Sᵗᵉ Marguerite-Marie Alacoque, Vierge

Textes de la Messe

Férie • Commémoraison de la T. Ste Vierge Marie du Mont-Carmel ou Messe de la Commémoraison de la T. Ste Vierge Marie du Mont-Carmel

Vendredi 16 juillet 2027

Tous les textes, sans date : temporal et sanctoral

Messe du jour

Messe (Gaudeamus omnes) de la Commémoraison de la T. Sᵗᵉ Vierge Marie du Mont-Carmel (4ᵉ cl./Blanc) : Gloria. Or. pro Papa. Credo. Préf. de la T. Sᵗᵉ Vierge (Et te in Commemoratione).

Commentaires

Présentation

Présentation

Cette commémoraison fut instituée par les Carmes vers 1380.

Sixte-Quint approuva la fête pour tout l’ordre du Carmel en 1578. Elle s’étendit aux États espagnol, autrichiens et portugais au XVIIᵉ siècle.

Benoît XIII l’inscrivit au calendrier romain en 1726 comme double-majeur. Jean XXIII la réduisit au rang de simple commémoraison en 1960.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Couronné de puissance et de grâce, le Carmel élève sa tête parfumée au-dessus des flots qui baignent le rivage de la terre où se sont accomplis les mystères du salut. Les montagnes de Galilée descendant du Nord, celles de Judée venant du Midi, se joignent en Samarie sur la chaîne assez courte qui tire de lui son nom : elles semblent ainsi faire converger vers lui tous leurs grands souvenirs ; et l’on dirait que par la situation dominante de son promontoire au centre même du littoral sacré, il a pour mission d’annoncer au loin sur la mer d’Occident l’Orient divin qui s’est levé du sein des ténèbres [7].

« Au jour de mon amour, je t’ai introduite de l’Égypte en la terre du Carmel » [8], dit le Seigneur à la fille de Sion, comme si ce seul nom résumait à ses yeux tous les biens de la terre des promesses ; et quand les crimes du peuple élu menacent d’amener la ruine sur la Judée : « J’ai vu le Carmel désert, s’écrie le Prophète, et toutes ses villes détruites au souffle de la fureur de Dieu » [9]. Mais voici qu’au sein de la gentilité une Sion plus aimée succède à la première ; huit siècles à l’avance, Isaïe la reconnaît à la gloire du Liban devenue sienne, à la beauté du Carmel et de Saron qui lui est donnée [10] ; et dans le Cantique sacré les suivantes de l’Épouse, célébrant pour l’Époux celle qui sans retour a ravi son cœur, chantent que « sa tête est comme le Carmel, et sa chevelure comme les fils précieux de la pourpre du roi tressés avec soin dans les eaux colorantes » [11].

La pêche des coquillages fournissant la royale couleur était, en effet, abondante au cap Carmel. Près de là également, et affleurant les pentes de la noble montagne, coulait le Cison, fameux par la victoire de Deborah sur les Chananéens dont il avait roulé les cadavres [12], en attendant que Madian succombât à son tour dans la même plaine où Sisara avait senti la puissance de celle qu’on appelait la Mère en Israël [13]. Présage redoutable pour le funeste serpent de l’Éden : contre Madian Gédéon aussi n’avait marché qu’au nom de la femme terrible comme une armée rangée en bataille [14], et dont le signe avait été pour lui la douce toison rafraîchie par la céleste rosée dans la sécheresse de la terre entière [15]. Et comme si cette plaine glorieuse d’Esdrelon, qui vient mourir au pied du Carmel, ne devait offrir aux horizons de ses divers sommets, aux échos de ses multiples vallées, que les prophétiques figures et les titres variés de la triomphatrice annoncée dès le premier jour du monde : non loin d’Esdrelon quelques défilés conduisent à Béthulie, terreur des Assyriens, qu’illustra Judith, la joie d’Israël et l’honneur de son peuple [16] ; tandis que dans les hauteurs du septentrion se cache Nazareth, blanche cité, fleur de la Galilée [17]. Quand son amour se jouait dans l’affermissement des collines et des monts [18], l’éternelle Sagesse avait en effet choisi le Carmel pour être, aux siècles des figures, l’apanage anticipé de la fille d’Ève qui briserait la tête de l’ancien ennemi. Aussi lorsque le dernier des longs millénaires de l’attente eut commencé de dérouler ses interminables anneaux, quand l’aspiration des nations [19] devenue plus instante obtint du Seigneur l’épanouissement de l’esprit prophétique dont cette époque parut marquée, ce fut au sommet de la montagne prédestinée qu’on vit le père des Prophètes venir dresser sa tente et observer l’horizon.

Les triomphes de David, les gloires de Salomon n’étaient plus ; le sceptre de Juda, brisé par le schisme des dix tribus, menaçait prématurément d’échapper à ses mains ; Baal régnait en Israël. Image de l’aridité des âmes, une sécheresse persistante épuisait partout les sources de la vie. Hommes et animaux près de leurs citernes vides attendaient la mort, lorsque Élie de Thesbé, convoquant tout le peuple sur le Carmel et l’arrachant à ses docteurs de mensonge, rassembla en lui les vœux de cette foule qui représentait le genre humain. Prosterné au faîte du mont le front dans la poussière, raconte l’Écriture même, il dit à son serviteur : « Va, et vois du côté de la mer ». Lui donc étant allé, et ayant regardé, revint dire : « Il n’y a rien ». Élie lui dit : « Retourne ». Et jusqu’à sept fois il fut fait ainsi. Or à la septième fois, voici qu’un petit nuage comme le pied d’un homme s’élevait de la mer [20].

Nuée bénie, sortie de l’amertume des flots et toute de douceur, elle monte, docile au moindre souffle venu du ciel, légère et humble au-dessus du lourd et immense océan ; elle tempère les feux qui brûlaient la terre, enferme en soi le soleil, et rend au monde agonisant la vie, la grâce et la fécondité. Déjà l’envoyé promis, le Fils de l’homme marque en elle son empreinte, et cette empreinte rappelle par sa forme au serpent maudit le talon qui doit l’écraser. Le Prophète, en qui se personnifie l’humanité, sent à cette vue la main de Dieu renouveler sa jeunesse [21] ; sous la bienheureuse pluie qui déjà inonde les vallées, il s’élance au-devant du char portant le roi d’Israël [22]. Il traverse en courant la grande plaine d’Esdrelon, et le terme de sa course est Jezrahel, la ville au nom plein de mystère ; car c’est là, dit Osée, que les enfants d’Israël et de Juda retrouveront un seul chef au grand jour des fils de Dieu [23] qui verra les noces éternelles du Seigneur avec un peuple nouveau [24]. Mais le mystère continue de s’affirmer dans sa divine ampleur. Bientôt Sunam, cité voisine de Jezrahel et patrie de l’Épouse [25], nous montre la Mère dont l’enfant était mort, traverser dans un sens opposé à celui d’Élie la plaine qu’il avait parcourue triomphant sous l’impulsion de l’Esprit-Saint, et derechef monter au Carmel pour implorer la résurrection de ce fils qui là encore nous figurait tous [26].

Déjà cependant le char de feu avait enlevé Élie de cette terre ; aux derniers jours, avant de goûter la mort, il reparaîtra, pour joindre en compagnie d’Hénoch le témoignage des Patriarches et des Prophètes à celui de l’Église, touchant l’Époux né de celle que signifiait la nuée [27]. En attendant, son disciple Élisée, investi du manteau et de l’esprit du père sur les bords du Jourdain, avait aussitôt pris lui-même possession de l’auguste montagne [28] devenue comme la principauté, le titre domanial des enfants des Prophètes, depuis que la Reine des Prophètes s’y était manifestée.

Désormais le Carmel fut sacré pour tous ceux dont les espérances de l’humanité tenaient le regard au-dessus de la terre. Gentils aussi bien que descendants d’Israël, philosophes [29] et princes [30], y vinrent en pèlerins adorer le Dieu sans idole et méditer sur les destinées du monde. Les âmes d’élite de l’Église de l’attente, qui jusque-là erraient déjà nombreuses par les montagnes et dans les solitudes [31], aimèrent à choisir leur lieu de prière et de repos dans les mille grottes que leur ouvraient ses flancs ; car les antiques traditions y remplissaient plus qu’ailleurs de leur majesté le silence des forêts, et la Vierge qui devait enfanter s’y annonçait à ses parfums. Le culte de la douce souveraine de la terre et des cieux fut véritablement à tout jamais fondé dès lors ; et la tribu de ses dévots clients, les ascètes du Carmel, pouvait s’appliquer la parole qui fut dite par Dieu plus tard aux pieux descendants de Réchab : « Il ne manquera point d’homme de cette race pour se tenir devant moi tous les jours » [32].

Lorsqu’enfin les réalités succédèrent aux figures, lorsque le ciel eut répandu sa rosée et que le Juste fut sorti de la nuée [33], bientôt on le vit, son œuvre achevée, remonter vers le Père ; mais il laissait au monde la divine Mère, et il envoyait l’Esprit-Saint à l’Église : et le moindre triomphe de cet Esprit d’amour, qui parlait par les Prophètes autrefois [34], n’était point de révéler Marie aux nouveau-nés de la glorieuse Pentecôte. « Quel ne fut pas, disions-nous alors, le bonheur de ceux des néophytes auxquels il fut donné, en cette heureuse journée, d’approcher d’une si auguste reine, de la Vierge-Mère, à qui il avait été donné de porter dans ses chastes flancs celui qui était l’espérance d’Israël ! Ils contemplèrent les traits de la nouvelle Ève, ils entendirent sa voix, ils éprouvèrent le sentiment filial qu’elle inspire à tous les disciples de Jésus. Dans une autre saison, la sainte Liturgie nous parlera de ces hommes fortunés. Or c’est aujourd’hui que cette annonce est réalisée. Dans les Leçons de la fête, l’Église tout à l’heure nous dira qu’entre tous, les disciples d’Élie et d’Élisée, devenus chrétiens à la première prédication des Apôtres, sentirent croître leur vénération pour la Vierge bénie dont il leur fut loisible de recueillir les paroles si suaves, de goûter l’ineffable intimité. Plus que jamais affectionnés à la montagne où, moins fortunés qu’eux pourtant, leurs pères avaient vécu d’espérance, ils y construisirent, au lieu même d’où Élie avait vu la nuée monter de la mer, un oratoire qui fut dédié dès lors à la très pure Vierge, et leur valut le nom de Frères de la bienheureuse Marie du Mont-Carmel [35].

Au douzième siècle, à la suite de l’établissement du royaume latin de Jérusalem, beaucoup de pèlerins d’Europe venant augmenter le nombre des solitaires de la sainte montagne, il parut bon de donner à leur vie, jusque-là plus érémitique que conventuelle, une forme mieux en rapport avec les habitudes des Occidentaux ; ce fut alors que le légat Aimeric Malafaida, patriarche d’Antioche, les réunit en communauté sous l’autorité de saint Berthold qui, le premier, reçut à cette occasion le titre de Prieur général. Le Bienheureux Albert, patriarche de Jérusalem et également légat apostolique, acheva dans les premières années du siècle suivant l’œuvre d’Aimeric, en donnant une Règle fixe à l’Ordre qui commença de se répandre en Chypre, en Sicile et dans les pays d’au delà de la mer, favorisé par les princes et les chevaliers revenus de Terre Sainte. Bientôt même, Dieu abandonnant les chrétiens d’Orient au châtiment mérité par leurs fautes, les représailles des Sarrasins victorieux devinrent telles en ce siècle de malheur pour la Palestine, qu’une assemblée plénière, tenue au Carmel sous Alain le Breton, décréta l’émigration totale, ne laissant à la garde du berceau de l’Ordre que quelques affamés du martyre. L’année même où elle se consommait (1245), Simon Stock fut élu général dans le premier Chapitre d’Occident, réuni à Aylesford en Angleterre.

Simon était désigné à ce choix par les luttes heureuses qu’il avait précédemment soutenues pour la reconnaissance de l’Ordre, que nombre de prélats, s’appuyant des récentes décisions du concile de Latran, rejetaient comme nouveau en Europe. Notre-Dame même avait alors pris en mains la cause des Frères, et obtenu d’Honorius III le décret de confirmation qui fut l’origine première de la fête de ce jour. Or, ce n’était là ni le commencement, ni la fin des faveurs de la très douce Vierge pour la famille qui si longtemps avait vécu comme à l’ombre de la nuée mystérieuse, obscure comme elle dans son humilité, sans vautre lien ni prétention que l’imitation de ses œuvres cachées et la commune contemplation de sa gloire. Elle-même avait voulu sa sortie du milieu d’un peuple infidèle, comme avant la fin de ce même siècle treizième, elle donnera ordre à ses Anges de transporter en terre catholique sa bénie maison de Nazareth. Que les hommes d’alors, que les historiens de nos temps à vue toujours si courte en aient eu ou non la pensée : les deux translations s’appelaient, comme elles se complètent et s’expliquent mutuellement, comme l’une et l’autre vont être pour notre Europe le point de départ des plus insignes faveurs du ciel.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet de l’année 1251, la gracieuse souveraine du Carmel confirmait à ses fils par un signe extérieur le droit de cité qu’elle leur avait obtenu en ces régions nouvelles où les amenait leur exode ; maîtresse et mère de tout l’Ordre religieux, elle leur conférait de ses augustes mains le scapulaire, vêtement distinctif jusque-là de la plus grande et de la plus ancienne des familles religieuses de l’Occident. Saint Simon Stock qui recevait de la Mère de Dieu cet insigne, ennobli encore par le contact de ses doigts sacrés, l’entendait en même temps lui dire : « Quiconque mourra dans cet habit, ne souffrira point les flammes éternelles ».

Mais ce n’était point seulement contre le feu sans fin de l’abîme, que devait s’exercer en faveur de ceux qui porteraient le pieux habit la toute-puissance suppliante de la divine Mère. En 1316, lorsque de toutes les âmes saintes s’élevaient au ciel d’ardentes prières pour obtenir à l’Église la cessation du veuvage désastreux et prolongé qui avait suivi la mort de Clément V, la Reine des Saints se montrait à Jacques d’Euze que le monde allait saluer bientôt du nom de Jean XXII ; elle lui annonçait sa prochaine élévation au pontificat suprême, et en même temps lui recommandait de publier le privilège d’une prompte délivrance du purgatoire qu’elle avait obtenu de son Fils divin pour ses enfants du Carmel. « Moi leur Mère, je descendrai par grâce vers eux le samedi qui suivra leur mort, et tous ceux que je trouverai dans le purgatoire je les délivrerai et les emmènerai à la montagne de l’éternelle vie ». Ce sont les propres paroles de Notre-Dame, citées par Jean XXII dans la bulle où il en rend témoignage, et qui fut dite sabbatine en raison du jour désigné par la glorieuse libératrice comme celui où s’exercerait le miséricordieux privilège.

Nous n’ignorons point les tentatives faites dans le but d’ébranler l’authenticité de ces concessions du ciel ; mais le temps, qui nous est si étroitement mesuré, ne nous permet pas de suivre dans leurs détails infinis ces luttes stériles. L’attaque du principal des adversaires, le trop renommé Launoy, fut condamnée par le Siège apostolique ; et après comme avant ces contradictions, les Pontifes romains confirmèrent maintes fois de leur autorité suprême, autant qu’il en pouvait être besoin, la substance et la lettre même des précieuses promesses. On trouvera dans les ouvrages spéciaux l’énumération des nombreuses indulgences par lesquelles ils voulurent enrichir toujours plus la famille du Carmel, et faire écho de cette terre à la faveur dont elle jouit au ciel.

La munificence de Marie, la pieuse gratitude de ses fils pour l’hospitalité que leur donnait l’Occident, l’autorité enfin des successeurs de Pierre, rendirent bientôt ces richesses spirituelles accessibles au peuple entier des chrétiens, par l’institution de la Confrérie du saint Scapulaire qui fait entrer ses membres en participation des mérites et privilèges de tout l’Ordre des Carmes. Qui dira les grâces, souvent merveilleuses, obtenues par l’humble vêtement ? Qui pourrait compter aujourd’hui les fidèles enrôlés dans la milice sainte ? Lorsque Benoît XIII, au XVIIIᵉ siècle, étendit la fête du 16 juillet à l’Église entière, il ne fit pour ainsi dire que consacrer officiellement l’universalité de fait que le culte de la Reine du Carmel avait conquise presque partout dès lors.

Reine du Carmel, agréez les vœux de l’Église de la terre qui aujourd’hui vous dédie ses chants. Quand le monde gémissait dans l’angoisse d’une attente sans fin, vous étiez déjà son espoir. Bien impuissant encore à pénétrer vos grandeurs, il aimait pourtant, sous ce règne des figures, à vous parer des plus nobles symboles ; la reconnaissance anticipée aidait en lui l’admiration à vous former comme une auréole surhumaine de toutes les notions de beauté, de force et de grâce que lui suggérait la vue des sites les plus enchanteurs, des plaines en rieurs, des cimes boisées, des vallées fertiles, de ce Carmel principalement dont le nom signifie plantation du Seigneur. Sur son sommet, nos pères, qui savaient que la Sagesse a son trône dans la nue [36], hâtèrent de leurs désirs ardents l’arrivée du signe sauveur [37] ; c’est là qu’à leurs prières fut enfin donné ce que l’Écriture nomme la science parfaite, ce qu’elle désigne comme la connaissance des grandes routes des nuées [38]. Et quand Celui qui fait son char [39] et son palais [40] de l’obscurité de la nue, se fut dans un avenir moins éloigné manifesté par elle à l’œil exercé du père des Prophètes, on vit les plus saints personnages de l’humanité se réunir en troupe d’élite dans les solitudes de la montagne bénie, comme autrefois Israël au désert, pour observer les moindres mouvements de la nuée mystérieuse [41], recevoir d’elle leur unique direction dans les sentiers de cette vie, leur seule lumière dans la longue nuit de l’attente [42].

O Marie, qui dès lors présidiez ainsi aux veilles des armées du Seigneur, qui jamais ne leur fîtes un seul jour défaut [43] : depuis qu’en toute vérité Dieu est par vous descendu [44], ce n’est plus seulement le pays de Judée, mais toute la terre, que vous couvrez comme une nuée répandant l’abondance et les bénédictions [45]. Vos antiques clients, les fils des Prophètes, en firent l’heureuse expérience, lorsque, la terre des promesses devenue infidèle, ils durent songer un jour à transplanter sous d’autres cieux leurs coutumes et leurs traditions ; ils constatèrent alors que jusqu’en notre extrême Occident la nuée du Carmel avait versé sa rosée fécondante, que partout aussi sa protection leur restait acquise. Cette fête, ô Mère divine, est l’authentique monument de leur reconnaissance, accrue encore par les bienfaits nouveaux dont votre munificence accompagna cet autre exode des derniers restes d’Israël. Et nous les fils de la vieille Europe, c’est à bon droit que nous faisons écho à l’expression de leur pieuse allégresse ; car depuis que leurs tentes se sont posées autour des collines où sur Pierre est bâtie la nouvelle Sion, la nuée s’est épanchée de toutes parts en pluies plus que jamais précieuses [46], refoulant à l’abîme les flammes éternelles, éteignant les feux du séjour de l’expiation.

En même temps donc que nous joignons pour vous notre reconnaissance à la leur, daignez, Mère de la divine grâce, acquitter envers eux la dette de notre gratitude. Protégez-les toujours. Gardez-les dans nos temps malheureux où les sévices du Sarrasin sont dépassés, en résultats de mort, par l’hypocrisie calculée des modernes persécuteurs. Que non seulement la vieille tige garde la vie dans ses racines profondes, mais que ses vénérables rameaux saluent sans cesse l’accession de nouvelles branches portant comme leurs aînées, ô Marie, les fleurs et les fruits qui vous plaisent. Maintenez au cœur des fils l’esprit de retraite et de divine contemplation qui fut celui de leurs pères à l’ombre de la nue ; faites que leurs sœurs aussi restent fidèles aux traditions de tant de nobles devancières, sous tous les cieux où l’Esprit les a multipliées pour en même temps conjurer l’orage et attirer les bénédictions qui descendent de la nuée mystérieuse. Puissent les austères parfums de la sainte montagne continuer d’assainir autour d’elle l’air que tant de miasmes corrompent ; puisse le Carmel offrir toujours à l’Époux le type des beautés qu’il aime à trouver en sa bien-aimée !

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Aujourd’hui toute l’Église latine s’unit aux Frères de la bienheureuse Vierge du Mont-Carmel, pour célébrer la munificence de la Mère de Dieu envers cet Ordre qui lui est dédié.

Les origines de cette insigne famille religieuse, qui a donné à l’Église un grand nombre de saints, entre autres saint André Corsini, saint Albert, sainte Madeleine de Pazzi, sainte Thérèse, etc., sont connues. Un peu avant 1185, un prêtre calabrais, ayant été l’objet d’une révélation d’Élie, — ainsi du moins l’affirmait-il, — gravit le Mont-Carmel et s’employa à restaurer un antique monastère (il y en avait trois autres) dont restaient seules les ruines. Ante aliquot annos — écrivait en 1185 le prêtre Jean de Pathmos—quidam monachus, dignitate sacerdos, capillitio albus, e Calabria oriundus, ex Prophetæ revelatione, in montem appellans, ea loca, monasterii nempe reliquias, vallo perparvo cinxit et turri ædificata, temploque non ingenti extructo, fratribus ferme decem collectis, etiam nunc sanctum illum ambitum colit [47].

Le nouvel institut prospéra et, quoique le dernier venu, il put heureusement se greffer à la grande tradition plusieurs fois séculaire de la vie monastique, que des cénobites orientaux et des moines bénédictins avaient menée sur le Carmel. Albert, patriarche de Jérusalem, donna quelques règles de vie à ces ermites qui vivaient alors sous un prévôt nommé Brocard, règles qui ensuite furent approuvées, en même temps que la récente institution, par Honorius III et par Grégoire IX.

La fête de la Commémoration de la bienheureuse Vierge du Mont-Carmel, avec le rite double-majeur, fut introduite dans le Calendrier beaucoup plus tard, par Benoît XIII.

L’introït est emprunté à la fête de sainte Agathe et semble être une version d’un texte grec. En effet, il a pénétré aussi dans le Missel Ambrosien, mais avec quelques variantes. « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, en célébrant la fête en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, dont la solennité réjouit aussi les anges qui en louent le Fils de Dieu ». Suit le premier verset du psaume 44.

Marie est appelée dans la liturgie causa nostræ lætitiæ, parce que son Enfantement sacro-saint a réparé les pertes et la tristesse occasionnées par le péché. Au ciel les Anges se réjouissent, parce qu’ils sont entrés en possession de leur Reine qui, par sa Maternité envers tous les chrétiens, comblera les vides produits dans les chœurs célestes par l’apostasie des anges rebelles. Sur la terre, toute l’Église militante se réjouit, parce que, au moyen de Marie, elle a obtenu Jésus, le fruit béni du sein virginal, qui neutralise le poison absorbé avec l’autre fruit présenté jadis par Ève à Adam.

Voici la collecte : « Seigneur, qui avez voulu honorer l’Ordre du Carmel en lui donnant le nom de Marie votre Mère elle-même, faites que, aidés par celle dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire solennelle, nous arrivions aux joies célestes ».

La première lecture est la même que pour la messe vigiliale de l’Immaculée Conception, le 7 décembre.

Le répons-graduel est commun à la fête de la Visitation, le 2 juillet. Le verset alléluiatique est spécial. « Alléluia. Par vous, ô Mère de Dieu, nous a été restituée la vie que nous avions perdue ; en effet, vous avez reçu du Ciel votre Fils et vous avez donné le jour au Sauveur du monde ».

La lecture évangélique est tirée de saint Luc (XI, 27-28), et fait partie de celle qui est assignée au troisième dimanche de Carême, jour où la station est fixée dans la basilique Mariale de l’Agro Verano. Une femme, admirant l’éloquence et la puissance de Jésus, bénit celle qui l’a engendré et allaité petit enfant. Le Sauveur, qui veut rendre plus spirituelle cette admiration enthousiaste, révèle mystérieusement la source intime de toute la grandeur et de la sublimité de la sainte Vierge : Bienheureux ceux qui reçoivent et gardent dans leur cœur le Verbe de Dieu !

Le verset pour l’offertoire a été adapté d’un texte de Jérémie (XVIII, 20) : « Souvenez-vous de nous, ô Vierge et Mère, en présence de Dieu. Parlez en notre faveur et écartez de nous son courroux ».

La Vierge s’est trouvée déjà une première fois en présence de Dieu dans le rôle d’Avocate quand elle assista à l’agonie de son Fils au pied de la Croix. Maintenant Marie est au ciel devant le trône de Dieu, et, avec Jésus, semper vivens interpellat pro nobis, elle plaide notre cause.

Suit la collecte sur les offrandes : « Sanctifiez, Seigneur, ces oblations ; et, par le puissant patronage de Marie, Mère de Dieu, faites qu’elles deviennent pour nous un gage de salut ». Ce ne sont pas tant les offrandes en soi qui doivent être sanctifiées, que les intimes dispositions du sacrificateur, afin que le Sacrifice eucharistique soit fructueux pour ceux qui, avec une foi sincère, y participent.

Voici l’antienne pour la Communion des fidèles : « O très digne Reine du monde, et toujours Vierge, Marie ! Intercédez pour notre paix et notre salut, vous qui avez donné le jour au Christ, Seigneur et Sauveur de tous ».

Marie est la Reine du monde, parce qu’elle est corédemptrice du genre humain avec Jésus et par Jésus, à qui après sa résurrection fut conférée par le Père omnis potestas in cælo et in terra.

Suit la prière d’action de grâces : « Que la vénérable intercession de votre glorieuse Mère la Vierge Marie nous protège. Seigneur, et comme elle ne cesse de nous combler de ses faveurs, ainsi délivrez-nous de tout péril, et, à cause d’elle, établissez entre nous la concorde ».

La concorde fraternelle est un des plus grands biens des communautés, et constitue une faveur spéciale de Dieu ; pour obtenir cette faveur et pour la conserver, il faut de grandes vertus, de grands renoncements et de grands sacrifices.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

« Ta tête est comme le Carmel ».

1. Notre-Dame du Mont-Carmel. — C’est aujourd’hui la grande fête de l’ordre des Carmes. Sur le mont Carmel vivait une communauté de solitaires qui, par les soins de saint Berthold, vers 1150, fut constituée en ordre religieux mieux adapté aux coutumes de l’Occident. Fuyant devant les persécutions des Sarrasins, les moines émigrèrent plus tard en Europe. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1225, la Très Sainte Vierge ordonna au pape Honorius III d’approuver leur ordre (leçon du bréviaire). Les persécutions ne cessant de s’abattre sur ces religieux, saint Simon Stock, leur sixième général, implora de Marie un signe particulier de sa protection. Le 16 juillet 1251, la Très Sainte Vierge lui désigna le scapulaire comme insigne spécial de son maternel amour. De là le nom de fête du scapulaire donné à la fête de ce jour.

Le scapulaire est un vêtement commun à de nombreuses congrégations religieuses, mais particulièrement distinctif de l’ordre des Carmes. On impose aussi le scapulaire, un scapulaire de forme réduite, aux gens du monde afin de leur permettre de participer aux grandes grâces qui y sont attachées, le privilège sabbatin entre autres. Dans sa bulle dite sabbatine, le pape Jean XXII affirme que ceux qui portent le scapulaire seront vite délivrés des flammes du purgatoire, le samedi notamment qui suivra leur mort. Les avantages du privilège sabbatin ont encore été confirmés par la Sacrée Congrégation des Indulgences, le 4 juillet 1908.

Pratique. L’habit de la très sainte Mère de Dieu nous rappelle le devoir pour nous, chrétiens, de pratiquer l’apostolat du vêtement en face des extravagances de la mode. Le vêtement est un symbole chez celui qui le porte. Qu’à l’image de son cœur, la mise du chrétien soit simple et décente, et que les gens du monde puissent juger d’après son extérieur de ses dispositions intérieures.

2. Messe (Gaudeamus). — La messe est en partie composée de textes tirés du commun (Évangile) et en partie de textes propres. Nous commençons par un chant d’allégresse : nous célébrons la fête de Marie ; les anges eux-mêmes y prennent part dans le ciel (Introït) ; l’Église chante en même temps l’épithalame du psaume 44ᵉ : l’arrivée du prêtre somptueusement paré représente le cortège nuptial de la céleste épouse. (Cet introït, souvent répété dans le cycle liturgique, provient de la liturgie grecque). Dans la leçon, Marie nous fait elle-même entendre ses enseignements ; elle nous redit son rôle protecteur : « Je suis la Mère du pur amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance... Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ». L’Évangile renferme le passage bien connu des messes mariales où Jésus proclame bienheureuse sa Mère ; mais heureux également ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent ! Exceptionnellement l’Offertoire et la Communion sont deux prières à la Très Sainte Vierge composées par l’Église. L’offertoire en particulier est une véritable prière d’oblation : « Souvenez-vous, Vierge Mère, d’intercéder pour nous auprès de Dieu... » — Ceux qui possèdent un Petit Office de la Sainte Vierge peuvent aujourd’hui le réciter en entier en union avec l’Église.

Office du jour

Office du jour

Office

Tout au commun des fêtes de la Bse Vierge Marie sauf ce qui suit :

Leçons des Matines avant 1960.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Le saint jour de la Pentecôte, les Apôtres, divinement inspirés, parlaient en diverses langues et faisaient beaucoup de prodiges par l’invocation du très auguste nom de Jésus. Or, on rapporte qu’en ce même jour, nombre d’hommes, qui avaient marché sur les traces des saints Prophètes Élie et Elisée, et que Jean-Baptiste, par sa prédication, avait préparés à l’avènement du Christ, ayant reconnu et constaté la vérité des choses, embrassèrent la foi de l’Évangile. Ayant eu le bonheur de jouir des entretiens et de l’intimité de la bienheureuse Vierge Marie, ils commencèrent à la vénérer et à l’aimer tout particulièrement. Les premiers d’entre les Chrétiens, ils construisirent un sanctuaire à la Vierge très pure, sur le mont Carmel, à l’endroit même où Élie avait jadis vu s’élever une nuée, figure de la Vierge.

Cinquième leçon. Ils se réunissaient donc plusieurs fois le jour dans le nouvel oratoire, et honoraient par de pieuses pratiques, des prières et des louanges, la très sainte Vierge, en qualité d’insigne protectrice de leur Ordre. Aussi, commença-t-on dès lors à les appeler partout : les Frères de la Bienheureuse Marie du Mont-Carmel. Non contents de ratifier cette dénomination, les souverains Pontifes accordèrent des indulgences spéciales à ceux qui désigneraient sous ce titre l’Ordre en général et les Frères en particulier. Avec l’honneur de son nom et sa tutélaire bienveillance, la sainte Vierge leur octroya généreusement la marque distinctive d’un scapulaire sacré. Elle le donna au bienheureux Simon, religieux anglais, pour distinguer cet Ordre saint de tous les autres, et le préserver des malheurs à venir. Mais, parce que cet Ordre n’était pas répandu en Europe, on multiplia les instances auprès d’Honorius III, afin qu’il le supprimât. C’est alors que la très bonne et compatissante Vierge Marie apparut pendant la nuit à ce Pape et lui signifia d’accorder sa bienveillance à l’Institut et à ses membres.

Sixième leçon. Ce n’est pas seulement en ce monde que la sainte Vierge a voulu combler de prérogatives un Ordre qui lui est si cher. Une pieuse croyance admet volontiers que, dans l’autre monde aussi (car sa puissance et sa miséricorde étendent en tous lieux leur influence), elle soulage, par un effet de son amour vraiment maternel, ceux de ses enfants qui subissent l’expiation du purgatoire, et les introduit le plus tôt possible dans la patrie céleste, grâce à son intervention, lorsque, enrôlés dans la confrérie du scapulaire, ils ont pratiqué de légères abstinences, récité les quelques prières prescrites et gardé la chasteté, eu égard à leur état de vie. Ainsi comblé de tant et de si grandes faveurs, cet Ordre institua une solennelle Commémoraison de la bienheureuse Vierge Marie, à célébrer perpétuellement chaque année en l’honneur de cette Vierge glorieuse.

Au troisième nocturne. du commun

Lecture du saint Évangile selon saint Luc. Cap. 11, 27-28.
En ce temps-là : En ce temps-là : Jésus parlait au milieu de la foule et une femme s’écria : « Comme elle est heureuse, la Mère qui t’a mis au monde ». Et le reste.

Homélie de saint Bède le Vénérable. Lib. 4, cap. 49 in Luc. 11

Septième leçon. Cette femme fit bien voir la grandeur de sa dévotion et de sa foi. Tandis que les Scribes et les Pharisiens tentent le Seigneur et blasphèment contre lui, elle reconnaît avec tant de sincérité son incarnation, elle la proclame avec tant d’assurance qu’elle confond tout à la fois la calomnie dont les principaux d’entre les Juifs tâchaient alors de noircir le Fils de Dieu, et la perfidie des hérétiques qui devaient s’élever dans la suite des temps. De même qu’à cette époque les Juifs, blasphémant contre l’ouvrage du Saint-Esprit, niaient que Jésus-Christ fût le vrai Fils de Dieu, consubstantiel au Père ; ainsi les hérétiques devaient-ils plus tard, en niant que Marie, toujours Vierge, eût par l’opération du Saint-Esprit, fourni de sa propre chair au Fils de Dieu la matière de ses membres humains, prétendre qu’il ne faut pas le reconnaître pour le vrai fils de l’homme et de la même substance que sa mère.

Huitième leçon. Mais si la chair que le Verbe de Dieu a prise en s’incarnant, n’est pas formée de celle de la Vierge sa Mère, c’est sans motif qu’on appelle heureux le sein qui l’a porté et les mamelles qui l’ont allaité. L’Apôtre a dit : « Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme soumise à la loi ». Il ne faut pas écouter ceux qui pensent qu’il faut lire : Né d’une femme assujettie à la loi ; mais on doit lire : « Formé d’une femme », parce qu’ayant été conçu dans le sein d’une Vierge, il n’a pas tiré sa chair de rien ; mais de la chair de sa mère. Autrement il ne serait pas appelé avec vérité, fils de l’homme puisqu’il ne tirerait pas son origine de l’humanité. Élevons donc, nous aussi, la voix contre Eutychès, avec l’Église catholique, dont cette femme était la figure, élevons aussi notre esprit au-dessus de la foule, et disons au Sauveur : « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées ». Car elle est vraiment une Mère heureuse, celle qui, selon l’expression d’un auteur, « a enfanté le Roi qui gouverne dans tous les siècles le ciel et la terre ».

Neuvième leçon. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Le Sauveur approuve éminemment ce qu’avait dit cette femme, quand il affirme que non seulement celle qui a mérité d’engendrer corporellement le Verbe de Dieu, mais aussi tous ceux qui s’efforcent de concevoir spirituellement le même Verbe par l’audition de la foi, de l’enfanter et de le nourrir par la pratique des bonnes œuvres, soit dans leur cœur, soit en celui de leur prochain, sont véritablement heureux. Certes, la Mère de Dieu est bienheureuse d’avoir servi dans le temps, et contribué à l’incarnation du Verbe ; mais elle est encore plus heureuse d’avoir mérité, en l’aimant toujours, de le garder en elle éternellement.

A Laudes.

V/. Diffúsa est grátia in lábiis tuis.V/. La grâce [1] est répandue sur vos lèvres [2].
R/. Proptérea benedíxit te Deus in ætérnum.R/. C’est pourquoi Dieu vous a bénie pour l’éternité.
Ad Bened. Ant. Caput tuum * ut Carmélus, et comæ cápitis tui sicut púrpura Regis vincta canálibus, allelúia.Ant. au Benedictus Ta tête * est comme le Carmel ; et les cheveux de ta tête, comme la pourpre d’un roi, liés et teints dans les canaux des teinturiers [3].
OratioPrière
Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.

Aux Vêpres.

V/. Dignáre me laudáre te, Virgo sacráta.V/. Rendez-moi digne de vous louer, Vierge sainte [4].
R/. Da mihi virtútem contra hostes tuos.R/. Donnez-moi de la force contre vos ennemis [5].
Ad Magnificat Ant. Glória Líbani * data est ei, decor Carméli et Saron, allelúia.Ant. au Magnificat La gloire du Liban * lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron, alléluia [6].
OratioPrière
Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.

Notre-Dame du Mont-Carmel

Beatæ Mariæ Virginis de Monte Carmel

le 16 juillet

Commemoratio (ante CR 1960 : duplex maius) · Commémoraison (avant 1960 : double majeur)

Rubrique après 1960 :

Si commemoration B. Mariæ Virg. de Monte Carmelo venerit in Sabbato, Missa dici potest aut de sancta Maria in Sabbato, aut propria de Commemoration B. Mariæ Virg. de Monte Carmelo. · ¶Si la Commémoraison de N.-D. du Mont-Carmel tombe un samedi, on peut dire soit la messe de la sainte Vierge au Samedi soit la messe propre de la commémoraison de N.-D. du Mont-Carmel.

IntroïtAnt. ad Introitum.
Gaudeámus omnes in Dómino, diem festum celebrántes sub honóre beátæ Maríæ Vírginis, de cuius solemnitáte gaudent Angeli et colláudant Fílium Dei.
Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de la bienheureuse Vierge Marie. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu.
Ps. 44, 2.
Eructávit cor meum verbum bonum ; dico ego opéra mea Regi.
De mon cœur a jailli une parole excellente, c’est que je consacre mes œuvres à mon Roi.
V/. Glória Patri.
Rubrique après 1960 :

In Missis votivis : · ¶Aux Messes votives :

IntroïtAnt. ad Introitum. Sedulius.
Salve, sancta Parens, eníxa puérpera Regem : qui cælum terrámque regit in sǽcula sæculórum.
Salut, ô Mère sainte ; mère qui avez enfanté le Roi qui régit le ciel et la terre dans les siècles des siècles.
Ps. 44, 2.
Eructávit cor meum verbum bonum : dico ego ópera mea Regi.
De mon cœur a jailli une parole excellente, c’est que je consacre mes œuvres à mon Roi.
V/. Glória Patri.
CollecteOratio.
Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.
Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.
ÉpîtreLéctio libri Sapiéntiæ.
Lecture du Livre de la Sagesse.
Eccli. 24, 23-31.
Ego quasi vitis fructificávi suavitátem odóris : et flores mei fructus honóris et honestátis. Ego mater pulchræ dilectiónis et timóris et agnitiónis et sanctæ spei. In me grátia omnis viæ et veritátis : in me omnis spes vitæ et virtútis. Transíte ad me, omnes qui concupíscitis me, et a generatiónibus meis implémini. Spíritus enim meus super mel dulcis, et heréditas mea super mel et favum. Memória mea in generatiónes sæculórum. Qui edunt me, adhuc esúrient : et qui bibunt me, adhuc sítient. Qui audit me, non confundétur : et qui operántur in me, non peccábunt. Qui elúcidant me, vitam ætérnam habébunt.
Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
GraduelGraduale.
Benedícta et venerábilis es, Virgo María : quæ sine tactu pudóris invénia es Mater Salvatóris.
Vous êtes bénie et digne de vénération, Vierge Marie, qui avez été mère du Sauveur, sans que votre pureté ait subi d’atteinte.
V/. Virgo, Dei Génetrix, quem totus non capit orbis, in tua se clausit víscera factus homo.
V/. Vierge, Mère de Dieu, Celui que tout l’univers ne peut contenir, s’est enfermé dans votre sein en se faisant homme.
Alléluia
Allelúia, allelúia. V/. Per te, Dei Génetrix, nobis est vita pérdita data : quæ de cælo suscepísti prolem, et mundo genuísti Salvatórem. Allelúia.
Allelúia, allelúia. V/. Par vous, ô Mère de Dieu, nous a été rendue la vie que nous avions perdue ; vous qui avez reçu du ciel un rejeton, et qui avez mis au monde le Sauveur. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Lucam.
Suite du Saint Évangile selon saint Luc.
11,27-28.
In illo tempore : Loquénte Iesu ad turbas, extóllens vocem quædam múlier de turba, dixit illi : Beátus venter qui te portávit, et úbera quæ suxísti. At ille dixit : Quinímmo beáti, qui áudiunt verbum Dei et custódiunt illud.
En ce temps-là : Jésus parlait au milieu de la foule et une femme s’écria : « Comme elle est heureuse, la Mère qui t’a mis au monde, et qui t’a nourri de son lait ! » Mais Il répondit : « Bien plus heureux encore celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en pratique ! »
Ante 1960 : Credo
Avant 1960 : Credo
OffertoireAnt. ad Offertorium. Ier. 18, 20.
Recordáre, Virgo Mater, in conspéctu Dei, ut loquáris pro nobis bona, et ut avértat indignatiónem suam a nobis.
Souvenez-vous, ô Vierge Mère, d’intercéder pour nous auprès de Dieu, et de lui faire détourner de nous son indignation.
SecrèteSecreta
Sanctífica, Dómine, quǽsumus, obláta libámina : et, beátæ Dei Genetrícis Maríæ salubérrima intercessióne, nobis salutária fore concéde. Per eúndem Dóminum.
Rendez saints, Seigneur, nous vous le demandons instamment, ces dons offerts à votre majesté, et moyennant l’intercession si salutaire de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, accordez qu’ils soient utiles à notre salut.
Préface
Præfatio de B. Maria Virg. Et te in Commemoratióne.
Préface de la Sainte Vierge Et, en faisant mémoire de la Bse....
CommunionAnt. ad Communionem.
Regina mundi digníssima, María, Virgo perpétua, intercéde pro nostra pace et salúte, quæ genuísti Christum Dóminum, Salvatórem ómnium.
O Marie, très digne Reine du monde, et toujours Vierge, obtenez-nous la paix et le salut, vous qui avez mis au monde le Christ, Seigneur et Sauveur de tous.
PostcommunionPostcommunio
Adiuvet nos, quǽsumus, Dómine, gloriósæ tuæ Genetrícis sempérque Vírginis Maríæ intercéssio veneránda : ut, quos perpétuis cumulávit benefíciis, a cunctis perículis absolútos, sua fáciat pietáte concórdes : Qui vivis.
Nous vous en supplions, Seigneur, que l’intercession digne de respect de la glorieuse Marie, votre Mère toujours Vierge, nous vienne en aide, en sorte que sa bonté fasse régner la concorde parmi ceux qu’elle a comblés d’incessants bienfaits et délivrés de tous les périls.

Ou

ou Messe de Dim. : Mém. de la Commémoraison de la T. Sᵗᵉ Vierge Marie du Mont-Carmel & pro Papa. Préf. commune.

Commentaires

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Ce Dimanche était appelé, au moyen âge, le sixième et dernier dimanche après le Natal des Apôtres ou la fête de saint Pierre, dans les années où Pâques atteignait son dernier terme en avril. Il n’était au contraire que le premier de la série dominicale ainsi dénommée, lorsque Pâques suivait immédiatement l’équinoxe du printemps.

Nous avons vu qu’en raison du même mouvement si variable imprimé à toute la dernière partie du cycle liturgique par la date de la Solennité des solennités, cette semaine pouvait être déjà la deuxième de la lecture des livres Sapientiaux, quoique le plus souvent on doive y continuer encore celle des livres des Rois. Dans ce dernier cas, c’est l’ancien temple élevé par Salomon le Pacifique à la gloire de Jéhovah qui attire aujourd’hui l’attention de la sainte Église ; et les chants de la Messe sont alors, comme nous le verrons, en parfaite harmonie avec les lectures de l’Office de la nuit.

Saluons donc une dernière fois avant sa chute le splendide monument de l’ancienne alliance. A la veille des événements qui se préparent, l’Église veut rendre cet hommage au glorieux et divin passé qui l’a précédée. Entrons avec elle dans les sentiments des chrétiens de Juda ses premiers-nés, lorsqu’instruits du prochain accomplissement des prophéties, ils quittèrent Jérusalem par l’ordre d’en haut. Ce fut un moment solennel que celui où la petite troupe d’élus, en qui seule survivait la foi d’Abraham et l’intelligence des destinées du peuple hébreu, se retourna sur le chemin de l’émigration pour contempler, dans un long regard d’adieu, la cité de ses pères. Prenant à l’Orient la route du Jourdain, au delà duquel l’attendait le refuge préparé par Dieu aux restes d’Israël [24], elle dut s’arrêter sur la pente du mont des Oliviers qui, dominant la ville, allait bientôt la dérober à ses yeux. Moins de quarante ans auparavant, au même endroit, l’Homme-Dieu s’était assis[Marc, XIII, 1-3.[]], promenant une dernière fois, lui aussi, son regard divin sur la ville et le temple. De cette place devenue sacrée, que vénèrent encore aujourd’hui les pèlerins, Jérusalem apparaissait dans sa magnificence. Relevée depuis longtemps de ses anciennes ruines, les princes de la race d’Hérode, favoris des Romains, l’avaient encore agrandie ; elle se montrait aux yeux de nos fugitifs plus complète et plus belle qu’elle ne l’avait jamais été dans les périodes antérieures de son histoire. Rien au dehors n’annonçait encore la cité maudite. Toujours assise comme une reine forte et puissante au milieu des montagnes que le Psalmiste avait chantées [25], couronnée de tours [26] et pleine de palais, elle enchâssait dignement dans la triple enceinte de ses murailles achevée par les derniers rois, les plus nobles cimes des monts de Judée comme de l’univers : Sion et ses augustes souvenirs ; le Golgotha, colline obscure et pauvre que n’illuminait point encore la gloire du saint tombeau, mais dont déjà, à cette heure même, l’attraction puissante et vengeresse jetait une première fois sur cette terre les légions d’Occident ; Moriah enfin, la montagne sacrée du vieux monde, servant de base au temple sans rival dont la possession faisait de Jérusalem la plus illustre des villes de tout l’Orient pour les gentils eux-mêmes [27].

« Au lever du soleil, lorsque de loin sur la sainte montagne apparaissait le sanctuaire dominant de plus de cent coudées les deux rangées de portiques qui formaient sa double enceinte ; quand le jour versait ses premiers feux sur cette façade d’or et de marbre blanc ; quand scintillaient les mille aiguilles dorées qui surmontaient son faîte : il semblait, dit Josèphe, que ce fût une montagne de neige, s’illuminant peu à peu et s’embrasant aux feux rougeâtres du matin. L’œil était ébloui, l’âme surprise, la piété éveillée ; le païen même se prosternait [28] ». Venu en conquérant ou comme curieux, c’était en pèlerin qu’en des temps meilleurs il reprenait sa route. Il gravissait plein d’une religieuse émotion la pente de Moriah, et pénétrait par la porte d’or dans les galeries somptueuses qui formaient l’enceinte extérieure du temple. Mêlé dans le parvis des gentils à des hommes de toute race, l’âme absorbée par la sainteté de ce lieu où l’on sentait que vivaient toujours pures les antiques traditions de l’humanité, il assistait de loin, lui profane, aux pompes divinement ordonnées du culte hébreu. La blanche colonne de la fumée des victimes s’élevait devant lui comme l’hommage de la terre au Dieu créateur et sauveur ; des parvis intérieurs arrivait à son oreille l’harmonie des chants sacrés, portant jusqu’au ciel l’ardente prière des siècles de l’attente et l’expression inspirée des espérances du monde ; et lorsque, du milieu des chœurs lévitiques et des phalanges sacerdotales vaquant au ministère du sacrifice et de la louange, le pontife au front duquel brillait la lame d’or s’avançait, portant l’encensoir, et s’engageait seul au delà des voiles mystérieux qui fermaient le sanctuaire : l’étranger qui entrevoyait quelque chose de ces symboliques splendeurs s’avouait vaincu, et il reconnaissait la grandeur incomparable de ce Dieu sans image dont la majesté dépassait tellement les vaines idoles des nations. Les princes d’Asie, les plus grands rois, tenaient à honneur de subvenir par leurs dons personnels et aux frais du trésor de leurs empires à la dépense du lieu saint [29]. On vit les généraux romains et les césars eux-mêmes continuer sur ce point les traditions de Cyrus [30] et d’Alexandre [31]. Auguste voulut que, chaque jour, un taureau et deux agneaux fussent offerts en son nom aux prêtres juifs et immolés sur l’autel de Jéhovah pour le salut de l’empire [32] ; ses successeurs avaient maintenu la fondation ; et le refus que firent les sacrificateurs de recevoir désormais les offrandes impériales marqua, dit Josèphe, le début de la guerre [33].

Mais si jusqu’à la fin la majesté du temple en imposa tellement aux profanes eux-mêmes, il était des émotions que le juif fidèle pouvait seul ressentir à son aspect, en ces derniers jours de l’existence de la nation. Héritier de la foi soumise des patriarches, il n’ignorait pas assurément que les privilèges prophétiques de sa patrie n’étaient que l’annonce pour le monde entier de grandeurs plus réelles et plus stables ; il comprenait sans nul doute que l’heure était venue, pour les enfants de Dieu, de ne plus confiner leurs hommages dans les limites resserrées d’une montagne ou d’une ville [34] ; il savait que le vrai temple de Dieu s’élevait à l’heure même sur toutes les collines de la gentilité [35], embrassant dans son immensité les multiples rivages de cette terre qu’avait pénétrée de ses flots le sang parti du Calvaire. Et toutefois, qui ne comprendrait les angoisses de son patriotisme au moment où Dieu s’apprête à consommer, au milieu de la terre épouvantée, le retranchement terrible [36] du peuple ingrat qui fut la part de son héritage [37] ? Qui ne s’associerait à la douleur de Jacob en ces justes, pareils dans leur petit nombre aux épis échappés à la faux du moissonneur [38], et quittant la ville sainte devenue la cité maudite ? Certes, elles étaient bien légitimes les larmes qui tombaient des yeux de ces vrais Israélites abandonnant pour toujours à la dévastation et à la ruine leurs foyers, leur patrie, ce temple surtout qui, si longtemps, avait consacré la gloire d’Israël et formé le titre authentique de la noblesse de Juda parmi les nations [39].

Indépendamment de sa prééminence au temps des prescriptions figuratives, Jérusalem n’avait-elle pas été d’ailleurs le théâtre des plus augustes mystères de la loi de la grâce ? Et n’était-ce pas en son temple que Dieu, selon l’expression des prophètes, avait manifesté l’ange de l’alliance [40] et donné la paix [41] ? L’honneur de ce temple n’est plus l’exclusif apanage d’un peuple isolé, depuis que le désiré de toutes les nations l’a rempli par son arrivée de plus de gloire que n’avaient fait tous les siècles de l’attente et de la prophétie [42]. C’est à son ombre que Marie, le trône futur de la Sagesse éternelle, prépara dans son âme et sa chair au Verbe divin un plus auguste sanctuaire que celui dont les murailles lambrissées de cèdre et chargées d’or abritaient son enfance. C’est là qu’à l’âge de trois ans, elle franchit joyeuse les quinze degrés qui séparaient le parvis des femmes de la porte orientale, offrant à Dieu l’hommage si pur de son cœur immaculé. Ici donc, sur la cime de Moriah, commença dans leur reine ce long défilé des vierges consacrées, qui, jusqu’à la fin des temps, viendront après elle offrir au Roi leur amour [43]. Là encore, le sacerdoce nouveau prit son point de départ et son modèle en la divine Mère présentant au Très-Haut la victime du monde, fruit nouveau-né de ses chastes entrailles. Dans cette demeure faite de mains d’hommes, dans ces salles où siègent les docteurs, la Sagesse s’est assise sous les traits de l’enfance, instruisant les dépositaires de la Loi par ses questions sublimes et ses divines réponses [44]. Partout, dans ces parvis, le Verbe incarné répandit des trésors de bonté, de puissance, de céleste doctrine. Tel de ces portiques fut le lieu préféré des promenades du fils de l’homme [45], et l’Église naissante en fit le rendez-vous de ses premières assemblées [46].

Véritablement donc ce lieu est saint d’une sainteté non pareille, saint pour le juif du Sinaï, saint plus encore pour le chrétien, juif ou gentil, qui trouve ici la fin de la Loi dans l’accomplissement des figures [47]. L’Église rappelait à bon droit, celte nuit, la parole du Seigneur disant à Salomon : « J’ai sanctifié cette maison que vous avez bâtie, pour y établir mon Nom à jamais ; mes yeux et mon cœur y seront attachés dans toute la suite des jours [48] ».

Comment donc de sinistres présages viennent-ils jeter aujourd’hui l’effroi parmi les gardiens de la sainte montagne ? Des apparitions étranges, des bruits effrayants, ont banni de l’édifice sacré le calme et la paix qui conviennent à la maison du Seigneur. A la fête de la Pentecôte, les prêtres remplissant leur ministère ont entendu dans le saint lieu comme l’agitation d’une grande multitude et des voix nombreuses s’écriant toutes ensemble : « Sortons d’ici ! » Une autre fois, au milieu de la nuit, la porte d’airain massif qui fermait le sanctuaire du côté de l’Orient, et que vingt hommes à peine peuvent ébranler, s’est ouverte d’elle-même [49]. O temple, ô temple, dirons-nous avec les témoins de ces menaçants prodiges [50], pourquoi t’agiter ainsi ? Pourquoi te détruire toi-même ? Hélas ! Ton sort nous est connu ; Zacharie l’a prédit, lorsqu’il disait : « Liban, ouvre tes portes, et que le feu dévore tes cèdres [51] ! »

Dieu, à coup sûr, n’a point oublié les engagements de sa bonté toute-puissante. Mais n’oublions pas davantage le terrible et juste avertissement qui suivait sa promesse au fils de David : « Si vous abandonnez mes voies, vous et vos fils, j’exterminerai Israël de la terre que je lui ai donnée ; je rejetterai de ma face ce temple que je m’étais consacré, et Israël sera le proverbe et la fable de tous les peuples ; cette maison passera en exemple, elle sera l’objet de la stupéfaction et des sifflets de quiconque la verra [52] ! ».

Âme chrétienne, devenue pour Dieu par la grâce un temple [53] plus magnifique, plus saint, plus aimé que celui de Jérusalem, instruisez-vous à la lumière des divines vengeances, et méditez la parole de ce Dieu Très-Haut dans Ézéchiel : « La justice du juste ne le sauvera point, du jour qu’il aura fait le mal. Quand bien même je lui aurais promis la vie, si, confiant dans sa justice, il opère l’iniquité, toutes ses justices seront oubliées, et il mourra dans le péché qu’il a commis [54] ».

A LA MESSE.

L’Introït rappelle la gloire de l’ancien temple et de la montagne sainte. Mais plus grande encore est la majesté de l’Église qui porte, en ce moment, le Nom et la louange du Très-Haut jusqu’aux extrémités de la terre, mieux que ne l’avait jamais fait ce temple qui était sa figure.

Non seulement nous sommes par nous-mêmes incapables de toute bonne œuvre, mais la pensée même du bien surnaturel ne peut se produire en nous sans le secours de la grâce. Or le plus sûr moyen d’obtenir un secours si nécessaire, est de reconnaître humblement devant Dieu le besoin absolu que nous en avons, comme le fait l’Église dans la Collecte.

ÉPÎTRE.

Le Docteur des nations continue de former à la vie chrétienne les nouvelles recrues que sa voix puissante et celle de ses collègues dans l’apostolat, dispersés par le monde, amène chaque jour plus nombreuses aux fontaines du salut. Bien que se maintenant attentive aux événements qui se précipitent dans la Judée, l’Église, en effet, n’en réserve pas moins toujours ses sollicitudes les plus maternelles pour le grand œuvre de l’éducation des enfants qu’elle engendre à l’Époux. C’est ainsi que, pendant qu’Israël suit jusqu’au bout la voie fatale du reniement, une autre famille se forme et grandit qui prend sa place devant Dieu, et dédommage le Seigneur, par sa docilité, des amertumes dont l’abreuvèrent ses premiers fils. Les prétentions jalouses du peuple ancien, ces contradictions dont le Christ se plaint dans le Psaume [55], n’ont point pris fin encore, et déjà l’Homme-Dieu, grâce à l’Église, est devenu la tête des nations.

Rien n’égale la fécondité de l’Épouse, sinon la puissance de sanctification qu’elle déploie, au milieu d’éléments si divers, pour présenter dès les premiers jours à son Seigneur et roi un empire affermi dans l’unité de l’amour, une génération toute céleste et toute pure dans l’intelligence et la pratique parfaite des vertus. Assurément l’Esprit sanctificateur agit lui-même directement sur les âmes des nouveaux baptisés ; néanmoins, ineffable harmonie du plan divin ! Depuis que le Verbe s’est fait chair et qu’il s’est associé dans l’œuvre du salut des hommes une Épouse toujours visible ici-bas, l’opération invisible de l’Esprit qui procède du Verbe n’arrive point à son terme normal sans la coopération et l’intervention extérieure de cette Épouse de l’Homme-Dieu. Non seulement l’Église est la dépositaire des formules toutes-puissantes et des rites mystérieux qui font du cœur de l’homme une terre renouvelée, dégagée des ronces et prête à fructifier au centuple ; c’est elle encore qui, sous les mille formes de son enseignement, distribue la semence dans les sillons du Père de famille [56]. S’il revient à l’Esprit une admirable part dans cette fécondité et cette vie sociale de l’Église, son rôle près des élus considérés individuellement consiste surtout à faire valoir en eux les énergies divines des sacrements qu’elle confère, et à développer les germes de salut que sa parole dépose en leurs âmes.

Aussi sera-ce, dans tous les siècles, une mission importante et sublime que celle de ces hommes, chefs des églises particulières, docteurs privés ou directeurs des âmes, qui représenteront, près des fidèles isoles, la Mère commune ; ils fourniront véritablement pour elle à l’Esprit divin les éléments sur lesquels doit porter son action toute-puissante. Mais aussi, malheur au temps dans lequel les dispensateurs de la parole sainte ne laisseraient plus tomber sur les âmes, avec des principes diminués ou faussés, qu’une semence atrophiée ! L’Esprit n’est point tenu de suppléer par lui-même à leur insuffisance ; et il ne le fera pas d’ordinaire, respectueux qu’il est de l’ordre établi par l’Homme-Dieu pour la sanctification des membres de son Église.

La Mère commune vient d’ailleurs magnifiquement à l’aide de ces délaissés dans sa Liturgie, qui renferme toujours, soutenues de la force même du Sacrifice et vivifiées par les grâces du Sacrement d’amour, la règle très sûre des mœurs et les plus sublimes leçons des vertus. Mais pour cela faut-il encore que ces pauvres âmes, trop habituées souvent à regarder comme la voie royale de la perfection la vie chétive qu’elles se sont faite, comprennent quelle place il convient de laisser au pain sans force et à l’eau appauvrie dont elles se nourrissent [57], en présence des intarissables et authentiques trésors du sein maternel. « O vous tous qui avez soif, dirait le prophète, venez donc à la source vive. Pourquoi dépenser vos richesses à ce qui ne peut vous nourrir, et vos sueurs à ce qui ne peut vous rassasier ? Bien plutôt, sans argent ni dépense, sans échange d’aucune sorte, achetez et mangez, abreuvez-vous de vin et de lait : en m’écoutant, nourrissez-vous de la bonne nourriture, et que votre âme se délecte et s’engraisse [58] ». S’il est une remarque, en effet, qui doive attirer l’attention non moins que la reconnaissance du chrétien en quête de lumières au sujet de la voie qui conduit au ciel, c’est bien assurément que l’Église ait pris soin de choisir elle-même, au milieu du trésor des Écritures, et de rassembler dans le plus usuel de tous les livres les passages pratiques qu’elle sait mieux que personne sans doute convenir à ses fils. A cette école de la sainte Liturgie, de son livre de Messe, le fidèle humblement et pieusement attentif ne sera point exposé à voir s’affaiblir ou vaciller jamais la lumière. « C’est ici le chemin, lui dira son guide avec autorité ; prenez-le sans crainte, et ne vous écartez ni à droite, ni à gauche [59] ». L’Église, faut-il s’en étonner ? l’emportera toujours, dans la conduite des âmes, sur les plus profonds des docteurs et les plus saints mêmes de ses fils.

Qu’on réunisse les quelques lignes empruntées comme Épîtres, dans ces trois derniers dimanches, à la lettre de saint Paul aux Romains ; et qu’on dise si, indépendamment de leur infaillible vérité garantie par l’Esprit-Saint lui-même, il est possible de trouver ailleurs une aussi admirable exposition des bases de la morale révélée. La clarté, la simplicité d’expression, la véhémence chaleureuse de l’exhortation apostolique, le disputent, dans ce peu de paroles, à l’ampleur de la doctrine et à la portée des considérations que l’on y voit empruntées aux plus sublimes aspects du dogme chrétien. Jésus-Christ, fondement du salut, sa mort et son glorieux tombeau devenus dans le baptême le point de départ de l’homme régénéré, sa vie en Dieu modèle de la nôtre ; la honte passée de nos corps asservis, la fécondité sanctifiante des vertus remplaçant dans nos membres la désastreuse germination des vices ; aujourd’hui enfin les droits de l’esprit sur la chair, et ses devoirs contre elle s’il tient à garder sa juste prééminence, si l’homme veut maintenir la liberté qu’il a recouvrée par la grâce de l’Esprit d’amour et se montrer, comme il l’est en toute vérité, le fils de Dieu, le cohéritier du Christ : telles sont les splendides réalités illuminant pour nous désormais de leurs célestes rayons la loi de la vie dont on vit par L’Esprit-Saint dans le Christ Jésus [60] ; tels se produisent, en face du monde, les axiomes de la science du salut qui doit remplacer à la fois les impuissances de la loi juive et la stérile morale de la philosophie.

Car c’est une vérité qu’il convient de retenir aussi, comme étant l’idée-mère de toute cette sublime épître aux Romains : l’impuissance, la stérilité pour la justice complète et le bien absolu, sont la part trop certaine de l’humanité non relevée par la grâce. L’expérience l’a prouvé, saint Paul le déclare, les Pères bientôt l’affirmeront unanimement, et l’Église le définira dans ses conciles. L’homme peut arriver, il est vrai, par les seules forces de sa nature tombée, à la possession de certaines vérités et à la pratique de quelque bien ; mais il ne parviendra jamais, sans la grâce, à connaître et moins encore à observer les préceptes de la loi simplement naturelle dans leur ensemble.

De Jésus donc, de Jésus seul vient toute justice. Non seulement la justice surnaturelle, qui suppose l’infusion de la grâce sanctifiante dans l’âme du pécheur, est de lui tout entière ; mais encore cette justice naturelle dont les hommes se parent si volontiers, et qu’ils prétendent leur tenir lieu de tout le reste, échappe à quiconque n’adhère point au Christ par la foi et l’amour. Que les adeptes de l’indépendance de l’esprit humain exaltent leur morale et vantent leurs vertus ; nous chrétiens, nous ne savons qu’une chose que nous tenons de notre mère l’Église : l’honnête homme, c’est-à-dire l’homme véritablement en règle avec tous les devoirs que lui impose sa nature, ne se trouve point ici-bas sans le secours très spécial de l’Homme-Dieu rédempteur et sauveur. Avec saint Paul, soyons donc fiers de l’Évangile [61] ; car il est bien la vertu de Dieu, non seulement pour sauver l’homme et justifier l’impie [62], mais encore pour donner la justice agissante et parfaite aux âmes avides de droiture. Le juste vit de la foi, dit l’Apôtre, et sa justice croît avec elle [63] ; sans la foi en Jésus, la prétention d’arriver par soi et ses œuvres à la consommation de tout bien n’engendre que la stérilité de l’orgueil et n’attire que des maux [64]. Les Juifs en font aujourd’hui la triste expérience. Fiers de leur loi qui leur donnait une lumière plus grande qu’aux nations [65], et voulant établir sur elle seule leur propre justice, ils ont méconnu celui qui était la fin de la loi, la source de toute justice véritable [66] ; ils ont repoussé le Christ qui leur apportait, avec la délivrance du mal antérieur [67], la connaissance du précepte et la force de l’accomplir [68] ; ils sont restés dans leur iniquité, ajoutant faute sur faute au péché d’origine, thésaurisant pour le jour de colère [69]. Or voilà qu’à cette heure même s’accomplit la prédiction d’Isaïe, mettant les paroles suivantes dans la bouche des restes d’Israël que nous accompagnons aujourd’hui dans leur fuite : « Si le Seigneur des armées n’eût réservé quelques rejetons de notre race, nous aurions été comme Sodome et Gomorrhe [70] ».

« Que dirons-nous donc, s’écrie l’Apôtre [71] ? sinon que les nations, qui ne cherchaient point la justice, ont trouvé et saisi la justice, mais la justice qui vient de la foi ; Israël au contraire, « poursuivant la loi de la justice, ne l’a point rencontrée. Pourquoi, cela ? parce qu’il n’a point voulu la tenir de la foi, et s’est conduit comme s’il pouvait l’obtenir par les œuvres. Ils ont bronché contre la pierre d’achoppement, selon qu’il est écrit : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement et de scandale, et quiconque croira en celui qui est cette pierre ne sera point confondu [72] ».

Le Graduel semble exprimer les sentiments des chrétiens juifs contraints de quitter leurs villes, et priant Dieu d’être lui-même désormais leur protecteur et leur lieu de refuge. Le Verset chante de nouveau les grandeurs anciennes du Seigneur en Jérusalem et sur la montagne où fut son temple.

ÉVANGILE.

Les divers termes de la parabole qui nous est proposée sont faciles à saisir, et renferment une doctrine profonde. Dieu seul est riche par nature, parce qu’à lui seul appartient en propre le domaine direct et absolu sur toutes choses : elles sont à lui, parce qu’il les a faites [73]. Mais en envoyant son Fils dans le monde sous une forme créée, il l’a constitué par cette mission dans le temps l’héritier des ouvrages sortis de ses mains [74], comme il l’était déjà des trésors mêmes de la nature divine par le fait de sa génération éternelle. L’homme riche de notre Évangile, c’est donc le Seigneur Jésus portant dans son humanité unie au Verbe le titre d’hérédité universelle [75] qui l’établit sur tous les biens, créés ou non, finis ou infinis, du Dieu très-haut. C’est à lui qu’appartiennent les cieux chantant sa gloire [76] et fiers de former pour un temps [77] son vêtement de lumière [78], l’océan qui proclame sa puissance au sein des tempêtes [79] et abat docile à ses pieds la fureur de ses flots [80], la terre enfin lui présentant l’hommage de sa plénitude [81]. L’herbe et les fleurs de la prairie, les fruits variés, la fertile beauté des champs [82], les oiseaux du ciel comme les poissons qui peuplent les fleuves ou parcourent les sentiers des mers [83], les grands troupeaux comme l’insecte ignoré, comme la bête fauve qui se dérobe dans la profondeur des forêts ou sur les montagnes [84] : tout est sien, tout est soumis à son empire. A lui aussi appartiennent en pleine possession l’argent et l’or [85], et l’homme même, qui ne serait que son esclave à jamais, s’il n’avait daigné miséricordieusement le diviniser et l’appeler en part de ses biens éternels. Au lieu d’esclaves, il a voulu avoir en nous des frères ; et, retournant de ce monde à son Père devenu le nôtre par sa grâce [86], il nous a envoyé l’Esprit-Saint comme le témoin de la filiation divine en nos âmes [87], comme le gage de l’hérédité sacrée qui nous assure le ciel [88]. Biens ineffables du siècle futur, héritage sans pareil, dont la grandeur fait tressaillir l’Homme-Dieu lui-même dans le psaume célébrant sa résurrection glorieuse ! Nous ses membres et ses cohéritiers, nous avons le droit de dire avec lui : « Le cordeau du partage est tombé pour moi sur une part merveilleuse. Splendide est en effet mon héritage ; car c’est Dieu même qui m’est échu en possession. Béni soit le Seigneur qui m’a donné de le comprendre [89] ! »

Toutefois, pour arriver à la jouissance des richesses éternelles, une épreuve nous est imposée : il faut que nous fassions valoir ici-bas le domaine visible du Christ. Notre fidélité dans la gestion de ces biens inférieurs, confiés en des proportions si variées aux soins des fils d’Adam pendant les jours de leur exil, marquera la mesure des récompenses sans fin qui nous attendent. Divine convention, ineffable accord de justice et d’amour ! de ses biens l’Homme-Dieu a fait deux parts : il nous assure la pleine propriété de la part éternelle, seule vraiment grande, seule capable de satisfaire nos aspirations infinies ; pour l’autre, qui en elle-même ne mériterait point d’attirer le regard d’êtres appelés à contempler la divine essence, il dédaigne d’y attacher nos âmes et se refuse à nous communiquer sur elle les droits d’un domaine absolu. La vraie propriété des biens du temps reste donc à lui seul ; la possession qu’il octroie des richesses de la terre d’épreuve aux futurs cohéritiers de son éternité, demeure soumise à mille restrictions durant leur vie, et révèle à la mort son caractère essentiellement précaire : elle ne suit point les hommes au delà du tombeau.

Un jour vient pour l’insensé, comme pour le sage, où l’on doit lui redemander son âme [90], où le riche, traduit comme le pauvre dans la nudité du jour de sa naissance [91] en présence du seul Maître, entendra la parole : Rendez-moi compte de votre administration. La règle du jugement, à cette heure terrible, sera celle-là même que nous a révélée le Seigneur en personne, lorsqu’il disait dans les jours de sa vie mortelle : « Il sera réclamé beaucoup à qui l’on a donné beaucoup ; et il sera demandé plus à qui l’on aura confié davantage [92] ». Malheur alors au serviteur qui s’était cru maître, à l’économe qui, méconnaissant son mandat, s’est plu à dissiper vainement des biens dont il n’était que le dispensateur [93] ! Il comprend, à la lumière de l’éternité, l’erreur de son fol orgueil ; il pénètre l’injustice souveraine d’une vie, honnête peut-être selon le monde, mais passée tout entière sans tenir compte des intentions de celui qui lui confia ces richesses dont il était si fier. Dépossédé sans retour, il ne peut réparer ses torts par une administration plus conforme à l’avenir aux volontés du maître du monde. S’il pouvait du moins se reformer laborieusement un héritage, ou trouver assistance près de ceux qui vécurent avec lui sur terre ! Mais au delà du temps le travail cesse ; et ses mains vides, devenues impuissantes, ne recueilleraient que la honte en s’ouvrant pour demander l’aumône, au pied du tribunal redoutable où chacun craint à bon droit de ne pouvoir se suffire à lui-même [94].

Heureux donc si, dès ce monde, la voix des menaces divines qui retentit en mille manières [95] parvient à réveiller sa conscience ; si, comme l’économe de notre Évangile, il profite du temps qui lui reste, et se dit avec Job : Que ferai-je, quand Dieu se lèvera pour le jugement ? Lorsqu’il m’interrogera, que lui répondrai-je [96] ?

Celui même qui doit être son juge lui indique miséricordieusement, aujourd’hui, le moyen de parer la peine qu’ont encourue ses malversations. Qu’il imite l’habileté de l’économe infidèle, et il sera loué pleinement : non seulement, comme lui, à cause de sa prudence ; mais parce qu’en disposant ainsi pour les serviteurs de Dieu des richesses mises en ses mains, loin de frustrer le Seigneur de toutes choses, il ne fait que rentrer dans ses intentions. Quel est en effet l’économe fidèle autant que prudent, établi par le Seigneur sur sa famille, sinon celui qui pourvoie les membres de cette famille, en temps opportun, de froment [97] et d’huile [98] ? Corporelle ou spirituelle, l’aumône nous assure des amitiés puissantes pour l’heure du grand dénuement, au jour où la terre doit manquer à notre vie défaillante ; car c’est aux pauvres qu’appartient le royaume des cieux [99] ; si nous employons les richesses de la vie présente à abriter et soulager leur misère ici-bas, ils ne manqueront pas de nous recevoir à leur tour dans leurs maisons, qui sont les tabernacles éternels.

Tel est le sens direct et obvie de la parabole qui nous est proposée. Mais si nous voulons pénétrer complètement l’intention pour laquelle l’Église choisit aujourd’hui ce passage de l’Évangile, il nous faut recourir à saint Jérôme qui s’en est fait l’interprète officiel dans l’Homélie de l’Office de la nuit. Poursuivons avec lui la lecture évangélique : Celui qui est fidèle dans les petites choses, continue le texte sacré, c’est aussi dans les grandes, et celui qui est injuste dans les petites choses le sera dans les grandes ; si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses iniques et trompeuses, qui vous confiera les biens véritables [100] ? Or Jésus parlait ainsi, observe saint Jérôme, devant les scribes et les pharisiens qui le tournaient en dérision, voyant bien que la parabole était contre eux. L’infidèle dans les petites choses, c’est en effet le Juif jaloux, qui, dans le domaine restreint de la vie présente, refuse à ses frères l’usage des biens créés pour tous. Si donc, est-il dit à ces scribes avares, vous êtes convaincus de malversation dans la gestion de richesses fragiles et passagères, qui pourrait vous confier les vraies, les éternelles richesses de la parole divine et de l’enseignement des nations [101] ? Demande redoutable, que le Seigneur laisse aujourd’hui en suspens sur la tête des infidèles dépositaires de la loi des figures. Mais combien, dans peu, la réponse sera terrifiante !

En attendant, l’humble troupe des élus de Juda, laissant ces endurcis à la vengeance que précipite leur démence orgueilleuse, poursuit sa route dans la confiance assurée qu’elle garde en son sein les promesses de Sion. L’Antienne de l’Offertoire célèbre sa foi et son espérance.

C’est de Dieu lui-même que nous tenons les dons qu’il agrée de nos mains dans sa bonté ; les Mystères sacrés qui transforment l’oblation n’en obtiennent pas moins pour nous par sa grâce, comme le dit la Secrète, la sanctification de la vie présente et les joies de l’éternité.

L’espérance que l’homme met en Dieu ne saurait le tromper ; il en a pour gage la suavité du banquet divin.

L’aliment céleste a la vertu de renouveler et nos âmes et nos corps ; obtenons d’éprouver la plénitude de ses divins effets.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Au VIIIᵉ siècle, l’introït de ce dimanche fut adapté à la fête de l’Hypapante ou de la Purification, où les Orientaux célèbrent la rencontre de Siméon et de l’enfant Jésus dans la cour du Temple. —Tel semble en effet avoir été le sens primitif de la fête, même à Rome. — Le verset du psaume exécuté à la Communion aujourd’hui est le même que chez les Orientaux, qui le chantent habituellement durant la distribution des saints Mystères. Il est à remarquer que cet usage semble antérieur à l’institution, chez les Latins, de la psalmodie durant la Communion.

Le verset d’introït est tiré du psaume 47 : « Entre les murailles de votre temple, ô Seigneur, nous avons attendu votre grâce. Votre nom, ô Dieu, et votre louange jusques aux confins de la terre. Votre droite est pleine de justice ». Aucun lieu au monde ne peut circonscrire la divine gloire et sa miséricorde. Toutefois tenant compte de la nature humaine et du caractère social qui unit tous les fils d’Adam, Dieu a disposé, dans l’économie présente, que les fidèles obtiendraient les fruits de la rédemption non isolément et directement, mais dans une société surnaturelle et divine, qui est l’Église. En cette immense société, que nous pouvons comparer à un organisme, ou plus précisément au corps humain, comme le fait saint Paul, les véhicules de la vie surabondante de la divinité, les artères de la grâce, sont constitués par des signes exactement déterminés, les sacrements et les sacramentaux, au moyen desquels nous sont communiqués tous les trésors de la rédemption du Christ. C’est pourquoi nous devons chercher ici, de préférence, dans la liturgie de l’Église, les moyens de sanctification, la nourriture essentielle de notre piété catholique, à quoi devront très utilement être coordonnés tous les autres actes de dévotion privée, intime et personnelle, par lesquels l’âme se dispose et se prépare à la grande liturgie des sacrements.

La collecte nous prémunit contre le péril de rendre stériles nos prières, par défaut de rectitude d’intention dans la demande. Les impies demandent parfois à Dieu la satisfaction de leurs mauvais désirs, et c’est de l’un d’eux qu’il est écrit au psaume 108 : Et oratio eius fiat in peccatum. D’autres, par défaut de préparation et de sérieux, ne savent que dire à Dieu dans la prière et se comportent si irrévérencieusement que la Sagesse les compare à des gens qui tentent le Seigneur. D’autres, dans la prière, ne savent pas s’élever au-dessus de leurs petits intérêts égoïstes de cupidité, d’ambition, de jalousie ; à ceux-là, Dieu dit, comme aux deux fils de Zébédée : Nescitis quid petatis. Pour que Dieu accueille notre prière, il faut qu’elle nous soit vraiment utile, et la grâce seule nous est vraiment utile, elle qui nous dispose à la gloire. Prions donc, mais que notre prière s’inspire de la règle de l’oraison telle que Jésus nous l’a donnée : Sic ergo vos orabitis. Demandons au Père céleste sa gloire et l’accomplissement de sa volonté, et tout le reste nous sera donné par surcroît.

Le passage de l’épître de saint Paul aux Romains (8, 12-17) décrit les caractéristiques de la régénération chrétienne : l’Esprit Saint, la confiance filiale dans la prière, la dignité d’enfants de Dieu, qui nous vaut le droit d’être admis à participer à l’héritage de Dieu et de son Premier-Né Jésus. Tout cela pourtant à condition de ne pas vivre selon les inclinations de la nature corrompue, mais, dans l’Esprit de Jésus crucifié, d’immoler cette nature sans frein, en sorte qu’on ne vive plus pour soi, mais pour celui qui pour nous est mort sur la Croix et qui est ressuscité.

Le graduel est celui qui a déjà été exécuté le quatrième lundi de Carême. Le premier verset est tiré du psaume 30 : « Soyez pour moi, ô Seigneur, un Dieu de protection et un lieu de refuge pour me sauver ». Comme l’observe Clément d’Alexandrie, Dieu se montre à nous tel que nos dispositions l’exigent. Celui qui nourrit une douce confiance en Dieu aura en lui un aimable protecteur et un refuge dans tous les périls et les tentations, alors que, comme l’enseigne l’Apôtre : venit ira Dei super filios diffidentiae.

C’est pourquoi, au second verset du graduel de ce jour, tiré du psaume 70, on ajoute : « O Seigneur ! j’ai espéré en vous — qui pourra jamais l’affirmer si énergiquement, sans se reprocher d’avoir parfois placé sa confiance en soi-même, dans ses amis, dans les puissants ? Seul Jérémie pouvait dire : diem hominis non desideravi, tu scis. — Seigneur, faites que dans l’éternité je ne sois pas confondu ».

C’est très justement qu’il est dit ici : dans l’éternité, car Dieu ne déroule pas dans le temps l’accomplissement du plan magnifique du salut ; aussi ne devons-nous pas nous promettre en ce monde ce que Dieu nous réserve seulement dans l’autre. Sur cette terre, il ne nous a assuré ni la vie, ni la santé, ni les richesses, ni les honneurs. Bien plus, il n’a pas même assuré tout cela à son fils Premier-Né, Jésus. Personne ne peut donc se promettre ce que l’Évangile ne promet point. La promesse est pour l’avenir, pour le Ciel. C’est là par conséquent que nous devons placer nos espérances.

Le verset alléluiatique (on sait que la série de ces versets pour les dimanches de l’année est un peu incertaine dans la tradition grégorienne : Alléluia, quale volueris, notent les anciens manuscrits) s’accorde aujourd’hui, comme il est de règle d’ailleurs, avec le psaume d’introït. « Grand est le Seigneur, et très digne de louange dans la cité de notre Dieu, sur sa sainte montagne ». Toute la terre est à Dieu, mais pour nous donner un signe sensible de sa puissance, Il se complaît particulièrement à opérer des prodiges dans son saint temple : jadis, chez les Hébreux, dans la seule Jérusalem et sur la colline de Sion ; — aujourd’hui partout où l’Église catholique lui dédie une demeure et un autel.

Dans la lecture évangélique de saint Luc (16, 1-9), par la parabole de l’économe infidèle, le Sauveur nous enseigne la nécessité de l’aumône faite aux pauvres, et l’efficacité des prières des Saints au profit des mourants. Ce concept était très délicatement exprimé par les anciens, quand, sur les arcosolia des cimetières souterrains de Rome, ils représentaient parfois les Saints dans l’attitude d’avocats du défunt devant le tribunal de Dieu, ou bien introduisant leurs clients dans les demeures célestes. Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que les biens matériels ne servent de rien pour ce royaume de béatitude. Ils peuvent profiter à l’âme mais à condition que l’argent soit échangé selon le cours de ce bienheureux royaume. De quelle manière ? Comme l’ont fait les saints ; comme, par exemple, fit saint Laurent quand in caelestes thesauros manus pauperum deportaverunt les biens matériels.

Servons-nous de ceux-ci pour nous créer des amis pour l’éternité. C’est la conclusion de la lecture évangélique de ce jour. Toutes les œuvres de charité, tant spirituelle que corporelle, sont recommandables, mais ce qui est particulièrement conseillé, ce sont les suffrages en faveur des pauvres âmes du Purgatoire, afin que, nous devant de jouir plus tôt de la vision béatifique, elles, à leur tour, puissent plaider notre cause au tribunal de Dieu, et, après notre mort, nous recevoir avec elles dans les célestes tabernacles.

Le verset de l’offertoire, tiré aujourd’hui du psaume 17, est identique à celui du vendredi précédant le dimanche de la Passion. « Vous secourez le peuple malheureux et opprimé, et faites abaisser les yeux superbes, car quel autre pourra se glorifier de sa puissance sinon vous, ô Seigneur ? » Voilà la raison pour laquelle Dieu donne son secours aux malheureux et abat les orgueilleux. Ceux-ci lui dérobent sa gloire et se l’attribuent. Or, rien ne s’oppose au but principal pour lequel Dieu créa l’univers, autant que cet orgueil, vraie luxure de l’esprit, qui frustre le Créateur de la louange due à Lui seul.

La secrète rappelle au Seigneur que les dons que nous allons lui offrir représentent eux aussi une grâce de sa part, — « de tuis donis ac datis », comme s’expriment toutes les anciennes anaphores, même orientales, — parce que c’est Lui qui nous les a accordés. Nous le supplions donc, afin que l’efficacité des saints Mystères serve à sanctifier notre vie terrestre de telle sorte qu’après celle-ci nous obtenions la vie bienheureuse de gloire dans le ciel. C’est là précisément le fruit spécial que nous promet l’Eucharistie. Grâce à ce Sacrement, nous faisons revivre la sainteté de Jésus Rédempteur, humilié, patient et crucifié, pour faire revivre en son temps la gloire de sa résurrection.

L’antienne durant la distribution au peuple des saints Mystères, reproduit exactement le texte du chant primitif de communion, né chez les Orientaux, et imité plus tard par les Latins. Il y a toutefois cette différence entre les deux rits : dans le Romain, l’antienne pour la Communion est empruntée indifféremment à toutes les parties du Psautier, tandis que les Orientaux, au moins depuis le temps de saint Cyrille de Jérusalem, réservent exclusivement pour la distribution de la Communion ce verset du psaume 33 : « Goûtez et voyez comme le Seigneur est doux ; bienheureux celui qui met son espérance en Lui ».

Le Prophète invite d’abord à goûter les délices de l’esprit, car ainsi que l’observe fort bien saint Grégoire le Grand, il existe cette différence entre les délices matérielles et celles de l’âme, que les délices matérielles sont désirées tant qu’on ne les a pas, mais à peine y goûte-t-on, elles causent la satiété ; celles de l’esprit, au contraire, ne sont pas désirées de celui qui ne les a pas expérimentées et appréciées. Quand on les a goûtées, on y puise un immense désir d’y revenir, désir qui fait languir d’amour l’âme voyageuse — c’est la faim et la soif de justice dont parle l’Évangile, — laquelle, au ciel seulement, dans la claire vision de Dieu, pourra se rassasier : Satiabor cum apparuerit gloria tua.

La collecte d’action de grâces demande que les saints Mystères eucharistiques deviennent pour nous un remède, non seulement de l’âme, mais aussi du corps. Il ne peut en être autrement. L’humanité du Verbe est comme une source abondante, répandant alentour la richesse de ses eaux. Quiconque s’en approche se trouve rafraîchi, tout comme le narre le saint Évangile au sujet de ceux qui s’efforçaient de toucher au moins les vêtements du Sauveur, quia virtus de illo exibat et sanabat omnes.

Le divin Sacrement a de plus un contact intime avec notre corps mortel : la chair divine, le sang virginal lui donnent une garantie assurée de sa résurrection future. Ce germe d’immortalité, que le Corps sacré de Jésus dépose dans notre enveloppe mortelle, non seulement sert à apaiser en nous les ardeurs de la concupiscence et des passions, mais, selon la foi des croyants et les dispositions divines, il est parfois un remède très efficace même contre les maladies corporelles.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Enfants de lumière.

1. La messe (Suscepimus). — Le dimanche est un jour pascal, le jour du Seigneur. C’est avec cette impression que nous entrons dans le « temple » (Intr.).

Nous voyons devant nous la « Majesté du Seigneur », le Seigneur rayonnant de gloire ; nous nous rappelons avec reconnaissance la grâce pascale, Il la miséricorde » ; nous louons la « grandeur du Seigneur » dans la « ville de Dieu », sur la « montagne » mystique de l’autel.

L’Introït est donc une fois encore une véritable « entrée » dans le drame de la messe. L’oraison est entièrement dans la ligne des pensées principales. Elle nous montre, dans la rectitude de la foi et de l’action, la vie des enfants de Dieu. Elle nous fait avouer notre incapacité personnelle et nous propose, comme but, la vie selon la volonté de Dieu. C’est une oraison suggestive et pleine de pensées.

Saint Paul est notre prédicateur dans l’Épître. Le chapitre VIII est le point culminant de l’Épître aux Romains. Il y traite de la transformation de notre âme par le Saint-Esprit. Il montre cette transformation en opposant l’homme charnel et l’homme spirituel. L’homme charnel est celui qui est attaché aux biens d’ici-bas, dont toutes les tendances sont dirigées vers ce qui est terrestre — l’intendant infidèle est un homme charnel. Le chrétien, par contre, est un homme spirituel ; le Saint-Esprit demeure en lui et le guide. Celui en qui habite le Saint-Esprit est enfant et héritier de Dieu, frère et co-héritier du Christ. La vie divine exige donc d’abord la mort de l’homme charnel en nous ; c’est alors la vie sous la conduite du Saint-Esprit. C’est là encore un joyeux message qui doit retentir à nos oreilles pendant toute la semaine. Les quelques phrases de l’Épître résument toute notre grandeur, toute notre richesse : le Saint-Esprit demeure en nous Dieu est notre Père, le Christ est notre frère, le ciel et sa béatitude sont notre héritage. Que pouvons-nous désirer de plus ?

Au Graduel, nous mettons toute notre confiance dans le Christ. Le verset de l’Alléluia nous présente encore une véritable image pascale : le Seigneur ressuscité et glorifié.

L’Évangile (la parabole de l’intendant infidèle) présente des difficultés aux exégètes. Il faut avoir devant les yeux le point de comparaison. Le Christ loue l’intendant infidèle non pas de sa fraude, mais de sa prudence et de l’activité qu’il met à assurer son avenir terrestre. Cette activité des enfants du monde (l’intendant infidèle est le type des enfants du monde) dans leurs plans terrestres doit nous servir de modèle quand il s’agit pour nous d’atteindre notre fin éternelle. Nous portons en nous des forces puissantes que nous devons employer pour l’éternité. Imitons la prudence des enfants du siècle.

Comme pour faire écho à l’avant-messe, nous mettons encore une fois face à face les deux images opposées : le Seigneur exauce le peuple qui s’humilie — et il abaisse les yeux orgueilleux (Offert.). C’est avec ces pensées d’humilité que nous nous rendons à l’Offrande. La secrète, par exception, est assez longue. Que doit être la messe pour nous ? Elle doit sanctifier notre conduite actuelle et nous guider vers les joies éternelles.

L’antienne de communion est un morceau vénérable. Dans les premiers siècles, les fidèles, en se rendant à la table sainte, chantaient toujours le psaume 33. Ce psaume avait été choisi à cause du verset : Goûtez et voyez comme le Seigneur est doux... (En grec, doux se dit chrestos, qui se prononce comme Christos, Christ. D’où le jeu de mot qui permettait de donner au verset le sens suivant : « Voyez que c’est le Christ (Chrestos), le Seigneur ! »). Nous demandons encore une fois le « renouvellement du corps et de l’âme » (Postc.) afin que, cessant d’être des hommes charnels, nous devenions des hommes spirituels.

2. Les chants. — Les chants psalmodiques ne prennent vie et ne deviennent pleinement intelligibles que lorsqu’ils sont mis en liaison avec l’action qui les accompagne. Quand retentit l’Introït, le prêtre fait son entrée, revêtu de ses ornements de fête, accompagné des acolytes ; il traverse l’Église pour se rendre à l’autel Il est le symbole du « Seigneur très grand » qui entre « dans la ville de notre Dieu » (l’Église), s’avance vers « sa sainte montagne » (l’autel) et nous fait « recevoir sa miséricorde » (la grâce du sacrifice). Quelle puissante impression ne fait pas alors l’Introït, qui ne serait, autrement, qu’un assemblage de versets inintelligibles !

Comme nous distinguons ensuite nettement les deux chants intermédiaires ! Le Graduel est une supplication ardente et pleine de confiance (Le ps. 30 fut la prière du Christ mourant). Dans le symbolisme liturgique, le Graduel est une prière sans joie, un écho de l’Épître. Quant au verset de l’Alléluia, il annonce de nouveau le « Seigneur très grand » alors que le diacre se rend processionnellement à l’ambon pour chanter l’Évangile. Le diacre et l’Évangile symbolisent l’apparition du Christ et cela nous fait mieux comprendre le verset de l’Alléluia. Enfin, au moment de la communion, les fidèles s’avancent en longues rangées vers la table sainte pendant que le chœur chante le ps. 33, le cantique de communion de la primitive Église, et que la communauté tout entière répète après chaque verset l’antienne : « Goûtez et voyez comme le Seigneur est doux », Cette antienne, répétée peut-être dix ou quinze fois par la communauté, fait une profonde impression. Cela me semble de plus en plus évident, nous ne comprendrons bien le missel que lorsque nous en viendrons à la participation active du peuple à la célébration de la messe.

3. Le pont d’or. — La liturgie traite trois grands thèmes pendant les dimanches après la Pentecôte. Le premier est la grâce baptismale ; nous sommes des baptisés et nous devons renouveler sans cesse la grâce du baptême ; chaque dimanche est un jour de baptême, une petite fête de Pâques. Le second thème occupe l’Église dans les derniers dimanches après la Pentecôte : c’est la préparation au retour du Seigneur. Le troisième thème se trouve précisément au stade actuel de l’évolution, c’est-à-dire au milieu du temps après la Pentecôte. Nous pouvons le désigner brièvement ainsi : le combat des deux mondes, Nous sommes établis dans le royaume de Dieu, mais nous sommes toujours combattus par le royaume du monde. Dans notre âme le triste héritage d’Adam continue son action dans notre nature corrompue. Nous hésitons, tant que nous sommes vivants, entre les deux royaumes.

Ces trois thèmes caractérisent assez bien toute la vie chrétienne et nous montrent le chrétien réel. Au baptême, il a reçu un précieux trésor. L’Épître d’aujourd’hui nous l’indique en peu de mots : nous sommes les enfants de Dieu ; nous avons le droit d’appeler Dieu notre Père ; le Saint-Esprit a fait de nous ses temples et nous sommes les cohéritiers et les frères de Jésus-Christ. Cependant, le baptême ne nous pas fait entrer dans un pays de cocagne où nous pourrions vivre sans peine ni souci. Non ; l’Église nous envoi dans la vie rude, elle nous envoie au combat. Il nous faut défendre la terre sainte de notre âme contre l’ennemi, il nous faut apprendre à connaître l’ennemi pour le vaincre. Ce combat dure toute la vie. Notre Mère l’Église est, pour ainsi dire, notre maîtresse d’armes qui nous apprend les règles du combat ; elle est en même temps notre forteresse et notre bouclier dans le combat contre la nature inférieure. La messe du dimanche nous donne la force qui vient à notre secours dans les combats de la vie ; cette force nous délivre des embûches de l’ennemi, nous rend courage et persévérance dans le combat. Que produit, en effet, la messe ? Elle nous encourage au combat en nous faisant entendre la parole de Dieu dans l’avant-messe ; elle nous confère la force même de Dieu dans le sacrifice proprement dit. Nous ne sommes, par nous-mêmes, que de pauvres créatures et nous ne pourrions pas soutenir le combat. Mais, au Saint-Sacrifice, un autre combat pour nous, et le plus fort (le Christ) est vainqueur du fort. Tel est le sens du sacrifice de la messe : nous nous unissons au divin héros, au Christ ; sa victoire est notre victoire, son triomphe est notre triomphe. Telle est la force merveilleuse qui nous rend invincibles.

Alors, nous sommes mûrs pour entrer dans la suite du divin héros, du divin Roi, Jésus-Christ. Pendant les derniers dimanches après la Pentecôte, l’Église nous fait contempler avec espérance et désir notre fin dernière. Tel est le pont d’or qui étend ses arches au-dessus de notre vie.

[1] III Reg. 8, 20.

[2] I Reg. 7, 3.

[3] Ps. 151 apocr.

[4] I Reg. 17, 37.

[5] I Reg. 17, 37.

[6] Ps. 56, 4.

[7] Lundi : 10, 1-11
Mardi : 11, 1-12
Mercredi : 11, 26-43
Jeudi : 12, 1-16
Vendredi : 14, 5-12
Samedi : 18, 21-27.

[8] I reg. 18, 7.

[9] Luc. 1, 66.

[10] I Reg. 17, 26 & 21, 11.

[11] 2 Reg. 1, 21.

[12] Ps. 71, 8.

[13] 2 Reg. 7, 8.

[14] Prière de Manassé, apocr.

[15] Ps. 50, 5-6.

[16] Ce répons, le 8ᵉ de la Fête de la Sainte Trinité, est repris tous les dimanches après la Pentecôte.

[17] Is. 6, 3.

[18] I. Jn. 5, 7.

[19] Ps. 92, 2.

[20] Le Seigneur a régné, il s’est revêtu de gloire, lorsqu’en ressuscitant des morts il s’est adjoint le chœur des Saints : Le Seigneur s’est revêtu de force, parce qu’il a détruit l’empire du démon, et l’a ceinte autour de ses reins, lorsqu’il est remonté vers son Père, entouré de la multitude des Anges. (S. Jérôme). Selon S. Augustin, notre Seigneur se couvrit de gloire et de beauté dans ses souffrances, de force dans l’ignominie, et, quand il se ceignit d’un linge retombant devant lui (præcinxit se), pour laver les pieds de ses Apôtres, sa puissance éclata dans son humilité.

[21] Luc. 16, 22.

[22] Ps. 140, 2.

[23] Luc. 16, 3.

[24] Isai. X, 20-23.

[25] Psalm. CXXIV, 2.

[26] Psalm. CXXI, 7.

[27] Plin. Hist. nat. V, 15.

[28] Jos. De bell. V, 5, traduit par de CHAMPAGNY.

[29] II Mach. III, 2-3.

[30] I Esdr. VI, 4.

[31] Jos. Antiq. XI, 5.

[32] Philo, Légat.

[33] Jos. De bell. 11, 17.

[34] Jean. IV, 21, 23.

[35] Isai. 11,2.

[36] Ibid. X, 23.

[37] Deut. XXXII, 9.

[38] Isai. XVII, 5.

[39] Deut. IV, 6-8.

[40] Malach. III, 1.

[41] Agg. II, 10.

[42] Agg. II, 8, 10.

[43] Psalm. XLIV, 15, 16.

[44] Luc. II, 46, 47.

[45] Jean. X, 23.

[46] Act. III, 11 ; V, 12.

[47] Rom. X, 4.

[48] III Reg. XI, 3.

[49] Jos. De bell. VI, 5.

[50] Talmud cité p. Dr. Sepp, 2 è p. VI, 02.

[51] Zach. XI, 1.

[52] III Reg. IX, 6-8.

[53] I Cor. III, 16-17.

[54] Ezech. XXXIII, 12, 13.

[55] Psalm. XVII, 44-46.

[56] Luc. VIII, 11.

[57] Isai. III, 1 ; XXX, 20.

[58] Isai. LV, 1-2.

[59] Ibid. XXX, 21.

[60] Rom. VIII, 2.

[61] Rom. I, 16.

[62] Ibid. IV, 5.

[63] Ibid. I, 17.

[64] Ibid. 18.

[65] Ibid. 11, 17-20.

[66] Ibid. X, 3-4.

[67] Ibid. III, 25.

[68] Ibid. VIII. 3-4.

[69] Rom. II, 5.

[70] Isai. I, 9.

[71] Rom. IX, 30-33.

[72] Isai. VIII, 14 ; XXVIII, 16.

[73] Psalm. XXIII, 2 ; LXXXVIII, 12.

[74] Ps. VIII, 6-8.

[75] Heb. 1, 2 ; II, 8.

[76] Psalm. XVIII, 2, 6.

[77] Psalm. CI, 27.

[78] Ps. CIII, 2.

[79] Ps. XCII, 4.

[80] Marc, IV, 39-40.

[81] Ps. XXIII, 1.

[82] Ps. XLIX, II.

[83] Ps VIII, 9.

[84] Ps. XLIX, 9-10.

[85] Agg. II, 9.

[86] Jean. XX, 17.

[87] Rom. VIII, 10.

[88] Eph. I, 14.

[89] Psalm. XV, 5-7.

[90] Luc. XII, 20.

[91] Job. I, 21.

[92] Luc. XII, 48.

[93] Ibid. 42.

[94] Matth. XXV, 9.

[95] Psalm. XCIV, 8.

[96] Job. XXXI, 14.

[97] Luc. XII, 42.

[98] II Esdr. V, 11.

[99] Matth. V, 3.

[100] Luc. XVI, 10-11.

[101] Hier. Ep. ad Algasiam, cap. VI.

Office du jour

Office du jour

Office

Nota Bene : Si les dimanches après la Pentecôte, à partir du 7ᵉ, tombent à partir du 29 juillet (avant 1960, ou à partir du 1ᵉʳ août (après 1960), l’antienne des 1ʳᵉˢ Vêpres et les deux premiers nocturnes sont pris dans les lectures des dimanches d’août.

AUX PREMIÈRES VÊPRES.

Psaumes, capitule et hymne : 1ʳᵉˢ Vêpres du Dimanche per annum

V/. Vespertína orátio ascéndat ad te, Dómine.V/. Que la prière du soir s’élève vers vous, Seigneur.
R/. Et descéndat super nos misericórdia tua.R/. Et que votre miséricorde descende sur nous.
Ad Magnificat Ant. Exaudísti, Dómine, * oratiónem servi tui, ut ædificárem templum nómini tuo.Ant. au Magnificat Seigneur, vous avez exaucé * la prière de votre serviteur, en m’accordant de bâtir un temple à votre nom [1].
Magnificat
OratioPrière
Largíre nobis, quǽsumus,Dómine, semper spíritum cogitándi quæ recta sunt, propítius et agéndi : ut, qui sine te esse non póssumus, secúndum te vívere valeámus. Per Dóminum.Nous vous en prions, Seigneur, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce de penser et d’agir toujours selon la justice : afin que, ne pouvant exister sans vous, nous puissions conformer notre vie à votre volonté.

A MATINES

1ᵉʳ Nocturne

Introduction des Matines et psaumes du 1ᵉʳ nocturne du Dimanche per annum en été

Nota bene :On poursuit cette semaine la lecture du Troisième Livre des Rois [7], sauf si ce dimanche tombe en août et qu’on doive prendre la lecture des Livres Sapientiaux.

2ᵈ Nocturne

Psaumes du 2ᵈ nocturne du Dimanche per annum

3ᵉ Nocturne

Psaumes du 3ᵉ nocturne du Dimanche per annum

A LAUDES.

Psaumes, capitule et hymne : Laudes du Dimanche per annum en été

V/. Dóminus regnávit, decórem índuit.V/. Le Seigneur a régné, il revêt la beauté [19].
R/. Induit Dóminus fortitúdinem, et præcínxit se virtúte.R/. Le Seigneur se revêt de force, il s’est ceint de puissance [20].
Ad Bened. Ant. Ait dóminus víllico : * Quid hoc áudio de te ? redde ratiónem villicatiónis tuæ, allelúia.Ant. au Benedictus Le maître dit à l’économe : * Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance [21].
Benedictus
OratioPrière
Largíre nobis, quǽsumus,Dómine, semper spíritum cogitándi quæ recta sunt, propítius et agéndi : ut, qui sine te esse non póssumus, secúndum te vívere valeámus. Per Dóminum.Nous vous en prions, Seigneur, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce de penser et d’agir toujours selon la justice : afin que, ne pouvant exister sans vous, nous puissions conformer notre vie à votre volonté.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Psaumes, capitule et hymne : Vêpres du Dimanche per annum

V/. Dirigátur, Dómine, orátio mea.V/. Que ma prière soit dirigée, Seigneur [22].
R/. Sicut incénsum in conspéctu tuo.R/. Comme un encens en votre présence.
Ad Magnificat Ant. Quid fáciam, * quia dóminus meus aufert a me villicatiónem ? Fódere non váleo, mendicáre erubésco. Scio quid fáciam, ut, cum amótus fúero a villicatióne, recípiant me in domos suas.Ant. au Magnificat Que ferai-je, * puisque mon maître me retire l’intendance ? Bêcher, je n’en ai pas la force ; mendier, j’en ai honte. Je sais ce que je ferai pour que, quand je serai destitué de l’intendance, il y ait des gens qui me reçoivent chez eux [23].
Magnificat
OratioPrière
Largíre nobis, quǽsumus,Dómine, semper spíritum cogitándi quæ recta sunt, propítius et agéndi : ut, qui sine te esse non póssumus, secúndum te vívere valeámus. Per Dóminum.Nous vous en prions, Seigneur, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce de penser et d’agir toujours selon la justice : afin que, ne pouvant exister sans vous, nous puissions conformer notre vie à votre volonté.

8ᵉ Dimanche après la Pentecôte

Dominica Octava post Pentecosten

IntroïtAnt. ad Introitum. Ps. 47, 10-11.
Suscépimus, Deus, misericórdiam tuam in médio templi tui : secúndum nomen tuum, Deus, ita et laus tua in fines terræ : iustítia plena est déxtera tua.
Nous avons reçu, ô Dieu, votre miséricorde au milieu de votre temple : comme votre nom, ô Dieu, votre louange s’étend jusqu’aux extrémités de la terre, votre droite est pleine de justice.
Ps. ibid., 2.
Magnus Dóminus, et laudábilis nimis : in civitate Dei nostri, in monte sancto eius.
Le Seigneur est grand et très digne de louange : dans la cité de notre Dieu, sur sa sainte montagne.
V/.Glória Patri.
CollecteOratio.
Largíre nobis, quǽsumus,Dómine, semper spíritum cogitándi quæ recta sunt, propítius et agéndi : ut, qui sine te esse non póssumus, secúndum te vívere valeámus. Per Dóminum.
Nous vous en prions, Seigneur, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce de penser et d’agir toujours selon la justice : afin que, ne pouvant exister sans vous, nous puissions conformer notre vie à votre volonté.
ÉpîtreLéctio Epístolæ beáti Pauli Apóstoli ad Romános.
Lecture de l’Épître du Bienheureux Apôtre Paul aux Romains.
Rom. 8, 12-17.
Fratres : Debitóres sumus non carni, ut secúndum carnem vivámus. Si enim secúndum carnem vixéritis, moriémini : si autem spíritu facta carnis mortificavéritis, vivétis. Quicúmque enim spíritu Dei aguntur, ii sunt fílii Dei. Non enim accepístis spíritum servitútis íterum in timóre, sed accepístis spíritum adoptiónis filiórum, in quo clamámus : Abba (Pater). Ipse enim Spíritus testimónium reddit spirítui nostro, quod sumus fílii Dei. Si autem fílii, et herédes : herédes quidem Dei, coherédes autem Christi.
Mes frères : nous ne sommes point redevables à la chair pour vivre selon la chair. Car si vous vivez, selon la chair, vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez ; car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. En effet, vous n’avez point reçu un Esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, en qui nous crions : Abba ! Père ! Cet Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ.
GraduelGraduale. Ps. 30, 3.
Esto mihi in Deum protectórem, et in locum refúgii, ut salvum me fácias.
Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge afin que vous me sauviez.
V/. Ps. 70, 1. Deus, in te sperávi : Dómine, non confúndar in ætérnum.
O Dieu, j’ai espéré en vous ; Seigneur : que je ne sois pas à jamais confondu.
AlléluiaAllelúia, allelúia. V/.Ps. 47, 2.
Magnus Dóminus, et laudábilis valde, in civitáte Dei nostri, in monte sancto eius. Allelúia.
Le Seigneur est grand, et digne de toute louange, dans la cité de notre Dieu, sur sa sainte montagne. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Lucam.
Suite du Saint Évangile selon saint Luc.
Luc. 16, 1-9.
In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis parábolam hanc : Homo quidam erat dives, qui habébat víllicum : et hic diffamátus est apud illum, quasi dissipásset bona ipsíus. Et vocávit illum et ait illi : Quid hoc audio de te ? redde ratiónem villicatiónis tuæ : iam enim non póteris villicáre. Ait autem víllicus intra se : Quid fáciam, quia dóminus meus aufert a me villicatiónem ? fódere non váleo, mendicáre erubésco. Scio, quid fáciam, ut, cum amótus fúero a villicatióne, recípiant me in domos suas. Convocátis itaque síngulis debitóribus dómini sui, dicébat primo : Quantum debes dómino meo ? At ille dixit : Centum cados ólei. Dixítque illi : Accipe cautiónem tuam : et sede cito, scribe quinquagínta. Deínde álii dixit : Tu vero quantum debes ? Qui ait : Centum coros trítici. Ait illi : Accipe lítteras tuas, et scribe octogínta. Et laudávit dóminus víllicum iniquitátis, quia prudénter fecísset : quia fílii huius sǽculi prudentióres fíliis lucis in generatióne sua sunt. Et ego vobis dico : fácite vobis amicos de mammóna iniquitátis : ut, cum defecéritis, recípiant vos in ætérna tabernácula.
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples cette parabole : Il était un homme riche qui avait un intendant ; celui-ci lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. Il l’appela et lui dit : "Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance, car tu ne pourras plus être intendant." Or l’intendant se dit en lui-même : "Que ferai-je, puisque mon maître me retire l’intendance ? Bêcher, je n’en ai pas la force ; mendier, j’en ai honte. Je sais ce que je ferai pour que, quand je serai destitué de l’intendance, (il y ait des gens) qui me reçoivent chez eux." Ayant convoqué chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier : "Combien dois-tu à mon maître ?" Il dit : "Cent mesures d’huile." Et il lui dit : "Prends ton billet, assieds-toi vite et écris : cinquante." Ensuite il dit à un autre : "Et toi, combien dois-tu ?" Il dit : "Cent mesures de froment." Et il lui dit : "Prends ton billet et écris : quatre-vingts." Et le maître loua l’intendant malhonnête d’avoir agi d’une façon avisée. C’est que les enfants de ce siècle sont plus avisés à l’égard de ceux de leur espèce que les enfants de la lumière. Et moi je vous dis : « Faites-vous des amis avec la Richesse malhonnête, afin que, lorsqu’elle viendra à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels ».
OffertoireAnt. ad Offertorium. Ps. 17, 28 et 32.
Pópulum húmilem salvum fácies, Dómine, et óculos superbórum humiliábis : quóniam quis Deus præter te, Dómine ?
Vous sauverez, Seigneur, l’humble peuple, et vous humilierez les yeux des superbes : car qui donc est Dieu, sauf vous, Seigneur ?
SecrèteSecreta.
Súscipe, quǽsumus, Dómine, múnera, quæ tibi de tua largitáte deférimus : ut hæc sacrosáncta mystéria, grátiæ tuæ operánte virtúte, et præséntis vitæ nos conversatióne sanctíficent, et ad gáudia sempitérna perdúcant. per Dóminum.
Recevez, nous vous en supplions, Seigneur, les biens que nous vous offrons après les avoir reçus de votre largesse, afin que par la vertu et l’opération de votre grâce, ces mystères sacro-saints nous sanctifient dans la conduite de la vie présente et nous fassent parvenir aux joies éternelles.
CommunionAnt. ad Communionem. Ps. 33, 9.
Gustáte et vidéte, quóniam suávis est Dóminus : beátus vir, qui sperat in eo.
Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux : Bienheureux l’homme qui espère en lui.
PostcommunionPostcommunio.
Sit nobis, Dómine, reparátio mentis et córporis cæléste mystérium : ut, cuius exséquimur cultum, sentiámus efféctum. Per Dóminum.
Que ce céleste mystère nous soit, ô Seigneur, une cause de renouvellement spirituel et corporel, en sorte qu’en le célébrant, nous en ressentions les effets.
Mémoire de la Commémoraison de la T. Sᵗᵉ Vierge Marie du Mont-Carmel

Collecte

Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.
Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.

Secrète

Sanctífica, Dómine, quǽsumus, obláta libámina : et, beátæ Dei Genetrícis Maríæ salubérrima intercessióne, nobis salutária fore concéde. Per eúndem Dóminum.
Rendez saints, Seigneur, nous vous le demandons instamment, ces dons offerts à votre majesté, et moyennant l’intercession si salutaire de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, accordez qu’ils soient utiles à notre salut.

Postcommunion

Adiuvet nos, quǽsumus, Dómine, gloriósæ tuæ Genetrícis sempérque Vírginis Maríæ intercéssio veneránda : ut, quos perpétuis cumulávit benefíciis, a cunctis perículis absolútos, sua fáciat pietáte concórdes : Qui vivis.
Nous vous en supplions, Seigneur, que l’intercession digne de respect de la glorieuse Marie, votre Mère toujours Vierge, nous vienne en aide, en sorte que sa bonté fasse régner la concorde parmi ceux qu’elle a comblés d’incessants bienfaits et délivrés de tous les périls.
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