Sᵗᵉ Hedwige, Veuveabstinence

Textes de la Messe

Décollation de S. Jean-Baptiste

Samedi 29 août 2026

Tous les textes, sans date : temporal et sanctoral

Messe propre (Loquebar) : Gloria. Mém. de Sᵗᵉ Sabine & pro Papa. Préf. commune.

Commentaires

Présentation

Présentation

La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste est attestée dès le IVᵉ siècle en Afrique, en Orient et en Syrie. Elle correspond sans doute à l’anniversaire de la dédicace de la basilique du Précurseur à Sébaste. A Rome, elle était renvoyée au 30 août, à cause de la popularité de la fête de Sᵗᵉ Sabine, qu’on commémore aujourd’hui.

Fête semidouble avant le calendrier de St Pie V. Double en 1568 ; élevée au rang de double majeur par Pie VI.

« L’évangéliaire romain de 645 annonce au 30 août, après le natale des saints Félix et Adauctus, Et depositio Helisaei et decollatio sancti Iohannis Baptistae. La double mention d’Élisée et de Jean Baptiste révèle clairement l’origine de la fête du Précurseur. A Samarie on vénère, en effet, au témoignage de saint Jérôme, les tombeaux des prophètes Abdias et Élisée avec celui de Jean-Baptiste. Sous la basilique, qui fut érigée en l’honneur de Jean-Baptiste, les reliques d’Élisée et de Jean étaient conservées dans « deux châsses recouvertes d’or et d’argent, devant lesquelles brûlaient perpétuellement des lampes », comme le rapporte un document du début du VIᵉ siècle. Aujourd’hui encore on peut voir le lieu qu’elles occupaient dans la crypte de l’église du XIIᵉ siècle, bâtie sur l’emplacement de la basilique byzantine, tandis que le souvenir de la découverte de la tête du Précurseur est rattaché à une autre église, de moindre dimension, qui se trouve à quelque distance, près du Forum. En 1931, on a mis à jour dans cette dernière des fresques très abîmées représentant la décapitation de Jean et la découverte de sa tête. La fête de la Décollation de saint Jean Baptiste est incontestablement liée à ces sanctuaires. Le lectionnaire de Jérusalem du début du Ve siècle en fait déjà mention. Byzantins et Syriens d’Antioche la célèbrent le 29 août, les Coptes le font le 30, parce que le 29 est le jour du Nouvel An, et les Arméniens le samedi de la 3ᵉ semaine après la Dormition de la Théotokos. En Occident, le martyrologe hiéronymien annonce la fête à la même date, en faisant mention de Sébaste : In Provincia Palestina civitate Sebastea natale sancti Iohannis Baptistae, qui passus est sub Herode rege. Elle dût être instaurée à Rome sous le pape Théodore (642-649), qui était d’origine palestinienne. On la trouve dans le sacramentaire Paduense et le Gélasien mais, au siècle suivant, l’Hadrianum l’ignore encore.Aux 11ᵉ et 12ᵉ siècles, le titre de Decollatio à prévalu à Rome sur celui de Passio que donnaient les sacramentaires du VIIᵉ. Le sacramentaire de Saint-Tryphon dit Revelatio capitis, insistant sur l’invention de la relique. Il a en commun avec le collectaire de Saint-Pierre à la fois le titre de la fête et une oraison dans laquelle on demande à Dieux ex eius imitatione veritatis fortes testes existere. L’antiphonaire de Saint-Pierre renvoie au commun d’un Martyr, à l’exception des deux antiennes du cantique » [1].

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

« En ce temps-là, Hérode envoya prendre Jean et il le mit en prison chargé de liens, à cause d’Hérodiade, femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : Il ne vous est pas permis d’avoir la femme de votre frère. Or Hérodiade lui dressait des embûches et voulait le faire mourir, mais ne le pouvait pas. Hérode, en effet, craignait Jean qu’il tenait pour un homme juste et saint, et il le gardait, faisant beaucoup de choses d’après ses avis et l’écoutant volontiers. Un jour favorable s’étant donc présenté, à savoir celui de la naissance d’Hérode où il avait offert un banquet à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée, la fille d’Hérodiade entra et dansa, et elle plut à Hérode et à ses convives, et le roi lui dit : Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Et il en fit le serment : Quoi que ce soit que tu demandes, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Or elle, étant sortie, dit à sa mère : Qu’est-ce que je demanderai ? Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. Rentrant donc aussitôt en grande hâte, elle fit au roi sa demande, disant : Je veux que sur-le-champ vous me donniez dans un plat la tête de Jean-Baptiste. Et le roi en fut peiné ; mais à cause de son serment et de ceux qui étaient avec lui à table, il ne voulut pas la contrister, et envoyant un de ses gardes, il lui donna l’ordre d’apporter la tête dans un plat. Et le garde coupa la tête de Jean dans la prison, et l’apportant dans un plat, il la remit à la fille qui la donna à sa mère. Ce qu’ayant appris, ses disciples vinrent et enlevèrent son corps, et ils l’ensevelirent dans un tombeau » [2].

Ainsi donc finit le plus grand des enfants nés d’une femme [3], sans témoins, dans la prison d’un tyran de second ordre, victime de la plus vile des passions, prix d’une danseuse. Au silence devant le crime, fût-ce sans espoir d’amender le coupable [4], au renoncement à sa liberté, même dans les fers [5], la Voix du Verbe a préféré la mort. Belle liberté de la parole [6], selon l’expression de saint Jean Chrysostome, quand elle est véritablement la liberté même du Verbe de Dieu, quand par elle ne cessent point de vibrer ici-bas les échos des collines éternelles ! Elle est bien alors l’écueil de la tyrannie, la sauvegarde du monde, des droits de Dieu et de l’honneur des peuples, des intérêts du temps comme de ceux de l’éternité. La mort ne prévaut pas contre elle ; à l’impuissant meurtrier de Jean-Baptiste, à tous ceux qui voudraient l’imiter, mille bouches pour une, jusqu’à la fin des temps, redisent en toute langue, en tous lieux : Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère.

« Grand et admirable mystère ! s’écrie par ailleurs saint Augustin. Il faut qu’il croisse, et que je diminue [7], disait Jean, disait la Voix en laquelle se personnifient les voix qui le précédèrent, annonçant comme lui la Parole du Père incarnée dans son Christ. Toute parole, en tant que signifiant quelque chose, en tant qu’idée, verbe intérieur, est indépendante du nombre des syllabes, de la variété des lettres ou des sons ; elle reste immuable et une au cœur qui la conçoit, bien que multiples puissent être les mots qui lui donnent corps extérieurement, les voix qui la propagent, les langues, grecque, latine ou autres, où elle se traduit. A qui sait la parole, inutiles deviennent les formules et la voix. Voix furent les Prophètes, voix les Apôtres ; voix dans les Psaumes, voix dans l’Évangile. Mais vienne la Parole, le Verbe qui était au commencement, le Verbe qui était avec Dieu, le Verbe qui était Dieu [8] : quand nous le verrons comme il est [9], entendra-t-on encore réciter l’Évangile ? écouterons-nous les Prophètes ? lirons-nous les Épîtres des Apôtres ? La voix défaille où grandit le Verbe... Non qu’en lui-même le Verbe décroisse ou grandisse. Mais il est dit croître en nous, quand c’est nous qui croissons en lui. A qui donc se rapproche du Christ, à qui progresse dans la contemplation de la Sagesse, les mots sont moins utiles ; il est nécessaire qu’ils tendent à faire tous défaut. Ainsi s’amoindrit le ministère de la voix en la mesure du progrès de l’âme vers le Verbe ; ainsi que le Christ grandisse et que Jean diminue. C’est ce qu’indiquent la Décollation de Jean et l’Exaltation du Christ en croix, comme l’avaient déjà fait leurs dates de naissance ; car à partir de la naissance de Jean décroissent les jours, qui grandissent à dater de celle du Seigneur » [10].

Utile leçon donnée aux guides des âmes dans les sentiers de la vie parfaite. Si, dès l’abord, ils doivent respectueusement observer la direction de la grâce en chacune d’elles, pour seconder l’Esprit-Saint et non s’imposer à lui ; ainsi faut-il qu’à mesure qu’elles avancent, ils évitent d’obstruer le Verbe sous l’abondance de leur propre parole ; comme aussi leur discrétion devra respecter l’impuissance où ces âmes en arrivent progressivement d’exprimer ce qu’opère en elles le Seigneur. Heureux alors d’avoir conduit l’Épouse à l’Époux, qu’ils apprennent à dire avec Jean : Il faut qu’il croisse, et que je diminue.

Et n’est-ce pas une leçon pareille que nous insinue à nous-mêmes le Cycle sacré, lorsque nous le verrons, dans les jours qui vont suivre, comme tempérer ses propres enseignements par la diminution du nombre des fêtes et l’absence prolongée des grandes solennités qui ne reparaîtront qu’en novembre ? L’école de la sainte Liturgie n’a point d’autre but que d’adapter l’âme, plus sûrement, plus pleinement qu’aucune autre école, au magistère intérieur de l’Époux. Comme Jean, l’Église voudrait, s’il était possible ici-bas toujours, laisser Dieu parler seul ; du moins aime-t-elle, sur la fin de la route, à modérer sa voix, à quelquefois s’imposer silence, désirant donner à ses fils l’occasion de montrer qu’ils savent écouter au dedans d’eux-mêmes Celui qui pour elle et pour eux est l’unique amour. Aux interprètes de sa pensée de bien la comprendre. L’ami de l’Époux, qui jusqu’au jour des noces marchait devant lui, se tient maintenant debout et lui-même il l’écoute ; et cette voix de l’Époux, qui fait rentrer la sienne dans le silence, le remplit d’immense joie. Cette joie donc qui est la mienne est complète, disait le Précurseur [11].

La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste peut être considérée comme un des jalons de l’Année liturgique en la manière que nous venons d’exposer. Elle est rangée par les Grecs au nombre des solennités chômées. La mention qui en est faite au Martyrologe dit de saint Jérôme, la place qu’elle occupe dans les Sacramentaires gélasien et grégorien, démontrent sa haute antiquité dans l’Église latine. C’était aux environs de la fête de Pâques qu’avait eu lieu la bienheureuse mort du Précurseur ; pour l’honorer plus librement, on choisit ce jour qui rappelle aussi la découverte à Émèse de son glorieux chef.

La vengeance de Dieu s’était appesantie sur Hérode Antipas. Josèphe rapporte que les Juifs attribuaient à la mort de Jean sa défaite par Arétas d’Arabie, dont il avait répudié la fille pour suivre ses instincts adultères [12]. Déposé par Rome de son tétrarchat de Galilée, il fut relégué à Lyon, dans les Gaules, où l’ambitieuse Hérodiade partagea sa disgrâce. Quant à Salomé la danseuse, nos pères racontaient, d’après d’anciens auteurs [13], qu’ayant un jour d’hiver voulu danser sur une rivière gelée, la glace se rompit l’engloutissant jusqu’au cou, tandis que sa tête, tranchée par les glaçons rejoints soudainement, continua quelque temps par ses bonds cette danse de la mort.

De Machéronte au delà du Jourdain, où leur maître consomma son martyre, les disciples de Jean avaient porté son corps jusqu’à Sébaste, l’ancienne Samarie, en dehors des frontières d’Antipas ; car il était urgent de le soustraire aux profanations qu’Hérodiade n’avait point épargnées à son chef auguste. La vengeance de la malheureuse ne se crut point satisfaite, en effet, qu’elle n’eût percé d’une de ses épingles à cheveux la langue qui n’avait pas craint de flétrir sa honte [14] ; et la face du Précurseur, que l’église d’Amiens présente depuis sept siècles à la vénération du monde, garde encore trace des violences auxquelles se porta sa furie dans la joie du triomphe. Au temps de Julien l’Apostat, les païens voulurent compléter l’œuvre de cette indigne descendante des Machabées [15], en envahissant le tombeau de Sébaste pour brûler et disperser les restes du Saint. Mais ce sépulcre vide n’en faisait pas moins toujours la terreur des démons, comme sainte Paule le constatait avec une religieuse émotion quelques années plus tard [16]. Sauvées d’ailleurs en grande partie, les précieuses reliques s’étaient répandues par l’Orient, d’où elles devaient, à l’époque surtout des Croisades, émigrer dans nos contrées où leur présence fait la gloire de nombreuses églises.

Faisons nôtres les formules suivantes du Sacramentaire grégorien pour la fête de la Décollation.

ORAISON.
Sancti Joannis Baptistæ Præcursoris et Martyris tui, quæsumus, Domine, veneranda festivitas, salutaris auxilii nobis præstet effectum. Per Dominum.Faites, Seigneur, nous vous en supplions, que la vénérable fête de saint Jean, votre Baptiste et Martyr, soit pour nous un secours efficace de salut. Par Jésus-Christ.
SUPER OBLATA.
Munera tibi, Domine, pro sancti Martyris tui Joánnis Baptistæ passione deferimus, qui dum finitur in terris, factus est cœlesti sede perpetuus : quæsumus, ut eius obtentu nobis proficiant ad salutem. Per Dominum.Seigneur, nous vous faisons notre offrande pour la passion de votre saint Martyr, Jean Baptiste ; finissant ici-bas sa vie terrestre, il en a commencé une éternelle au céleste séjour : à sa considération, puisse cette offrande profiter à notre salut. Par Jésus-Christ.
PRÉFACE.
Vere dignum et justum est, æquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, æterne Deus : Qui præcursorem Filii tui tanto munere ditasti, ut pro veritatis præconio capite plecteretur : Et qui Christum aqua baptizaverat, ab ipso in Spiritu baptizatus, pro eodem proprio sanguine tingeretur. Præco quippe veritatis, quæ Christus est, Herodem a fraternis thalamis prohibendo, carceris obscuritate detruditur, ubi solius divinitatis tuæ lumine frueretur. Deinde capitalem sententiam subiit, et ad inferna Dominum præcursurus descendit. Et quem in mundo digito demonstravit, ad inferos pretiosa morte præcessit. Et ideo cum Angelis.Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez enrichi d’une telle grâce le précurseur de votre Fils : pour l’affirmation de la vérité il donna sa tête ; lui qui avait baptisé le Christ dans l’eau, baptisé par lui dans l’Esprit, fut lavé pour lui dans son propre sang. Car ayant, comme héraut de la vérité qui est le Christ, rappelé Hérode au respect de la couche de son frère, il fut jeté dans l’obscurité d’une prison où ne lui restait pour biens que la lumière de votre divinité. Ensuite, puni de mort, il descendit comme précurseur du Seigneur aux enfers, y précédant par son précieux trépas Celui qu’en ce monde avait désigné son doigt. C’est pourquoi donc, avec les Anges.
BÉNÉDICTION.
Deus, qui nos beati Johannis Baptistæ concedit solemma frequentare,tribuat vobis et eadem devotis mentibus celebrare, et suæ benedictionis dona percipere.Que le Dieu qui nous donne de célébrer la solennité du bienheureux Jean-Baptiste, vous accorde et d’y montrer la dévotion de vos âmes, et d’y recevoir les faveurs de sa bénédiction.
R/. Amen.R/. Amen.
Et qui pro legis ejus præconio carceralibus est retrusus in tenebris, intercessione sua a tenebrosorum operum vos liberet incentivis.Que celui qui pour avoir proclamé sa loi fut enfermé dans les ténèbres des cachots, vous délivre par sa prière de la séduction des œuvres de ténèbres.
R/. Amen.R/. Amen.
Et qui pro veritate, quæ Deus est, caput non est cunctatus amittere, suo interventu ad caput nostrum, quod Christus est, vos faciat pervenire.Et que n’ayant pas balancé, pour la vérité qui est Dieu, à livrer sa tète, il vous fasse arriver par son intercession au Christ qui est notre tête.
Quod ipse praestare dignetur.Qu’il daigne nous l’accorder Celui qui règne à jamais.
R/. Amen.R/. Amen.
AD COMPLENDUM.
Conferat nobis, Domine, sancti Ioannis utrumque sollemnitas : ut et magnifica sacramenta, quæ sumpsimus, digne veneremur, et in nobis salutaria sentiamus. Per Dóminum.Puisse, Seigneur, la solennité de saint Jean nous donner à la fois, et de vénérer comme ils le méritent les glorieux Mystères auxquels nous avons participé, et d’expérimenter leur action salutaire. Par Jésus-Christ.
Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Dans la liste de Würzbourg, cette fête semble renvoyée au lendemain, peut-être à cause de la popularité de la station (natalis) à Sainte-Sabine.

La décollation de saint Jean-Baptiste, le 29 août, est toutefois fêtée dès le IVᵉ siècle en Afrique, en Orient, en Syrie, un peu partout. Elle manque dans le Sacramentaire Léonien mais apparaît dans le Gélasien.

On connaît le sort des reliques du précurseur du Seigneur. Il fut d’abord enseveli en Samarie, mais en 362 les païens violèrent sa tombe et brûlèrent ses ossements sacrés. Une petite partie d’entre eux put toutefois être soustraite par quelques moines et fut remise à saint Athanase, à Alexandrie. L’empereur Théodose fit déposer à Hebdomon, près de Constantinople, le chef présumé de saint Jean, jadis conservé à Jérusalem par quelques moines. Une autre tradition voudrait, au contraire, que cette relique sacrée eût été transférée de Jérusalem à Émèse où, en 452, l’évêque Uranius en fit la reconnaissance authentique.

On ne sait rien d’un transfert du chef de saint Jean-Baptiste à Rome. Celui qui, maintenant encore, est vénéré à Saint-Silvestre in Capite appartient, non pas au Précurseur, mais à ce célèbre prêtre martyr Jean, que les pèlerins du haut moyen âge visitaient sur la voie Salaria vêtus, sur le cimetière appelé précisément ad septem palumbas ad Caput Sancti Iohannis.

Voici comment s’exprime le De Locis SS. Martyrum : Inde, non longe in Occidente, ecclesia sancti lohannis martyris, ubi caput eius in alio loco sub altari ponitur, in alio corpus.

Son nom figurait probablement dans le Martyrologe Hiéronymien, le 24 juin, avec celui de Festus, mais il aura sans doute été absorbé par celui du Précurseur.

A ce saint Jean de la voie Salaria, était dédiée une petite église spéciale, près de celle de Saint-Silvestre, qui, en raison de la sainte relique, prit le titre de IN CAPITE.

A l’origine, les chants pour la fête de ce jour étaient ainsi énumérés dans l’antiphonaire : ANT. In virtute tua. PSALM. Vitam petiit. RESP. Domine, praevenisti. VERS. Vitam petiit. ALLEL. Beatus vir. OFF. Iustus ut palma. AD COMMUN. Magna est gloria.

Aujourd’hui le Missel a modifié cette ordonnance primitive. L’antienne pour l’introït est tirée du psaume 118, comme pour la fête de sainte Praxède, le 20 juillet, et cela en raison de l’intrépide énergie montrée par le Précurseur en face du roi Hérode. — Pour ne pas craindre les hommes, il faut craindre Dieu.

Le psaume qui suit l’antienne — et cela trahit d’emblée le rédacteur moderne — est le 91ᵉ, comme pour la nativité du Saint.

Voici la collecte. — « Que la vénérable fête de votre saint Précurseur et martyr Jean nous apporte, Seigneur, en abondance, des grâces pour notre salut ». Dans ces collectes de l’Église, nous implorons sans cesse la divine grâce, et par là nous rendons témoignage à une vérité très importante qui, au IVᵉ siècle, fut vivement combattue par Pelage et par ses disciples. Pour opérer notre salut éternel, nous avons tous besoin de la divine grâce, à la généreuse miséricorde de laquelle est attribué tout le bien que nous accomplissons. C’est pourquoi saint Paul disait : Gratia autem Dei sum id quod sum.

La première lecture est tirée de Jérémie (I, 17-19) et forme la suite du passage lu le 24 juin. Le Seigneur prémunit le Prophète contre la vaine terreur des puissances terrestres. Celles-ci s’élèveront toutes contre l’envoyé de Yahweh, mais elles ne pourront jamais en triompher, car Dieu est plus puissant que les hommes, et la lutte contre Lui se fait toujours dans des conditions d’infériorité. Il vaut donc mieux se rendre, comme le fit Saul sur le chemin de Damas.

Le graduel est le même que le 3 décembre, pour la fête de saint François Xavier. On se demandera peut-être comment l’on peut chanter en l’honneur du martyr qu’il fleurira comme le palmier, alors que sa tête a été séparée du tronc ? La réponse est aisée. Comme le Christ mourut sur la croix, fut adoré dans les limbes le lendemain, et ressuscita le troisième jour, ainsi ses disciples reçoivent au ciel la récompense de leurs souffrances de la veille, et, le troisième jour, ils ressusciteront eux aussi, d’autant plus semblables au Christ dans la gloire qu’ils auront été davantage humiliés pour lui dans l’ignominie de la Croix.

Une première et précoce floraison du sang des martyrs est reconnue par Tertullien dans la rapide diffusion de l’Église sur toute la terre durant les trois premiers siècles.

Le verset alléluiatique, où le juste est comparé à un lis en fleur, est le même que le 15 janvier, pour saint Paul ermite.

La lecture évangélique de ce jour est tirée de saint Marc (VI, 17-27) et nous est déjà attestée par la liste de Würzbourg. Le plus grand des fils de la femme a été victime de la honteuse intrigue de deux adultères. Selon la commune opinion du monde, il n’y a rien de glorieux ni de tragique dans cette mort de Jean, lequel succombe en cachette, dans le silence de la prison de Machéronte. Combien différentes sont les pensées de Dieu ! Jean avait souhaité que son prestige et sa gloire fussent comme anéantis, pour que, seul, Jésus fût glorifié. Ses vœux sont exaucés. Il meurt comme l’inébranlable prédicateur de la chasteté, il meurt parce que sa sainteté de Précurseur de Jésus était intolérable à l’impudique Hérodiade. Il meurt en anticipant, par son martyre, les humiliations du Calvaire ; mais en récompense, si Jésus ne participa pas avec les disciples à ses funérailles, comme l’assurent quelques documents, il a au moins la gloire d’avoir eu le Sauveur lui-même pour panégyriste de ses immenses mérites. Quel saint a jamais été honoré comme Jean ?

L’antienne pour l’offrande des oblations est la même que pour saint Paul ermite.

Prière sur les oblations. — « Par les mérites de votre bienheureux martyr Jean, que soient profitables à notre salut, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons aujourd’hui en l’anniversaire de son supplice ».

Quelques Sacramentaires nous donnent pour ce jour la préface suivante : Vere dignum... aeterne Deus. Qui Praecursorem Filii tui tanto munere ditasti, ut pro veritatis praeconio capite plecteretur, et qui Christum aqua baptizaverat, ab ipso in Spiritu baptizatus, pro eodem proprio sanguine tingeretur. Praeco quippe veritatis, quae Christus est, Herodem a fraternis thalamis prohibendo, carceris obscuritate detruditur, ubi solius divinitatis tuae lumine frueretur. Deinde capitalem sententiam subiit, et ad inferna Dominum praecursurus descendit. Et quem in mundo digito demonstravit, ad inferas praetiosa morte praecessit. Et ideo... [17]

L’antienne durant la sainte Communion est la même que le 26 janvier. Le glaive du bourreau trancha le chef de Jean, mais sur ce chef, comme le chante Paul Diacre, dans l’hymne des laudes du 24 juin, Dieu a posé la triple couronne de prophète, de martyr et de vierge : Serta ter denis alios coronant Aucta crementis, duplicata quosdam ; Trina centeno cumulata fructu Te sacer ornant.

Après la Communion. — « Que la solennité de saint Jean-Baptiste fasse que, vénérant aujourd’hui l’ineffable sacrement eucharistique, celui-ci produise en nous, abondamment, cette grâce d’onction dont il est le mystique symbole ».

En l’honneur du glorieux Précurseur décollé, furent érigées dans le bas moyen âge plusieurs églises et des confréries destinées à l’assistance religieuse des condamnés à mort. Elles produisirent un grand bien et, grâce à elles, la satisfaction de la justice humaine, toute enveloppée alors d’une atmosphère de compassion et d’amour, s’éleva à la hauteur d’un acte de religion, en sorte que ces malheureux, assistés par des « consolateurs » et dans le baiser du Crucifix, montaient résignés à l’échafaud, heureux de pouvoir satisfaire à Dieu et à la société pour le crime commis. Aussi le bienheureux Cafasso, « consolateur » très zélé des condamnés à mort, disait-il : « Sur cent pendus, cent sauvés ! »

A Rome, deux églises étaient dédiées à la décollation de saint Jean-Baptiste. La première se trouvait près des prisons de Tor di Nona, en face du château Saint-Ange. L’autre existe encore, non loin du Vélabre, et l’un des nombreux privilèges dont jouissait sa confrérie était de pouvoir, chaque année, libérer pendant le Carême un condamné à mort.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Il faut que lui grandisse, et que moi je m’efface.

1. Décollation de saint Jean-Baptiste. — Outre la naissance du Précurseur, fête principale de saint Jean Baptiste (24 juin), l’Église célèbre encore son martyre. D’après le martyrologe, c’est aujourd’hui le jour « de la seconde découverte de son chef vénérable ». Le corps de Jean-Baptiste fut enterré à Samarie. En 362 les païens profanèrent son tombeau et brûlèrent ses restes. Des moines parvinrent seulement à en sauver une petite partie qu’ils remirent à saint Athanase d’Alexandrie. On montre en divers endroits les principales reliques du Précurseur. Celles qu’on honore dans l’église Saint-Sylvestre, à Rome, appartiennent à un prêtre martyr du même nom. On vénère aussi à Breslau le chef de saint Jean-Baptiste. Nous aurons particulièrement soin de relire aujourd’hui les passages des trois Synoptiques qui relatent le martyre du Précurseur, une des scènes les plus dramatiques de la sainte Écriture. (Marc — auquel la messe emprunte l’Évangile — VI, 14-29 ; Matthieu, XIV, 1-12 ; Luc, III, 19-20 ; IX, 7-9).

2. La Messe (Loquebar). — Une messe très simple avec peu de parties propres. A l’Introït et à l’Épître, nous nous représentons la courageuse franchise de saint Jean-Baptiste devant Hérode, franchise qui devait lui coûter la vie : « Je parlais de tes témoignages à la face des Rois et n’en ai pas honte ». (Cas étrange, le verset de l’Introït est emprunté à un autre psaume que l’antienne). « Annonce à Juda tout ce que je t’ordonne. Sois sans crainte... je t’ai établi comme une ville forte... contre les rois de Juda, contre ses princes, contre ses prêtres et contre le peuple. Ils combattront contre toi, mais ils ne pourront rien sur toi » (Épître). Nous voyons ainsi, au commencement de la messe, le Baptiste devant Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère ! » Au Graduel, il se dresse devant nous « comme le cèdre du Liban », pur et sans tache comme le lis. A l’Offertoire et à la Communion, nous chantons son triomphe auquel nous avons part dans la Sainte Eucharistie. Nous avons souvent lieu de faire cette remarque : à l’avant-messe, le saint nous apparaît dans sa passion ; et à la messe des fidèles, dans sa gloire. De même, dans la première partie nous nous unissons spirituellement à lui par la lecture (on lisait autrefois en cet endroit les Actes des martyrs), et dans le Saint-Sacrifice, à sa gloire. L’Évangile raconte, d’après le vivant récit de saint Marc, le martyre de Jean-Baptiste.

3. Remarques sur la messe. — L’examen attentif de l’Offertoire et de la Communion nous fait saisir l’intention profonde de la liturgie. L’offertoire et la communion sont bien deux parties importantes du saint sacrifice où l’individu est appelé à intervenir personnellement. Il intervient à l’offertoire avec son « moi » (symbolisme de l’offrande) ; à la communion, il reçoit sa propre part du sacrifice : Dieu s’incline vers lui en lui disant « tu ». On pourrait donc s’attendre à ce que les deux chants concomitants de l’offertoire et de la communion traduisent ce caractère personnel, ou, du moins, rappellent qu’au moment du sacrifice le saint dont on fait mémoire s’efface. On pourrait croire que le saint dont la place est si grande à l’avant-messe nous quitte au seuil du sacrifice et laisse la communauté seule avec le Christ. Non ; il n’en est rien. Les chants qui accompagnent ces deux parties de la messe d’un caractère à la fois si dramatique et si personnel se rapportent invariablement au saint dont on célèbre la fête. Qu’en faut-il conclure ? Manifestement, la liturgie met en valeur le mystère du saint. Nous nous associons à son rôle au sacrifice, et, par la communion sacramentelle, nous participons à sa gloire. Remarquons-le encore, au début comme à la fin, ce sont des pensées relatives au bonheur éternel qui très souvent reparaissent. Pendant l’avant-messe, nous voyons le saint aux prises avec les difficultés de la vie, en lutte avec le monde et l’enfer ; pendant le sacrifice, nous le voyons dans sa gloire à laquelle nous prenons part. Aussi entendons-nous l’Église chanter, au moment de la distribution des saintes espèces : « Vous avez posé sur sa tête une couronne d’or pur » ; ce qui est vrai d’une double façon : le saint est glorifié parmi : nous, et nous, en union avec lui, nous participons à sa gloire. Combien il importe donc de ne pas se contenter d’une lecture superficielle des textes de la liturgie : sachons en saisir intimement l’esprit et la vie !

[1] Cf. Pierre Jounel, Le Culte des Saints dans les Basiliques du Latran et du Vatican au douzième siècle, École Française de Rome, Palais Farnèse, 1977.

[2] Évangile de la fête, Marc, VI, 17-29.

[3] Matth. XI, 11.

[4] Chrys. Ad episcopos, presb. et diac. ob pietatem in carcere inclusos.

[5] Ibid. Ad eos qui scandalizati sunt ob adversitates, XXII.

[6] Ibid.

[7] Johan. III, 30.

[8] Johan. I, 1.

[9] I Johan. III, 2.

[10] Aug. Sermo CCLXXXVIII, In Natali J. Bapt. 11, De voce et verbo.

[11] Johan. III, 28-29.

[12] Joseph. Antiquit. Jud. XVIII, VI.

[13] Pseudo-Dexter, Chronicon, ad ann. Christi 34 ; Niceph. Call. I, XX.

[14] Hieron. Adv. Rufin. III, 42.

[15] Par Mariamne, son aïeule, petite-fille d’Hyrcan.

[16] Hieron. Epist. CVIII, al. XXVII, ad Eustochium.

[17] Traduction : voir plus haut le commentaire de Dom Guréanger in fine.

Dom Flicoteaux, la Noël d’été

Dom Flicoteaux, la Noël d’été

ANTIQUITÉ DE LA FÊTE ROMAINE ; SON CARACTÈRE PROPRE.

Ce n’est pas à Rome que nous avons trouvé la plus ancienne mention de la fête du Précurseur. Il faut même reconnaître que nous ne possédons sur l’existence de la solennité romaine aucun renseignement qui soit antérieur au VIᵉ siècle. La Noël d’été ne figure ni sur le férial Philocalien (336), ni sur le calendrier plus tardif de Polemius Silvius (448) [68]. Chose plus surprenante encore, parmi les nombreux discours qui subsistent du pape saint Léon, nous n’en connaissons pas un seul qui se rapporte à la Nativité de saint Jean-Baptiste. Faut-il conclure que l’Église romaine aurait attendu jusqu’au VIᵉ siècle pour adopter une fête admise depuis longtemps déjà dans les autres parties de l’Occident ? Nous ne le pensons pas. Bien au contraire tout nous fait croire, malgré le silence des documents, que l’Église romaine qui, la première, célébra la Noël d’hiver fut aussi la première à connaître l’existence de la Noël d’été. Il était si simple et si naturel de compléter et d’étendre le mystère de la Nativité du Christ en fêtant la naissance de son Précurseur. Sans doute le premier témoignage concernant l’existence de la Noël d’été nous est venu de l’Église d’Afrique, mais celle-ci, selon toute vraisemblance, n’avait adopté la fête du 24 juin que pour suivre sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, l’exemple donné par l’Église romaine.

Quoi qu’il en soit des origines de la fête, Rome n’attendit sûrement pas jusqu’au VIᵉ siècle pour donner à saint Jean-Baptiste la large part qui lui revient comme de droit dans l’estime et la piété du peuple chrétien. C’est à la paix de l’Église, dès le début du IVᵉ siècle, que nous voyons le célèbre baptistère de Latran, bâti par Constantin et placé par lui-même sous la protection du Précurseur, devenir au centre de la ville le foyer de la dévotion catholique envers l’Ami de l’Époux [69]. Telle était déjà, à cette époque lointaine, l’importance acquise par le culte de saint Jean que Constantin faisait construire en son honneur, non loin de Rome, deux basiliques, l’une à Ostie et l’autre sur le territoire d’Albano [70]. Un siècle et demi plus tard le culte de saint Jean-Baptiste reçut une impulsion nouvelle du pape saint Hilaire (461-68), successeur de saint Léon. Saint Hilaire crut devoir témoigner de sa dévotion personnelle au Précurseur en lui dédiant dans le baptistère du Latran un oratoire qui s’est conservé jusqu’à nos jours [71]. Il est probable que ce même pape, qui se fit remarquer par son zèle pour le culte divin, exerça sur le développement liturgique de la Noël d’été une influence décisive. Sans doute la fête du 24 juin existait avant saint Hilaire, mais c’est bien grâce à lui, semble-t-il, qu’elle conquit définitivement sa place parmi les plus grandes solennités de l’année chrétienne [72].

Sur l’existence et la célébration de la fête romaine, les premières indications que nous puissions utiliser nous sont fournies par un document qui remonte jusqu’au début du VIᵉ siècle et qu’on appelle communément le « sacramentaire Léonien ». C’est là que se trouvent réunies les plus anciennes formules de la liturgie latine relatives à saint Jean-Baptiste. Encore que le recueil dont nous parlons ne soit, peut-être, qu’une compilation de caractère privé, nous sommes sûrs qu’il contient un grand nombre de pièces composées par le pape saint Léon lui-même, car la noblesse toute romaine et la majestueuse beauté de la plupart de ces formules ne laissent aucun doute sur l’origine de leur inspiration. Or, le sacramentaire léonien conserve le texte de cinq messes pour la Nativité de saint Jean-Baptiste. Elles se succèdent dans l’ordre suivant : d’abord, une première messe qui est celle de la vigile, puis deux messes de rechange pour la fête elle-même, enfin deux autres messes de rechange également pour la fête, mais précédées de l’indication « ad fontem » parce qu’elles devaient être célébrées dans ce spacieux baptistère du Latran où s’accomplissait avec tant de pompe la grande fonction de la nuit pascale. Chacune de ces messes est enrichie d’une préface propre publiant avec éloquence la gloire du Précurseur et les merveilles de sa nativité. Le lecteur nous saura gré de lui mettre sous les yeux le texte latin d’une de ces préfaces qui serait bien digne de figurer dans le missel romain [73]. Elle appartient à l’une des deux messes qui se chantaient auprès de la fontaine baptismale, et c’est pourquoi elle rappelle très opportunément le baptême du Sauveur dans le Jourdain :

« Vere dignum. In die festivitatis liodierna, qua beatus Joannes exortus est, qui vocem matris Domini nondum editus sensit et adhuc clausus in utero, ad adventum salvitis hmnanæ, prophetica exsultatione gestivit ; qui et genitricis sterilitatem coiiceptus abstersit, et pattis linguam natus absolvit : solusque omnium prophetarum, Redemptorem mundi quem prænuntiavit ostendit ; et ut sacræ purificationis effectum aquarum natura conciperet, sanctificandis Jordanis fluentis ipsum baptismatis lavit auctorem » [74].

Déjà reconnue par le sacramentaire Léonien, l’importance majeure de la Noël d’été ne fit que croître et s’accentuer jusqu’à l’époque carolingienne. Au IXᵉ siècle, la Nativité du Précurseur semble avoir réalisé son complet épanouissement. Ses nombreux privilèges la classent alors parmi les grandes solennités du cycle liturgique, et même la rapprochent plus étroitement de Noël et de Pâques, fêtes insignes entre toutes. Non seulement la Nativité de saint Jean se rattachait à la fête de Noël par son origine et sa signification, mais elle lui ressemblait à plus d’un égard. D’abord on se disposait à l’une et l’autre fête par une période de préparation qui se terminait par une vigile solennelle ; de plus l’usage s’était établi de sanctifier la longue et joyeuse veillée de la saint Jean, comme la nuit de Noël, par une messe qui se disait avant le lever du soleil ; enfin l’office liturgique du 24 juin, par sa contexture et par certains détails de sa composition, répondait d’une manière assez frappante à celui de la Noël d’hiver.

Étroitement apparentée à la Nativité du Sauveur, la fête de saint Jean se rapprochait aussi par un certain côté de la liturgie pascale. En dehors du jour de Pâques, nulle circonstance de l’année chrétienne ne donnait plus de place à la pensée du baptême que la fête de saint Jean-Baptiste qui se célébrait précisément dans le lieu même où Rome voyait s’accomplir avec une incomparable magnificence la grande fonction du Samedi-Saint. Et puis, au soir de la Saint-Jean comme au soir de Pâques, l’Église, afin de rappeler à ses enfants leur naissance à la vie divine, les réunissait autour de la piscine sacrée, sous les auspices du Précurseur.

Dans les pages qui suivent nous nous souviendrons de ce qu’était à Rome la liturgie de la Noël d’été, dans le cours du moyen-âge, c’est-à-dire à l’époque la plus glorieuse de son histoire.

LE JEUNE PRÉPARATOIRE.

On se reportera au commentaire du jour de la Vigile, le 23 juin, ici.

CÉLÉBRATION DE LA NOËL D’ÉTÉ : LES TROIS MESSES.

Toutes les circonstances se réunissaient pour faire de la Saint-Jean un jour de grande magnificence. La Noël d’été a toujours occupé, sur le calendrier, la date la plus favorable à la célébration d’une fête liturgique. Elle se place, en effet, tout au début de l’été, et si, dès cette époque, le soleil inonde de sa joyeuse clarté la ville et la campagne, il ne fait pas encore sentir aux hommes l’ardeur brûlante de ses plus chauds rayons. Rien au contraire de plus doux, de plus paisible, rien de plus souriant que ces premiers jours de l’été romain où la nature se pare de ses plus riches couleurs pour fêter, elle aussi, la naissance du témoin de la lumière.

Déjà favorisée par sa date liturgique, la fête de saint Jean l’était aussi par le lieu de sa célébration qui se déroulait tout entière dans la majestueuse basilique du Latran. Cet édifice, le plus insigne et le plus vénérable de la ville de Rome, l’emportait en dignité, à certains égards, sur la basilique vaticane de Saint-Pierre. Celle-ci, en tous cas, ne pouvait revendiquer, comme le sanctuaire du Latran, le glorieux titre d’« église mère et chef de toutes les églises de la ville et du monde » omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput [75]. En sa qualité d’église cathédrale du pontife romain, la basilique du Latran voyait se dérouler dans sa vaste nef quelques-unes des fonctions les plus importantes de l’année liturgique : « C’était là que débutait le carême et que les pénitents recevaient les cendres, avant que l’anticipation du jeûne eût reporté ce rite au mercredi précédent et lui eût donné pour cadre l’église de Sainte-Anastasie. C’était encore au Latran qu’avaient lieu les distributions des palmes, la consécration des saintes huiles, et, surtout, dans la longue et incomparable vigile pascale, l’administration du baptême, la confirmation, la communion des néophytes, tout le mystère de l’initiation chrétienne. Enfin si le pape était couronné à Saint-Pierre, il n’en est pas moins vrai qu’il venait ensuite, en une pompeuse cavalcade, prendre possession de son église du Latran » [76].

La basilique du Latran était toute désignée pour la célébration de la fête du 24 juin, non seulement à cause de son baptistère dédié depuis toujours à saint Jean-Baptiste, mais aussi parce que de très bonne heure l’église elle-même avait été placée sous le vocable de Amicus Sponsi [77]. Construite par Constantin dans le vieux palais des Laterani, la basilique de Saint-Jean n’avait encore rien perdu dans les premiers siècles du moyen-âge de son antique splendeur. La première chose qui frappait le regard de quiconque pénétrait dans ce vaste édifice, c’était au fond de l’abside une somptueuse mosaïque représentant, en son milieu, une croix richement ornée au pied de laquelle se dressaient, d’un côté, la Vierge Marie, mère de Dieu, et de l’autre, la figure saisissante du Précurseur [78]. Lam-pleur des proportions, la beauté des marbres, la richesse de la décoration, l’éclat des lampes et des vases précieux qui entouraient l’autel, tout contribuait dans cet auguste sanctuaire à rendre plus noble et plus majestueuse la célébration liturgique de la Noël d’été.

Dès le VIᵉ siècle, la Nativité de saint Jean avait acquis le privilège d’être honorée, comme la fête de Noël, par la célébration d’un triple sacrifice, car le sacramentaire grégorien nous donne en plus des oraisons de la vigile celles de deux autres messes dont la première devait se dire dans la nuit de la fête, ou au lever du soleil, et la seconde à la lumière du jour [79]. Une de ces deux messes et très vraisemblablement la première, celle de la nuit, se disait au baptistère du Latran [80]. Du reste l’usage de sanctifier la nuit de la Saint-Jean par l’oblation du sacrifice eucharistique ne fut pas spécial à l’Église de Rome, il se répandit de bonne heure en Italie, en Gaule et en Espagne [81]. Naturellement les liturgistes du moyen-âge crurent indispensable de justifier au moyen d’un symbolisme subtil la raison d’être de chacune de ces trois messes, comme ils le faisaient pour la fête de Noël. D’après Amalaire qui excelle dans les explications de ce genre, les trois messes de la Saint-Jean rappellent, la première, son titre de Précurseur, la seconde, son baptême, et la troisième, son austérité merveilleuse [82]. De ces trois messes nous n’avons conservé que la première et la troisième, celle de la vigile et celle du jour qui était aussi la plus solennelle. Quant à la seconde, la messe de la nuit, elle a cessé d’être en usage, mais les diverses pièces de chant dont elle se composait se retrouvent aujourd’hui disséminées dans le commun d’un confesseur non pontife [83]. La coutume de célébrer plusieurs messes en la fête de Saint-Jean était encore en vigueur au XIVᵉ siècle, comme on le voit d’après le témoignage de Raoul de Tongres [84], et il y a tout lieu de croire qu’elle s’est maintenue, en plus d’un endroit, bien au-delà de cette époque [85].

Il est à peine besoin de dire qu’au point de vue de sa composition liturgique, la fête de Saint-Jean n’a rien à envier aux plus somptueux offices de l’année chrétienne. On y retrouve quelque chose de la fraîcheur et de la grâce qui sont le propre du mystère de Noël, avec en plus, nous semble-t-il, une nuance exquise de touchante simplicité. Les diverses pièces dont se compose l’office du 24 juin sont pour la plupart empruntées à l’Évangile et aux prophètes. Ces textes choisis avec un goût délicat sont agencés avec un sens liturgique des plus affinés, répartis d’une main discrète et légère sous forme de lectures, d’antiennes et de répons, et revêtus de mélodies alertes du style grégorien le plus pur. Les prières sacerdotales, collectes et oraisons, peuvent rivaliser pour la plénitude de la pensée et la noblesse du langage avec les formules les plus expressives, les plus savoureuses du Missel romain.

Mais le plus admirable dans l’office de la Noël d’été c’est la perfection de l’ensemble, l’équilibre, l’harmonie d’une composition qui nous permet de suivre la marche progressive du mystère selon ses diverses phases, depuis ses plus lointaines origines jusqu’à son total épanouissement. La première partie de l’office, qui commence avec la messe de vigile, s’otivre sur la scène de l’annonciation dans le temple de Jérusalem. Cet épisode nous introduit de la manière la plus naturelle dans la célébration du joyeux avènement dont il forme la préparation divine. Lorsque viennent les heures de l’office de nuit, l’Église, avant de nous faire assister à la naissance merveilleuse de Jean, nous entretient de sa gloire future, par la voix des plus grands prophètes. Puis dès que le soleil se lève nous, chantons la grandeur surhumaine de l’enfant qui repose en son berceau. Enfin la messe du jour nous présente dans tout l’éclat de sa gloire celui dont le témoignage ne cesse de résonner à travers les siècles jusqu’aux confins de l’univers.

LA MESSE DE LA VIGILE : ANNONCIATION DU PRÉCURSEUR.

On se reportera au commentaire du jour de la Vigile, le 23 juin, ici.

LES PREMIÈRES VÊPRES : LE SACRIFICE DE L’ENCENS.

Comme les autres fêtes du cycle liturgique, la Noël d’été s’ouvre la veille au soir par l’office des premières vêpres qui, dans l’antiquité, portait le nom de « lucernaire » parce qu’il s’effectuait à la nuit tombante. Mais l’Église s’est fait une habitude de n’avancer que doucement dans la célébration des mystères. Aussi veut-elle attendre l’heure même où Jean-Baptiste apparut en ce monde, c’est-à-dire les derniers moments de la nuit, pour donner libre cours à l’expression de sa très vive allégresse. Jusque-là sa joie n’est encore que la joie discrète de l’espérance, la joie qui lui vient des promesses divines. Afin d’occuper son attente elle redit à son tour, en des antiennes qui ne manquent ni de grâce ni de simplicité, les paroles de l’ange qu’elle a jalousement conservées dans son cœur. Elle nous répète que Jean doit naître du sein de la vieillesse et de la stérilité : Ex utero senectutis et sterili Johannes natus est præcursor Domini [86]. Ce qui est une manière ingénieuse de nous faire entendre que, sans une intervention très spéciale de la miséricorde divine, jamais la Synagogue n’aurait été capable de donner au monde un si beau fruit de justice et de sainteté. Mais du céleste message l’Église a retenu de préférence ce qui concerne l’austérité prodigieuse du nouvel Élie, et l’extrême pureté de ses mœurs : vinum et siceram non bibet, et omne immundum non manducabit ex utero matris suæ [87]. « II ne boira ni vin ni rien qui enivre, et il ne mangera rien d’impur dès le sein de sa mère ». Elle note que la sainteté de Jean-Baptiste sera en rapport avec la sublimité de sa mission, car « lui-même marchera dans l’esprit et la vertu d’Élie afin de préparer au Seigneur un peuple parfait » : Ipse præibit ante illum in spiritu et virtute Eliæ parare Domino plebem perfectam [88].

Ainsi, tout le fait prévoir, celui qui va naître sera grand devant le Seigneur, et la main de Dieu reposera sur lui : Iste puer magnus coram Domino, nom et manus ejus cum ipso est [89]. Et l’Église, dès maintenant, invite l’univers à célébrer avec joie le bienfait d’une telle naissance : Et multi in nativitate ejus gaudebunt [90].

Mais ce qui fait le plus grand intérêt de ce premier office de la Saint-Jean, c’est qu’il se déroule précisément à l’heure même où le prêtre Zacharie offrait dans le temple de Jérusalem le sacrifice du soir, au coucher du soleil [91]. Lors donc que le pontife accomplit en grande pompe l’encensement de l’autel, il reproduit d’une manière frappante le geste de Zacharie déposant sur les charbons du sanctuaire le parfum précieux, symbole des adorations et des prières du peuple [92]. L’Église profite de ce rapprochement pour rappeler dans l’antienne de Magnificat l’apparition mystérieuse du messager céleste surgissant à droite de l’autel dans la fumée de l’encens : Ingresso Zacharia templum Domini, apparuit ei Gabriel angelus, stans a dextris altaris incensi.

Quant au Magnificat on ne saurait oublier qu’il fut divinement inspiré à la Vierge Marie tandis qu’elle se trouvait auprès de sa cousine Élisabeth et de Jean lui-même encore renfermé dans le sein maternel mais déjà sanctifié par l’action secrète du Verbe fait chair. Notre-Dame songeait très certainement à la naissance prochaine du Précurseur lorsqu’elle prononçait son cantique d’action de grâces et surtout lorsqu’elle rendait témoignage à la fidélité des promesses divines : Suscepit Israël puerum suum recordatus misericordiæ suæ, sicut locutus est ad patres nostros A braham et semini ejus in sæcula. Elle savait bien que la naissance de Jean devait annoncer la naissance du Sauveur, et marquer pour Israël le point de départ d’une ère de grâce et de salut.

L’Église romaine, lorsqu’elle eut introduit le chant des hymnes dans l’office divin, ne manqua pas d’emprunter à la liturgie monastique les strophes célèbres de Paul Diacre dont la mélodie ravissante fait si vivement sentir le charme et la douceur de la Noël d’été [93]. Ici encore le prêtre Zacharie paraît en scène, mais pour nous apprendre que c’est à Jean lui-même d’inspirer notre louange et de nous rendre capables de célébrer dignement la gloire de son nom. A peine osons-nous traduire en français cette hymne jadis si populaire et dont nul n’ignore l’importance dans l’histoire du chant sacré :

Pour que vos serviteurs puissent à pleine voix

chanter vos gestes merveilleuses,

purifiez de la souillure du péché

nos lèvres coupables, ô saint Jean.

Un messager venu du haut du ciel

annonce à votre père que vous naîtrez déjà grand

Il lui révèle votre nom et lui dévoile peu à peu

le cours entier de votre vie.

Lui doutant de la promesse divine

perd soudain l’usage de sa langue.

Mais en naissant vous réparez

le dommage survenu à l’organe de la voix.

Reposant encore dans le berceau secret du sein maternel

Vous aviez senti la présence du Roi en sa couche nuptiale.

C’est donc par les mérites de leur fils

Que vos parents nous découvrirent de tels mystères [94].

Honneur soit au Père et au Fils par lui engendré

et à vous Esprit qui de l’un et de l’autre

êtes toujours égal en puissance, Dieu unique,

dans tout cours des siècles. Amen.

L’Évangile nous dit qu’après avoir achevé son service dans le Temple, Zacharie, devenu muet à cause de son incrédulité, se retira dans sa maison auprès de son épouse. La promesse de l’ange s’accomplit. Élisabeth, conçut le fils des miséricordes divines, puis elle se confina cinq mois durant dans une parfaite solitude comme pour vénérer en elle le fruit de sa miraculeuse conception et rendre grâces à Dieu de l’insigne faveur qui lui était faite. L’Église, elle aussi, après avoir pris connaissance du message angélique, se recueille comme pour méditer les grandeurs de l’enfant dont elle va, dans la nuit, célébrer le joyeux avènement.

LA NUIT DE LA SAINT-JEAN, « LUCERNA ARDENS ET LUCENS ».

Après les fameuses vigiles de Pâques et de Noël il n’y avait pas dans toute l’Église, à Rome et ailleurs, de nuit qui fût plus populaire que celle de la Saint-Jean. C’était pour le peuple chrétien une heureuse occasion de revivre aux premiers jours de l’été les joies si douces et si intimes de la Noël d’hiver. Les princes eux-mêmes se faisaient un devoir de prendre part à l’office des vigiles. Le biographe de Robert le Pieux ne nous montre-t-il pas le dévot roi de France s’unissant avec ferveur, pendant la nuit de la Saint-Jean, à la prière liturgique des moines de Fleury [95] ? Il y avait à Rome pour la Noël d’été, comme pour les plus grandes fêtes de l’année chrétienne « præclarissimæ festivitates », un double office dont le premier commençait au soir du 23 juin et le second, plus important, se célébrait au milieu de la nuit [96]. Nous ne dirons rien ici du premier de ces offices qui disparut dès avant la fin du moyen-âge sans laisser de trace et nous nous occuperons uniquement du second qui, dans ses lignes principales, est encore aujourd’hui ce qu’il était au IXᵉ siècle [97].

Lorsque la nuit, une de ces belles nuits très douces et très pures de l’été romain, avait enveloppé la ville, celle-ci, au lieu de s’endormir comme d’habitude dans un profond silence, semblait s’éveiller à une vie nouvelle. C’était alors que des bandes joyeuses se mettaient à parcourir les places de la cité pour y allumer, au milieu des clameurs et des chants, ces feux dont la flamme pétillante suscitait de toute part un frémissement d’allégresse. Jeux innocents, joies aimables d’un peuple dévot qui, par ces naïves manifestations dont la foi n’était jamais absente, justifiait à merveille la promesse de l’ange : Et multi in nativitate ejus gaudebunt. Quand, au milieu de ces paisibles réjouissances, la cloche annonçait l’office de la nuit, les fidèles, en grand nombre, se rassemblaient dans la spacieuse basilique du Latran pour s’unir à la louange de l’Église et célébrer les merveilles que le Christ lui-même, par la vertu de sa grâce, avait fait s’accomplir en la personne de son Précurseur. Les vigiles se composaient alors comme aujourd’hui de trois nocturnes et l’office était si habilement disposé, nous allons le voir, que le développement des deux premières veilles de la nuit servait de préparation à la troisième qui avait directement pour objet la naissance du Précurseur.

De même que le Christ avait été préfiguré par les plus grands d’entre les justes de l’Ancien Testament, patriarches, rois et prophètes, de même Jean-Baptiste avait été annoncé lui aussi par de très saints personnages dont il reproduisit en sa personne les traits les plus caractéristiques, non par une coïncidence purement fortuite mais en vertu d’une disposition providentielle. C’est ainsi, par exemple, pour nous en tenir aux ressemblances les plus frappantes que Samuel, Élie et Jérémie trouvaient en saint Jean-Baptiste une première réalisation de leur caractère figuratif. Samuel préfigura le Précurseur non seulement parce qu’il naquit d’une femme stérile, comme le fruit de sa prière, mais aussi parce qu’il fut divinement chargé d’introduire en Israël cette royauté politique qui n’était elle-même qu’une image et une préparation du règne de notre Sauveur. L’ange Gabriel a dit de Jean-Baptiste qu’il devait marcher dans la vertu d’Élie et déjà nous avons parlé du lien qui, dans la pensée divine, rattachait le Précurseur au prophète de l’Ancien Testament. Nous avons remarqué que chez l’un et chez l’autre il y avait même austérité, même amour de la solitude et de la contemplation, même zèle jaloux pour tout ce qui touche à la gloire de Dieu [98].

Mais c’est surtout dans le prophète Jérémie que l’Église retrouve le plus volontiers les traits du saint Précurseur, Aussi juge-t-elle convenable de lui faire une large place dans la liturgie du 24 juin. Toute une partie de l’office est remplie de la pensée du prophète dont la voix mystérieuse se fait entendre d’un bout à l’autre du premier nocturne, dans les antiennes et les lectures. Jérémie, qui était lui aussi d’origine sacerdotale, prophétisa Jean-Baptiste par sa propre naissance, car il sortit du sein maternel déjà sanctifié par la grâce divine. Il le préfigura dans tout le reste de sa vie, et plus particulièrement dans le martyre qu’il eut à endurer pour les droits de la justice et de la vérité. Il le représenta en sa propre personne par la gravité de ses traits, la grandeur de son caractère, la noblesse et la simplicité de sa conduite. Il l’annonça jusque dans l’accomplissement de sa mission qui fut d’arracher, détruire, édifier et planter, comme celle de Jean consistera plus tard à aplanir, redresser, combler et préparer les voies du Seigneur. Enfin si Jean-Baptiste devait surpasser tous les prophètes, nous savons bien qu’avant lui, dans l’estime du peuple juif, il n’y eut pas de prophète plus grand que Jérémie. Voilà pourquoi nous croyons entendre le Précurseur rendre témoignage de lui-même dans tout ce passage dont l’Église nous donne lecture à l’office de nuit :

La parole du Seigneur me fut ainsi adressée.

« Avant de te former dans le sein de ta mère, je t’ai connu ;

et avant que tu sortisses de ses flancs, je t’ai sanctifié

et je t’ai établi prophète des nations. »

Et je dis : « Ah, ah, ah, Seigneur mon Dieu, je ne sais pas

parler, car je suis un enfant. »

Et le Seigneur répondit : « Ne dis pas : je suis un enfant,

car tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai,

et tu diras tout ce que je t’ordonnerai.

Ne crains pas de paraître devant eux,

car je suis avec toi pour te délivrer, dit le Seigneur. »

Alors le Seigneur étendit la main, me toucha les lèvres, et me dit :

Voici que j’ai mis mes paroles en ta bouche,

voici que je t’établis eu ce jour sur les nations et les royaumes,

pour que tu arraches et que tu détruises,

pour que tu ruines et que tu disperses,

pour que tu bâtisses et que tu plantes.

Alors, ceins-toi les reins et lève-toi,

Et dis-leur tout ce que je t’ordonnerai de dire.

Ne tremble pas en leur présence

car je te donnerai de ne pas craindre leur visage.

Voici qu’en ce jour je t’établis comme une ville forte,

comme une colonne de fer et une muraille d’airain

sur toute la terre,

pour commander aux rois de Juda, à ses princes,

aux prêtres et aux habitants de la terre.

Ils lutteront contre toi, mais ne l’emporteront pas,

car, dit le Seigneur, moi je suis avec toi pour te délivrer [99].

La deuxième veille de l’office ne commençait à Rome qu’à une heure avancée de la nuit. Extérieurement la basilique du Latran était enveloppée dans d’épaisses ténèbres, mais à l’intérieur des lampes nombreuses et brillantes dissipaient l’obscurité de l’édifice où se poursuivaient les vigiles. Toujours habile à découvrir dans les choses de la nature l’image des réalités invisibles, l’Église n’a pas manqué de reconnaître et dans l’obscurité matérielle la figure des ténèbres qui précédèrent l’avènement du Rédempteur et dans la vive clarté du luminaire le symbole de celui que le Christ appelait une lampe ardente et brillante : Lucerna ardens et lucens [100]. Il semble même que l’Église se soit inspirée de cet ingénieux rapprochement dans le choix du sermon qui, jusqu’à ces dernières années, se lisait encore au second nocturne de l’office. Nous en détachons ce court passage :

« De Jean-Baptiste le saint évangéliste proclame : Il était une lampe ardente (Ille erat lucerna ardens), c’est-à-dire : il brûlait du feu de l’Esprit-Saint, afin de montrer au monde enfoncé dans la nuit de l’ignorance (ignorantiæ nocte possesso) la lumière du salut et afin de le conduire par la clarté de ses propres rayons, au milieu des ténèbres extrêmement épaisses du péché (quasi inter densissimas delictorum tenebras), jusqu’au soleil de justice dans tout l’éclat de sa splendeur (splendidissimum justitiæ solem). C’est pourquoi parlant de lui-même, Jean disait : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert » [101].

Depuis quelques années ce sermon de saint Maxime a fait place dans le bréviaire romain à un autre passage du même auteur [102]. Mais nous avons conservé au second nocturne ce très antique et très beau répons, le plus beau peut-être de tout l’office du 24 juin, où saint Jean-Baptiste apparaît dans la plénitude de son rôle d’illuminateur :

Hic est Præcursor dilectus, et LUCERNA LUCENS ante Dominum :

Ipse enim est Johannes qui viam Domino præparavit in eremo :

Sed et agnum Dei demonstravit et ILLUMINAVIT MENTES HOMINUM. 

« Celui-ci est le Précurseur bien-aimé et la lampe qui luit devant le Seigneur :

car c’est bien Jean lui-même qui a préparé la voie au Seigneur dans le désert,

montré du doigt l’Agneau de Dieu, illuminé l’esprit des hommes » [103].

AVANT QUE LE SOLEIL NE PARAISSE : LA NAISSANCE DU PRÉCURSEUR.

L’attente de l’Église s’est prolongée pendant la plus grande partie de l’office nocturne ; elle touche à sa fin lorsque commence la troisième veille de la nuit qui doit se clore par le récit de la naissance du Précurseur. De cette lecture qui, jadis, constituait l’harmonieux couronnement de tout l’office de matines, il ne reste plus aujourd’hui dans le bréviaire romain que les deux phrases initiales du texte sacré suivies comme toujours de cette même formule : et reliqua [104]. Seule la liturgie monastique qui, sur ce point, comme sur bien d’autres, représente plus fidèlement les dispositions de l’office primitif, a conservé la lecture intégrale de l’évangile du jour et elle l’entoure d’une solennité particulière qui met justement en valeur l’objet du mystère célébré par l’Église [105].

L’Église ayant jugé que la dernière phase de la nuit était le moment le plus convenable pour situer liturgiquement la naissance de saint Jean-Baptiste, il était bien à propos de faire entendre le récit de cet événement au terme de l’office des vigiles. Sans doute l’évangile ne donne aucune précision sur l’heure à laquelle le fils d’Élisabeth fut mis au monde, mais, dans le plan divin, il existe un rapport si étroit entre la naissance du Christ et celle de son Précurseur, qu’il paraît tout naturel de supposer que les deux événements se sont accomplis l’un et l’autre au milieu du silence de la nuit. En tout cas, le Sauveur s’étant donné lui-même comme le soleil qui illumine le monde, la tradition a reconnu dans l’étoile du matin, qui annonce le lever du soleil en lui empruntant de son éclat, le symbole gracieux du vrai Lucifer, c’est-à-dire de Jean-Baptiste. Cette comparaison illustrait à merveille la doctrine des Pères, car, d’après eux, si la sainteté de Jean avait brillé d’une si vive lumière, c’était afin que la sainteté du Christ, rien qu’en la surpassant, se fit reconnaître comme la sainteté d’un Dieu [106]. Pour terminer ce qui concerne l’office de nuit, nous remettons sous les yeux du lecteur la page de l’Évangile autour de laquelle se déroule toute la liturgie de la fête. Nous laissons à saint Luc, l’évangéliste de l’enfance, le soin de nous décrire avec le charme qui lui est propre le joyeux mystère de l’avènement du Précurseur :

« Le temps où Élisabeth devait enfanter arriva et elle mit au monde un fils. Ses voisins et ses proches ayant appris que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde envers elle, l’en félicitaient. Et il arriva qu’au huitième jour on vint pour circoncire l’enfant et on l’appelait Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prenant la parole répondit : Point du tout ; il s’appellera Jean. Ils lui dirent : mais il n’y a personne dans ta famille qui soit appelé de ce nom. Et par signes ils demandaient à son père comment il voulait qu’on le nommât. Lui de réclamer des tablettes et d’écrire : Jean est son nom. Et tout le monde fut dans l’étonnement. Mais au même instant sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. Alors la crainte s’empara de tous les habitants d’alentour, et le bruit de ces merveilles se répandit sur toutes les hauteurs de la Judée. Ceux qui les apprenaient les gardaient en leur cœur et ils disaient : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. Et Zacharie son père fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa disant : Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël parce qu’il a visité et racheté son peuple ».

Inutile de rien ajouter à cette page exquise où l’évangéliste nous rapporte non seulement le fait de la nativité, mais les circonstances merveilleuses dont elle fut suivie, et qui en soulignèrent la portée : l’imposition du nom de Jean, la surprise de l’entourage, la guérison du prêtre Zacharie qui ne recouvra l’usage de la voix que pour glorifier le Seigneur dans la manifestation de sa miséricorde.

JOUR D’HONNEUR ET D’ALLÉGRESSE : L’OFFICE MATUTINAL, LE CHANT DU BENEDICTUS.

La nuit du 24 juin est extrêmement courte. C’est à peine si les nombreux fidèles qui ont assisté aux vigiles peuvent jouir d’un peu de repos avant de reprendre le chemin de la basilique pour y prendre part à l’office de Laudes. Car l’Église, qui jamais ne se lasse de chanter son Époux, recommence aux premières heures du jour, incipiente luce, le cours de sa louange que par une discrétion toute maternelle elle a dû suspendre quelques instants afin de ménager les forces des plus zélés de ses enfants. L’office qu’elle célèbre au lever du soleil égale en dignité celui qui se place au moment du crépuscule. Parmi les heures canoniques du jour, laudes et vêpres sont les deux plus anciennes et aussi les plus solennelles. Elles se correspondent par cela même qu’elles sanctifient la journée, l’une à son point de départ, et l’autre à son terme. Pourtant chacun de ces offices revêt une couleur qui lui est particulière. Le caractère propre des laudes provient non seulement de ce qu’elles occupent l’heure la plus favorable à la prière, celle où l’âme se donne à Dieu avec toute sa fraîcheur et un nouvel élan, mais aussi de ce que l’Église a toujours spécialement consacré ce premier office du matin à l’action de grâces et à la louange, comme on le voit par le choix des psaumes dont il se compose et qui justifient son gracieux nom de louange matutinale : laudes matutinæ [107].

Maintenant qu’elle a vu s’accomplir la promesse angélique, l’heure est bien venue pour l’Église de donner libre cours à sa reconnaissance. Avec le chant des laudes ce n’est donc plus seulement la joie contenue et discrète de l’attente telle que nous l’avons vue s’exprimer au début de la solennité, mais la manifestation très libre, très vive, d’une allégresse qui ne demande qu’à s’épanouir et se répandre. Tandis que les antiennes des premières vêpres nous présentaient la naissance de Jean sous la couleur d’un événement futur afin d’exciter dans les âmes un ardent désir de voir apparaître le fruit des miséricordes divines, les antiennes de laudes proclament — et avec quelle émouvante conviction ! — l’extraordinaire grandeur de l’enfant qui vient de naître : Elisabeth Zacharia MAGNUM VIRUM genuit, johannem Baptistam præcursorem Domini, « Élisabeth, épouse de Zacharie, a mis au monde un grand homme, Jean-Baptiste le précurseur du Seigneur » [108].

Magnum virum genuit, que de choses en ces trois petits mots ! Jean, nous dit saint Pierre Chrysologue, était en naissant plus qu’un homme, il égalait les anges : nascitur major homine, par angelis [109]. Comment s’étonner qu’il parût si grand dès le berceau, celui qui, d’après saint Ambroise, ne connut jamais la faiblesse de l’enfance, et qui dans le sein maternel atteignait déjà, par la vertu de la grâce, l’âge parfait de la plénitude du Christ : « Neque enim ullam infantiæ sensit ætatem qui supra naturam, supra ætatem, in utero situs matris a mensura perfectæ coepit ætatis plenitudinis Christi » [110] ? Sans doute au sortir du sein maternel, Jean n’était selon les apparences qu’un tout petit enfant semblable aux autres, mais les prodiges qui avaient entouré sa naissance, le désignaient déjà comme le plus grand parmi les fils de la femme : Inter natos mulierum non surrexit major Johanne-Baptista. C’est le témoignage que plus tard, au cours de sa vie publique, le Christ lui-même rendra à Jean en présence des juifs. Aujourd’hui même, l’Église, épouse du Christ, fait retentir ces paroles jusqu’aux extrémités de l’univers [111]. Quant au nom de Jean qui fut choisi du ciel et divinement imposé au Précurseur, il exhale un tel parfum de douceur et de grâce que l’Église prend plaisir, semble-t-il, à le prononcer dans ses antiennes de laudes avec un accent de vraie tendresse et d’amour : « Elisabeth magnum virum genuit Joannem Baptistam » [112], « Joannes est nomen ejus » [113], « Joannes vocabitur nomen ejus » [114], « non surrexit major, Joanne-Baptiste » [115].

L’usage d’achever les deux plus grandes heures du jour, vêpres et laudes, par un cantique tiré de l’Évangile remonte jusqu’aux origines de l’office romain. Pour compléter le chant des laudes qui exprime en sa majeure partie la louange des créatures au Créateur, l’Église ne pouvait rien faire de mieux, que s’approprier les paroles de Zacharie rendant grâces au Seigneur, sur le ton grave et majestueux des prophètes, d’avoir sauvé son peuple : Benedictus Dominus Deus Israël : quia visitavit et fecit redemptionem plebis suæ. Toutefois en la fête du 24 juin, le cantique de Zacharie se trouve placé dans un cadre liturgique qui en fait singulièrement ressortir et la grandeur et le mystère. La brève antienne qui introduit le texte du Benedictus relève d’un mot le caractère prophétique et l’importance extraordinaire de ce chant sacré : Apertum est os Zacharia et PROPHETAVIT dicens : Benedictus Deus Israël, « La bouche de Zacharie s’ouvrit et il prophétisa en ces termes : Béni soit le Dieu d’Israël ». On croirait entendre la voix de tout l’Ancien Testament, car le père du Précurseur, qui parle sous l’impulsion divine, s’exprime ici comme le dernier des prophètes. Quelles que soient les lumières personnelles de Zacharie, il est infiniment probable que lui-même entrevoit à peine la largeur et la profondeur des paroles qui lui sont suggérées par l’Esprit-Saint.

Sans doute dans sa description de l’œuvre rédemptrice qui est tout à fait conforme au style et au goût des anciens prophètes, le Benedictus garde, selon la juste remarque des exégètes, une saveur juive très prononcée. Il n’en est pas moins vrai que le cantique de Zacharie, au fur et à mesure qu’il se développe et qu’il repasse sur les lèvres de l’Église, exprime une pensée de plus en plus profondément chrétienne. Et quand le prophète en vient à saluer l’heure prochaine où Israël, affranchi de toute crainte, pourra servir le Seigneur in justitia et veritate, en sa présence et pour toujours, comment ne songerait-on pas à cette adoration en esprit et en vérité qui est « la fin suprême des choses révélées par le Seigneur à la Samaritaine » [116] ? Mais là où le chant du Benedictus atteint le plus haut point du sublime et du pathétique, c’est lorsque, se tournant avec tendresse et piété vers le fils qui vient de naître, Zacharie lui adresse cette touchante apostrophe qui répare magnifiquement la courte défaillance de sa foi :

« Et toi, petit enfant, tu t’appelleras Prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut dans la rémission des péchés. »

Ce serait méconnaître la portée de ces paroles, que de les entendre comme si elles concernaient exclusivement l’avenir immédiat du Précurseur, c’est-à-dire sa mission historique auprès du peuple juif. Ce n’est pas ainsi que l’Église interprète le passage du cantique qui vise saint Jean-Baptiste. Elle y voit, quant à elle, l’annonce d’une mission qui se poursuivra jusqu’à la fin des siècles. Car aussi longtemps que le corps mystique du Christ n’aura pas atteint sa plénitude, Jean continuera d’exercer auprès des âmes sa fonction de Précurseur. Toujours il marchera devant le Verbe pour lui préparer les voies et donner à son peuple la science du salut [117]. Telle est la pensée sur laquelle repose la dévotion catholique envers saint Jean-Baptiste. Elle inspirait au poète cette prière confiante que nous détachons de l’hymne de laudes :

Maintenant par la vertu de vos féconds mérites,

brisez les durs rochers de nos cœurs,

aplanissez le chemin raboteux,

redressez les sentiers qui s’infléchissent.

Afin que le doux Créateur et Rédempteur du monde,

voyant nos âmes purifiées de toute souillure du péché,

daigne, comme il convient, à sa venue,

y poser ses pieds bienheureux.

LA MESSE DU JOUR : JEAN TÉMOIN DE LA LUMIÈRE.

Lorsqu’à l’heure habituelle de tierce on se réunissait pour la célébration de la messe du jour dans la basilique du Latran, celle-ci se présentait à la vue des fidèles dans tout l’éclat de sa gloire. Sa décoration somptueuse, sa mosaïque triomphale, ses marbres précieux et les merveilles de toute sorte, dont se parait le sanctuaire, baignaient dans cette chaude lumière qui rehausse de sa splendeur le faste des solennités romaines. A deux reprises déjà l’Église avait offert le sacrifice en l’honneur du bienheureux Jean-Baptiste : une première fois, la veille au soir, et une deuxième fois sur la fin de la nuit, à l’issue des vigiles. Mais elle se réservait d’environner la troisième messe, celle du jour, de toute la solennité qui convient à la plus auguste fonction d’une grande fête liturgique. L’Église voulait que la messe du jour fût comme le témoignage suprême de sa reconnaissance envers Dieu, auteur de toutes les merveilles réalisées dans le plus grand des saints, et comme l’expression la plus parfaite de son culte envers le Précurseur. Quant au peuple chrétien, il s’acquittait avec joie de l’obligation qui s’imposait à lui de s’unir au sacrifice par sa présence, et même il y participait directement par des dons en nature plus généreux que de coutume. Rien ne fait mieux ressortir le caractère propre de la messe du jour et la place qu’elle occupe dans l’économie de la fête que cette belle secrète où nous admirons la plénitude et la sobriété des plus pures formules romaines :

Seigneur, sur vos autels nous accumulons les offrandes afin de célébrer par de justes honneurs la naissance de celui qui prophétisa l’avènement du Sauveur du monde, et le montra présent eu la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ votre Fils qui vit et règne avec vous en l’unité du Saint-Esprit.

L’Église souligne ici la surabondance des dons accumulés sur l’autel : tua muneribus altaria CUMULAMUS, parce que cette profusion d’offrandes témoigne non seulement du grand nombre de fidèles qui assistent au sacrifice du jour mais aussi de leur généreux empressement à glorifier le Précurseur et à lui rendre dans sa naissance ces justes hommages : honore DEBITO celebrantes, auxquels il a droit en sa double qualité de prophète et de témoin : qui Salvatorem mundi et CECINIT ADFUTURUM, et ADESSE MONSTRAVIT.

Si dans la première partie de la solennité, la messe de vigile et l’office de nuit, l’Église s’est arrêtée plus longtemps, peut-être, à la première fonction de Jean, celle de précurseur, elle se montre plus attentive dans la messe du jour à le glorifier en tant que témoin universel du Verbe fait chair. Nous pensons pour notre part, que parmi les textes liturgiques de la Noël d’été il n’y en a pas de plus intéressant que celui qui sert d’épître à la troisième messe de la fête. C’est bien avec le dessein d’attirer l’attention des fidèles sur ce texte prophétique que déjà dans l’introït l’Église nous en fait goûter la mystérieuse saveur. La lecture en question est tirée d’Isaïe, mais, chose surprenante, ce que dit ici le prophète concerne directement le Christ lui-même et non pas le Précurseur : « L’application qu’en fait l’Église à saint Jean-Baptiste nous montre, une fois de plus, l’étroite union du Christ et de son Précurseur dans l’œuvre de la Rédemption » [118]. Il faut ajouter que cette application se fonde très justement sur la similitude frappante qui existe à plus d’un égard entre la carrière du maître et celle du serviteur.

L’Église fait usage du texte prophétique avec sa liberté habituelle. Au lieu de le reproduire en son intégrité, elle a choisi les versets qui mettent le mieux en lumière la pensée qui l’anime [119]. Ainsi allégé et disposé en vue de la lecture liturgique, le passage d’Isaïe se divise d’une manière assez nette en deux parties à peu près égales mais solidement reliées l’une à l’autre. Dans la première qui s’achève sur ces mots : quia in te gloriabor, le prophète rappelle en termes délicats avec quel soin jaloux Dieu lui-même a préparé le Messie à sa mission rédemptrice. La seconde partie, depuis : Et nunc dicit Dominus, décrit l’œuvre réalisée par le Christ portant le salut jusqu’aux extrémités de la terre. Voici d’abord ce qui concerne les préparations divines :

« Écoutez, îles ; et vous peuples lointains, soyez attentifs : le Seigneur m’a appelé dès le sein maternel, dès le ventre de ma mère il s’est souvenu de mon nom. Il a rendu ma langue semblable à un glaive acéré ; il m’a protégé sous l’ombre de sa main, il a fait de moi comme une flèche choisie, et il m’a caché dans son carquois. Puis il m’a dit : Tu es mon serviteur, Israël, et je me glorifierai en toi ».

Ce texte admirable que le prophète met directement sur les lèvres de l’Emmanuel, l’Église le place ici dans la bouche de son Précurseur. C’est donc bien Jean lui-même qui en ce présent jour s’adresse à toutes les nations de la terre pour leur raconter les soins jaloux dont il a été l’objet de la part du Seigneur : Audite insulæ et attendite populi de longe. Bien avant d’être conçu dans le sein de sa mère Jean a été choisi par Dieu afin de remplir la mission la plus haute qui ait jamais été confiée à un mortel : Dominus ab utero vocavit me, de ventre matris meæ recordatus est nominis mei. Sanctifié avant que de naître, Jean reposait encore dans le ventre maternel, tandis que l’action douce et prolongée du Verbe fait chair le fortifiait et le préparait aux luttes futures, comme le dit si gracieusement saint Ambroise en expliquant le mystère de la Visitation : « Ungebatur itaque, et quasi bonus athleta exercebatur in utero matris propheta : amplissimo enim virtus ejus certamini parabatur » [120]. Pendant son enfance, Dieu continua de le protéger à l’ombre de sa main puissante : in umbra MANUS SUÆ protexit me, car l’évangéliste nous dit que « la main du Seigneur était sur lui : Etenim MANUS DOMINI erat cum illo [121]. Dans la retraite du désert, où il séjourna de longues années « s’enrichissant de la plénitude du Verbe » selon la magnifique expression de Bossuet, Jean ne cessa de croître sous le regard de Dieu : confortabatur spiritu [122]. Il y devint cette flèche choisie que le Seigneur conserva jalousement dans le secret, jusqu’au jour où il lui plut de l’employer pour la manifestation de sa gloire : Et posuit me sicut sagittam electam : in pharetra sua abscondit me. Enfin l’heure arriva où Jean fut investi de sa divine mission. C’est alors qu’il entendit ces paroles : Servus meus es tu, Israël, quia in te gloriabor, « Tu es mon serviteur, ô Israël, c’est en toi que je me glorifierai ».

La dernière partie de l’épître nous montre le Christ réalisant le salut du monde :

« Et maintenant le Seigneur qui m’a formé dans le sein de ma mère, me dit : Voici que je t’ai établi pour être la lumière des nations et afin que tu sois mon salut jusqu’aux extrémités de la terre [123]. Les rois le considéreront et les princes se lèveront devant toi, à cause du Seigneur et Saint d’Israël qui t’a choisi. »

C’est ici surtout que l’application du texte prophétique à la personne de Jean-Baptiste pourrait sembler d’une hardiesse presque déconcertante. Pourtant rien n’est plus conforme à tout ce que l’Écriture nous révèle sur le lien qui, dans la pensée divine, unit si étroitement le Christ et son Précurseur. Sans doute Jean n’est pas la lumière : Non erat ille lux, mais il fut envoyé par Dieu pour servir de témoin à celui qui est la vraie lumière : Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine. Il faut donc que partout et toujours Jean se trouve là où doit pénétrer le Verbe de Dieu, afin de lui rendre ce témoignage nécessaire sur lequel repose la foi de tous. C’est encore l’évangéliste qui le déclare expressément : Jean est venu rendre témoignage à la lumière afin que tous crussent par lui : Ut OMNES crederent per illum. Comme le disait Bourdaloue : « Notre foi en Jésus-Christ est donc originairement fondée sur le témoignage de ce grand saint, puisqu’en effet, c’est par lui que nous avons cru, par lui que la voie du salut nous a été premièrement révélée, en un mot par lui que nous sommes chrétiens » [124].

Dieu n’aurait pas si étroitement rapproché le Christ et son précurseur dans l’œuvre du salut, s’il n’avait eu pour dessein de les unir de très près, dans la gloire du ciel. Il convenait donc que Jean reçût lui aussi l’hommage des princes et des rois : Reges videbunt et consurgent principes. Et, comme de juste, cet hommage remontera jusqu’à celui qui est l’auteur de toute sainteté au ciel et sur la terre : Et adorabunt propter Dominum et Sanctum Israël qui elegit te. La prophétie, sur ce point, comme sur les autres, s’est parfaitement réalisée. Jean fut de la part des princes et des peuples, surtout dans les siècles de foi, l’objet d’une extraordinaire vénération. L’Église, qui n’a jamais rien épargné pour rehausser la gloire du Précurseur, a voulu que le jour de sa naissance comptât parmi les plus grands anniversaires du cycle liturgique. Jusqu’à la fin des temps, la Noël d’été méritera ce titre de dies honorabilis « jour d’honneur » qui lui est décerné par l’Église elle-même dans la collecte de la fête.

Au séjour des élus, où il jouit de la plénitude de sa puissance, Jean-Baptiste continue d’exercer sa mission de Précurseur, non plus comme autrefois vis-à-vis d’un peuple isolé et dans les limites de son activité terrestre, mais vis-à-vis de tout l’univers et par la vertu d’une intercession particulièrement agissante sur le cœur du Christ.

L’Église compte précisément sur l’influence décisive du Précurseur pour obtenir de Dieu les grâces qu’elle sollicite dans la collecte du jour :

O Dieu qui nous avez tendu ce présent jour honorable par la naissance du bienheureux Jean, donnez à vos peuples la grâce des joies spirituelles, et conduisez les âmes de tous les fidèles dans la voie du salut éternel.

Des deux demandes que contient cette oraison, la première, plus immédiate et plus actuelle, se rattache directement au mystère du jour, la nativité de Jean : da populis tuis spiritualium gratiam gaudiorum ; la seconde, se rapporte d’une manière plus générale à la mission du Précurseur : omnium fidelium mentes dirige in viam salutis æternæ. Mais chacune de ces demandes nous permet de mesurer toute l’influence conquise par saint Jean depuis qu’il est au ciel. Autrefois, sur la terre, Jean amenait jusqu’au Sauveur un petit nombre de juifs privilégiés ; maintenant c’est lui qui, par son enseignement, ses mérites et sa prière, dirige sur la voie du salut les âmes de tous les fidèles : OMNIUM fidelium mentes. Lorsqu’il parut en ce monde, Jean fit tressaillir d’allégresse un petit cercle de parents et de voisins ; maintenant qu’il est au ciel, chaque fois que la liturgie célèbre le mystère de sa naissance, il répand à profusion sur toute la terre, populis tuis, les joies les plus élevées de l’Esprit : spiritualium gratiam gaudiorum, afin que soit pleinement réalisée la promesse divine : Et multi in nativitate ejus gaudebunt, « Et le grand nombre se réjouira de sa naissance ».

La joie spirituelle étant le fruit le plus précieux de la Nativité du Précurseur, l’Église, une fois de plus, en sollicite l’effusion abondante dans la prière sur laquelle s’achève le sacrifice. La postcommunion résume sous une forme concise et élégante une pensée riche de lumière :

O Dieu, que votre Église s’abreuve de joie en la naissance (generatione) du bienheureux Jean-Baptiste, par qui elle a connu l’auteur de sa renaissance (regenerationis auctorem), Notre-Seigneur Jésus-Christ votre Fils.

Cette prière contient une délicate allusion au premier témoignage que Jean rendit au Sauveur, lorsqu’il le sanctifia dans le sein de sa mère. A l’instant même où il fut justifié par la vertu du Verbe, Jean reconnut en lui l’auteur de la vie et il le manifesta par un tressaillement de joie : Exsultavit in GAUDIO infans in utero meo [125]. Comme le dit une antique préface romaine : « Jean était encore caché dans les entrailles de sa mère qu’il annonçait le Fils unique de Dieu par son tressaillement prophétique » : Maternis visceribus latens et Unigenitum Dei præscia exsultatione prænuntians [126]. Cette joie divine dont il fut rempli dans le sein maternel Jean l’apporta avec lui en ce monde et la répandit autour de lui par sa naissance. Et puisque le Christ vient à nous sous le voile des espèces eucharistiques, l’Église désire qu’il se produise dans nos cœurs quelque chose de semblable à ce qui s’est passé dans l’âme du Précurseur au moment de sa justification. De là cette prière finale où elle demande à Dieu d’éprouver par la vertu du précieux sang, cette joyeuse ivresse de l’esprit, qui est pour elle le signe certain de la présence invisible du Christ Jésus son royal Époux : Sumat Ecclesia tua, Deus, beati Johannis Baptistæ generatione lætitiam [127].

LES DERNIERS REFLETS DE LA NOËL D’ÉTÉ : LES SECONDES VÊPRES ET LA STATION AUX FONTS BAPTISMAUX.

La Synagogue, dont la coutume était de compter les jours du soir jusqu’au soir : a vespere ad vesperam, a transmis cet usage, consacré par Dieu lui-même, à l’Église, son héritière légitime. C’est pourquoi le jour liturgique commence la veille au soir et se termine régulièrement vingt-quatre heures plus tard avec le coucher du soleil. A l’origine, comme l’office de vêpres se chantait toujours à la tombée de la nuit, aucune fête, sauf celle de Pâques, ne comportait dans son développement liturgique la célébration de ce qu’on appelle aujourd’hui les secondes vêpres. Bientôt cependant quelques rares fêtes furent assimilées sur ce point au jour de Pâques, et parmi elles la Nativité du Précurseur dont les secondes vêpres existaient déjà, semble-t-il, à l’époque de saint Grégoire le Grand [128]. Sans doute ces secondes vêpres n’avaient pas autant d’importance que les premières, mais elles ne manquaient pas non plus d’intérêt, car elles se terminaient elles-mêmes par une station solennelle au baptistère du Latran, qui rappelait de bien près celle du soir de Pâques.

A défaut de toute donnée précise sur l’organisation primitive de ces secondes vêpres, nous sommes en droit de supposer qu’on les célébrait au IXᵉ siècle, comme de nos jours, et qu’on y faisait usage des antiennes de Laudes. Dé cette dernière partie de l’office du 24 juin le texte le plus intéressant est bien sans contredit la belle antienne de Magnificat. L’Église ne pouvait rien choisir de mieux pour clore la solennité du Précurseur que la parole célèbre du Christ Jésus rendant lui-même témoignage à Jean-Baptiste, et proclamant à la face du peuple juif la grandeur incomparable de son propre témoin. Un jour, peu de temps avant le martyre du Précurseur, Jésus dit aux foules qui l’entouraient : « Pourquoi donc êtes-vous allés au désert ? Pour y voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète, car c’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie devant toi mon messager qui te préparera ta voie. Je vous le dis en vérité, parmi les enfants des femmes il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean-Baptiste » [129]. L’Église s’empare ici de la parole de son divin Époux, et pour donner à ce témoignage suprême tout le relief qui lui convient elle le présente comme il suit :

Puer qui natus est nobis plus quam propheta est : hic est enim de quo Salvator ait : INTER NATOS MULIERUM NON SURREXIT MAJOR JOANNE BAPTISTA.

« L’enfant qui nous est né est plus qu’un prophète ; cal c’est de lui que le Sauveur a dit : Parmi les enfants des femmes, il n’en a pas paru de plus grand que Jean-Baptiste ».

Il est clair que cette antienne nous invite à ne voir dans la naissance de Jean que le prélude de la Nativité du Sauveur. On le remarque de suite à la phrase initiale de l’antienne dont la mélodie elle-même nous rappelle très délicatement le ravissant introït de la messe du jour de Noël : Puer qui natus est nobis. Notons ce tout petit mot : nobis qui fait si bien entendre que l’action du Précurseur devait un jour rayonner jusqu’aux extrémités de l’univers : Hic venit... ut OMNES crederent per illum. Admirons ensuite comment l’Église s’autorise de la parole du Sauveur pour redire après lui, et avec quelle douce conviction : Inter natos mulierum non surrexit major Joanne Baptista. A ce divin témoignage l’Église n’apporte aucune restriction. Elle l’entend ici comme l’ont entendu les saints Pères et notamment saint Augustin qui disait à propos de la parole du Sauveur « Si nous comparons Jean aux autres hommes il les surpasse tous, n’étant surpassé lui-même que par l’Homme-Dieu » : Si comparetur hominibus Joannes, omnes superat ille homo, non eum vincit nisi Deus homo [130] ; et encore « Jean était si grand parmi les hommes que Dieu seul était plus grand que lui » : Tam magnus autem erat homo ut quidquid plus illo esset, Deus esset [131]. C’est précisément parce que Jean-Baptiste naquit le plus grand des hommes, que sa naissance merveilleuse annonça et prépara la naissance virginale de l’Homme-Dieu.

Les vêpres du 24 juin s’achevaient comme celles de Pâques par une station solennelle au baptistère du Latran. Le jour de Pâques il y avait même une triple station. La première se faisait devant les fonts baptismaux, la seconde à l’oratoire de saint Jean, et la troisième à l’oratoire de la croix [132]. En chacune de ces stations on chantait un psaume, un répons et le Magnificat suivi d’une collecte. Il est fort probable que les choses se passaient ainsi en la fête de saint Jean [133]. Ce qui nous le fait croire c’est que les anciens sacramentaires donnent pour les vêpres du 24 juin une série d’oraisons qui devaient se réciter « ad fontes », c’est-à-dire auprès de la piscine baptismale. Ces oraisons faisaient très heureusement ressortir la part qui revient au Précurseur dans l’œuvre de notre régénération. En voici une qui mérite d’être citée, comme mettant bien en valeur le rôle de saint Jean :

Omnipotens et misericors Deus, qui beatum Baptistam Joannem tua providentia destinasti, ut perfectam plebem Christo Domino præpararet : da, quæsumus, ut familia tua hujus intercessione præconis, et a peccatis omnibus exuatur, et ad eum quem prophetavit, pervenire mereatur.

« O Dieu tout-puissant et miséricordieux, vous qui avez providentiellement réservé au bienheureux Jean-Baptiste le soin de préparer au Christ Notre-Seigneur un peuple parfait, faites, nous vous en prions, que par l’intercession de ce héraut, votre famille se dépouille de tous ses péchés et mérite de rejoindre celui qu’il a prophétisé » [134].

Office du jour

Office du jour

Office

Leçons des Matines avant 1960.

Au premier nocturne.

Commencement du Prophète Jérémie. Cap. 1, 1-10 ; 17-19.

Première leçon. Paroles de Jérémie, fils d’Helcias, des prêtres qui demeuraient à Anatoth, dans la terre de Benjamin. Parole du Seigneur qui lui fut adressée dans les jours de Josias, fils d’Amon, roi de Juda, en la treizième année de son règne. Elle (lui) fut aussi adressée dans les jours de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la fin de la onzième année de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la transmigration de Jérusalem, au cinquième mois. Elle me fut donc adressée la parole du Seigneur, disant : Avant que je t’eusse formé dans le sein (de ta mère) je t’ai connu, et avant que tu fusses sorti de ses entrailles, je t’ai sanctifié, et je t’ai établi Prophète parmi les Nations.

Deuxième leçon. Et je dis : A, a, a, Seigneur Dieu ; voyez, je ne sais point parler, parce que moi, je suis un enfant. Et le Seigneur me dit : Ne dis pas : Je suis un enfant, puisque partout où je t’enverrai, tu iras ; et que tout ce que je te commanderai, tu le diras. Ne crains pas à cause d’eux, parce que moi, je suis avec toi, afin que je te délivre, dit le Seigneur. Et le Seigneur étendit sa main et toucha ma bouche ; et le Seigneur me dit : Voilà que j’ai mis ma parole en ta bouche. Voilà qu’aujourd’hui je t’ai établi sur les nations et les royaumes, afin que tu arraches et que tu détruises, et que tu perdes et que tu dissipes, et que tu édifies et que tu plantes.

Troisième leçon. Toi donc, ceins tes reins, et lève-toi, et dis-leur tout ce que moi, je te commande. Ne crains pas devant leur face ; car je ferai que tu ne craignes pas leur visage. Car c’est moi qui t’ai établi aujourd’hui comme une ville fortifiée, et une colonne de fer, et un mur d’airain, sur toute la terre, contre les rois de Juda, ses princes, et ses prêtres, et son peuple. Et ils combattront contre toi, et ne prévaudront point, parce que moi je suis avec toi, dit le Seigneur, afin que je te délivre.

Au deuxième nocturne.

Du livre de saint Ambroise, Évêque : Des Vierges. Liber 3 post initium

Quatrième leçon. Il ne faut pas effleurer légèrement un sujet tel que la mémoire du bienheureux Jean-Baptiste ; aussi devons-nous considérer ce qu’il était, quels furent ses bourreaux, pourquoi, quand et comment il a été martyrisé. C’est un juste qui est mis à mort, par des adultères ; et la peine capitale qu’ils méritent, ils la font subir à celui qui devrait être leur juge. Et puis la mort d’un Prophète devient la récompense et le salaire d’une danseuse. Enfin, ce que tous les barbares eux-mêmes ont communément en horreur, c’est à table, au milieu d’un banquet, qu’on prononce l’arrêt cruel qui devra s’exécuter. Et on apporte de la prison à la salle du festin l’objet de l’exécution impie qui a suivi ce fatal commandement. Que de crimes dans une seule action !

Cinquième leçon. A voir ainsi un émissaire se lever de table et courir à la prison, qui n’aurait pas cru à l’élargissement du Prophète ? Qui, en apprenant que c’est le jour de la naissance d’Hérode, qu’il y a grand festin, et qu’on a donné à une fille la liberté de demander tout ce qu’elle voudra, qui donc, dis-je, ne s’imaginerait qu’on n’enverra délivrer Jean de ses fers ? Quel rapport y a-t-il entre la cruauté et les délices ? entre le meurtre et la volupté ? Le Prophète subira sa peine pendant un festin, et en vertu d’une sentence portée au milieu du festin, sentence qu’il eût repoussée, même pour être mis en liberté. On lui tranche la tête, et on l’apporte dans un plat. Un tel mets convenait à la cruauté, et pouvait satisfaire une férocité difficile à assouvir.

Sixième leçon. O le plus odieux des rois, considère ce spectacle digne de ton banquet, et afin que rien ne manque à ta satisfaction inhumaine, étends la main pour que ce sang sacré ruisselle entre tes doigts. Et puisque ta faim n’a pu être rassasiée par les viandes, puisque les coupes n’ont pu éteindre la soif de cruauté qui te dévore, vois ce sang qui, bouillonnant encore, s’échappe des veines de cette tête que tu as fait tomber. Vois ces yeux qui, jusque dans le trépas, sont les témoins de ton crime, et qui se refusent à contempler tes plaisirs. Ce n’est pas tant la mort qui ferme ces yeux, que l’horreur de tes débauches. Cette bouche éloquente dont tu redoutais la censure, toute pâle et muette qu’elle est, te fait encore trembler.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Marc. Cap. 6, 17-29.
En ce temps-là : Hérode avait envoyé prendre Jean, et l’avait retenu, chargé de fers, en prison, à cause d’Hérodiade, qu’il avait épousée, quoique femme de Philippe, son frère. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Sermon 10 in novis Sermonibus

Septième leçon. La lecture du saint Évangile nous a mis sous les yeux un spectacle sanglant : la tête de saint Jean-Baptiste dans un plat, envoi lugubre fait par la cruauté, en haine de la vérité. Une jeune fille danse, sa mère assouvit sa fureur, et, au milieu des joies dissolues et des délices d’un banquet, un roi fait un serment téméraire et exécute ce serment impie. Ainsi s’accomplit en la personne de Jean ce que lui-même avait prédit. Il avait dit, en parlant de notre Seigneur Jésus-Christ : « II faut qu’il croisse et que je diminue. » Jean a été diminué parce qu’on lui trancha la tête, et le Sauveur a grandi parce qu’il a été élevé en la croix. La vérité a fait naître la haine. Les avertissements du saint homme de Dieu n’ont pu être supportés sans irritation par ceux dont il cherchait le salut. Ils lui ont rendu le mal pour le bien.

Huitième leçon. Que dirait-il, en effet, sinon ce dont il a l’âme remplie ? Et que répondraient-ils, sinon ce dont leur cœur est plein ? Lui, il a semé le bon grain, mais il n’a trouvé que des épines. Il disait au roi : « Il ne vous est pas permis d’avoir la femme de votre frère. »

Neuvième leçon. Car ce prince, esclave de sa passion, gardait chez lui, illégitimement, la femme de son frère ; toutefois son estime pour Jean l’empêchait de sévir contre lui. Il honorait celui qui lui faisait entendre la vérité. Mais une abominable créature avait -conçu une haine secrète, qu’elle devait mettre au jour le moment venu ; ce qu’elle fit au moyen de sa fille, une fille danseuse.

IntroïtAnt. ad Introitum. Ps. 118, 46-47.
Loquébar de testimóniis tuis in conspéctu regum, et non confundébar : et meditábar in mandátis tuis, quæ diléxi nimis.
Je parlais de vos préceptes devant les rois, et je n’en avais pas de confusion : et je méditais sur vos commandements, car je les aime.
Ps. 91,2.
Bonum est confitéri Dómino : et psállere nómini tuo, Altíssime.
Il est bon de louer le Seigneur : et de chanter votre nom, ô Très-Haut.
V/. Glória Patri.
CollecteOratio.
Sancti Ioánnis Baptístæ Præcursóris et Mártyris tui, quǽsumus, Dómine, veneránda festívitas : salutáris auxílii nobis præstet efféctum : Qui vivis et regnas.
Nous vous en prions, Seigneur, faites que la fête solennelle de votre saint Précurseur et Martyr Jean-Baptiste, nous procure des grâces efficaces de salut.

Et fit commemoratio S. Sabinæ Martyris : · Et on fait mémoire de Sᵗᵉ Sabine, Martyre :

CollecteOratio.
Deus, qui inter cétera poténtiæ tuæ mirácula étiam in sexu frágili victóriam martýrii contulísti : concéde propítius ; ut, qui beátæ Sabínæ Mártyris tuæ natalítia cólimus, per eius ad te exémpla gradiámur. Per Dóminum.
Dieu, entre autres merveilles de votre puissance, vous avez fait remporter la victoire du martyre même par le sexe le plus faible : faites, dans votre bonté, qu’honorant la naissance au ciel de la Bienheureuse Sabine, votre Martyre, nous tendions vers vous par l’imitation de ses exemples.
ÉpîtreLéctio Ieremíæ Prophétæ.
Lecture du Prophète Jérémie.
Ier. 1, 17-19.
In diébus illis : Factum est verbum Dómini ad me, dicens : Accínge lumbos tuos, et surge, et lóquere ad Iuda ómnia, quæ ego præcípio tibi. Ne formides a fácie eórum : nec enim timére te fáciam vultum eórum. Ego quippe dedi te hódie in civitátem munítam, et in colúmnam férream, et in murum .reum, super omnem terram, régibus Iuda, princípibus eius, et sacerdótibus, et pópulo terræ. Et bellábunt advérsum te, et non prævalebunt : quia ego tecum sum, ait Dóminus, ut líberem te.
En ces jours-là : la Parole du Seigneur me fut adressée, disant : Toi donc, ceins tes reins, et lève-toi, et dis-leur tout ce que Je t’ordonne. Ne redoute pas de paraître devant eux, car Je ferai que tu ne craignes pas leur présence. Car Je t’établis aujourd’hui comme une ville forte, comme une colonne de fer et un mur d’airain sur tout le pays, à l’égard des rois de Juda, de ses princes, de ses prêtres et de son peuple. Ils combattront contre toi, mais ils n’auront pas l’avantage, car Je suis avec toi pour te délivrer, dit le Seigneur.
GraduelGraduale. Ps. 91, 13 et 14.
Iustus ut palma florébit : sicut cedrus Líbani multiplicábitur in domo Dómini.
Le juste fleurira comme le palmier : il se multipliera comme le cèdre du Liban dans la maison du Seigneur.
V/. Ibid., 3. Ad annuntiándum mane misericórdiam tuam, et veritátem tuam per noctem.
V/. Pour annoncer le matin votre miséricorde et votre vérité durant la nuit.
Alléluia
Allelúia. V/. Osee 14, 6. Iustus germinábit sicut lílium : et florébit in ætérnum ante Dóminum. Allelúia.
Allelúia. V/. Le juste germera comme le lis : et il fleurira éternellement en présence du Seigneur. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Marcum.
Suite du Saint Évangile selon saint Marc.
Marc. 6, 17-29.
In illo témpore : Misit Heródes, ac ténuit Ioánnem, et vinxit eum in cárcere propter Herodíadem, uxorem Philíppi fratris sui, quia dúxerat eam. Dicebat enim Ioánnes Heródi : Non licet tibi habére uxórem fratris tui. Heródias autem insidiabátur illi, et volébat occídere eum, nec póterat. Heródes enim metuébat Ioánnem, sciens eum virum iustum et sanctum : et custodiébat eum, et audíto eo multa faciébat, et libénter eum audiébat. Et cum dies opportúnus accidísset, Heródes natális sui coenam fecit princípibus et tribúnis et primis Galilǽæ. Cumque introísset fília ipsíus Herodíadis, et saltásset, et placuísset Heródi simúlque recumbéntibus ; rex ait puéllæ : Pete a me, quod vis, et dabo tibi. Et iurávit illi : Quia quidquid petiéris dabo tibi, licet dimídium regni mei. Quæ cum exiísset, dixit matri suæ : Quid petam ? At illa dixit : Caput Ioánnis Baptístæ. Cumque introísset statim cum festinatióne ad regem, petívit dicens : Volo, ut protínus des mihi in disco caput Ioánnis Baptístæ. Et contristátus est rex : propter iusiurándum et propter simul discumbéntes nóluit eam contristáre : sed misso spiculatóre, præcépit afférri caput eius in disco. Et decollávit eum in cárcere. Et áttulit caput eius in disco : et dedit illud puéllæ, et puella dedit matri suæ. Quo audíto, discípuli eius venérunt et tulérunt corpus eius : et posueérunt illud in monuménto.
En ce temps-là : Hérode avait envoyé prendre Jean, et l’avait enchaîné en prison, à cause d’Hérodiade, femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. Or Hérodiade tendait des pièges à Jean, et voulait le faire mourir ; mais elle ne le pouvait pas, Car Hérode craignait Jean, sachant qu’il était un homme juste et saint, et il le gardait, faisait beaucoup de choses selon ses avis, et l’écoutait volontiers. Mais il arriva un jour opportun : à l’anniversaire de sa naissance, Hérode donna un grand festin aux grands, aux officiers et aux principaux de la Galilée. La fille d’Hérodiade étant entrée, et ayant dansé, et ayant plu à Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui, le roi dit à la jeune fille : Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Et il fit ce serment : Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, quand ce serait la moitié de mon royaume. Elle, étant sortie, dit à sa mère : Que demanderai-je ? Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. Et étant rentrée aussitôt en hâte auprès du roi, elle fit sa demande, en disant : Je veux que tu me donnes à l’instant sur un plat la tête de Jean-Baptiste. Le roi fut attristé ; mais, à cause de son serment et de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas l’affliger par un refus. Il envoya donc un de ses gardes, et lui ordonna d’apporter la tête de Jean sur un plat. Le garde le décapita dans la prison, et il apporta sa tête sur un plat, et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. L’ayant appris, les disciples de Jean vinrent, et prirent son corps, et le mirent dans un sépulcre.
OffertoireAnt. ad Offertorium. Ps. 20, 2-3.
In virtúte tua, Dómine, lætábitur iustus, et super salutáre tuum exsultábit veheménter : desidérium ánimæ eius tribuísti ei.
Seigneur, le juste se réjouira dans votre force, et il tressaillira d’une vive allégresse, parce que vous l’avez sauvé : vous lui avez accordé le désir de son cœur.
SecrèteSecreta
Múnera, quæ tibi, Dómine, pro sancti Mártyris tui Ioánnis Baptístæ passióne deférimus : quǽsumus ; ut eius obténtu nobis profíciant ad salútem. Per Dóminum.
Que les offrandes que nous apportons en l’honneur de la passion de votre saint Martyr Jean-Baptiste, nous vous le demandons, Seigneur, soient profitables à notre salut par son intercession.

Pro S. Sabina · Pour Sᵗᵉ Sabine

SecrèteSecreta
Hóstias tibi, Dómine, beátæ Sabínæ Mártyris tuæ dicátas méritis, benígnus assúme : et ad perpétuum nobis tríbue proveníre subsídium. Per Dóminum nostrum.
Recevez avec bonté, Seigneur, les hosties offertes pour honorer les mérites de la bienheureuse Sabine, votre Vierge et Martyre, et faites qu’elles nous procurent un continuel secours.

In aliquibus diœcesibus, præfatio S. Ioannis Baptistæ. · En certains diocèses, préface de saint Jean-Baptiste.

Secrète
Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre,
nos tibi semper et ubíque grátias ágere :
Dómine sancte, Pater omnípotens, ætérne Deus.
Il est vraiment juste et nécessaire,
c’est notre devoir et c’est notre salut,
de vous rendre grâces toujours et partout,
Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant.
Et tuam in beáto Ioánne Baptísta Præcursóre magnificéntiam collaudáre,
qui vocem Matris Dómini nondum éditus sensit,
et adhuc clausus útero,
advéntum salútis humánæ prophética exsultatióne significávit.
et de chanter les merveilles que vous avez faites pour saint Jean Baptiste, le Précurseur :
Avant même de naître, il reconnut la voix de la Mère du Seigneur ;
en tressaillant avant de naître,
il annonça d’une exultation prophétique l’avènement du Salut des hommes.
Qui et genetrícis sterilitátem concéptus ábstulit,
et patris linguam natus absólvit,
solúsque ómnium prophetárum Redemptórem mundi,
quem prænuntiávit, osténdit.
Sa mère, en le concevant, fut délivrée de la stérilité,
et, quand il naquit, la langue de son père se délia.
Après avoir prédit le Rédempteur du monde,
il fut parmi tous les prophètes le seul qui le montra.
Et ut sacræ purificatiónis efféctum aquárum natúra concíperet,
sanctificándis Iordánis fluéntis,
ipsum baptísmo baptísmatis lavit auctórem.
Et pour que l’eau devienne capable de sanctifier,
c’est dans les flots du Jourdain, désormais consacrés,
qu’il baptisa l’auteur du baptême.
Et ídeo cum Angelis et Archángelis,
cum Thronis et Dominatiónibus
cumque omni milítia coeléstis exércitus
hymnum glóriæ tuæ cánimus,
sine fine dicéntes :
C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges,
avec les Trônes et les Dominations,
et avec toute la milice de l’armée céleste
nous chantons l’hymne de votre gloire
en disant sans cesse :
CommunionAnt. ad Communionem. Ps. 20, 4.
Posuísti, Dómine, in cápite eius corónam de lápide pretióso.
Vous avez mis sur sa tête, Seigneur, une couronne de pierres précieuses.
PostcommunionPostcommunio
Cónferat nobis, Dómine, sancti Ioánnis Baptístæ sollémnitas : ut et magnífica sacraménta, quæ súmpsimus, significáta venerémur, et in nobis pótius édita gaudeámus. Per Dóminum.
Que la solennité de saint Jean-Baptiste, Seigneur nous procure la grâce de révérer les sacrements augustes que nous avons reçus et qui ont été révélés, ainsi que celle de nous réjouir toujours plus de les voir réalisés parmi nous.

Pro S. Sabina · Pour Sᵗᵉ Sabine

PostcommunionPostcommunio
Divíni múneris largitáte satiáti, quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut, intercedénte beáta Sabína Mártyre tua, in eius semper participatióne vivámus. Per Dóminum.
Rassasiés par la grandeur de votre don céleste, nous vous supplions, ô Seigneur notre Dieu, que la bienheureuse Sabine votre Martyre, intercédant pour nous, nous vivions toujours de la participation à ce sacrement.
Mémoire de Sᵗᵉ Sabine

Collecte

Deus, qui inter cétera poténtiæ tuæ mirácula étiam in sexu frágili victóriam martýrii contulísti : concéde propítius ; ut, qui beátæ Sabínæ Mártyris tuæ natalítia cólimus, per eius ad te exémpla gradiámur. Per Dóminum.
Dieu, entre autres merveilles de votre puissance, vous avez fait remporter la victoire du martyre même par le sexe le plus faible : faites, dans votre bonté, qu’honorant la naissance au ciel de la Bienheureuse Sabine, votre Martyre, nous tendions vers vous par l’imitation de ses exemples.

Secrète

Hóstias tibi, Dómine, beátæ Sabínæ Mártyris tuæ dicátas méritis, benígnus assúme : et ad perpétuum nobis tríbue proveníre subsídium. Per Dóminum nostrum.
Recevez avec bonté, Seigneur, les hosties offertes pour honorer les mérites de la bienheureuse Sabine, votre Vierge et Martyre, et faites qu’elles nous procurent un continuel secours.

Postcommunion

Divíni múneris largitáte satiáti, quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut, intercedénte beáta Sabína Mártyre tua, in eius semper participatióne vivámus. Per Dóminum.
Rassasiés par la grandeur de votre don céleste, nous vous supplions, ô Seigneur notre Dieu, que la bienheureuse Sabine votre Martyre, intercédant pour nous, nous vivions toujours de la participation à ce sacrement.
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