meos super me : Dómine, clamávi ad te, et sanásti me.
Seigneur, je chanterai vos grandeurs, parce que vous m’avez relevé, et que vous n’avez point donné à mes ennemis sujet de se réjouir contre moi ; Seigneur, j’ai crié vers vous, et vous m’avez guéri.
SecrèteSecreta.
Réspice, Dómine, quǽsumus, nostram propítius servitútem : ut, quod offérimus, sit tibi munus accéptum, et sit nostræ fragilitátis subsidium. Per Dóminum.
Regardez, Seigneur, avec bonté l’hommage de notre servitude, afin que nos dons vous soient une offrande agréable et deviennent le secours de notre faiblesse.
CommunionAnt. ad Communionem. Prov. 3, 9-10.
Hónora Dóminum de tua substántia, et de prímitus frugum tuárum : et implebúntur hórrea tua saturitáte, et vino torculária redundábunt.
Honore de ton bien le Seigneur, et donne-lui des prémices de tes fruits : et tes greniers seront remplis abondamment, et tes pressoirs regorgeront de vin.
PostcommunionPostcommunio.
Sentiámus, quǽsumus, Dómine, tui perceptióne sacraménti, subsídium mentis et córporis : ut, in utróque salváti, cæléstis remédii plenitúdine gloriémur. Per Dóminum nostrum.
Faites, nous vous en supplions, Seigneur , que nous trouvions dans la réception de votre Sacrement le secours de l’âme et du corps, afin que, sauvés dans l’un et l’autre, nous rencontrions notre gloire dans le plein effet du céleste remède.
Mémoire de SS. Hippolyte & Cassien

Collecte

Da, quǽsumus, omnípotens Deus : ut beatórum Mártyrum tuórum Hippolýti et Cassiáni veneránda sollémnitas, et devotiónem nobis áugeat et salútem. Per Dóminum nostrum.
Faites, s’il vous plaît, ô Dieu tout puissant, que la solennité vénérable de vos bienheureux Martyrs Hippolyte et Cassien, nous apporte un accroissement de dévotion et de salut.

Secrète

Réspice, Dómine, múnera pópuli tui, Sanctórum festivitáte votíva : et tuæ testificátio veritátis nobis profíciat ad salútem. Per Dóminum.
Regardez, Seigneur, les oblations que vous offre votre peuple en la fête des Saints, et faites que la confession de la vérité serve à nous obtenir à nous aussi le salut éternel.

Postcommunion

Sacramentórum tuórum, Dómine, commúnio sumpta nos salvet : et in tuæ veritátis luce confírmet. Per Dóminum.
Que la participation à vos sacrements, Seigneur, nous sauve et nous confirme dans la lumière de votre vérité.
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