Férie • Mém. de S. Zéphyrin, Pape & Martyr ou Messe des Souv. Pontifes
Mercredi 26 août 2026
Tous les textes, sans date : temporal et sanctoral
Messe du jour
Messe (Si diligis me) des Souv. Pontifes (4ᵉ cl./Rouge) : Gloria. Or. pro Papa. Préf. commune.
Textes du Commun : le propre du saint manque encore (« N. » à la place de son nom).

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Commentaire (Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique)
Commentaire (Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique)
Le 9 janvier 1942, le Pape Pie XII a introduit dans le Missel et dans le Bréviaire un nouveau Commun pour un ou plusieurs Souverains Pontifes. Il base cette nouveauté sur les motifs suivants : « La Sainte Église a toujours entouré d’un honneur particulier les Souverains Pontifes qui ont défendu avec zèle les droits du Saint-Siège, ont propagé par toute la terre la vérité de l’Évangile et ont donné aux membres de leur troupeau un lumineux exemple par la sainteté de leur vie et leur mort. Si les portes de l’enfer ont, en tout temps, attaqué la solidité du roc apostolique par des persécutions vaines, mais toujours cruelles et sanglantes, les ennemis de l’Église essayent actuellement de .couvrir les papes de leur bave et de les déshonorer par leurs calomnies. Pour lutter contre ces attaques et relever toujours davantage la dignité de la papauté qui est une charge conférée par Dieu et pour célébrer en même temps la mémoire des papes qui se sont distingués par leur sainteté, Pie XII a institué le nouveau Commun ».
Ce nouveau Commun ne comporte dans le Bréviaire que les Oraisons et l’homélie du troisième nocturne sur le nouvel Évangile ; tous les autres textes sont empruntés au Commun des Martyrs ou des Confesseurs Pontifes.
Mais la messe offre un formulaire complètement propre qui est désigné par les premiers mots de son Introït « Si ditigis me ». Ce formulaire est dominé par cette pensée que les promesses du Christ à Saint Pierre se continuent et demeurent efficaces chez ses successeurs. Il y a, en particulier, deux paroles du Christ à Saint Pierre qui reviennent dans toute la messe comme leitmotive : « Si tu m’aimes, Simon Pierre, pais mes brebis, pais mes agneaux » ; elles servent de thème à l’Introït et continuent dans la première partie de la messe ; puis cette autre parole « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église », elle domine le reste de la messe à partir de l’Alléluia.
L’Introït ne suit pas la règle classique et emploie comme verset la parole du Christ. Le psaume 29 est mis dans la bouche du saint Pape qui remercie pour sa vocation de pasteur du troupeau du Christ ainsi que pour la protection divine contre ses ennemis. C’est là un écho de cette autre parole du Sauveur « les portes de l’enfer ne prévaudront point » (la suite du psaume n’est pas évoquée).
Dans les deux Oraisons aussi il est fait allusion aux paroles du Christ ; Dieu est appelé « Pasteur éternel » à qui l’on demande de regarder avec bienveillance son troupeau et de le protéger par l’intercession du saint Pape que Dieu a établi Pasteur de toute l’Église. Nous voyons que l’on insiste sur le motif du Pasteur. La seconde Oraison qui trouve rarement son emploi est inspirée par la parole « Les portes de l’enfer... ».
L’Épître est entièrement nouvelle : c’est Saint Pierre qui parle. Le premier Pape s’adresse à ses successeurs : « J’exhorte les Anciens qui sont parmi vous, moi qui -suis Ancien comme eux et témoin des souffrances du Christ et qui ai part aussi à la gloire qui va se révéler (Saint Pierre en effet a été témoin de l’agonie au Jardin des Oliviers, témoin de l’arrestation de Jésus, comme il avait été témoin de la Transfiguration) ; faites paître le troupeau de Dieu qui est parmi vous, non par contrainte, mais de bon gré, non par vénalité, mais avec générosité, non pas comme si vous tyrannisiez vos sujets, mais en vous faisant des modèles pour votre troupeau. Et quand paraîtra le chef des pasteurs (le Christ), vous recevrez la couronne de vie qui ne se flétrit pas. Que le Dieu de toute gloire qui vous a appelés à sa gloire éternelle dans le Christ Jésus, après de brèves souffrances (allusion aux Papes Martyrs) vous rende parfaits, forts, inébranlables. A lui puissance et gloire dans les siècles. Amen ». Il est inutile de souligner que cette Épître constitue un enrichissement éminent du trésor des lectures du Missel.
Le Graduel qui doit être l’écho de l’Épître se rattache aux mots seniores et consenior et vise l’élévation du saint Pape sur la chaire de Saint Pierre.
L’Alléluia est une préparation à l’Évangile et en met en relief le passage principal « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Cette promesse du Christ s’est vérifiée aussi dans la Papauté ; la Papauté est, en tous les temps, le roc qui sert de base inébranlable à la sainte Eglise.
L’Évangile apporte, pour tous les siècles, la preuve que la primauté de Saint Pierre et de ses successeurs a été voulue et instituée par le Christ. Les Papes sont, pour tous les temps, le rocher fondamental ainsi que les gardiens des clefs de l’Église et ils ont reçu la promesse que l’enfer avec toute sa puissance ne pourra rien contre eux.
L’Offertoire renferme un passage du prophète Jérémie (1,9-10) que la liturgie aime à appliquer au Précurseur du Christ : « Voici que je mets mes paroles sur tes lèvres ; je te donne aujourd’hui le pouvoir sur les nations et les royaumes, pour arracher et pour détruire, pour ruiner et pour démolir, pour bâtir et pour planter ». Le Christ s’adresse ici à Saint Pierre et à ses successeurs ; il leur transmet le magistère de l’infaillibilité et pose sur la tête la triple couronne : il leur donne le pouvoir de lier et de délier.
Dans la Secrète réapparaît le thème du Pasteur : puissent le Pasteur et le troupeau trouver la complaisance de Dieu. Pendant que la communauté s’avance vers la table du Seigneur, nous entendons encore une fois : « Tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Église ». Mais ces paroles ne s’appliquent pas seulement au saint Pape, elles valent aussi pour chaque fidèle. Lui aussi doit être un roc dans sa foi, dans la grâce et dans l’amour ; c’est sur lui que le Christ bâtira l’Église spirituelle.
La première Postcommunion est d’une beauté classique ; elle ne vise pas tant le chrétien isolé que l’Église qui « goûte un sain rafraîchissement » dans la Communion ; elle demande liberté et unité de foi pour l’Église par rapport à la papauté. La seconde Postcommunion fait encore écho au thème du Pasteur : « que l’obéissance du troupeau ne fasse pas défaut au Pasteur et que le Pasteur prenne soin de son troupeau ». Nous avons donc là un formulaire de messe magnifique et riche d’idées. Peut-être est-il permis de regretter que sa trop fréquente répétition (24 fois dans l’année) ne nuise à la ferveur, alors qu’autrefois il y avait plus de variété dans les offices et les messes des saints Papes.
Commun d’un ou plusieurs Souverains Pontifes
Commune unius aut plurium Summorum Pontificum
Si agenda sit commemoratio alterius Summi Pontificis · S’il faut faire mémoire d’un autre Souverain Pontife
Pro commemoratione alterius vel aliorum Summorum Pontificum · Pour la commémoraison d’un ou de plusieurs autres Souverains Pontifes
Eadem postcommunio in plurali · La meme postcommunion au pluriel
Ou
ou Messe de Dim. : Mém. de S. Zéphyrin & pro Papa. Préf. commune.

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Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
La série dominicale qui prenait autrefois son point de départ à la solennité de Saint-Pierre, ou des Apôtres, ne dépassait jamais le présent Dimanche. La fête de Saint-Laurent désignait ceux qui suivent, comme elle le faisait dès le neuvième Dimanche après la Pentecôte, dans les années où Pâque s’éloignait davantage de l’équinoxe du printemps. Quand la date de cette solennité remontait ainsi vers son dernier terme, on comptait dès maintenant les Semaines du septième mois (septembre).
Les Quatre-Temps de l’automne peuvent déjà même se rencontrer en cette semaine, quoiqu’ils puissent aussi n’arriver qu’en la dix-huitième. Nous suivrons, pour en parler, l’ordre adopté par le Missel qui les inscrit à la suite du dix-septième Dimanche après la Pentecôte.
Le treizième Dimanche prend aujourd’hui son nom de l’Évangile des dix lépreux qu’on lit à la Messe.
A LA MESSE.
L’Église, en possession des promesses si longtemps attendues par le monde, aime à revenir sur l’expression des sentiments qui remplissaient l’âme des justes durant ces siècles désolés où le genre humain végétait sous les ombres de la mort. Elle redoute le danger où se trouvent ses trop heureux fils d’oublier, dans leur abondance, les conditions désastreuses que l’éternelle Sagesse leur a épargnées, en les appelants à vivre dans les temps qui ont suivi l’accomplissement des mystères du salut. D’un tel oubli naîtrait sans peine l’ingratitude, condamnée à bon droit par l’Évangile du jour. C’est pourquoi l’Épître, et, avant elle, l’Introït, nous reportent au temps où l’homme vivait de la seule espérance, ayant bien la promesse d’une alliance sublime qui devait se consommer dans les siècles futurs, mais, cependant, dénué de tout, en butte aux perfidies de Satan, abandonné aux représailles de la justice divine en attendant de retrouver l’amour.
Nous avons vu, il y a huit jours, le rôle de la foi et l’importance de la charité dans le chrétien vivant sous la loi de grâce. L’espérance aussi lui est nécessaire ; car bien que déjà en possession substantielle des trésors qui feront à jamais son bonheur, l’obscurité de cette terre d’exil les dérobe à sa vue, et, la vie présente restant toujours le temps d’épreuve où chacun doit mériter sa couronne [1], la lutte fait peser jusqu’au bout sur les meilleurs son incertitude et ses amertumes. Implorons donc avec l’Église, dans la Collecte, l’accroissement en nous des trois vertus fondamentales de foi, d’espérance et de charité ; pour mériter d’arriver à la consommation de tout bien qui nous est promise au ciel, obtenons la grâce de nous attacher de cœur à ces commandements de Dieu qui nous y conduisent, et que l’Évangile de Dimanche dernier résumait dans l’amour.
ÉPÎTRE.
« Regarde le ciel et comptes-en, si tu peux, les étoiles : aussi nombreuse sera ta descendance [2]. » Abraham avait près de cent ans [3], et la stérilité de Sara lui enlevait tout espoir naturel de postérité, quand le Seigneur lui parla de la sorte. Abraham cependant crut à Dieu, nous dit l’Écriture, et sa foi lui fut imputée à justice [4]. Et quand, plus tard, la même foi [5] lui eut fait offrir sur la montagne le fils de la promesse, son unique espérance, Dieu renouvela sa prophétie, et il ajouta : En ton germe seront bénies toutes les nations de la terre [6].
Or voici qu’à cette heure la promesse s’accomplit ; l’événement donne raison à la foi d’Abraham. Il crut contre toute espérance, se confiant au Dieu qui donne la vie aux morts et appelle ce qui est comme ce qui n’est pas [7] ; et voici que, selon la parole de Jean-Baptiste, des pierres mêmes de la gentilité surgissent en tous lieux des fils d’Abraham [8].
Sa foi, en même temps si ferme et si simple, rendit à Dieu la gloire qu’il attend de la créature [9]. L’homme ne peut rien ajouter aux perfections divines ; mais, sur la parole du Seigneur lui-même, quoique ne les voyant point directement ici-bas, il reconnaît ces perfections dans l’adoration et l’amour, il inspire de la foi sa vie entière ; et cet usage qu’il fait librement de ses facultés, cette adhésion spontanée d’un être intelligent, magnifie Dieu par l’extension de sa gloire extérieure.
Sur les traces d’Abraham [10] sont donc venues des multitudes nées pour le ciel de la foi dont il donna le spectacle au monde, vivant d’elle seule [11], rendant au Seigneur, dans tous leurs actes, l’hommage de la confession et de la louange par Jésus-Christ son Fils, et comme Abraham, recevant en retour la bénédiction d’une justice toujours croissante [12]. Le splendide épanouissement de la sainte Église, qui suscite au père des croyants cette nouvelle descendance, s’est encore accentué depuis la chute d’Israël. Dans les contrées les plus reculées, au sein des villes jadis païennes, voyons ces foules nombreuses d’hommes, de femmes et d’enfants quittant comme Abraham[Gen. XII, 1.[]], à la voix du ciel, sinon leur pays, du moins tout ce qui les rattachait à la terre ; confiants comme lui dans la fidélité de Dieu et sa puissance [13], ils se sont faits étrangers au milieu de leurs proches et dans leurs maisons mêmes, usant de ce monde comme n’en usant pas [14]. Dans le tumulte des cités comme au désert, au milieu des vains plaisirs de ce monde dont la figure passe [15], ils n’ont d’autre pensée que celle des réalités invisibles [16], d’autre souci que de plaire au Seigneur [17]. Ils prennent pour eux la parole qui fut dite à leur père : Marche en ma présence, et sois parfait [18]. C’était bien, en effet, à eux tous qu’elle s’adressait dès lors ; c’était la clause de l’alliance conclue par Dieu pour la suite des âges avec ces hommes fidèles, dans la personne du patriarche leur modèle et leur souche ; et Dieu répond de même à leur foi en d’intimes manifestations, ou par la voix plus sûre encore des Écritures [19], disant : Ne crains pas, je suis moi-même ta récompense immense [20] !
Véritablement donc la bénédiction d’Abraham s’est répandue sur les nations [21]. Jésus-Christ, vrai fils de la promesse, germe unique du salut, a par la foi dans sa résurrection [22] rassemblé de toute race [23] les hommes de bonne volonté [24], les faisant un en lui, les rendant comme lui fils d’Abraham [25] et, qui mieux est, fils de Dieu [26]. Car la bénédiction promise au début de l’alliance, c’était l’Esprit-Saint lui-même [27], l’Esprit d’adoption des enfants descendu dans nos cœurs pour faire de tous les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ [28]. Puissance merveilleuse de la foi qui brise les anciennes barrières de séparation, unit les peuples [29], et substitue l’amour et la liberté sainte des fils du Très-Haut à la loi d’esclavage et de défiance [30] !
Pourtant ce spectacle grandiose des nations incorporées à la race élue, et devenant participantes en Jésus-Christ des promesses sacrées [31], n’agrée pas à tous. Le Juif charnel qui se vante d’avoir Abraham pour père sans se soucier d’imiter ses œuvres [32], le circoncis qui se glorifie de porter en sa chair les marques d’une foi qui n’est pas dans son cœur [33], ces hommes qui ont renié le Christ renient maintenant ses membres et voudraient repousser ou tronquer son Église. C’est avec rage qu’ils voient de tous les points de l’horizon [34] ce concours immense que leur jalousie mesquine n’a pu arrêter. Tandis que leur orgueil froissé se tenait à l’écart [35], les peuples s’asseyaient en foule avec Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes, au banquet du royaume de Dieu [36] ; les derniers devenaient les premiers [37]. Jusqu’à la fin des temps, Israël, déchu par son obstination de son antique gloire, restera l’ennemi de cette postérité spirituelle d’Abraham qui l’a supplanté [38] ; mais ses persécutions contre les fils de la promesse et l’Épouse légitime n’aboutiront qu’à faire voir en lui, comme dit saint Paul, le fils d’Agar, le fils de l’esclave exclue avec son fruit de l’héritage et du royaume [39].
Libre à lui de repousser l’affranchissement que lui offrait le Seigneur, plutôt que de reconnaître l’abrogation définitive de sa loi périmée. Sa haine n’amènera point les fils de l’Église, figurée par Sara la femme libre, à rejeter la grâce de leur Dieu pour lui complaire, à délaisser la justice de la foi, les richesses de l’Esprit, la vie dans le Christ, pour retourner au joug de servitude [40] brisé à jamais, quoi qu’en ait le Juif, par la croix qu’il dressa au Calvaire [41]. Jusqu’à la fin la vraie Jérusalem, la cité libre notre mère, l’Épouse jadis stérile, maintenant si féconde, opposera aux prétentions surannées et cependant toujours vivaces de la synagogue, la lecture publique de l’Épître qu’on vient d’entendre. Jusqu’à la fin, Paul, en son nom, traitant de la loi du Sinaï signifiée aux hommes qu’elle concernait par l’intermédiaire de Moïse et des anges, fera ressortir son infériorité relativement à l’alliance conclue par Abraham directement avec Dieu ; chaque année, aussi fortement qu’au premier jour, il redira le caractère transitoire de cette législation venue quatre cent trente ans après une promesse qui ne pouvait changer, pour durer seulement jusqu’au jour où paraîtrait ce fils d’Abraham de qui le monde attendait la bénédiction promise.
Mais que dire de l’impuissance du ministère mosaïque à fortifier l’homme, à le relever de sa chute ? L’Évangile que nous méditions il y a huit jours donnait de l’inutilité de l’ancienne loi sous ce rapport un symbolique et frappant commentaire, en même temps qu’il affirmait la puissance de guérison résidant dans le Christ et transmise par lui aux ministres de la loi nouvelle. Or, n’oublions pas que cet Évangile était autrefois l’Évangile du jour même où nous sommes. « Tout dans l’Office du treizième Dimanche, dit justement l’Abbé Rupert, se rapporte à l’histoire de ce Samaritain dont le nom signifie le gardien divin, notre Seigneur Jésus-Christ, venant par son incarnation au secours de l’homme que l’ancienne loi n’a pu sauver, et le remettant, quand il quitte la terre, aux soins des Apôtres et des hommes apostoliques dans l’hôtellerie de l’Église. La proximité voulue de cet Évangile jette une grande lumière sur notre Épître, ainsi que sur toute la Lettre aux Galates d’où elle est tirée. Le prêtre et le lévite de la parabole, en effet, c’est toute la loi représentée ; et leur passage auprès de l’homme à demi-mort qu’ils voient, sans chercher à le guérir, marque ce qu’a fait la loi. Elle n’allait point à l’encontre des promesses de Dieu, mais par elle-même ne pouvait justifier personne. Quelquefois le médecin qui ne doit pas venir encore envoie au malade un serviteur expert dans la connaissance des causes de maladie, mais inhabile à composer le remède contraire, et pouvant seulement indiquer à l’infirme les aliments, les breuvages dont il doit s’abstenir de crainte que son mal, en s’aggravant, n’amène la mort. Telle fut la loi, établie, nous dit l’Épître, à cause des transgressions, comme simple surveillante, jusqu’à l’arrivée du bon Samaritain, du médecin céleste. L’homme, en effet, tombé dès son entrée dans la vie entre les mains des voleurs, naît dépouillé de ses biens surnaturels et couvert des plaies que lui a faites le péché d’origine ; s’il ne s’abstient des péchés actuels, de ces transgressions pour l’indication desquelles la loi a été établie, il court risque de mourir tout à fait sans retour [42]. »
C’est pourquoi on reprend de nouveau, dans le Graduel, la supplication de l’Introït : Respice, Domine, in testamentum tuum. Car, dit Rupert [43], c’était la parole des anciens qui, gémissant sous l’infirmité de la loi impuissante du Sinaï, imploraient la consommation de l’alliance promise à la foi d’Abraham. Ils criaient au Christ, comme pouvait le faire au Samaritain libérateur le pauvre blessé qui voyait le prêtre et le lévite passer outre, sans apporter de remède à ses maux.
ÉVANGILE.
Le lépreux Samaritain, guéri de sa hideuse maladie, figure du péché, en compagnie de neuf lépreux de nationalité juive, représente la race décriée des gentils admise d’abord comme à la dérobée, et par surcroît, en communication des grâces destinées aux brebis perdues de la maison d’Israël [44]. La conduite différente que tiennent ces dix hommes, à l’occasion du miracle qui les concerne, répond elle-même à l’attitude des deux peuples dont ils sont l’image, en présence du salut apporté au monde par le Fils de Dieu. Elle démontre une fois de plus le principe posé par l’Apôtre : « Tous ceux-là ne sont pas Israélites qui sont nés d’Israël, tous ceux-là ne sont pas fils d’Abraham qui sont sortis de lui ; mais en Isaac, dit l’Écriture [45], est établie la race qui portera son nom : c’est-à-dire, ce ne sont pas les enfants nés de la chair qui sont les fils de Dieu, mais bien les fils de la promesse, nés de la foi d’Abraham et formant sa vraie race devant le Seigneur [46]. »
La sainte Église ne se lasse point de revenir sur cette comparaison des deux Testaments et le contraste offert par les deux peuples. C’est pourquoi, avant d’aller plus loin, nous sentons la nécessité de répondre à l’étonnement qu’une telle insistance ne peut manquer d’exciter en certaines âmes déshabituées de la sainte Liturgie. Le genre de spiritualité qui remplace aujourd’hui chez plusieurs l’ancienne vie liturgique de nos pères, ne les dispose en effet que médiocrement à entrer dans cet ordre d’idées. Accoutumés à ne vivre qu’en face d’eux-mêmes et de la vérité telle qu’ils la conçoivent, mettant la perfection dans l’oubli de tout le reste, il n’est pas surprenant que ces chrétiens ne comprennent aucunement ce retour continuel vers un passé fini, croient-ils, depuis des siècles. Mais la vie intérieure, vraiment digne de ce nom, n’est point ce que ces chrétiens s’imaginent ; aucune école de spiritualité, ni maintenant, ni jamais, ne plaça l’idéal de la vertu dans l’oubli des grands faits de l’histoire qui intéressent à ce point l’Église et Dieu même. Aussi qu’advient-il, trop souvent, de ce délaissement de la Mère commune par ses fils ? C’est que, dans l’isolement voulu de leurs prières privées, ils perdent de vue, par une juste punition, le but suprême de l’oraison qui est l’union et l’amour. La méditation dépouille en eux ce caractère de conversation intime avec Dieu, que lui assignent tous les maîtres de la vie spirituelle ; elle n’est bientôt plus qu’un exercice stérile d’analyse et de raisonnement, où l’abstraction domine en souveraine.
Quand Dieu, cependant, voulut manifester son Verbe, en appelant l’homme aux noces divines, il ne recourut point à l’abstraction pour traduire à la terre ce fils de sa substance éternelle que l’homme ne pouvait voir encore directement dans sa divinité. Pareille traduction de l’éternelle Sagesse, où résident dans l’amour toute beauté, toute chaleur et toute vie, eût été plus qu’imparfaite et que froide. Aussi Dieu, selon l’expression de saint Paul, jeta dans la chair ce grand mystère de la piété [47] ; le Verbe fut fait âme vivante [48] ; l’éternelle Vérité prit un corps pour converser avec les hommes [49] et grandit comme l’un d’eux [50]. Et quand ce corps que la Vérité doit garder à jamais fut enlevé dans la gloire [51], l’Église, Épouse de l’Homme-Dieu, os de ses os, chair de sa chair [52], continua dans le monde cette manifestation de Dieu par les membres du Christ, ce développement [53] historique du Verbe, qui ne s’arrêtera qu’au dernier jour, qui surpasse tout raisonnement, et révèle aux anges mêmes sous des aspects nouveaux la Sagesse de Dieu [54]. Assurément un respect profond est dû aux axiomes où l’homme renferme dans un ordre logique, indépendant de l’histoire et des faits, les principes de la science ; mais pas plus en Dieu qu’en l’homme même, la vie ne répond à cette immobilité de raison qui ne ressemble en rien, qu’on se garde de le croire, à l’immutabilité toujours féconde, essentiellement active, de la Vérité substantielle. Or donc, dans l’Eglise comme en Dieu, la vérité est vie et lumière [55]. S’il ne fallait y voir qu’une suite de formules, les accents de son Credo n’éclateraient pas aussi triomphants sous les voûtes de ses temples. S’il force victorieusement les portes du ciel, c’est que tous ses articles ont jusqu’à nous leur sublime histoire : c’est que chaque mot qui le compose se présente au Dieu très haut ruisselant du sang des martyrs ; que de siècle en siècle il rayonne toujours plus de l’éclat des travaux et des luttes glorieuses de tant de saints confesseurs, qui sont l’élite de l’humanité baptisée chargée de compléter le Christ ici-bas [56].
Il nous faut abréger ces considérations. Disons donc de suite qu’après ce grand fait de l’incarnation du Verbe venu en terre pour manifester Dieu dans la suite des âges par le Christ et ses membres [57], il n’en est point de plus important, il n’en est point qui ait tenu, qui tienne encore davantage au cœur de Dieu, que l’élection des deux peuples appelés par lui successivement au bénéfice de son alliance. Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir, nous dit l’Apôtre ; ces Juifs, ennemis aujourd’hui parce qu’ils repoussent l’Évangile, n’en sont pas moins toujours aimés et très aimés, carissimi, à cause de leurs pères [58]. C’est pourquoi aussi un temps viendra, attendu par le monde, où le reniement de Juda étant rétracté, ses iniquités effacées, les promesses reçues par Abraham, Isaac et Jacob auront leur accomplissement littéral [59]. Alors apparaîtra la divine unité des deux Testaments ; les deux peuples eux-mêmes n’en feront plus qu’un sous le Christ leur chef [60]. L’alliance de Dieu avec l’homme étant dès lors pleinement consommée telle qu’il l’avait voulue dans ses desseins éternels, la terre ayant donné son fruit [61], le monde ayant atteint son but, les tombes rendront leurs morts [62] et l’histoire cessera ici-bas, pour laisser l’humanité glorifiée s’épanouir dans la plénitude de la vie sous le regard éternel.
Rien donc n’est moins suranné que l’ordre d’idées auquel nous ramène de nouveau l’Évangile du jour ; rien n’est plus grand ; et ajoutons, quoi qu’il en puisse sembler à première vue : rien n’est plus pratique, dans cette partie de l’année consacrée aux mystères de la Vie unitive. Qu’est-ce, en effet, que l’union entre Dieu et l’homme, sinon tout d’abord la communauté des sentiments et des vues ? Or, nous venons de le montrer, les vues divines se trouvent résumées tout entières dans l’histoire comparée des deux Testaments et des deux peuples ; le résultat final qui clora l’histoire de ces rapports est l’unique but que poursuivait et que poursuive l’amour infini, au commencement, maintenant et toujours. L’Église donc, loin de se montrer d’un autre âge en revenant continuellement à ces pensées, ne fait que manifester ainsi l’éternelle jeunesse de son cœur d’Épouse à l’unisson toujours de celui de l’Époux.
Reprenons brièvement l’explication littérale de notre Évangile, interrompue par cette longue digression. Ici encore donc le Seigneur veut plutôt nous instruire symboliquement, que montrer sa puissance. C’est pourquoi il ne rend pas d’un mot la santé aux malheureux qui l’invoquent, comme il le fit dans une autre circonstance pour un cas semblable »Je le veux, sois guéri, » dit-il un jour à un de ces infortunés qui implorait son secours dans les débuts de sa vie publique, et la lèpre avait disparu aussitôt [63]. Les lépreux de notre Évangile, qui se rapporte aux derniers temps du Sauveur, sont délivrés seulement en allant se montrer aux prêtres ; Jésus les y renvoie, comme il l’avait fait pour le premier, donnant à tous, depuis le commencement jusqu’au dernier jour de sa vie mortelle, l’exemple du respect dû jusqu’au bout à l’ancienne loi non encore abrogée. Cette loi en effet donnait au fils d’Aaron le pouvoir, non de guérir, mais de discerner la lèpre et de prononcer sur sa guérison [64].
Le temps est venu cependant d’une loi plus auguste que celle du Sinaï, d’un sacerdoce dont les jugements n’auront plus pour objet de constater l’état des corps, mais d’enlever effectivement, par le prononcé même de leur sentence d’absolution, la lèpre des âmes. La guérison rencontrée par les dix lépreux avant d’être arrivés aux prêtres qu’ils cherchent, devrait suffire à leur montrer dans l’Homme-Dieu la puissance du sacerdoce nouveau qu’annonçaient les prophètes [65] ; le pouvoir qui surpasse pour eux, en la prévenant ainsi, l’autorité du ministère antique, révèle de soi dans celui qui l’exerce une dignité plus grande. Si, du moins, ils apportaient les dispositions convenables aux rites sacrés qui vont s’accomplir dans la cérémonie de leur purification [66], l’Esprit-Saint, qui régla autrefois, en vue du moment où ils sont, les prophétiques détails de cette fonction mystérieuse, les aiderait à comprendre la signification du passereau expiatoire dont le sang, versé sur les eaux vives, délivre par le bois l’autre passereau son semblable. Le premier, en effet, c’est le Christ, qui se compare dans le psaume au passereau solitaire [67] ; son immolation sur la croix, qui donne à l’eau la vertu de laver les âmes, communique aux autres passereaux ses frères [68] la pureté du sang divin.
Mais le Juif est loin d’être préparé à l’intelligence de ces grands mystères. La loi pourtant lui fut donnée pour le conduire au Christ comme par la main et sans crainte d’erreur [69] : faveur précieuse qu’il ne méritait point, qu’il devait à ses pères [70], et d’autant plus inestimable qu’au moment où elle lui fut accordée, la notion du sauveur à venir allait se corrompant toujours plus dans l’esprit des peuples. La reconnaissance eût dû s’imposer à Juda ; l’orgueil prit sa place. L’attache au privilège surmonte en lui le désir du Messie. Il refuse de se faire à la pensée qu’un temps viendra où, le Soleil de justice s’étant levé pour la terre entière, l’avantage fait à quelques-uns durant les heures de nuit s’effacera dans les flots surabondants d’une lumière égale pour tous. Il proclame donc sa loi définitive en dépit d’elle-même, affirmant ainsi l’éternité du règne des figures et des ombres. Il pose en dogme qu’aucune intervention divine n’égalera celle du Sinaï dans l’avenir, que tout prophète futur, tout envoyé de Dieu, ne pourra qu’être inférieur à Moïse, que tout salut possible est dans sa loi et que d’elle seule découle toute grâce.
C’est la raison pour laquelle de ces dix hommes guéris par Jésus de la lèpre, il s’en trouve neuf qui ne songent même pas à venir remercier leur libérateur : ceux-là sont juifs, et Jésus n’est pour eux qu’un disciple de Moïse, un instrument des grâces provenant du Sinaï ; la formalité légale de leur purification accomplie, ils se croient quittes envers le ciel. Seul le Samaritain abandonné, le gentil, disposé par sa longue misère à l’humilité qui rend au pécheur la simplicité du regard de l’âme, reconnaît Dieu à ses œuvres et lui rend grâces pour ses bienfaits. Que de siècles d’abandon apparent, d’humiliation et de souffrance, devront passer sur Juda à son tour, pour qu’enfin, reconnaissant lui-même son Dieu et son Roi dans l’adoration, le repentir et l’amour, il entende comme cet étranger tomber de la bouche du Christ les paroles de pardon : Lève-toi et va, ta foi t’a sauvé !
Hâtons de nos vœux le moment si glorieux pour le ciel où les deux peuples, réunis dans une même foi par la conscience des mêmes espérances réalisées, s’écrieront au Christ, comme dans l’Offertoire : Seigneur, j’ai espéré en vous, vous êtes mon Dieu !
C’est l’oblation déposée sur l’autel qui doit nous obtenir de Dieu le pardon du passé et les grâces de l’avenir. Prions-le, dans la Secrète, d’agréer pour le Sacrifice ces dons présentés par l’Église en notre nom à tous.
Quand donc les Juifs voudront-ils venir éprouver enfin la supériorité du pain de l’alliance nouvelle sur la manne du Vieux Testament ? Nous gentils, les derniers-venus, qui avons précédé nos aînés au banquet de l’amour, chantons d’autant mieux, dans la Communion, les divines suavités de ce vrai pain du ciel.
Comme l’exprime la Postcommunion, l’œuvre de notre rachat par Jésus-Christ s’affirme et croit en nous aussi souvent que nous recourons aux sacrés Mystères. L’Eglise demande pour ses enfants la grâce de cette fréquentation fructueuse des Mystères du salut.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
« Tertia post sancti Laurentii. »
La lecture des épîtres aux Corinthiens étant terminée, aujourd’hui commence celle de la lettre aux Galates, qui continuera les dimanches suivants. Il faut remarquer que l’ordre suivi pour la lecture intégrale des saintes Écritures à la messe durant le cycle annuel, est antérieur, à Rome, à l’institution même de l’Office divin quotidien ; bien plus, il en fait complètement abstraction, conservant ainsi le souvenir des origines, où la première partie de la messe — celle qu’on appela plus tard messe des catéchumènes — avec sa splendide alternance de psaumes et de lectures, constituait l’unique rite euchologique préparatoire au divin Sacrifice. Les diverses parties de l’Office divin ne représentent donc rien d’autre que d’anciens démembrements de la primitive synaxe eucharistique des temps apostoliques. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui encore, dans les basiliques cathédrales et capitulaires, la messe solennelle et conventuelle constitue comme le point central vers lequel converge, comme autant de rayons vers leur centre, toutes les parties de l’Office quotidien.
Le psaume pour l’entrée solennelle du cortège des ministres sacrés est le 73ᵉ : « Souvenez-vous, Seigneur, de vos promesses, et n’oubliez pas les perpétuels outrages faits à vos pauvres. Levez-vous, ô Seigneur, défendez votre cause, et n’oubliez pas le cri de ceux qui vous cherchent. »
La cause du peuple chrétien est la cause de Dieu, car l’homme ne persécute son semblable que parce qu’il représente et incarne la mission de Celui que Siméon prédit devoir être le point de mire de l’aversion universelle. Toutefois, malgré cet immense héritage de haine, la victoire finale sera toujours au Christ et à ses fidèles, parce que Dieu l’a promis aux anciens Patriarches dont le Messie devait s’appeler le fils. Il semble que Dieu oublie momentanément le sort de l’Église, quand nos péchés élevant une sorte de barrière entre Lui et nous, nous empêchent de le voir.
Dans la prière de ce jour, nous demandons un accroissement des trois vertus théologales, foi, espérance et charité, lesquelles sont le vrai fondement de la perfection chrétienne. On les appelle théologales, parce qu’elles ont Dieu pour auteur et pour objet. La foi est la lumière intérieure qui nous montre la fin dernière surnaturelle, et qui éclaire le chemin y conduisant. L’espérance alimente dans l’âme le désir d’obtenir cette fin tandis que Dieu lui garantit son secours puissant. Quant à l’amour, il est l’impulsion irrésistible de l’âme qui court vers Dieu, anxieuse de se jeter entre ses bras pour le posséder comme son bien propre et qui ne lui manquera jamais dans l’éternité.
Toute la perfection chrétienne repose sur ce triple fondement des vertus théologales, en sorte que les maîtres de la vie spirituelle insistent beaucoup sur les avantages qui découlent pour l’âme de l’émission répétée de ces actes de foi, d’espérance et de charité, lesquels finiront ainsi par orienter habituellement notre vie intérieure tout entière. Ici également, l’entraînement aide beaucoup, et est un puissant instrument d’héroïque perfection.
La seconde partie de la collecte explique encore mieux le contenu de la première. Dieu promet une magnifique récompense c’est-à-dire Lui-même. Cette récompense est toutefois subordonnée à notre fidélité dans l’observation de sa loi, laquelle, dans l’état présent d’affaiblissement de notre nature corrompue, est difficile et dure. Comment surmonter l’obstacle ? D’autre part, est-il convenable pour Dieu que ses fidèles le cherchent en pleurant et à grand’peine, presque par contrainte, comme des esclaves condamnés aux travaux forcés ? Non pas. « Faites, Seigneur, — ajoute donc la collecte, — que nous aimions tout ce que vous nous commandez. » Voici l’effet de la grâce divine. Elle fortifie le cœur du fidèle et mêle tant de douceur au service du Seigneur, qu’on le sert non point comme le prisonnier qui sent l’aiguillon du geôlier l’excitant au travail, mais avec l’amour du fils à qui rien n’est plus doux que d’accomplir la volonté du Père. Quae placita sunt Ei facio semper.
Dans l’épître aux Galates (3, 16-22), l’Apôtre fait observer que la loi donnée à Moïse quatre cent trente ans après la divine promesse faite à Abraham et à sa postérité, ne put en abolir les effets, celle-ci étant antérieure, gratuite et absolue, tandis que celle-là eut le caractère d’un contrat temporaire, bilatéral et sujet à annulation du fait de l’une et de l’autre parties. Israël a, le premier, annulé le contrat en reniant le Messie ; il est donc juste que Dieu, lui aussi, abroge la Loi, la remplaçant par l’Évangile. En conséquence, tout monopole religieux cesse dès lors pour les Hébreux, et tous les croyants sont appelés à avoir part à l’héritage de foi promis à Abraham.
Le répons, tiré du même psaume 73 que l’introït, est commun au jeudi qui précède le dimanche de la Passion. On y rappelle à Dieu les promesses faites aux patriarches, et l’on met en avant les mérites de ces derniers, qui, d’une certaine manière, couvrent notre indignité. En d’autres termes, on parle ainsi à Dieu : Seigneur, nous ne méritons pas votre grâce, mais accordez-la nous comme un héritage qui nous est dû, car vous l’avez promis aux anciens Patriarches, qui vous ont servi en toute pureté et perfection. Nous n’avons pas de mérites personnels à faire valoir, mais leurs mérites à eux sont aussi les nôtres, parce que nous sommes leurs fils et leurs héritiers. Notre cause est la leur, et par conséquent la vôtre. L’humiliation à laquelle nous ont réduits nos ennemis est aussi leur humiliation, et donc la vôtre ; et toute la vie d’Israël — le véritable Israël, c’est-à-dire l’Église — représente et continue mystiquement l’apparition messianique du Christ.
Le verset alléluiatique qui venait après une seconde lecture précédant celle de l’Evangile — il est bon de le rappeler de temps à autre — est tiré du psaume 89 : « Seigneur, vous avez été d’âge en âge notre refuge. » L’aide des hommes fait défaut car elle est inconstante et insuffisante. Dieu au contraire est toujours fidèle dans son amitié, et son amour, parfaitement désintéressé et gratuit, donne généreusement toutes sortes de grâces à celui qu’il aime.
La lecture de saint Luc (17, 11-19) avec 1ᵉ récit de la guérison des dix lépreux, dont un seul, le Samaritain, se montra reconnaissant envers Jésus, prélude à l’orientation future des apôtres qui, chassés par la perfide Judée, se tourneront vers les Samaritains et les Gentils pour leur annoncer l’Évangile avec un grand succès. Ainsi par un secret mais juste jugement de Dieu, les parias de la religiosité juive, qu’étaient les schismatiques de la Samarie et les païens, deviennent les prémices du nouveau royaume messianique, tandis que les héritiers d’Abraham et de David renoncent avec mépris à l’héritage de la Foi.
Le verset pour la présentation des offrandes à l’autel est tiré du psaume 30 et il est commun au premier mardi de Carême. « J’ai confiance en vous, Seigneur, et je dis : vous êtes mon Dieu ; en votre main est mon sort. » Quand notre sort est entre les mains de Dieu, il ne peut se faire que tout ne tourne pas à notre bien, puisque tout ce que Dieu fait, II le fait par amour, et l’amour qui est bon sait donner à ses fils des dons excellents.
Dans la secrète, nous implorons la bienveillance du Seigneur sur les prières et sur les offrandes du peuple fidèle, afin que, par les mérites du Sacrifice, outre le pardon des fautes commises, il nous accorde ces grâces qu’appellent nos vœux. L’ordre suivi est magnifique. D’abord la prière de propitiation pour que le divin Sacrifice qui ne peut, de soi, ne pas être agréable à Dieu, ne rencontre pas d’obstacle dans l’indignité de ceux qui l’offrent. Puis on demande les fruits eucharistiques, et d’abord le retrait des suites du péché, tels que la peine temporelle, le désordre des passions, etc. Viennent ensuite les divers bienfaits spirituels et temporels que l’âme purifiée par le divin Sacrifice peut convenablement implorer de Dieu. Nous disons : l’âme purifiée par le divin Sacrifice, parce que les dons sont pour les amis, et tant que l’âme se trouve devant le tribunal de Dieu en qualité de coupable et de débitrice, elle ne peut prétendre à ces faveurs spéciales qu’on n’accorde qu’aux amis : Qui non placet, non placat.
L’antienne pour la Communion du peuple est tirée du Livre de la Sagesse (16, 20) là où sont décrites les qualités de la manne qui était un symbole de l’Eucharistie. « Vous nous avez donné du ciel, ô Seigneur, un pain où se trouve toute douceur et la saveur la plus exquise. » La divine Eucharistie est précisément ce pain de saveur multiple, parce qu’elle ne contient pas une grâce unique et déterminée, mais cache sous ses blanches apparences l’Auteur même de toute grâce ; et aussi parce que, produisant ses effets selon les dispositions spirituelles de celui qui la reçoit, elle s’adapte merveilleusement à ses exigences et à ses goûts, en sorte qu’elle est la divine nourriture de tous les fils de Dieu — Vere Panis filiorum — appropriée à tous les âges, à tous les états et à toutes les conditions de la vie.
Dans la collecte d’action de grâces, commune au lundi de la semaine in mediana (Ive du Carême), nous supplions le Seigneur de faire que la sainte Communion affermisse de plus en plus en nous l’effet de la Rédemption. De quelle manière ? En multipliant en nous les œuvres bonnes. Selon la terminologie scolastique, les théologiens distinguent le décret de prédestination fixé une fois pour toujours, et l’exécution de ce décret, laquelle a lieu dans le temps et se réalise graduellement grâce aux vertus. Tel est à peu près le concept exprimé par la collecte de ce jour, quand elle demande que la sainte Communion soit pour nous un accroissement de l’éternelle Rédemption. Il ne s’agit pas ici de degrés dans l’œuvre de salut du Christ, mais cela veut dire que les fruits de la divine Eucharistie, c’est-à-dire les actes de vertu et de vie sainte qu’elle suscite, représentent un rapprochement et un réel progrès dans la réalisation du plan magnifique de notre salut éternel.
En vertu de quel terrible secret les Samaritains, c’est-à-dire les âmes moins privilégiées de Dieu, se montrent-elles quelquefois plus reconnaissantes pour ses bienfaits ? Cela arrive en raison de leurs dispositions favorables aux opérations de la grâce, dispositions d’humilité et d’intense désir des choses de Dieu. Tandis qu’au contraire tant d’âmes privilégiées qui nagent, pour ainsi dire, dans l’abondance de tout bien, se montrent parfois, comme les Hébreux, dégoûtées de la manne céleste, l’accueillent négligemment, s’en nourrissent par habitude et sans aucun appétit.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
De la nuit de Pâques à la solennité du dimanche
La journée d’aujourd’hui présente deux aspects, deux impressions opposées. Le premier aspect est grave, triste : c’est la prière. Le second est joyeux : c’est l’action de grâces. Deux pièces sont particulièrement importantes pour comprendre la messe du dimanche dans sa forme actuelle. Ce sont d’abord les trois chants tirés du psaume 73 (Intr., Grad., Comm.) ; ces chants nous donnent le ton principal et l’impression fondamentale du jour. C’est ensuite l’Évangile qui est un beau « mystère ».
1. La messe (Respice Domine). — Parlons de l’Évangile. Nous voyons dix lépreux qui sont guéris par le Christ. Neuf, après leur guérison, ne reparaissent plus ; le dixième, un Samaritain, revient vers le Seigneur pour le remercier. Que veut nous dire l’Église avec ce récit ? Nous avons ici un exemple classique du « mystère ». L’intention première de l’Église n’est pas de nous donner un enseignement concernant la reconnaissance. Elle veut, en nous représentant la guérison des dix lépreux dont un seul revient pour remercier, dérouler devant nos yeux une image de la messe d’aujourd’hui et de son efficacité salutaire. Le dimanche est un jour de Pâques, un jour de baptême. La messe est un renouvellement de la grâce du baptême, une cérémonie d’action de grâces pour notre conversion. Rappelons-nous que, dans l’ancienne Église, les adultes étaient baptisés dans la nuit de Pâques. L’Église a devant les yeux les baptisés qui, dans les fonts baptismaux, ont été guéri de la lèpre du péché originel. Or chaque dimanche est un renouvellement de la grâce du baptême. La sainte Eucharistie continue l’œuvre du baptême ; elle est le développement et le perfectionnement de la grâce du baptême.
On trouve, au reste, dans l’Évangile d’aujourd’hui, une belle allusion à l’Eucharistie : « Louant Dieu à haute voix, il tomba la face contre terre et le remercia » (eucharistôn autô) Eucharistie veut dire action de grâces. La messe du dimanche est un office d’action de grâces : les heureux privilégiés de la grâce remercient Dieu de les avoir guéris de la lèpre du péché. Puissions-nous voir, en effet, dans cette image, la signification de l’office du dimanche ! Le dimanche est le jour où nous devons louer Dieu à haute voix, le remercier de la grâce du baptême. C’est en même temps pour notre âme un jour de maturité dans lequel elle reçoit : « l’accroissement dans la foi, l’espérance et la charité » (Or.), « l’accroissement de la rédemption éternelle » (Postc.).
Cela nous fait comprendre l’Évangile. Dans cet étranger, le seul reconnaissant parmi les dix lépreux, nous nous reconnaissons, nous qui venons aujourd’hui assister à la messe. Aujourd’hui le Seigneur « entre dans le castel » de l’Église ; nous « allons au-devant de lui » et il nous guérit de la lèpre du péché ; il veut nous donner de nouvelles grâces au Saint-Sacrifice et dans la sainte communion.
Tel est l’aspect joyeux et lumineux de l’Évangile. Il a aussi un aspect triste et sombre. Le Seigneur se plaint de l’ingratitude des neuf autres lépreux guéris. Il désigne ici les chrétiens tièdes. Ces chrétiens ont reçu le baptême, mais ils ne pratiquent plus leur christianisme, ils n’assistent pas à la messe du dimanche (dans les grandes villes, il n’est pas exagéré de parler des neuf dixièmes). Cette plainte du Seigneur forme la transition qui nous amène aux chants mélancoliques du psaume 73. Toute la messe s’éclaire. La prière mélancolique pour nos frères égarés constitue le ton fondamental (c’est à l’Introït, à l’Évangile et à la Communion que la douleur est le plus sensible). C’est l’aspect sombre qui fait contraste avec la lumineuse action de grâces de la messe et la joie du baptême qui s’y exprime. C’est dans cette impression changeante que nous chantons comme une plainte le Kyrie, que suivent l’allégresse et l’action de grâces du Gloria. La belle oraison demande une véritable vie chrétienne. « L’accroissement dans la foi, l’espérance et la charité » est le renouvellement et l’augmentation de la grâce du baptême. Nous demandons non seulement d’accomplir les commandements, mais encore de les aimer.
L’Épître (sans doute la plus difficile de toute l’année) nous apprend que c’est par la grâce seulement, sans aucun mérite de notre part, que nous sommes devenus enfants de Dieu.
A l’Offertoire, nous déposons avec nos offrandes toute notre vie entre les mains de Dieu. « Dans tes mains est placé mon sort. »
Au moment de la Consécration apparaît le Seigneur, qui nous guérit de la lèpre.
A la Communion, il nous donne « l’accroissement de la vie éternelle » ; et à l’Ite Missa est, il congédie le Samaritain, c’est-à-dire nous-mêmes : « Lève-toi et va » vers une véritable vie chrétienne. — On pourrait donc intituler la messe : De la nuit de Pâques à la solennité du dimanche. C’est précisément aujourd’hui que nous comprenons clairement les relations intimes entre la messe du dimanche et le baptême. Les dimanches sont comme les anneaux d’une chaîne qui réunissent les deux plus grands jours de notre vie : le jour du baptême et le jour de la mort : nos deux jours de naissance, l’un pour la grâce et l’autre pour la gloire.
Dans l’esprit de l’Église, nous ne devons pas nous contenter de lire l’Évangile pendant la messe ; nous devons le vivre pendant toute la journée. Dans la matinée jusqu’à midi Jésus vient dans le castel de l’Église, et nous, les lépreux, nous allons à sa rencontre : « Jésus vint dans un castel et dix lépreux allèrent à sa rencontre. Ils se tenaient à distance et criaient à haute voix : Jésus, Maître, aie pitié de nous ! » (Ant. Ben.). Le soir, nous le remercions pour la guérison : « Quand l’un d’entre eux vit qu’il était guéri, il revint sur ses pas et loua Dieu à haute voix (magnificans), Alléluia ». Nous chantons alors en action de grâces le Magnificat.
2. Le psaume 73. — Pour l’intelligence de la messe d’aujourd’hui, il est nécessaire de connaître le psaume dans son entier. Le psaume est un des plus sombres du psautier et contient une phase triste de l’histoire d’Israël : Les païens pénètrent dans le temple, le dévastent, le profanent, le détruisent. Le psalmiste cherche dans l’histoire ancienne un motif de consolation. Dieu a délivré son peuple de l’Égypte, il a anéanti ses ennemis. Il cherche des consolations dans la nature : l’aurore, le soleil, le printemps et ses splendeurs sont des créatures de Dieu. Ainsi réconforté, il envoie vers le ciel une ardente prière pour implorer le secours. — Nous nous demandons maintenant quelle est la pensée de l’Église dans ce psaume. Le temple profané, c’est elle-même, la sainte Église de Dieu, le corps mystique du Christ, poursuivie par les ennemis, profanée par le péché. Elle songe aujourd’hui à tous ses enfants qui ne remplissent plus jamais leur devoir de reconnaissance, le dimanche. Unissons-nous aujourd’hui aux sentiments de ce psaume et offrons nos intercessions pour tous nos frères indifférents et tièdes. Trois fois nous avons l’occasion de nous associer à ces prières du psaume : à l’entrée dans la maison de Dieu, à l’Évangile et à la Communion. C’est à ces trois moments de la messe que notre compassion est particulièrement excitée. Ah ! disons-nous : ces malheureux ne trouvent plus le chemin de la maison de Dieu ; ils n’entendent plus le joyeux message du Christ ; ils ne goûtent plus la douceur du pain du ciel « qui contient toute suavité » (Comm.). Quant à nous, nous avons voulu, par notre reconnaissance, effacer les rides que le chagrin a creusées sur le front de notre Mère l’Église.
Office du jour
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Office
Leçons des Matines avant 1960
Au troisième nocturne. Lecture du saint Évangile selon saint Luc.
En ce temps-là : Jésus faisait route vers Jérusalem et passait aux confins de la Samarie et de la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent au-devant de lui. Et le reste.
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. Le Seigneur a purifié dix lépreux et leur a dit : "Allez vous montrer aux prêtres." A ce sujet, on peut se demander pourquoi il les envoya aux prêtres, de telle sorte qu’en cours de route, ils soient purifiés. Hormis les lépreux, nul de ceux qu’il a gratifiés de bienfaits corporels ne se trouve jamais envoyé aux prêtres. C’était aussi de la lèpre qu’il avait purifié celui auquel il a dit : "Va, montre-toi aux prêtres et offre pour toi le sacrifice prescrit par Moïse pour leur servir d’attestation." Il faut donc rechercher la signification de cette lèpre. Ceux qui en sont délivrés ne sont pas dits guéris mais purifiés. La lèpre est à proprement parler une corruption de la couleur plutôt que de la santé ou de l’intégrité des sens et des membres.
Huitième leçon. On peut donc, sans absurdité, penser que les lépreux représentent ceux qui, sans avoir la science de la vraie foi, professent en conséquence les doctrines variées de l’erreur. Loin de cacher leur ignorance, ils la produisent au grand jour comme la science suprême et dans des discours pleins de jactance, ils en font étalage. Or, il n’est si fausse doctrine qui ne soit mêlée de quelque vérité. Dans une seule et même discussion ou récit d’un homme, les vérités s’entremêlent sans ordre aux erreurs comme si elles apparaissaient dans la coloration d’un seul corps. Ainsi en va-t-il de la lèpre, elle altère et flétrit les corps humains, mêlant aux teintes vraies des fausses couleurs.
Neuvième leçon. Que l’Église se garde donc de tels hommes ! Ainsi, s’il se peut, se voyant maintenus à distance ils interpelleront le Christ en une grande clameur, comme ces dix qui s’arrêtèrent à distance puis, élevant la voix, dirent : " Jésus, maître, aie pitié de nous. " Ils l’appellent : " Maître. " Et de ce nom, personne, que je sache, n’a jamais interpellé le Seigneur pour lui demander un remède corporel. C’est assez montrer, je crois, que la fausse doctrine est signifiée par la lèpre dont le bon maître lave la souillure.
Ant. du Benedictus à Laudes Comme Jésus entrait * dans un village, dix lépreux vinrent au-devant de lui ; et, se tenant éloignés, ils élevèrent la voix, en disant : Jésus, maître, ayez pitié de nous.
Ant. du Magnificat aux 2ᵉˢ Vêpres L’un d’eux, * voyant qu’il était guéri revint, glorifiant Dieu à haute voix, alléluia
13ᵉ Dimanche après la Pentecôte
Dominica Decima tertia post Pentecosten
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