Férie • Messe votive du Sacré-Cœur de Jésus ou Messe votive du Christ Roi
Vendredi 5 novembre 2027
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Messe du jour
Messe votive (Cogitationes) du Sacré-Cœur de Jésus (3ᵉ cl./Blanc) : Gloria. Or. pro Papa. Préf. du Sacré-Cœur.
Commentaires
Présentation
Présentation
On trouvera les commentaires liturgiques de la fête ici.
Deux formulaires liturgiques se sont succédé pour la fête du Sacré Cœur.
Le premier date de Pie IX (1856), qui prit le décret qui insérait au Calendrier la fête du Sacré-Cœur dans le cycle du Sanctoral et en ordonnait la célébration dans l’Église universelle sous le grade de double de IIʳᵉ classe, élevé par la suite au rang de double de Iʳᵉ classe secondaire par Léon XIII (1889).
Le second fut publié sous Pie XI en 1929 : le Pape ayant donné à la Fête une Octave [1] et équiparé la fête aux plus grandes fêtes du cycle du Temporal (elle quitte le cycle du Sanctoral) créa une commission de théologiens dont il assura la présidence afin de recomposer presque totalement la Messe et l’Office.
Avant 1929, l’Office hésitait à mi-chemin entre un Office de continuation de la Fête-Dieu (des éléments comme les répons de Matines en sont issus) et un Office de la Passion. Dom Guéranger [2], témoigne des raisons de cette composition hésitante : « Il est peu fait mention du Cœur de chair du Sauveur dans les formules liturgiques de ce jour. Lorsqu’au dernier siècle (XVIIIᵉ) il fut question d’approuver une Messe et un Office en l’honneur du Sacré-Cœur, les Jansénistes, qui avaient jusque dans Rome leurs dévoués partisans, suscitèrent de telles oppositions, que le Siège apostolique ne crut pas le moment venu encore de se prononcer ouvertement sur les points débattus. Dans la Messe et l’Office qui de Rome devaient plus tard (1856) s’étendre au monde entier, il s’en tint par prudence à la glorification de l’amour du Sauveur, dont on ne pouvait nier raisonnablement que son Cœur de chair ne fût au moins le vrai et direct symbole » [3]. Le 3ᵉ nocturne des Matines, avec ses trois homélies patristiques, était d’ailleurs plutôt bizarre.
Pie XI voulut un office organique, qui ne soit ni une répétition de la Fête-Dieu, ni un doublon des Offices de la Passion. Comme le dit le Bhx Schuster, il s’agit maintenant d’une fête de réparation envers l’Amour qui n’est pas aimé ; réparation qui fait d’ailleurs amende honorable en glorifiant les pacifiques triomphes de cet Éternel Amour [4]
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Un nouveau rayon brille au ciel de la sainte Église, et vient échauffer nos cœurs. Le Maître divin donné par le Christ à nos âmes, l’Esprit Paraclet descendu sur le monde, poursuit ses enseignements dans la Liturgie sacrée. La Trinité auguste, révélée tout d’abord à la terre en ces sublimes leçons, a reçu nos premiers hommages ; nous avons connu Dieu dans sa vie intime, pénètre par la foi dans le sanctuaire de l’essence infinie. Puis, d’un seul bond, l’Esprit impétueux de la Pentecôte [1], entraînant nos âmes à d’autres aspects de la vérité qu’il a pour mission de rappeler au monde [2], les a laissées un long temps prosternées au pied de l’Hostie sainte, mémorial divin des merveilles du Seigneur [3]. Aujourd’hui c’est le Cœur sacré du Verbe fait chair qu’il propose à nos adorations.
Partie noble entre toutes du corps de l’Homme-Dieu, le Cœur de Jésus méritait, en effet, au même titre que ce corps adorable, l’hommage réclamé par l’union personnelle au Verbe divin. Mais si nous voulons connaître la cause du culte plus spécial que lui voue la sainte Église, il convient ici que nous la demandions de préférence à l’histoire de ce culte lui-même et à la place qu’occupe au Cycle sacré la solennité de ce jour.
Un lien mystérieux réunit ces trois fêtes de la très sainte Trinité, du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur. Le but de l’Esprit n’est pas autre, en chacune d’elles, que de nous initier plus intimement à cette science de Dieu par la foi qui nous prépare à la claire vision du ciel. Nous avons vu comment Dieu, connu dans la première en lui-même, se manifeste par la seconde en ses opérations extérieures, la très sainte Eucharistie étant le dernier terme ici-bas de ces opérations ineffables. Mais quelle transition, quelle pente merveilleuse a pu nous conduire si rapidement et sans heurt d’une fête à l’autre ? Par quelle voie la pensée divine elle-même, par quel milieu la Sagesse éternelle s’est-elle fait jour, des inaccessibles sommets où nous contemplions le sublime repos de la Trinité bienheureuse, à cet autre sommet des Mystères chrétiens où l’a portée l’inépuisable activité d’un amour sans bornes ? Le Cœur de l’Homme-Dieu répond à ces questions, et nous donne l’explication du plan divin tout entier.
Nous savions que cette félicité souveraine du premier Être, cette vie éternelle communiquée du Père au Fils et des deux à l’Esprit dans la lumière et l’amour, les trois divines personnes avaient résolu d’en faire part à des êtres créés, et non seulement aux sublimes et pures intelligences des célestes hiérarchies, mais encore à l’homme plus voisin du néant, jusque dans la chair qui compose avec l’âme sa double nature. Nous en avions pour gage le Sacrement auguste où l’homme, déjà rendu participant de la nature divine par la grâce de l’Esprit sanctificateur, s’unit au Verbe divin comme le vrai membre de ce Fils très unique du Père. Oui ; « bien que ne paraisse pas encore ce que nous serons un jour, dit l’Apôtre saint Jean, nous sommes dès maintenant les fils de Dieu ; lorsqu’il se montrera, nous lui serons semblables » [4], étant destinés à vivre comme le Verbe lui-même en la société de ce Père très-haut dans les siècles des siècles [5].
Mais l’amour infini de la Trinité toute-puissante appelant ainsi de faibles créatures en participation de sa vie bienheureuse, n’a point voulu parvenir à ses fins sans le concours et l’intermédiaire obligé d’un autre amour plus accessible à nos sens, amour créé d’une âme humaine, manifesté dans les battements d’un cœur de chair pareil au nôtre. L’Ange du grand conseil, chargé d’annoncer au monde les desseins miséricordieux de l’Ancien des jours, a revêtu, dans l’accomplissement de son divin message, une forme créée qui pût permettre aux hommes de voir de leurs yeux, de toucher de leurs mains le Verbe de vie, cette vie éternelle qui était dans le Père et venait jusqu’à nous [6]. Docile instrument de l’amour infini, la nature humaine que le Fils de Dieu s’unit personnellement au sein de la Vierge-Mère ne fut point toutefois absorbée ou perdue dans l’abîme sans fond de la divinité ; elle conserva sa propre substance, ses facultés spéciales, sa volonté distincte et régissant dans une parfaite harmonie, sous l’influx du Verbe divin, les mouvements de sa très sainte âme et de son corps adorable. Dès le premier instant de son existence, l’âme très parfaite du Sauveur, inondée plus directement qu’aucune autre créature de cette vraie lumière du Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde [7], et pénétrant par la claire vision dans l’essence divine, saisit d’un seul regard la beauté absolue du premier Être, et la convenance souveraine des divines résolutions appelant l’être fini en partage de la félicité suprême. Elle comprit sa mission sublime, et s’émut pour l’homme et pour Dieu d’un immense amour. Et cet amour, envahissant avec la vie le corps du Christ formé au même instant par l’Esprit du sang virginal, fit tressaillir son Cœur de chair et donna le signal des pulsations qui mirent en mouvement dans ses veines sacrées le sang rédempteur.
A la différence en effet des autres hommes, chez qui la force vitale de l’organisme préside seule aux mouvements du cœur, jusqu’à ce que les émotions, s’éveillant avec l’intelligence, viennent par intervalles accélérer ses battements ou les ralentir, l’Homme-Dieu sentit son Cœur soumis dès l’origine à la loi d’un amour non moins persévérant, non moins intense que la loi vitale, aussi brûlant dès sa naissance qu’il l’est maintenant dans les cieux. Car l’amour humain du Verbe incarné, fondé sur sa connaissance de Dieu et des créatures, ignora comme elle tout développement progressif, bien que Celui qui devait être notre frère et notre modèle en toutes choses manifestât chaque jour en mille manières nouvelles l’exquise sensibilité de son divin Cœur.
Quand il parut ici-bas, l’homme avait désappris l’amour, en oubliant la vraie beauté. Son cœur de chair lui semblait une excuse, et n’était plus qu’un chemin par où l’âme s’enfuyait des célestes sommets à la région lointaine où le prodigue perd ses trésors [8]. A ce monde matériel que l’âme de l’homme eût dû ramener vers son Auteur, et qui la tenait captive au contraire sous le fardeau des sens, l’Esprit-Saint préparait un levier merveilleux : fait de chair lui aussi, le Cœur sacré, de ces limites extrêmes de la création, renvoie au Père, en ses battements, l’ineffable expression d’un amour investi de la dignité du Verbe lui-même. Luth mélodieux, vibrant sans interruption sous le souffle de l’Esprit d’amour, il rassemble en lui les harmonies des mondes ; corrigeant leurs défectuosités, suppléant leurs lacunes, ramenant à l’unité les voix discordantes, il offre à la glorieuse Trinité un délicieux concert. Aussi met-elle en lui ses complaisances. C’est l’unique organum, ainsi l’appelait Gertrude la Grande [9] ; c’est l’instrument qui seul agrée au Dieu très-haut. Par lui devront passer les soupirs enflammés des brûlants Séraphins, comme l’humble hommage de l’inerte matière. Par lui seulement descendront sur le monde les célestes faveurs. Il est, de l’homme à Dieu, l’échelle mystérieuse, le canal des grâces, la voie montante et descendante.
L’Esprit divin, dont il est le chef-d’œuvre, en a fait sa vivante image. L’Esprit-Saint, en effet, bien qu’il ne soit pas dans les ineffables relations des personnes divines la source même de l’amour, en est le terme ou l’expression substantielle ; moteur sublime inclinant au dehors la Trinité bienheureuse, c’est par lui que s’épanche à flots sur les créatures avec l’être et la vie cet amour éternel. Ainsi l’amour de l’Homme-Dieu trouve-t-il dans les battements du Cœur sacré son expression directe et sensible ; ainsi encore verse-t-il par lui sur le monde, avec l’eau et le sang sortis du côté du Sauveur, la rédemption et la grâce, avant-goût et gage assuré de la gloire future.
« Un des soldats, dit l’Évangile, ouvrit le côté de Jésus par la lance, et il en sortit du sang et de l’eau » [10]. Arrêtons-nous sur ce fait de l’histoire évangélique qui donne à la fête d’aujourd’hui sa vraie base ; et comprenons l’importance du récit qui nous en est transmis par saint Jean, à l’insistance du disciple de l’amour non moins qu’il la solennité des expressions qu’il emploie. « Celui qui l’a vu, dit-il, en rend témoignage, et son témoignage est véritable ; et il sait, lui, qu’il dit vrai, pour que vous aussi vous croyiez. Car ces choses sont arrivées, pour que l’Écriture fût accomplie » [11]. L’Évangile ici nous renvoie au passage du prophète Zacharie annonçant l’effusion de l’Esprit de grâce sur la maison du vrai David et les habitants de Jérusalem [12]. Et ils verront dans celui qu’ils ont percé » [13], ajoutait le prophète.
Mais qu’y verront-ils, sinon cette grande vérité qui est le dernier mot de toute l’Écriture et de l’histoire du monde, à savoir que Dieu a tant aimé le monde, qu’il lui a donné son Fils unique, pour que quiconque croit en lui ait la vie éternelle » [14] ?
Voilée sous les figures et montrée comme de loin durant les siècles de l’attente, cette vérité sublime éclata au grand jour sur les rives du Jourdain [15], quand la Trinité sainte intervint tout entière pour désigner l’Élu du Père et l’objet des divines complaisances [16]. Restait néanmoins encore à montrer la manière dont cette vie éternelle que le Christ apportait au monde passerait de lui dans nous tous, jusqu’à ce que la lance du soldat, ouvrant le divin réservoir et dégageant les ruisseaux de la source sacrée, vînt compléter et parfaire le témoignage de la Trinité bienheureuse. « Il y en a trois, dit saint Jean, qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois n’en font qu’un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l’Esprit, l’eau et le sang ; et ces trois concourent au même but... Et leur témoignage est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et qu’elle est dans son Fils » [17]. Passage mystérieux qui trouve son explication dans la fête présente ; il nous montre dans le Cœur de l’Homme-Dieu le dénouement de l’œuvre divine, et la solution des difficultés que semblait offrir à la Sagesse du Père l’accomplissement des desseins éternels.
Associer des créatures à sa béatitude, en les faisant participantes dans l’Esprit-Saint de sa propre nature et membres de son Fils bien-aimé, telle était, disions-nous, la miséricordieuse pensée du Père ; tel est le but où tendent les efforts de la Trinité souveraine. Or, voici qu’apparaît Celui qui vient par l’eau et le sang, non dans l’eau seule, mais dans l’eau et le sang, Jésus-Christ ; et l’Esprit, qui de concert avec le Père et le Fils a déjà sur les bords du Jourdain rendu son témoignage, atteste ici encore que le Christ est vérité [18], quand il dit de lui-même que la vie est en lui [19]. Car c’est l’Esprit, nous dit l’Évangile [20], qui sort avec l’eau du Cœur sacré, des sources du Sauveur [21], et nous rend dignes du sang divin qui l’accompagne. L’humanité, renaissant de l’eau et de l’Esprit, fait son entrée dans le royaume de Dieu [22] ; et, préparée pour l’Époux dans les flots du baptême, l’Église s’unit au Verbe incarné dans le sang des Mystères. Vraiment sommes-nous avec elle désormais l’os de ses os et la chair de sa chair [23], associés pour l’éternité à sa vie divine dans le sein du Père.
Va donc, ô Juif ! Ignorant les noces de l’Agneau, donne le signal de ces noces sacrées. Conduis l’Époux au lit nuptial ; qu’il s’étende sur le bois mille fois précieux dont sa mère la synagogue a formé sa couche au soir de l’alliance ; et que de son Cœur sorte l’Épouse, avec l’eau qui la purifie et le sang qui forme sa dot. Pour cette Épouse il a quitté son Père et les splendeurs de la céleste Jérusalem ; il s’est élancé comme un géant dans la voie de l’amour ; la soif du désir a consumé son âme. Le vent brûlant de la souffrance a passé sur lui, desséchant tous ses os ; mais plus actives encore étaient les flammes qui dévoraient son Cœur, plus violents les battements qui précipitaient de ses veines sur le chemin le sang précieux du rachat de l’Épouse. Au bout de la carrière, épuisé, il s’est endormi dans sa soif brûlante. Mais l’Épouse, formée de lui durant ce repos mystérieux, le rappellera bientôt de son grand sommeil. Ce Cœur dont elle est née, brisé sous l’effort, s’est arrêté pour lui livrer passage ; au même temps s’est trouvé suspendu le concert sublime qui montait par lui de la terre au ciel, et la nature en a été troublée dans ses profondeurs. Et pourtant, plus que jamais, ne faut-il pas que chante à Dieu l’humanité rachetée ? Comment donc se renoueront les cordes de la lyre ? Qui réveillera dans le Cœur divin la mélodie des pulsations sacrées ?
Penchée encore sur la béante ouverture du côté du Sauveur, entendons l’Église naissante s’écrier à Dieu, dans l’ivresse de son cœur débordant : « Père souverain, Seigneur mon Dieu, je vous louerai, je vous chanterai des psaumes au milieu des nations. Lève-toi donc, ô ma gloire ! O réveille-toi, ma cithare et mon psaltérion » [24]. Et le Seigneur s’est levé triomphant de son lit nuptial au matin du grand jour ; et le Cœur sacré, reprenant ses mélodies interrompues, a transmis au ciel les accents enflammés de la sainte Église. Car le Cœur de l’Époux appartient à l’Épouse, et ils sont deux maintenant dans une même chair [25].
Dans la pleine possession de celle qui blessa son Cœur [26], le Christ lui confirme tout pouvoir à son tour sur ce Cœur divin d’où elle est sortie. Là sera pour l’Église le secret de sa force. Dans les relations des époux, telles que les constitua le Seigneur à l’origine en vue de ce grand mystère du Christ et de l’Église [27], l’homme est le chef [28], et il n’appartient pas à la femme de le dominer dans les conseils ou la conduite des entreprises ; mais la puissance de la femme est qu’elle s’adresse au cœur, et que rien ne résiste à l’amour. Si Adam a péché, c’est qu’Ève a séduit et affaibli son cœur ; Jésus nous sauve, parce que l’Église a ravi son Cœur, et que ce Cœur humain ne peut être ému et dompté, sans que la divinité elle-même soit fléchie. Telle est, quant au principe sur lequel elle s’appuie, la dévotion au Sacré-Cœur ; elle est, dans cette notion première et principale, aussi ancienne que l’Église, puisqu’elle repose sur cette vérité, reconnue de tout temps, que le Seigneur est l’Époux et l’Église l’Épouse.
Les Pères et saints Docteurs des premiers âges n’exposaient point autrement que nous ne l’avons fait le mystère de la formation de l’Église du côté du Sauveur ; et leurs paroles, quoique toujours retenues par la présence des non-initiés autour de leurs chaires, ouvraient la voie aux sublimes et plus libres épanchements des siècles qui suivirent. « Les initiés connaissent l’ineffable mystère des sources du Sauveur, dit saint Jean Chrysostome ; de ce sang et de cette eau l’Église a été formée ; de là sont sortis les Mystères, en sorte que, t’approchant du calice redoutable, il faut y venir comme devant boire au côté même du Christ » [29]. — « L’Évangéliste, explique saint Augustin, a usé d’une parole vigilante, ne disant pas de la lance qu’elle frappa ou blessa, mais ouvrit le côté du Seigneur. C’était bien une porte en effet qui se révélait alors, la porte de la vie, figurée par celle que Noé reçut l’ordre d’ouvrir au côté de l’arche, pour l’entrée des animaux qui devaient être sauvés du déluge et figuraient l’Église » [30].
« Entre dans la pierre, cache-toi dans la terre creusée [31], dans le côté du Christ », interprète pareillement au XIIᵉ siècle un disciple de saint Bernard, le Bienheureux Guerric, abbé d’Igny [32]. Et l’Abbé de Clairvaux lui-même, commentant le verset du Cantique : Viens, ma colombe, dans les trous de la pierre, dans la caverne de la muraille [33] : « Heureuses ouvertures, dit-il, où la colombe est en sûreté et regarde sans crainte l’oiseau de proie volant à l’entour !... Que verrons-nous par l’ouverture ? Par ce fer qui a traversé son âme et passé jusqu’à son Cœur, voici qu’est révélé l’arcane, l’arcane du Cœur, le mystère de l’amour, les entrailles de la miséricorde de notre Dieu. Qu’y a-t-il en vous, ô Seigneur, que des trésors d’amour, des richesses de bonté ? J’irai, j’irai à ces celliers d’abondance ; docile à la voix du prophète [34], j’abandonnerai les villes, j’habiterai dans la pierre, j’aurai mon nid, comme la colombe, dans la plus haute ouverture ; placé comme Moïse [35] à l’entrée du rocher, je verrai passer le Seigneur » [36]. Au siècle suivant, le Docteur Séraphique, en de merveilleuses effusions, rappelle à son tour et la naissance de la nouvelle Ève du côté du Christ endormi, et la lance de Saül dirigée contre David et frappant la muraille [37], comme pour creuser dans Celui dont le fils de Jessé n’était que la figure, dans la pierre qui est le Christ [38], la caverne aux eaux purifiantes, habitation des colombes [39].
Mais nous ne pouvons qu’effleurer ces grands aperçus, écouter en passant la voix des Docteurs. Au reste, le culte de l’ouverture bénie du côté du Christ se confond le plus souvent, pour saint Bernard et saint Bonaventure, avec celui des autres plaies sacrées du Sauveur. Le Cœur sacré, organe de l’amour, ne se dégage pas encore suffisamment dans leurs écrits. Il fallait que le Seigneur intervînt directement pour faire découvrir et goûter au peuple chrétien, par l’intermédiaire de quelques âmes privilégiées, les ineffables conséquences des principes admis par tous dans son Église.
Le 27 janvier 1281, au monastère bénédictin d’Helfta, près Eisleben, en Saxe, l’Époux divin se révélait à l’épouse qu’il avait choisie pour l’introduire dans ses secrets et ses réserves les plus écartées. Mais ici nous céderons la parole à une voix plus autorisée que la nôtre. Gertrude, en la vingt-cinquième année de son âge, a été saisie par l’Esprit, dit en la Préface de sa traduction française l’éditeur du Legatus divinæ pietatis : elle a reçu sa mission, elle a vu, entendu, touché ; plus encore, elle a bu à cette coupe du Cœur divin qui enivre les élus, elle y a bu quand elle était encore en cette vallée d’absinthe, et ce qu’elle a pris à longs traits, elle l’a reversé sur les âmes qui voudront le recueillir et s’en montreront saintement avides. Sainte Gertrude eut donc pour mission de révéler le rôle et l’action du Cœur divin dans l’économie de la gloire divine et de la sanctification des âmes ; et sur ce point important nous ne séparerons pas d’elle sainte Mechtilde, sa compagne.
« L’une et l’autre, à l’égard du Cœur du Dieu fait homme, se distinguent entre tous les Docteurs spirituels et tous les mystiques des âges divers de l’Église. Nous n’en excepterons pas les Saints de ces derniers siècles, par lesquels Notre-Seigneur a voulu qu’un culte public, officiel, fût rendu à son Cœur sacré : ils en ont porté la dévotion dans toute l’Église ; mais ils n’en ont pas exposé les mystères multiples, universels, avec l’insistance, la précision, la perfection qui se rencontrent dans les révélations de nos deux Saintes.
Le Disciple bien-aimé de Jésus, qui avait reposé sur son sein, en la Cène, et avait pu entendre les battements de ce Cœur divin, qui sur la croix l’avait vu percé par la lance du soldat, en dévoila à Gertrude la glorification future, lorsqu’elle lui demanda pourquoi il avait gardé sous le silence ce qu’il avait senti lorsqu’il reposait sur ce Cœur sacré : « Ma mission, dit-il, fut d’écrire pour l’Église encore jeune un seul mot du Verbe incréé de Dieu le Père, lequel pourrait suffire à toute la race des hommes jusqu’à la fin du monde, Sans toutefois que jamais personne le comprît dans sa plénitude. Mais le langage de ces bienheureux battements du Cœur du Seigneur est réservé pour les derniers temps, alors que le monde vieilli et refroidi dans l’amour divin devra se réchauffer à la révélation de ces mystères » [40].
Gertrude fut choisie pour cette révélation, et ce qu’elle en a dit dépasse tout ce que l’imagination de l’homme aurait jamais pu concevoir. Tantôt le Cœur divin lui apparaît comme un trésor où sont renfermées toutes les richesses ; tantôt c’est une lyre touchée par l’Esprit-Saint, aux sons de laquelle se réjouissent la très sainte Trinité et toute la Cour céleste. Puis, c’est une source abondante dont le courant va porter le rafraîchissement aux âmes du Purgatoire, les grâces fortifiantes aux âmes qui militent sur la terre, et ces torrents de délices où s’enivrent les élus de la Jérusalem céleste. C’est un encensoir d’or, d’où s’élèvent autant de divers parfums d’encens qu’il y a de races diverses d’hommes pour lesquelles le Sauveur a souffert la mort de la croix. Une autre fois, c’est un autel sur lequel les fidèles déposent leurs offrandes, les élus leurs hommages, les anges leurs respects, et le Prêtre éternel s’immole lui-même. C’est une lampe suspendue entre ciel et terre ; c’est une coupe où s’abreuvent les Saints, mais non les Anges, qui néanmoins en reçoivent des délices. En lui la prière du Seigneur, le Pater noster, a été conçue et élaborée, elle en est le doux fruit. Par lui est suppléé tout ce que nous avons négligé de rendre d’hommages dus à Dieu, à la Sainte Vierge et aux Saints. Pour remplir toutes nos obligations, le Cœur divin se fait notre serviteur, notre gage ; en lui seul nos œuvres revêtent cette perfection, cette noblesse qui les rend agréables aux yeux de la Majesté divine ; par lui seul découlent et passent toutes les grâces qui peuvent descendre sur la terre. A la fin, c’est la demeure suave, le sanctuaire sacré qui s’ouvre aux âmes, à leur départ de ce monde, pour les y conserver dans d’ineffables délices pour l’éternité » [41].
En découvrant à Gertrude l’ensemble merveilleux que présente la traduction de l’amour infini dans le Cœur de l’Homme-Dieu, l’Esprit divin prévenait l’enfer au lieu même d’où devait surgir, deux siècles plus tard, l’apôtre des théories les plus opposées. En 1483, Luther naissait à Eisleben ; et son imagination désordonnée posait les bases de l’odieux système qui allait faire du Dieu très bon qu’avaient connu ses pères l’auteur direct du mal et de la damnation, créant le pécheur pour le crime et les supplices éternels, à la seule fin de manifester son autocratie toute-puissante. Calvin bientôt précisait plus encore, en enserrant les blasphèmes du révolté saxon dans les liens de sa sombre et inexorable logique. La queue du dragon, par ces deux hommes, entraîna la troisième partie des étoiles du ciel [42]. Se transformant hypocritement au XVIIᵉ siècle, changeant les mots, mais non les choses, l’ennemi tenta de pénétrer au sein même de l’Église et d’y faire prévaloir ses dogmes impies : sous prétexte d’affirmer les droits du domaine souverain du premier Être, le Jansénisme oubliait sa bonté. Celui qui a tant aimé le monde voyait les hommes, découragés ou terrifiés, s’éloigner toujours plus de ses intentions miséricordieuses.
Il était temps que la terre se souvînt que le Dieu très-haut l’avait aimée d’amour, qu’il avait pris un Cœur de chair pour mettre à la portée des hommes cet amour infini, et que ce Cœur humain, le Christ en avait fait usage selon sa nature, pour nous aimer comme on aime dans la famille d’Adam le premier père [43], tressaillir de nos joies, souffrir de nos tristesses, et jouir ineffablement de nos retours à ses divines avances. Qui donc serait chargé d’accomplir la prophétie de Gertrude la Grande ? Quel autre Paul, quel nouveau Jean manifesterait au monde vieilli le langage des bienheureux battements du divin Cœur ?
Laissant de côté tant d’illustrations d’éloquence et de génie qui remplissaient alors de leur insigne renommée l’Église de France, le Dieu qui fait choix des petits pour confondre les forts [44] avait désigné, pour la manifestation du Cœur sacré, la religieuse inconnue d’un obscur monastère. Comme au XIIIᵉ siècle il avait négligé les Docteurs et les grands Saints eux-mêmes de cet âge, pour solliciter auprès de la Bienheureuse Julienne du Mont-Cornillon l’institution de la fête du Corps du Seigneur, il demande de même la glorification de son Cœur divin par une fête solennelle à l’humble Visitandine de Paray-le-Monial, que le monde entier connaît et vénère aujourd’hui sous le nom de la Bienheureuse Marguerite-Marie [45].
Marguerite-Marie reçut donc pour mission de faire descendre des mystiques sommets, où il était resté comme la part cachée de quelques âmes bénies, le trésor révélé à sainte Gertrude. Elle dut le proposer à toute la terre, en l’adaptant à cette vulgarisation sublime. Il devint en ses mains le réactif suprême offert au monde contre le froid qui s’emparait de ses membres et de son cœur engourdis par l’âge, l’appel touchant aux réparations des âmes fidèles pour tous les mépris, tous les dédains, toutes les froideurs et tous les crimes des hommes des derniers temps contre l’amour méconnu du Christ Sauveur.
« Étant devant le Saint-Sacrement un jour de son Octave (en juin 1675), raconte elle-même la Bienheureuse, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour. Et me sentant touchée du désir de quelque retour, et de lui rendre amour pour amour, il me dit : « Tu ne m’en peux rendre un plus grand qu’en faisant ce que je t’ai déjà tant de fois demandé ». Alors me découvrant son divin Cœur : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné, jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’Octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dilatera a pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur, et qui procureront qu’il lui soit rendu » [46].
En appelant sa servante à être l’instrument de la glorification de son divin Cœur, l’Homme-Dieu faisait d’elle un signe de contradiction, comme il l’avait été lui-même [47]. Il fallut dix ans et plus à Marguerite-Marie pour surmonter, à force de patience et d’humilité, la défiance de son propre entourage, les rebuts de ses Sœurs, les épreuves de tout genre.
Cependant, le 21 juin 1686, vendredi après l’Octave du Saint-Sacrement, elle eut enfin la consolation de voir la petite communauté de Paray-le-Monial prosternée au pied d’une image où le Cœur de Jésus percé par la lance était représenté seul, entouré de flammes et d’une couronne d’épines, avec la croix au-dessus et les trois clous. Cette même année, fut commencée dans le monastère la construction d’une chapelle en l’honneur du Sacré-Cœur ; la Bienheureuse eut la joie de voir bénir le modeste édifice quelque temps avant sa mort, arrivée l’an 1690. Mais il y avait loin encore de ces humbles débuts à rétablissement d’une fête proprement dite, et à sa célébration dans l’Église entière.
Déjà cependant la Providence avait pris soin de susciter, dans le même siècle, à la servante du Sacré-Cœur un précurseur puissant en parole et en œuvres. Né à Ri, au diocèse de Séez, en 1601, le Vénérable Jean Eudes [48] avait porté partout, dans ses innombrables missions, la vénération et l’amour du Cœur de l’Homme-Dieu qu’il ne séparait pas de celui de sa divine Mère. Dès 1664, il creusait à Caen les fondations de la première église du monde, dit-il lui-même, qui porte le nom de l’église du Très-Sainct Cœur de Jésus et de Marie » [49] et Clément X, en 1674, approuvait cette dénomination. Après s’être borné longtemps à célébrer, dans la Congrégation qu’il avait fondée, la fête du très saint Cœur de Marie en unité de celui de Jésus, le Père Eudes voulut y établir une fête spéciale en l’honneur du Cœur sacré du Sauveur ; le 8 février demeura assigné à la fête du Cœur de la Mère, et le 20 octobre fut déterminé pour honorer celui de son divin Fils. L’Office et la Messe que le Vénérable composa à cette fin, en 1670, furent approuvés pour ses séminaires, dès cette année et la suivante, par l’évêque de Rennes et les évêques de Normandie. Cette même année 1670 les vit insérer au Propre de l’abbaye royale de Montmartre. En 1674, la fête du Sacré-Cœur était également célébrée chez les Bénédictines du Saint-Sacrement. Cependant on peut dire que la fête établie par le Père Eudes ne sortit guère des maisons qu’il avait fondées ou de celles qui recevaient plus directement ses inspirations. Elle avait pour objet de promouvoir la dévotion au Cœur de l’Homme-Dieu, telle qu’elle ressort du dogme même de la divine Incarnation, et sans but particulier autre que de lui rendre les adorations et les hommages qui lui sont dus. C’était à la Bienheureuse Marguerite-Marie qu’il était réservé de présenter aux hommes le Cœur sacré comme la grande voie de réparation ouverte à la terre. Confidente du Sauveur et dépositaire de ses intentions précises sur le jour et le but que le ciel voulait voir assigner à la nouvelle fête, ce fut elle qui resta véritablement chargée de la promulguer pour le monde et d’amener sa célébration dans l’Église universelle.
Pour obtenir ce résultat qui dépassait les forces personnelles de l’humble Visitandine, le Seigneur avait rapproché mystérieusement de Marguerite-Marie l’un des plus saints Religieux que possédât alors la Compagnie de Jésus, le R. P. Claude de la Colombière [50]. Il reconnut la sainteté des voies par où l’Esprit divin conduisait la Bienheureuse, et se fit l’apôtre dévoué du Sacré-Cœur, à Paray d’abord, et jusqu’en Angleterre, où il mérita le titre glorieux de confesseur de la foi dans les rigueurs des prisons protestantes. Ce fervent disciple du Cœur de l’Homme-Dieu mourait en 1682, épuisé de travaux et de souffrances. Mais la Compagnie de Jésus tout entière hérita de son zèle à propager la dévotion au Sacré-Cœur. Bientôt s’organisèrent des confréries nombreuses, de tous côtés on éleva des chapelles en l’honneur de ce Cœur sacré. Mais l’enfer s’indigna de cette grande prédication d’amour ; les Jansénistes frémirent à cette apparition soudaine de la bonté et de l’humanité du Dieu Sauveur [51], qui prétendait ramener la confiance dans les âmes où ils avaient semé la crainte. On cria à la nouveauté, au scandale, à l’idolâtrie ou tout au moins à la dissection inconvenante des membres sacrés de l’humanité du Christ ; et pendant que s’entassaient à grands frais d’érudition dissertations théologiques et physiologiques, les gravures les moins séantes étaient répandues, des plaisanteries de mauvais goût mises en vogue, tous les moyens employés pour tourner en ridicule ceux qu’on appelait les Cordicoles.
Cependant l’année 1720 voyait fondre sur Marseille un fléau redoutable : apportée de Syrie sur un navire, la peste faisait bientôt plus de mille victimes par jour dans la cité de saint Lazare. Le Parlement janséniste de Provence était en fuite, et l’on ne savait où s’arrêterait le progrès toujours croissant de l’affreuse contagion, quand l’évêque, Mgr de Belzunce, réunissant les débris de son clergé fidèle et convoquant son troupeau sur le Cours qui depuis a pris le nom de l’héroïque pasteur, consacra solennellement son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus. Dès ce moment, le fléau diminua ; et il avait cessé entièrement, lorsque, deux ans plus tard, il reparut, menaçant de recommencer ses ravages. Il fut arrêté sans retour à la suite du vœu célèbre par lequel les échevins s’engagèrent, pour eux et leurs successeurs à perpétuité, aux actes solennels de religion qui ont fait jusqu’à nos jours la sauvegarde de Marseille et sa gloire la plus pure.
Ces événements, dont le retentissement fut immense, amenèrent la fête du Sacré-Cœur à sortir des monastères de la Visitation où elle avait commencé de se célébrer au jour fixé par Marguerite-Marie, avec la Messe et l’Office du P. Eudes. On la vit, à partir de là, se répandre dans les diocèses. Lyon toutefois avait précédé Marseille. Autun vint en troisième lieu. On ne croyait pas alors en France qu’il fût nécessaire de recourir à l’autorité du Souverain Pontife pour l’établissement de nouvelles fêtes. Déférant aux vœux de la pieuse reine Marie Leczinska, les prélats qui formaient l’Assemblée de 1765 prirent une résolution pour établir la fête dans leurs diocèses, et engager leurs collègues à imiter cet exemple.
Mais la sanction formelle du Siège apostolique ne devait pas manquer plus longtemps à ces efforts de la piété catholique envers le divin Cœur. Rome avait déjà accordé de nombreuses indulgences aux pratiques privées, érigé par brefs d’innombrables confréries, lorsqu’en cette même année 1765, Clément XIII, cédant aux instances des évêques de Pologne et de l’archiconfrérie romaine du Sacré-Cœur, rendit le premier décret pontifical en faveur de la fête du Cœur de Jésus, et approuva pour cette fête une Messe et un Office. Des concessions locales étendirent peu à peu cette première faveur à d’autres Églises particulières, jusqu’à ce qu’enfin, le 23 août 1856, le Souverain Pontife Pie IX, de glorieuse mémoire, sollicité par tout l’Épiscopat français, rendit le décret qui insérait au Calendrier la fête du Sacré-Cœur et en ordonnait la célébration dans l’Église universelle. Trente-trois ans plus tard, Léon XIII élevait au rite de première classe la solennité que son prédécesseur avait établie.
La glorification du Cœur de Jésus appelait celle de son humble servante. Le 18 septembre 1864 avait vu la béatification de Marguerite-Marie proclamée solennellement par le même Pontife qui venait de donner à la mission qu’elle avait reçue la sanction définitive du Siège apostolique.
Depuis lors, la connaissance et l’amour du Sacré-Cœur ont progressé plus qu’ils n’avaient fait dans les deux siècles précédents. On a vu par tout le monde communautés, ordres religieux, diocèses, se consacrant à l’envi à cette source de toute grâce, seul refuge de l’Église en ces temps calamiteux. Les peuples se sont ébranlés en de dévots pèlerinages ; des multitudes ont passé les mers, pour apporter leurs supplications et leurs hommages au divin Cœur en cette terre de France, où il lui a plu de manifester ses miséricordes. Elle-même si éprouvée, notre patrie tourne les yeux, comme espoir suprême, vers le splendide monument qui s’élève sur le mont arrosé par le sang des martyrs ses premiers apôtres, et, dominant sa capitale, attestera pour les siècles futurs la foi profonde et la noble confiance qu’a su garder, dans ses malheurs, celle qui naquit et demeure à jamais la Fille aînée de la sainte Église.
O Cœur sacré, qui fûtes le lien de cette union puissante et si féconde, daignez rapprocher toujours plus votre Église et la France ; et qu’unies aujourd’hui dans l’épreuve, elles le soient bientôt dans le salut pour le bonheur du monde !
A LA MESSE.
Nota bene : Il s’agit ici du commentaire de la Messe promulguée par Pie IX en 1856, et non de la Messe actuelle de 1929.
Il est peu fait mention du Cœur de chair du Sauveur dans les formules liturgiques de ce jour. Lorsqu’au dernier siècle il fut question d’approuver une Messe et un Office en l’honneur du Sacré-Cœur, les Jansénistes, qui avaient jusque dans Rome leurs dévoués partisans, suscitèrent de telles oppositions, que le Siège apostolique ne crut pas le moment venu encore de se prononcer ouvertement sur les points débattus. Il ne fit pas toutefois difficulté d’accorder au Portugal et à la République de Venise un Office où le Cœur de Jésus victime d’amour et percé par la lance était proposé aux adorations des fidèles. Mais, dans la Messe et l’Office qui de Rome devaient plus tard s’étendre au monde entier, il s’en tint par prudence à la glorification de l’amour du Sauveur, dont on ne pouvait nier raisonnablement que son Cœur de chair ne fût au moins le vrai et direct symbole.
C’est ainsi que l’Introït, tiré de Jérémie, exalte les miséricordes ineffables de Celui dont le Cœur n’a point rejeté les enfants des hommes.
L’Église, émue des grands biens qui lui sont venus par le Cœur sacré, demande pour ses enfants, dans la Collecte, la grâce de comprendre les bienfaits divins et de recueillir dans une sainte joie les fruits qu’ils sont destinés à produire.
ÉPÎTRE.
« Mon peuple a commis deux maux », s’écriait Jéhovah sous l’ancienne alliance : « ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes, des citernes crevassées qui ne gardent point l’eau » [52]. Plainte sublime d’un amour infini qui voit rejeter ses bienfaits ! Mais, prodige plus merveilleux encore : le Dieu méconnu des fils ingrats qui cherchent en dehors de lui leur bonheur, oublie son offense pour songer à leurs maux. Il est ému de la misère affreuse qui pousse ces êtres dévoyés à demander aux créatures l’étanchement de la soif ardente que lui seul pourrait apaiser. Le bien des corps, le beau palpable ont séduit leurs sens ; l’âme, créée pour le bien absolu, a cru trouver son repos dans ces pâles et fugitifs reflets de la beauté souveraine, qui devaient la rappeler au contraire à leur source infinie. Comment ramener désormais à la source vive l’être affolé que trompe le mirage du désert, et qui s’enfonce toujours plus dans ses sables brûlants ? O Israël, chante au Seigneur ; Sion, bénis ton Dieu pour ses miséricordes infinies !
L’eau est sortie de la pierre du désert où te retenait le délire de ta fièvre insensée. Dans cette voie dont la pente rapide t’entraînait vers la chair, devant toi s’est dressé soudain ton Sauveur, compagnon inattendu des sentiers de ta vie terrestre, Dieu fait chair pour t’attirer au profit de ton âme dans ces filets d’amour humain que réclamait ton cœur. Prisonnier dans les liens mêmes d’Adam de l’amour infini [53], tu as retrouvé à ta portée la fontaine d’eau vive, oublié la boue fétide de tes citernes aux sources du Sauveur ; et tes lèvres, altérées toujours, mais rassasiées sans cesse, puisent à longs traits, au réservoir sacré découvert par la lance mystérieuse, l’onde divine qui, de cette terre, jaillit à flots jusqu’à la vie éternelle [54].
L’immense amour qui remplit le Cœur de l’Homme-Dieu et l’a porté à embrasser des douleurs sans pareilles pour nous sauver, la douceur et l’humilité de ce Cœur divin dans lesquelles se résument le caractère et toute la vie du Sauveur, sont proposés à notre reconnaissance et à notre imitation dans le Graduel et le Verset alléluiatique.
ÉVANGILE.
Nous avons expliqué plus haut cet endroit de l’Évangile de saint Jean, en le rapprochant des passages de la première Épître du même Apôtre qui jettent une si vive lumière sur le fait de l’ouverture du côté du Sauveur. Écoutons ce texte mystérieux avec le recueillement ému de notre Mère la sainte Église. Voyons la voie par où elle est sortie. C’est bien du Cœur de l’Homme-Dieu qu’elle est née. Elle ne pouvait avoir d’autre origine ; car elle est l’œuvre par excellence de son amour, et c’est pour cette Épouse qu’il a fait toutes les autres œuvres. Ève fut tirée du côté d’Adam d’une manière figurative ; mais la trace ne devait pas en demeurer, de peur que la femme ne parût tirée de l’homme autrement que pour un grand mystère, et qu’on n’y vît pour elle infériorité de nature. Mais, dans le Seigneur, il convenait que la glorieuse trace de cette sortie demeurât, parce qu’il apporte la réalité. Il faut que son Épouse, se fondant sur cette origine, puisse sans cesse avoir recours à son amour, et que le chemin soit toujours ouvert devant elle, afin qu’elle atteigne sûrement et promptement son Cœur en toutes choses.
L’Offertoire est tiré du Psaume CII, magnifique chant d’amour et de reconnaissance, exaltant les bontés sans nombre, les miséricordes infinies du Seigneur.
Implorons avec l’Église, dans la Secrète, les flammes de la divine charité, pour que nos cœurs devenus brûlants soient à l’unisson de celui du Pontife éternel qui vient offrir son Sacrifice et le nôtre.
La Préface qui suit est celle de la Croix. Le Seigneur tenait encore à ce bois sacré, quand son Cœur fut ouvert ; et l’Église devait aujourd’hui cet hommage au lit nuptial qui la vit sortir du côté de l’Époux endormi.
Afin d’exciter ses enfants aux pensées de réparation et d’amende honorable qui sont dans l’esprit de cette fête, l’Église rappelle, au moment de la Communion, le délaissement de l’Homme-Dieu dans les maux immenses qu’il a pris sur lui pour notre amour.
L’Église, qui vient de s’unir à l’Époux dans les Mystères, a compris mieux encore aujourd’hui les leçons du Cœur sacré dans ce rapprochement ineffable. Elle demande pour ses fils l’humilité profonde qui doit montrer en eux toujours plus, à la face d’un siècle superbe, les vrais disciples de Celui qui fut doux et humble de cœur.
A VÊPRES.
Les Antiennes sont tirées de divers livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les Psaumes sont les mêmes que ceux de la fête du Très Saint Sacrement. Le Capitule est d’Isaïe, comme tous ceux de ce jour, et se retrouve avec eux dans L’Épître de la Messe.
L’année Liturgique donne ici les trois hymnes de l’Office qu’on trouvera en leur place avec les autres textes liturgiques.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Les origines de cette fête [55] sont toutes semblables à celles de la fête du Très Saint Sacrement. Le symbolisme du côté de Jésus, ouvert par la lance de Longin et d’où jaillirent le sang et l’eau, est déjà connu par les anciens Pères de l’Église ; saint Augustin et saint Jean Chrysostome ont des pages splendides sur les divins Sacrements, nés du Cœur aimant du Rédempteur, et sur l’Église qui, rayonnante de jeunesse, sort du côté du nouvel Adam endormi sur la Croix.
La tradition patristique fut conservée et développée par les soins de l’école ascétique bénédictine ; aussi, quand, au XIIᵉ siècle, le saint abbé de Clairvaux orienta enfin la piété mystique de ses moines vers un culte tout à fait spécial rendu à l’humanité du Sauveur, on peut dire que la dévotion au Sacré-Cœur, au sens que maintenant lui attribue la sainte liturgie, était déjà née. De la simple méditation sur les plaies de Jésus, l’école bénédictine était passée à la dévotion particulière pour celle du côté, et à travers le flanc transpercé par la lance de Longin, elle avait pénétré dans l’intime du Cœur, blessé lui aussi par la lance de l’amour.
Le Cœur de Jésus représente, pour saint Bernard, ce creux du rocher où l’Époux divin invite sa colombe à chercher un refuge. Le fer du soldat est arrivé jusqu’au Cœur du Crucifié pour nous en dévoiler tous les secrets d’amour. Il nous a, en effet, révélé le grand mystère de sa miséricorde, ces entrailles de compassion qui l’ont induit à descendre du ciel pour nous visiter [56].
Les disciples de saint Bernard développaient merveilleusement la doctrine mystique du Maître, quand intervinrent les grandes révélations du Sacré-Cœur de Jésus à sainte Lutgarde (+ 1246), à sainte Gertrude et à sainte Mechtilde.
Un jour, le Seigneur échangea son Cœur avec celui de sainte Lutgarde ; et une nuit que la sainte, malgré la maladie, s’était levée pour l’office vigilial, Jésus, pour la récompenser, l’invita à approcher ses lèvres de la blessure de son Cœur, où Lutgarde puisa une telle suavité spirituelle que, par la suite, elle éprouva toujours force et douceur au service de Dieu.
Vers 1230 survint la célèbre révélation du Sacré-Cœur à cette illustre Mechtilde de Magdebourg qui, plus tard, fit partie de la communauté d’Helfta où vivaient sainte Gertrude et sainte Mechtilde.
« Dans mes grandes souffrances, écrit-elle, Jésus me montra la plaie de son Cœur et me dit : Vois quel mal ils m’ont fait ! »
Cette apparition l’impressionna vivement, d’autant plus que dès lors la pieuse religieuse ne cessa de contempler ce Cœur affligé et outragé, mais qui, en même temps, lui apparaissait semblable à une masse d’or embrasé, placé à l’intérieur d’une immense fournaise. Jésus approcha le cœur de Mechtilde du sien, pour qu’elle vécût d’une même vie que Lui.
Quand la Providence conduisit à Helfta la pieuse extatique de Magdebourg, ce fat pour la rapprocher de deux autres filles de saint Benoît, Gertrude et Mechtilde, qui avaient été favorisées de dons semblables. Le caractère particulier de la dévotion de sainte Gertrude pour le Verbe Incarné brille spécialement dans sa tendre dévotion au Sacré-Cœur, qui, pour elle, est le symbole de l’amour du Crucifié, et une sorte de sacrement mystique par lequel la Sainte participe aux sentiments de Jésus en même temps qu’à ses mérites.
Un jour que Gertrude est invitée par saint Jean à reposer avec lui sur le Cœur sacré du Seigneur, elle demande à l’Évangéliste pourquoi il n’a pas révélé à l’Église les délices et les mystères d’amour goûtés par lui à la dernière Cène, quand il appuya sa tête sur la poitrine du Divin Maître. Jean répond que sa mission avait été de révéler aux hommes la nature divine du Verbe, tandis que le langage d’amour exprimé par les battements du Sacré-Cœur entendus par lui devait représenter la révélation des derniers temps, alors que le monde, vieilli et refroidi, aurait besoin de se réchauffer au moyen de ce mystère d’ardente charité.
Gertrude comprit que l’apostolat du Sacré-Cœur de Jésus lui était confié à elle-même, et c’est pourquoi, par ses paroles et dans ses livres, elle écrivit toute la théologie, pour ainsi dire, de cette blessure divine et sacrée, en propageant avec ardeur la dévotion. Dans cette mission évangélisatrice, elle eut pour compagne la pieuse cantrix Mechtildis, qui avait été semblablement invitée par le Seigneur à établir sa demeure dans la plaie de son Cœur. Comme sa compagne, sainte Mechtilde mit elle aussi par écrit ses révélations, où elle compare le Sacré-Cœur tantôt à une coupe d’or où se désaltèrent les saints, tantôt à une lampe lumineuse, tantôt à une lyre qui répand dans le ciel ses douces harmonies. Un jour Jésus et Mechtilde échangèrent leurs cœurs, et dès lors il sembla à la Sainte que c’était les battements du Cœur de son divin Époux qu’elle sentait en elle.
Les révélations des deux extatiques de Helfta furent très favorablement accueillies, surtout en Allemagne, c’est-à-dire dans un milieu déjà résolument orienté vers le Cœur de Jésus, grâce à la précédente influence de l’école bénédictine. Les écrivains de la famille dominicaine et franciscaine suivirent eux aussi avec ardeur ce mouvement, et retendirent, surtout grâce à saint Bonaventure, au bienheureux Henri Suso, à sainte Catherine et à saint Bernardin de Sienne. On arrive ainsi jusqu’au temps de sainte Françoise Romaine, qui, dans ses révélations sur le Sacré-Cœur, où elle se plonge elle aussi comme dans un océan embrasé d’amour, ne fait qu’accentuer l’orientation ascétique de l’ancienne école mystique des fils de saint Benoît. L’action de la fondatrice du monastère Turris Speculorum à Rome demeura, il est vrai, circonscrite au milieu romain ; mais elle représente un des plus précieux anneaux de toute une chaîne de saints et d’écrivains ascétiques qui, en Allemagne, en Belgique et en Italie, préparèrent les âmes aux grandes révélations de Paray-le-Monial. Quand enfin celles-ci furent communiquées aux fidèles, grâce surtout au bienheureux Claude de La Colombière et au P. Croiset, le triomphe du Cœur de Jésus et du règne de son amour fut désormais assuré à la dévotion catholique. Les fils de saint Ignace se consacrèrent avec un zèle particulier à cette forme nouvelle d’apostolat du Sacré-Cœur. En 1765, le pape Clément XIII approuva un office en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus, mais il fut concédé seulement à quelques diocèses. En 1856, Pie IX sur l’esprit duquel avait grandement influé l’illustre restaurateur de l’Ordre bénédictin en France, Dom Guéranger, rendit cette fête obligatoire pour l’Église universelle. En 1889, Léon XIII l’éleva au rite double de première classe.
Quand, en 1765, Clément XIII autorisa le culte liturgique du Sacré-Cœur de Jésus, s’accomplit une prédiction faite trente ans auparavant par la pieuse abbesse de Saint-Pierre de Montefiascone, Maria Cecilia Bai. Le Seigneur, montrant son Cœur à cette servante de Dieu, lui avait dit : « Un jour viendra, où le culte de mon Cœur s’étendra triomphalement dans l’Église militante, et cela grâce à la fête solennelle qu’on en célébrera, avec l’office du Sacré-Cœur » [57]. « Toutefois, ajoutait la pieuse Bénédictine, je ne sais si cela arrivera de nos temps ».
Elle fut d’ailleurs assez heureuse pour voir enfin ce jour désiré, et elle se souvint certainement alors de ces autres paroles qu’elle avait entendues de son divin Époux plusieurs années auparavant : « Un temps viendra où tu seras très agréable à mon Cœur en le faisant adorer et connaître d’un grand nombre de personnes au moyen du culte et des actes de dévotion qui lui sont dus ».
En 1899, Léon XIII publia une Encyclique où il prescrivait à tout l’univers catholique de se consacrer au Cœur sacré de Jésus. Le Pontife s’était décidé à cet acte après un ordre formel qu’une pieuse supérieure du Bon-Pasteur d’Oporto, sœur Marie Droste zu Vischering, disait avoir reçu du divin Rédempteur lui-même pour qu’il fût communiqué au Pape. La révélation privée présentait d’ailleurs tous les caractères de l’authenticité, et l’esprit de la religieuse avait déjà été éprouvé par le sage abbé de Seckau, Dom Ildephonse Schober. C’est ainsi que Dom Hildebrand de Hemptinne, abbé de Saint-Anselme sur l’Aventin, prit l’affaire en mains et présenta la supplique de la religieuse à Léon XIII. Le 9 juin 1899, alors que les cloches de toutes les églises du monde chrétien annonçaient la fête du Sacré-Cœur et le nouvel acte de consécration prescrit par le Pape, la voyante d’Oporto rendait son âme très pure à Dieu, en témoignage de l’accomplissement de sa mission terrestre.
Dernièrement, la fête du Sacré-Cœur recevait de Pie XI un surcroît d’importance et d’honneur puisqu’on lui accordait le privilège de l’octave, réservé aux plus grandes solennités du Seigneur. Fut-ce simple coïncidence ou mystérieuse disposition de Dieu ? La nouvelle liturgie romaine pour l’octave de la fête du Sacré-Cœur fut approuvée par le Pape en même temps que le fameux Concordat qui met fin à la si funeste Question romaine. A la même époque, le « parfait ami du divin Cœur », le P. de la Colombière, est inscrit solennellement au catalogue des bienheureux, et Pie XI, quelques semaines plus tard, sort enfin du Vatican, portant en triomphe Jésus-Eucharistie, au milieu d’un glorieux cortège de ministres sacrés au nombre de sept mille.
L’hérésie qui caractérise l’esprit de la société actuelle pourrait être à bon droit appelée laïcisme, en tant qu’elle veut abaisser le divin et le surnaturel au niveau des institutions humaines, et qu’elle tente de faire entrer l’Église dans l’orbite des forces de l’État. En face du judaïsme et de la maçonnerie qui s’obstinent toujours dans leur haine furieuse contre Jésus : Toile, toile, crucifige, les catholiques contaminés par ce laïcisme et ce libéralisme cherchent, comme Pilate, un juste milieu et ils sont prêts à renvoyer le Christ absous, pourvu qu’auparavant Il se soit laissé arracher le diadème royal qui ceint son front, et qu’il se contente de vivre en sujet de la divinité de César.
Contre cette double insulte sacrilège, le Pontife suprême proteste à la face du ciel et de la terre qu’il n’y a pas d’autre Dieu que le Seigneur, et il institue la double fête du Christ-Roi et de l’Octave du Sacré-Cœur. L’une est la solennité de la puissance, l’autre celle de l’amour.
Le Bréviaire romain devant s’enrichir d’un office pour l’Octave du Sacré-Cœur, le Souverain Pontife voulut que la liturgie de cette solennité fût entièrement refondue. On sait que l’office du Sacré-Cœur avait autrefois un certain caractère fragmentaire et sporadique, qui reflétait bien l’incertitude des théologiens chargés de sa rédaction. C’était un peu un office de l’Eucharistie, un peu celui de la Passion, sans parler des lectures du troisième nocturne, glanées de-ci de-là dans la Patrologie. Or, Pie XI — qui, sur sa table de travail a toujours devant les yeux une belle statue du Sacré-Cœur, auprès duquel il a coutume de chercher son inspiration quand il traite les affaires de l’Église — a voulu un office parfaitement organique, c’est-à-dire où resplendît l’unité, et qui mît aussi en pleine lumière le caractère spécial de la solennité de la fête du Sacré-Cœur, laquelle ne veut être une répétition ni de celle du Saint-Sacrement ni des offices quadragésimaux de la Passion.
Il nomma donc une commission de théologiens chargés de rédiger le nouvel office ; mais à leurs travaux il présida lui-même ; en sorte qu’après un semestre d’études, à l’aurore de son jubilé sacerdotal, Pie XI a pu offrir au monde catholique la nouvelle messe et l’office pour l’Octave du Sacré-Cœur.
La pensée qui domine toute la composition est celle qu’exprima Jésus Lui-même quand, par l’intermédiaire de sainte Marguerite-Marie, Il demanda à la famille catholique l’institution de cette fête : « Voici le Cœur qui a tant aimé les hommes, et qui en est si peu aimé ! »
Il s’agit donc d’une fête de réparation envers l’Amour qui n’est pas aimé ; réparation qui fait d’ailleurs amende honorable en glorifiant les pacifiques triomphes de cet Éternel Amour.
L’introït emprunte son antienne aux versets 11 et 19 du psaume 32. « Les desseins de son Cœur passent d’âge en âge pour arracher les âmes à la mort et soutenir leur vie durant la famine ».
Suit le premier verset du même psaume : « O justes, chantez au Seigneur, car c’est à ceux qui sont bons que convient sa louange ».
La magnifique préparation du plan de la rédemption à travers les longs siècles qui l’ont précédée, puis les dix-neuf qui maintenant la réalisent, l’étendant à tous les âges et à tous les peuples, chantent comme un hymne de gloire au Cœur de Dieu qui fut le grand artisan de cette généreuse et gratuite réparation du genre humain.
Parmi les multiples aspects de cette rédemption, le Psalmiste en met ici deux surtout en évidence, dans lesquels resplendit d’une façon spéciale l’excès du divin amour. Ce sont : la délivrance de l’homme de la mort éternelle grâce à la mort de Jésus, et l’institution de la divine Eucharistie.
La collecte apparaît, au point de vue littéraire, un peu surchargée, mais elle contient de belles pensées : « Seigneur qui avez miséricordieusement daigné nous accorder d’infinis trésors d’amour dans le Cœur de votre Fils, transpercé par nos péchés ; faites, tandis que nous lui offrons l’hommage dévot de notre piété, qu’en même temps nous présentions une digne réparation pour nos fautes ».
Le but de la solennité de ce jour est donc double : tandis que nous offrons notre tribut d’amour à ce Cœur qui, en raison de son excellence et de l’union hypostatique, est le centre et le roi de tout autre cœur humain, nous expions en même temps le crime d’avoir transpercé par nos péchés ce Cœur adorable, et de l’avoir couronné des épines de l’ingratitude et du mépris.
Cependant, il faut que les prévaricateurs reviennent à ce Cœur du Verbe incarné ; car c’est dans ce temple et ce trophée de la divine miséricorde, que Dieu a déposé pour les hommes des trésors infinis de sagesse, de science et surtout d’amour.
La première lecture est tirée de la lettre aux Éphésiens (III, 8-15). L’Apôtre a reçu la mission spéciale de révéler à l’Église les prérogatives du Christ, considéré surtout comme Chef de la famille humaine et Pontife de la béatitude future. C’est pourquoi saint Paul plie le genou et il supplie le Seigneur pour ses chers fidèles d’Éphèse, afin qu’eux aussi soient initiés avec lui à la science intérieure du Christ, et que, par la grâce du Saint-Esprit, eux aussi la comprennent et en vivent à l’égal de tous les autres saints. Cette science et cette vie se résument en un seul mot : l’amour — cet amour qui remplit l’âme de la plénitude de Dieu.
Le répons-graduel est emprunté au psaume 24, 8-9. « Le Seigneur est bon et droit, c’est pourquoi il indique la voie à ceux qui sont errants. Il guide les doux dans la justice, et il enseigne ses voies à ceux qui sont dociles ». — Tel est le motif de l’œuvre de la rédemption des hommes : le Seigneur est amour, et en descendant jusqu’à nous il a moins considéré notre indignité que son amour qui mérite bien tout le nôtre.
Pour que nous puissions convenablement aimer Dieu, il fallait que d’abord Il nous rachetât, afin que l’Amour célébrât ses pacifiques triomphes sur nous et érigeât parmi les hommes le siège de son magistère. Un magistère donc d’humilité, de douceur et de condescendance, pour montrer par ces qualités la vérité de sa nature humaine, semblable à la nôtre, tandis que, par sa charité toute-puissante, Il exalte sa nature divine, consubstantielle au Père.
Le verset alléluiatique est emprunté à saint Matthieu, XI, 29, et il est, en quelque sorte, appelé par le second verset du graduel, où le Psalmiste décrit les caractères des futurs disciples du divin Maître. Maintenant c’est Jésus lui-même qui nous dit dans l’Évangile : « Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de Cœur et vous trouverez la paix pour vos âmes ».
Paix, félicité et sainteté sont donc synonymes, car seuls les saints tarissent en eux-mêmes la source des inquiétudes de la vie, pour se désaltérer abondamment aux eaux de la joie, aux sources du Sauveur. Ce qui rend la vie pénible ne vient pas tant de la vie elle-même que de la fièvre de l’amour-propre qui nous fait trouver amer tout ce qui n’est pas conforme à notre goût.
Or, le remède qui guérit cette fièvre, c’est l’humble et entière sujétion au bon plaisir divin, selon le sublime modèle que nous offre le Cœur sacré de Jésus.
Aux messes votives après la Septuagésime, au lieu du graduel et du verset alléluiatique, on dit le trait (Ps. 102, 8-10) : « Le Seigneur est compatissant et indulgent ; patient et plein de bonté. Il n’est pas sans cesse à disputer, et il ne garde pas de continuelle rancune. Il ne nous a pas traités selon nos péchés, et il ne nous a pas payés comme le méritaient nos iniquités ».
La raison intime de cet excès de miséricorde envers nous, alors que c’est sur Lui seul que la justice s’est exercée par la satisfaction rigoureuse qu’il a donnée à la divine Majesté au moyen de sa terrible passion, c’est l’amour infini de Jésus.
Durant le temps pascal, au verset alléluiatique ci-dessus on ajoute : « Alléluia ». (Matth., XI, 28) : « Venez à moi, vous tous qui souffrez et êtes las, et je vous réconforterai ».
Jésus invite donc l’humanité tout entière à chercher un asile de doux repos dans son Cœur. Mais pourquoi sommes-nous tous tourmentés et las ? Saint Augustin nous le dit : à cause de notre vie mortelle elle-même, vie fugitive et sujette à de nombreuses tentations, où nous portons le trésor de la foi dans le vase fragile de notre humanité. Une telle condition nous afflige, mais la douce invitation de Jésus nous console. Il est même vain, en ce monde, d’espérer un autre réconfort, car, comme le dit fort bien un antique logion évangélique, rapporté par Origène et par Didyme l’aveugle : « Celui qui s’approche de moi s’approche du feu, tandis que celui qui s’éloigne de moi s’éloigne du royaume ». Cette parole d’or, prononcée par le divin Sauveur, et qui nous a été transmise par la tradition des Pères, garantit par sa beauté même son authenticité, et paraît bien digne d’être jointe à l’autre logion qui nous a été conservé par saint Paul : « Jésus a dit : Il est meilleur de donner que de recevoir ».
La lecture évangélique est empruntée à saint Jean (XIX, 31-37) et décrit, avec le brisement des jambes des deux larrons, l’ouverture du côté de Jésus mort. De cette blessure jaillirent le sang et l’eau, pour symboliser les sacrements dans lesquels l’Église naît et est nourrie. C’est le Nouveau Testament dans le sang. Jean, qui exerce à la fois les fonctions d’écrivain et de témoin, veut montrer aux fidèles la continuité du plan divin dans l’ancienne et dans la nouvelle alliance, et cite dans ce but les prophéties qui reçurent leur accomplissement sur le Golgotha après la mort de Jésus.
On ne devait briser aucun des os de l’Agneau pascal, parce que l’immolation de la Victime divine ne fut pas suivie de la décomposition de son corps dans le tombeau, mais au contraire de la gloire de la résurrection. De plus, bien que Jésus dans la sainte Communion soit pris en nourriture par les fidèles, il n’est pas consommé pour cela. Nec sumptus consumitur [58], et l’Agneau, même après que les fidèles s’en sont nourris, demeure vivant, glorieux et entier.
Il existe aussi une autre prophétie (Zach., XII, 10) à laquelle se réfère plusieurs fois saint Jean : Les peuples contempleront Celui qu’ils ont transpercé.
Le caractère de cette vision du Cœur transpercé de Jésus varie suivant les dispositions de celui qui le regarde. Pour les impies, au jugement dernier, la vision de ce Cœur aimant et qu’ils n’ont pas aimé, bienfaisant, et pour cela méprisé, sera le sujet d’une affreuse terreur ; tandis qu’au contraire les bons, en voyant ce Cœur rayonnant des flammes de la charité, gage et monument perpétuel d’une miséricorde infinie, sacrement et signe sensible de l’amour divin éternel et invisible, se sentent brûler d’amour, mettent en lui toute leur espérance, et établissent en lui leur mystique demeure.
Le passage de l’Évangile lu en ce jour a été commenté avec élégance par Paulin d’Aquilée [59] (+ 802) :
Quando se pro nobis sanctum
Fecit sacrificium,
Tunc de lateris fixura
Fons vivus elicuit ;
De quo mystice fluxerunt
Duo simul flumina :
Sanguis nam redemptionis
Et unda baptismatis. [60]
L’antienne pour l’offertoire est la même qu’au dimanche des Rameaux (Ps. 68, 21). « L’opprobre et la douleur me brisent le Cœur. J’attendais la compassion, et il n’y en eut point ; quelque consolateur, et je ne l’ai pas trouvé ».
Beaucoup plus atroces que les souffrances physiques furent les peines morales endurées par le Sauveur durant sa passion alors que, s’étant chargé du poids des fautes des hommes, et ayant été condamné à mort par le Sanhédrin, il demeura comme écrasé sous l’angoisse de la malédiction lancée par Dieu le Père contre le péché.
Quel déchirement dans ce Cœur ! Même alors, il est vrai, son âme jouissait de la claire vision de Dieu qu’il contemplait, mais en même temps, il voyait ce Dieu si bon et si aimable offensé de mille manières par les hommes, ses frères cadets. Il sentait que le péché avait dressé comme une muraille entre le Créateur et la créature, c’est pourquoi, en vertu d’un juste jugement de Dieu, son humanité, abandonnée aux outrages, aux tourments et à la mort ignominieuse de la Croix, entonna le mystérieux cantique : Heli, Heli, lamma sabacthani [61].
En souffrant pour nous, Jésus a voulu que nous nous assimilions à notre tour sa Passion bénie, la revivant par la foi et par les œuvres de la mortification chrétienne. C’est là le soulagement et la consolation qu’il demande dans le psaume 68. Il lui faut des âmes. Aujourd’hui encore, il veut des âmes victimes, qui, avec Lui, portent le poids de l’expiation des péchés du monde. Mais hélas ! Qu’elles sont rares ces âmes entièrement vouées à l’immolation et à l’expiation !
Aux messes votives durant le temps pascal, cette antienne si mélancolique de l’offertoire est remplacée par la suivante qui exalte au contraire l’excellence du sacrifice du Christ sur toutes les oblations de l’Ancienne Loi : (Ps. 39, 7-9) : « Tu ne demandes ni holocauste ni oblation ; alors je dis : Voici que je viens. Dans un livre il m’est prescrit de faire ce qui te plaît, ô mon Dieu, mon bien-aimé, et ta loi est gravée dans mon Cœur. Alléluia ».
Les sacrifices de l’Ancienne Loi cessèrent de plaire à Dieu quand arriva enfin la plénitude des temps, où devait être accompli ce que ces anciens rites ne faisaient qu’annoncer.
Alors vint le Verbe incarné, pour offrir un holocauste qui seul était digne de Dieu. Et comme toute offrande doit toujours s’accomplir selon un cérémonial et un rite agréable à la Divinité, Jésus vécut et s’immola durant trente-trois années conformément à ce que le Père éternel avait prescrit pour Lui dans les Livres saints de l’Ancienne Alliance.
La prière précédant l’anaphore est la suivante : « Ayez égard, Seigneur, à l’ineffable charité du Cœur de votre fils bien-aimé, afin que notre oblation Vous soit agréable et expie convenablement nos fautes. Par notre Seigneur ».
Il est de nouveau fait allusion ici à la double signification de la solennité de ce jour. Avant tout, c’est une fête d’expiation envers l’Amour non aimé et méprisé ; et c’est pourquoi nous unissons notre amende honorable à ce même Amour qui, dans le Sacrifice eucharistique, expie pour nous.
En outre, c’est une célébration d’action de grâces et de triomphe du Cœur très saint de Jésus. Pour ce motif, nous offrons ce même Cœur eucharistique, afin que, perpétuant sur nos autels l’hymne d’action de grâces entonné jadis avec les Apôtres dans le Cénacle, — Tibi gratias agens [62], — l’Amour incarné et immolé soit Lui-même le remerciement de l’humanité à l’Éternel Amour.
Il faut noter avec une véritable satisfaction la tendance récente du Saint-Siège, à pourvoir les messes les plus insignes d’une préface propre. Après celle des défunts, de saint Joseph, du Christ-Roi, voici aujourd’hui celle du Sacré-Cœur de Jésus. On revient de la sorte à l’antique tradition latine, représentée surtout par les Sacramentaires romains, où chaque solennité avait sa préface. Actuellement la liturgie milanaise est seule demeurée fidèle à son antique tradition ; mais il faut espérer que, tôt ou tard, comme il advint sous Pie X pour le chant grégorien, Rome admettra de nouveau dans son missel ces anciennes et si belles préfaces des Sacramentaires dits de Léon le Grand, de Gélase Iᵉʳ et de Grégoire le Grand, lesquelles, sans que l’autorité soit intervenue, se sont comme perdues dans les manuscrits durant les longs siècles du bas moyen âge. « ... Vous qui avez voulu que votre Fils unique, encore suspendu à la Croix, fût transpercé par la lance du soldat, afin que son Cœur, sanctuaire des richesses divines, étant ouvert, il répandît sur nous des torrents de miséricorde et de grâce. Il avait vraiment toujours brûlé d’amour pour nous, mais c’est surtout alors qu’il prépara un tranquille refuge pour les bons, et que les pénitents virent s’ouvrir devant eux l’asile du salut. C’est pourquoi.. ».
L’antienne pour la Communion, conformément à la règle, est tirée de la lecture de l’Évangile (Ioan., XIX, 34) : « Un des soldats lui ouvrit le côté avec sa lance, et aussitôt il en jaillit du sang et de l’eau ».
La signification spéciale de ce sang et de cette eau nous est expliquée dans l’antienne suivante pour la Communion durant le cycle pascal (Ioan., VII, 37) : « Que celui qui a soif vienne à moi et qu’il boive. Alléluia ».
Comme le breuvage que nous prenons s’incorpore à nous et se change en notre sang, ainsi les trésors de la rédemption qui nous sont conférés dans les sacrements deviennent notre bien, notre patrimoine spirituel, en tant qu’ils nous unissent et nous incorporent mystiquement au Christ, qui est le Chef du Corps de l’Église.
Toutefois ces eaux d’éternelle rédemption sont promises seulement à celui qui en est avide, parce que la grâce de Dieu est offerte avec amour comme un don, mais n’est pas imposée violemment comme un enrôlement obligatoire. C’est pourquoi le saint cardinal André Ferrari disait fort justement aux petits enfants de Milan : Se sauve qui veut.
Après la Communion : « Que vos mystères sacrés, Seigneur, nous confèrent cette divine ferveur si nécessaire pour goûter la suavité de votre Cœur très doux ; afin que nous apprenions à mépriser les choses de la terre et à aimer celles du ciel ».
Quand on a une fois goûté Dieu, tous les biens créés deviennent insipides et fastidieux. Mais, pour goûter Dieu, nous avons besoin de ce don spécial de piété, qui, lui-même, est une grâce du Saint-Esprit. Il ne mérite pas, en effet, de goûter Dieu, celui qui cherche ses délices en dehors de Lui ; aussi la sainte liturgie demande aujourd’hui, fort à propos, ce don, après que la participation aux mystères de la mort du Seigneur a imprimé dans notre cœur les stigmates de la Passion de Jésus, nous consacrant ainsi à une vie de mortification et d’immolation.
Aux louanges du Sacré-Cœur, exprimées par les Pères de l’Église latine, nous ajouterons aujourd’hui celles de l’Église byzantine :
Ton côté qui apporte la vie,
Pareil à la source qui jaillissait de l’Éden,
Arrose Ton Église, ô Christ,
Comme un jardin spirituel.
Ensuite elle se divise
Comme d’un tronc unique, en quatre Évangiles.
Elle arrose le monde.
Réjouit la création ;
Elle enseigne aux peuples
A adorer ton règne avec foi.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Un soldat ouvrit son côté et il sortit du sang et de l’eau.
La fête du Sacré-Cœur de Jésus a été élevée d’un degré ; elle a été pourvue d’une Octave ; elle est passée au rang des fêtes primaires. En outre, on lui a donné un nouveau formulaire de messe et un nouvel office. La proximité de la fête du Saint-Sacrement nous indique qu’on la considère comme une continuation de cette fête. L’objet de la fête du Sacré-Cœur, c’est l’amour sans borne que l’Homme-Dieu porte dans son cœur pour nous et qu’il manifeste, d’une manière particulière, dans sa Passion ainsi que dans la merveille de l’Eucharistie.
L’amour, la Passion et le corps de Jésus, telles sont au reste les principales pensées de la fête, à la messe et au bréviaire. Le mystère de la fête a été approfondi par les nouveaux textes. On pourrait l’exprimer liturgiquement à peu près en ces termes : « C’est le mystère de la plénitude que nous avons dans le Christ ». Cette plénitude s’écoula dans sa mort rédemptrice. C’est pourquoi le transpercement du divin cœur sur la Croix est considéré comme le symbole de l’ouverture des « sources du Sauveur ». C’est l’image dominante de la fête. Nous la trouvons non seulement à l’Évangile, mais encore à la Communion, ainsi que dans les antiennes du jour, le matin et le soir.
1. La messe (Cogitationes). — A l’Introït, l’Église nous met devant les yeux l’Image du Rédempteur. Elle ne le nomme pas, elle en parle comme de quelqu’un qui est bien connu. « Les pensées de son cœur... » Toutes ses pensées ont pour objet la Rédemption de l’humanité. Il veut ressusciter ceux qui sont morts de la mort spirituelle ; il veut rassasier les affamés. A ces paroles de l’Église la communauté répond par un chant d’allégresse et de louange (Ps. 32). Si nous tenons compte de tout le psaume, le Seigneur se présente devant nous comme le Bon Pasteur dans la nature et la surnature [63]. C’est lui qui conduit le troupeau des étoiles dans les prairies du ciel ; c’est lui aussi qui anéantit les plans des ennemis de Dieu. Ainsi donc l’Introït nous présente une image du Sacré-Cœur qui est conforme à la conception chrétienne antique.
L’oraison comprend deux demandes de l’Église ; pour les bons, le dévouement et la fidélité au Christ dont le cœur renferme « des trésors infinis d’amour » ; pour les pécheurs, « une digne satisfaction » (Or.).
L’Épître, d’une si grande profondeur, nous permet, sous la conduite de l’Apôtre des nations, de jeter un regard sur ces trésors infinis de l’amour. Saint Paul, ou plutôt l’Église, est appelée à ouvrir aux hommes ces trésors du cœur divin. Elle le fait de deux manières, par l’enseignement (avant-messe), et par la grâce (au Saint-Sacrifice). La fête du cœur de Jésus, mais aussi toute la liturgie, est consacrée à cette tâche. Toutes les fêtes de l’année liturgique « annoncent la richesse insondable du Christ ». Plus encore dans l’Eucharistie jaillit le sang divin qui coule du cœur transpercé. C’est donc une prière efficace que notre Mère l’Église adresse, à genoux, au « Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Cette prière contient trois demandes : a) que nous affermissions notre vie intérieure ; b) que le Christ habite par la foi dans notre Cœur ; c) que nous nous enracinions et soyons fondés dans l’amour.
Après nous avoir montré, dans l’Introït, l’image du Rédempteur, l’Église veut, dans l’Épître, nous montrer l’effet de la Rédemption. Le Graduel exprime les sentiments de la communauté en face de ces vérités ; à l’Alléluia, elle a encore devant les yeux l’image du Rédempteur si humain et si proche. Il nous semble voir s’avancer le Seigneur chargé de sa Croix. Il se tourne vers nous et nous dit : « Prenez mon joug sur vous ».
L’Évangile nous transporte sur le Calvaire et nous sommes témoins du transpercement du cœur divin. Nous connaissons déjà le symbolisme de ce transpercement. Nous pouvons encore le méditer plus profondément. L’ouverture du côté du Christ signifie, d’après saint Augustin, la fondation de l’Église. L’Église, comme une seconde Ève, a été prise du côté du second Adam. En tant qu’ « aide » et Épouse, elle connaît les secrets de son Cœur. Elle a été arrosée de l’eau (baptême) et du sang (Eucharistie) qui coulent du côté de son Époux.
A l’Offertoire, l’Église veut entrer dans le sacrifice du Christ ; c’est pourquoi elle fait siennes ses lamentations. Le cœur de l’Église se fond intimement avec le cœur du Seigneur. La participation à la Passion du Christ est la glorification de son corps mystique.
Le sacrifice d’amour jette ses flammes dans la Préface qui est entièrement nouvelle : « Tu as voulu que ton Fils unique suspendu à la Croix fût transpercé par la lance du soldat, afin que le sanctuaire de la divine munificence nous versât les flots de miséricorde et de grâce, afin que ce cœur, qui ne cesse jamais de brûler d’amour pour nous, soit pour les personnes pieuses un lieu de repos et ouvre aux pénitents un refuge salutaire ».
Maintenant encore, dans le Saint-Sacrifice, l’Époux ensanglanté communique à son Épouse les trésors de son cœur, afin qu’elle soit une « plénitude ».
A la Communion, nous voyons encore l’image de la Croix. L’Église veut nous dire par-là que l’Eucharistie a son origine dans le côté ouvert du Seigneur... Pour conclure, nous adressons nos prières au Christ lui-même ; nous lui demandons que la sainte communion achève en nous la Rédemption : « Que nous apprenions à mépriser les choses terrestres et à aimer les choses célestes ».
2. L’office des Heures. — Le grand mystique, saint Bonaventure, nous parle du Sacré-Cœur : « Puisque nous sommes venus au très doux cœur de Jésus et qu’il est bon pour nous d’y demeurer, ne nous écartons pas de lui, parce qu’il est écrit : « Ceux qui s’écartent de toi seront inscrits dans la poussière » [64]. Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui se donnent à lui ? Toi-même, Seigneur, tu nous instruis à ce sujet, car tu as dit à ceux qui s’approchaient de toi : « Réjouissez-vous, car vos noms sont inscrits dans le ciel » [65]. Nous voulons donc nous approcher de toi et tressaillir d’allégresse et, au souvenir de ton cœur, nous réjouir en toi. Oh ! Qu’il est bon et agréable d’habiter dans ce Cœur ! C’est un bon trésor, une précieuse perle que ton cœur, ô bon Jésus. Qui rejetterait cette perle ? Bien plutôt j’abandonnerai toutes les perles, j’échangerai mes pensées et mes affections et je me la procurerai ; je jetterai toute mon intelligence dans le cœur de Jésus et n’aurai aucune déception ; il me nourrira ».
Office du jour
Office du jour
Office avant 1929
AUX PREMIÈRES VÊPRES.
| Vesperæ dicuntur de die Octava Ssmi Corporis Christi sine ulla Commemoratione. Si autem præcedenti Feria V occurrerit Festum Nativitatis S. Joannis Baptistæ aut Ss. Apostolorum Petri et Pauli, in II Vesperis fit Com. de sequenti Festo sacratissimi Cordis Jesu, ut infra, omissa Com. diei Octavæ. | Les Vêpres sont de l’Octave du T. S. Sacrement, sans aucune Mémoire. Cependant si le Jeudi précédente était en occurrence avec la Fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste ou des saints Apôtres Pierre et Paul, aux 2ᵉ Vêpres, on ferait Mémoire de la Fête suivante du Sacré-Cœur de Jésus comme ci-dessous en omettant la Mémoire du jour Octave. |
| Sicubi tamen hoc Festum alia die celebrari contingat, omnia dicuntur ut sequitur : | Mais si la Fête du Sacré-Cœur devait être transférée, tout se dirait comme suit : |
| Ant. 1 Díscite a me, * quia mitis sum et húmilis corde. | Ant. 1 Apprenez de moi * que je suis doux et humble de cœur [5]. |
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| Ant. 2 Sanctificávi locum * istum, ut sit nomen meum ibi in sempitérnum, et permáneant óculi mei et cor meum ibi cunctis diébus. | Ant. 2 J’ai sanctifié ce lieu, * afin que mon nom y soit à jamais, et que mes yeux et mon cœur y demeurent constamment tous les jours [6]. |
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| Ant. 3 Et dixi : * Ergo sine causa iustificávi cor meum, et lavi inter innocéntes manus meas, et fui flagellátus tota die. | Ant. 3 Et j’ai dit : * C’est donc sans cause que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes mains parmi des innocents, car j’ai été affligé tout le jour [7]. |
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| Ant. 4 Secúndum multitúdinem * dolórum meórum in corde meo, consolatió nes tuæ lætificaverunt ánimam meam. | Ant. 4 Selon la multitude * de mes douleurs dans mon cœur, vos consolations ont réjoui mon âme [8]. |
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| Ant. 5 Pone me * ut signáculum super cor tuum, ut signáculum super bráchium tuum. | Ant. 5 Mets-moi * comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras [9]. |
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| Capitulum Is. 12, 2-3. | Capitule |
| Ecce Deus Salvátor meus, fiduciáliter agam, et non timébo : quia fortitúdo mea, et laus mea Dóminus, et factus est mihi in salútem. Hauriétis aquas in gáudio de fóntibus Salvatóris. | Voici le Dieu mon Sauveur, j’agirai avec confiance et je ne craindrai plus : car le Seigneur est ma force, il est ma gloire, et il est devenu l’auteur de mon salut. Dans votre allégresse, vous puiserez les eaux jaillissantes aux fontaines du Sauveur. |
| Hymnus | Hymne |
| Auctor beáte sǽculi, Christe, Redémptor ómnium, Lumen patris de lúmine, Deúsque verus de Deo : | Bienheureux créateur du monde, Christ, universel rédempteur, lumière jaillie de la lumière du Père, Dieu vrai sorti de Dieu : |
| Amor coégit te tuus Mortále corpus súmere, Ut, novus Adam, rédderes, Quod vetus ille abstúlerat. | C’est votre amour qui vous a contraint à prendre un corps mortel, pour nous rendre, nouvel Adam, ce que l’ancien, nous avait pris. |
| Ille amor almus ártifex Terræ marísque et síderum, Erráta patrum míserans Et nostra rumpens víncula. | Cet amour, auguste artisan de la terre, de la mer et des astres, prit en pitié les égarements de nos pères et rompit nos liens. |
| Non Corde discédat tuo Vis illa amóris íncliti : Hoc fonte gentes háuriant Remissiónis grátiam. | Que de votre Cœur ne se retire pas la force de ce merveilleux amour ; qu’à cette source les nations puisent la grâce du pardon. |
| Percússum ad hoc est láncea Passúmque ad hoc est vúlnera, Ut nos laváret sórdibus, Unda fluénte et sánguine. | Si la lance le frappa, s’il endura ses blessures, c’était pour nous laver de nos taches par l’eau et le sang répandu. |
| Decus Parénti et Fílio Sanctóque sit Spirítui, Quibus potéstas, glória Regnúmque in omne est sǽculum. Amen. | Honneur au Père et au Fils, et au Saint-Esprit, dont la puissance, la gloire, et le règne demeurent dans tous les siècles. Amen. |
| V/. Ignem veni míttere in terram. | V/. Je suis venu jeter un feu sur la terre [10]. |
| R/. Et quid volo, nisi ut accendátur ? | R/. Et que veux-je, sinon qu’il s’allume ? |
| Ad Magnificat Ant. Impropérium * exspectávit Cor meum, et misériam : et sustínui qui simul contristaretur, et non fuit ; et qui consolarétur, et non invéni. | Ant. au Magnificat L’opprobre * et la misère, mon cœur les a prévus. Je suis demeuré dans l’attente de quelqu’un qui prît part à ma tristesse, et nul ne l’a fait ; de quelqu’un qui me consolât, et je n’ai trouvé personne [11]. |
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| Oratio | Prière |
| Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut qui, in sanctíssimo dilécti Fíliitui Corde gloriántes, præcípua in nos caritátis eius benefícia recólimus ; eórum páriter et actu delectémur et fructu. Per eúndem Dóminum nostrum. | Daignez accorder, Dieu tout-puissant : à nous qui nous glorifions dans le très saint Cœur de votre Fils bien aimé, et qui célébrons les bienfaits solennels de sa charité envers nous ; que nous trouvions notre joie dans leur accomplissement et dans les fruits qu’ils ont produits. |
A MATINES
A LAUDES.
| Ant. 1 Díscite a me, * quia mitis sum et húmilis corde. | Ant. 1 Apprenez de moi * que je suis doux et humble de cœur [53]. |
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| Ant. 2 Sanctificávi locum * istum, ut sit nomen meum ibi in sempitérnum, et permáneant óculi mei et cor meum ibi cunctis diébus. | Ant. 2 J’ai sanctifié ce lieu, * afin que mon nom y soit à jamais, et que mes yeux et mon cœur y demeurent constamment tous les jours [54]. |
| <popup872|width=500|height=250> | |
| Ant. 3 Et dixi : * Ergo sine causa iustificávi cor meum, et lavi inter innocéntes manus meas, et fui flagellátus tota die. | Ant. 3 Et j’ai dit : * C’est donc sans cause que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes mains parmi des innocents, car j’ai été affligé tout le jour [55]. |
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| Ant. 4 Secúndum multitúdinem * dolórum meórum in corde meo, consolatió nes tuæ lætificaverunt ánimam meam. | Ant. 4 Selon la multitude * de mes douleurs dans mon cœur, vos consolations ont réjoui mon âme [56]. |
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| Ant. 5 Pone me * ut signáculum super cor tuum, ut signáculum super bráchium tuum. | Ant. 5 Mets-moi * comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras [57]. |
| <popup873|width=500|height=250> | |
| Capitulum Is. 12, 2-3. | Capitule |
| Ecce Deus Salvátor meus, fiduciáliter agam, et non timébo : quia fortitúdo mea, et laus mea Dóminus, et factus est mihi in salútem. Hauriétis aquas in gáudio de fóntibus Salvatóris. | Voici le Dieu mon Sauveur, j’agirai avec confiance et je ne craindrai plus : car le Seigneur est ma force, il est ma gloire, et il est devenu l’auteur de mon salut. Dans votre allégresse, vous puiserez les eaux jaillissantes aux fontaines du Sauveur. |
| Hymnus | Hymne |
| Cor, arca legem cóntinens Non servitútis véteris, Sed grátiæ, sed véniæ, Sed et misericórdiæ. | Cœur, arche contenant la Loi, non de l’antique servitude, mais la loi de grâce, mais celle du pardon, mais celle de la miséricorde. |
| Cor, sanctuárium novi Intemerátum fœderis, Templum vetústo sánctius, Velúmque scisso utílius. | Cœur, sanctuaire inviolé de la nouvelle alliance, temple plus saint que l’ancien, voile plus utile que celui qui fut déchiré. |
| Te vulnerátum cáritas Ictu paténti vóluit, Amóris invisíbilis Ut venerémur vúlnera. | Votre amour a voulu que vous soyez blessé par un coup visible, pour que d’un amour invisible nous vénérions les blessures. |
| Hoc sub amóris symbolo Passus cruénta et mýstica, Utrúmque sacrifícium Christus sacérdos óbtulit. | Sous ce symbole de l’amour, le Christ Prêtre, ayant souffert de façon sanglante et mystique, offrit un double sacrifice [58]. |
| Quis non amántem rédamet ? Quis non redémptus díligat, Et Corde in isto séligat Ætérna tabernácula ? | A Celui qui nous aime qui ne rendrait son amour ? Quel racheté ne le chérirait pas et dans ce Cœur ne se choisirait pas une demeure éternelle ? |
| Decus Parénti et Fílio Sanctóque sit Spirítui, Quibus potéstas, glória Regnúmque in omne est sǽculum. Amen. | Honneur au Père et au Fils, et au Saint-Esprit, dont la puissance, la gloire, et le règne demeurent dans tous les siècles. Amen. |
| V/. Vere languóres nostros ipse tulit. | V/. Il a vraiment lui-même pris nos langueurs sur lui [59]. |
| R/. Et dolóres nostros ipse portávit. | R/. Et il a lui-même porté nos douleurs. |
| Ad Bened. Ant. Vulnerátus est * propter iniquitátes nostras, attrítus est propter scélera nostra : disciplína pacis nostræ super eum, et livóre eius sanáti sumus. | Ant. au Benedictus Il a été blessé * à cause de nos iniquités, il a été brisé à cause de nos crimes ; le châtiment de notre paix, est tombé sur lui, et par ses meurtrissures nous avons été guéris [60]. |
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| Oratio | Prière |
| Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut qui, in sanctíssimo dilécti Fíliitui Corde gloriántes, præcípua in nos caritátis eius benefícia recólimus ; eórum páriter et actu delectémur et fructu. Per eúndem Dóminum nostrum. | Daignez accorder, Dieu tout-puissant : à nous qui nous glorifions dans le très saint Cœur de votre Fils bien aimé, et qui célébrons les bienfaits solennels de sa charité envers nous ; que nous trouvions notre joie dans leur accomplissement et dans les fruits qu’ils ont produits. |
AUX DEUXIÈMES VÊPRES.
| Ant. 1 Díscite a me, * quia mitis sum et húmilis corde. | Ant. 1 Apprenez de moi * que je suis doux et humble de cœur [61]. |
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| Ant. 2 Sanctificávi locum * istum, ut sit nomen meum ibi in sempitérnum, et permáneant óculi mei et cor meum ibi cunctis diébus. | Ant. 2 J’ai sanctifié ce lieu, * afin que mon nom y soit à jamais, et que mes yeux et mon cœur y demeurent constamment tous les jours [62]. |
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| Ant. 3 Et dixi : * Ergo sine causa iustificávi cor meum, et lavi inter innocéntes manus meas, et fui flagellátus tota die. | Ant. 3 Et j’ai dit : * C’est donc sans cause que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes mains parmi des innocents, car j’ai été affligé tout le jour [63]. |
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| Ant. 4 Secúndum multitúdinem * dolórum meórum in corde meo, consolatió nes tuæ lætificaverunt ánimam meam. | Ant. 4 Selon la multitude * de mes douleurs dans mon cœur, vos consolations ont réjoui mon âme [64]. |
| <popup967|width=500|height=250> | |
| Ant. 5 Pone me * ut signáculum super cor tuum, ut signáculum super bráchium tuum. | Ant. 5 Mets-moi * comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras [65]. |
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| Capitulum Is. 12, 2-3. | Capitule |
| Ecce Deus Salvátor meus, fiduciáliter agam, et non timébo : quia fortitúdo mea, et laus mea Dóminus, et factus est mihi in salútem. Hauriétis aquas in gáudio de fóntibus Salvatóris. | Voici le Dieu mon Sauveur, j’agirai avec confiance et je ne craindrai plus : car le Seigneur est ma force, il est ma gloire, et il est devenu l’auteur de mon salut. Dans votre allégresse, vous puiserez les eaux jaillissantes aux fontaines du Sauveur. |
| Hymnus | Hymne |
| Auctor beáte sǽculi, Christe, Redémptor ómnium, Lumen patris de lúmine, Deúsque verus de Deo : | Bienheureux créateur du monde, Christ, universel rédempteur, lumière jaillie de la lumière du Père, Dieu vrai sorti de Dieu : |
| Amor coégit te tuus Mortále corpus súmere, Ut, novus Adam, rédderes, Quod vetus ille abstúlerat. | C’est votre amour qui vous a contraint à prendre un corps mortel, pour nous rendre, nouvel Adam, ce que l’ancien, nous avait pris. |
| Ille amor almus ártifex Terræ marísque et síderum, Erráta patrum míserans Et nostra rumpens víncula. | Cet amour, auguste artisan de la terre, de la mer et des astres, prit en pitié les égarements de nos pères et rompit nos liens. |
| Non Corde discédat tuo Vis illa amóris íncliti : Hoc fonte gentes háuriant Remissiónis grátiam. | Que de votre Cœur ne se retire pas la force de ce merveilleux amour ; qu’à cette source les nations puisent la grâce du pardon. |
| Percússum ad hoc est láncea Passúmque ad hoc est vúlnera, Ut nos laváret sórdibus, Unda fluénte et sánguine. | Si la lance le frappa, s’il endura ses blessures, c’était pour nous laver de nos taches par l’eau et le sang répandu. |
| Decus Parénti et Fílio Sanctóque sit Spirítui, Quibus potéstas, glória Regnúmque in omne est sǽculum. Amen. | Honneur au Père et au Fils, et au Saint-Esprit, dont la puissance, la gloire, et le règne demeurent dans tous les siècles. Amen. |
| V/. Hauriétis aquas in gáudio. | V/. Vous puiserez avec joie des eaux [66]. |
| R/. De fóntibus Salvatóris. | R/. Aux sources du Sauveur. |
| Ad Magnificat Ant. Ad Iesum autem * cum veníssent, ut vidérunt eum iam mórtuum, non fregérunt eius crura, sed unus mílitum láncea latus eius apéruit et contínuo exívit sanguis et aqua. | Ant. au Magnificat Étant ensuite venus à Jésus * et Le voyant déjà mort, ils ne Lui rompirent pas les jambes, mais un des soldats Lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau [67]. |
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| Oratio | Prière |
| Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut qui, in sanctíssimo dilécti Fíliitui Corde gloriántes, præcípua in nos caritátis eius benefícia recólimus ; eórum páriter et actu delectémur et fructu. Per eúndem Dóminum nostrum. | Daignez accorder, Dieu tout-puissant : à nous qui nous glorifions dans le très saint Cœur de votre Fils bien aimé, et qui célébrons les bienfaits solennels de sa charité envers nous ; que nous trouvions notre joie dans leur accomplissement et dans les fruits qu’ils ont produits. |
Office après 1929
AUX PREMIÈRES VÊPRES.
| Ant. 1 Suávi iugo tuo * domináre, Dómine, in médio inimicórum tuórum. | Ant. 1 Par votre joug suave [68] * régnez, Seigneur, au milieu de vos ennemis [69]. |
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| Ant. 2 Miséricors * et miserátor Dóminus : escam dedit timéntibus se. | Ant. 2 Le Seigneur miséricordieux * et compatissant : Il a donné une nourriture à ceux qui le craignent [70]. |
| <popup845|width=500|height=250> | |
| Ant. 3 Exórtum est * in ténebris lumen rectis ; miséricors et miserátor Dóminus. | Ant. 3 Elle s’est levée * dans les ténèbres, la lumière pour les hommes droits : le Seigneur est miséricordieux et compatissant [71]. |
| <popup846|width=500|height=250> | |
| Ant. 4 Quid retríbuam * Dómino pro ómnibus quæ retríbuit mihi. | Ant. 4 Que rendrai-je * au Seigneur, pour tous les biens qu’Il m’a faits [72] ? |
| <popup966|width=500|height=250> | |
| Ant. 5 Apud Dóminum * propitiátio est et copiósa apud eum redémptio. | Ant. 5 Auprès du Seigneur * est la miséricorde : et en lui une rédemption abondante [73]. |
| <popup882|width=500|height=250> | |
| Capitulum Ephes. 3. 8-9. | Capitule |
| Fratres : Mihi ómnium sanctórum mínimo data est grátia hæc, in géntibus evangelizáre investigábiles divítias Christi ; et illumináre omnes, quæ sit dispensátio sacraménti abscónditi a sæculis in Deo. | Mes frères : à moi le plus petit de tous les saints, a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils les richesses incommensurables du Christ ; et de mettre en lumière devant tous quelle est l’économie du mystère caché dès l’origine des siècles en Dieu. |
| Hymnus | Hymne |
| En, ut supérba críminum Et sæva nostrórum cohors Cor sauciávit ínnocens Meréntis haud tale Dei ? | Voici comment la cohorte orgueilleuse et cruelle de nos crimes a blessé le Cœur innocent d’un Dieu qui ne méritait rien de tel ? |
| Vibrántis hastam mílitis Peccáta nostra dírigunt, Ferrúmque diræ cúspidis Mortále crimen ácuit. | La lance brandie par le soldat, ce sont nos péchés qui la dirigent, et le fer de la pointe cruelle, la faute mortelle l’aiguise. |
| Ex Corde scisso Ecclésia, Christo iugáta, náscitur : Hoc óstium arcæ in látere est Genti ad salútem pósitum. | Du Cœur percé naît l’Église, unie au Christ : c’est la porte placée sur le côté de l’arche pour le salut du genre humain. |
| Ex hoc perénnis grátia, Ceu septifórmis flúvius, Stolas ut illic sórdidas Lavémus Agni in sánguine | De lui découle une grâce sans fin, comme un fleuve septiforme, pour que nous y lavions nos robes dans le sang de l’Agneau. |
| Turpe est redíre ad crímina, Quæ Cor beátum lácerent : Sed æmulémur córdibus Flammas amóris índices. | C’est une honte de revenir aux crimes qui blesseraient ce Cœur bienheureux : attisons plutôt dans nos cœurs les flammes, indice de l’amour. |
| Iesu, tibi sit glória, Qui Corde fundis grátiam, Cum Patre, et almo Spíritu, In sempitérna sǽcula. Amen. | Jésus, à Vous soit la gloire, Vous dont le Cœur répand l’amour, ainsi qu’au Père et à l’Esprit nourricier, dans les siècles sempiternels. Amen. |
| V/. Tóllite iugum meum super vos et díscite a me. | V/. Prenez sur vous mon jour et apprenez de moi [74]. |
| R/. Quia mitis sum et húmilis Corde. | R/. Que je suis doux et humble de Cœur. |
| Ad Magnificat Ant. Ignem * veni míttere in terram, et quid volo nisi ut accendátur ? | Ant. au Magnificat Le feu, * Je suis venu l’apporter sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il soit allumé [75] ? |
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| Oratio | Prière |
| Deus, qui nobis in Corde Fílii tui, nostris vulneráto peccátis, infinítos dilectiónis thesáuros misericórditer largíri dignáris : concéde, quǽsumus ; ut, illi devótum pietátis nostræ præstántes obséquium, dignæ quoque satisfactiónis exhibeámus offícium. Per eúndem Dóminum nostrum. | Dieu, dans le Cœur de Votre Fils blessé par nos péchés, daignez nous prodiguer les trésors infinis de son amour : faites, nous vous en supplions, qu’en Lui rendant l’hommage de notre dévotion et de notre piété, nous remplissions aussi dignement envers Lui le devoir de la réparation. |
A MATINES
A LAUDES.
| Ant. 1 Unus mílitum * láncea latus eius apéruit et contínuo exívit sanguis et aqua. | Ant. 1 Un des soldats * lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau [116]. |
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| Ant. 2 Stans Iesus * clamábat dicens : Si quis sitit, véniat ad me et bibat. | Ant. 2 Jésus se tenait debout * et criait, en disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi, et qu’il boive [117]. |
| <popup872|width=500|height=250> | |
| Ant. 3 In caritáte perpétua * diléxit nos Deus, ideo, exaltátus a terra, attráxit nos ad Cor suum, míserans. | Ant. 3 D’un amour éternel * Dieu nous a aimé, c’est pourquoi, élevé de terre, Il nous a attiré à son Cœur, par compassion [118]. |
| <popup870|width=500|height=250> | |
| Ant. 4 Veníte ad me * omnes qui laborátis et oneráti estis et ego refíciam vos. | Ant. 4 Venez à Moi * vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et Je vous soulagerai [119]. |
| <popup874|width=500|height=250> | |
| Ant. 5 Fili, * præbe mihi cor tuum et óculi tui custódiant vias meas. | Ant. 5 Fils, * donne-moi ton cœur, et que tes yeux gardent mes voies [120]. |
| <popup873|width=500|height=250> | |
| Capitulum Ephes. 3. 8-9. | Capitule |
| Fratres : Mihi ómnium sanctórum mínimo data est grátia hæc, in géntibus evangelizáre investigábiles divítias Christi ; et illumináre omnes, quæ sit dispensátio sacraménti abscónditi a sæculis in Deo. | Mes frères : à moi le plus petit de tous les saints, a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils les richesses incommensurables du Christ ; et de mettre en lumière devant tous quelle est l’économie du mystère caché dès l’origine des siècles en Dieu. |
| Hymnus | Hymne |
| Cor, arca legem cóntinens Non servitútis véteris, Sed grátiæ, sed véniæ, Sed et misericórdiæ. | Cœur, arche contenant la Loi, non de l’antique servitude, mais la loi de grâce, mais celle du pardon, mais celle de la miséricorde. |
| Cor, sanctuárium novi Intemerátum fœderis, Templum vetústo sánctius, Velúmque scisso utílius. | Cœur, sanctuaire inviolé de la nouvelle alliance, temple plus saint que l’ancien, voile plus utile que celui qui fut déchiré. |
| Te vulnerátum cáritas Ictu paténti vóluit, Amóris invisíbilis Ut venerémur vúlnera. | Votre amour a voulu que vous soyez blessé par un coup visible, pour que d’un amour invisible nous vénérions les blessures. |
| Hoc sub amóris symbolo Passus cruénta et mýstica, Utrúmque sacrifícium Christus sacérdos óbtulit. | Sous ce symbole de l’amour, le Christ Prêtre, ayant souffert de façon sanglante et mystique, offrit un double sacrifice [121]. |
| Quis non amántem rédamet ? Quis non redémptus díligat, Et Corde in isto séligat Ætérna tabernácula ? | A Celui qui nous aime qui ne rendrait son amour ? Quel racheté ne le chérirait pas et dans ce Cœur ne se choisirait pas une demeure éternelle ? |
| Iesu, tibi sit glória, Qui Corde fundis grátiam, Cum Patre, et almo Spíritu, In sempitérna sǽcula. Amen. | Jésus, à Vous soit la gloire, Vous dont le Cœur répand l’amour, ainsi qu’au Père et à l’Esprit nourricier, dans les siècles sempiternels. Amen. |
| V/. Hauriétis aquas in gáudio. | V/. Vous puisez avec joie les eaux [122]. |
| R/. De fóntibus Salvatóris. | R/. Aux sources du Sauveur. |
| Ad Bened. Ant. Facta sunt * enim hæc ut Scriptúra impleréntur quæ dicit : Vidébunt in quem transfixérunt. | Ant. au Benedictus Ces choses ont été faites * afin que l’Ecriture fût accomplie : Ils contempleront Celui qu’ils ont transpercé [123]. |
| <popup876|width=500|height=250> | |
| Oratio | Prière |
| Deus, qui nobis in Corde Fílii tui, nostris vulneráto peccátis, infinítos dilectiónis thesáuros misericórditer largíri dignáris : concéde, quǽsumus ; ut, illi devótum pietátis nostræ præstántes obséquium, dignæ quoque satisfactiónis exhibeámus offícium. Per eúndem Dóminum nostrum. | Dieu, dans le Cœur de Votre Fils blessé par nos péchés, daignez nous prodiguer les trésors infinis de son amour : faites, nous vous en supplions, qu’en Lui rendant l’hommage de notre dévotion et de notre piété, nous remplissions aussi dignement envers Lui le devoir de la réparation. |
AUX DEUXIÈMES VÊPRES.
| Ant. 1 Unus mílitum * láncea latus eius apéruit et contínuo exívit sanguis et aqua. | Ant. 1 Un des soldats * lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau [124]. |
| <popup844|width=500|height=250> | |
| Ant. 2 Stans Iesus * clamábat dicens : Si quis sitit, véniat ad me et bibat. | Ant. 2 Jésus se tenait debout * et criait, en disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi, et qu’il boive [125]. |
| <popup845|width=500|height=250> | |
| Ant. 3 In caritáte perpétua * diléxit nos Deus, ideo, exaltátus a terra, attráxit nos ad Cor suum, míserans. | Ant. 3 D’un amour éternel * Dieu nous a aimé, c’est pourquoi, élevé de terre, Il nous a attiré à son Cœur, par compassion [126]. |
| <popup966|width=500|height=250> | |
| Ant. 4 Veníte ad me * omnes qui laborátis et oneráti estis et ego refíciam vos. | Ant. 4 Venez à Moi * vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et Je vous soulagerai [127]. |
| <popup967|width=500|height=250> | |
| Ant. 5 Fili, * præbe mihi cor tuum et óculi tui custódiant vias meas. | Ant. 5 Fils, * donne-moi ton cœur, et que tes yeux gardent mes voies [128]. |
| <popup968|width=500|height=250> | |
| Capitulum Ephes. 3. 8-9. | Capitule |
| Fratres : Mihi ómnium sanctórum mínimo data est grátia hæc, in géntibus evangelizáre investigábiles divítias Christi ; et illumináre omnes, quæ sit dispensátio sacraménti abscónditi a sæculis in Deo. | Mes frères : à moi le plus petit de tous les saints, a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils les richesses incommensurables du Christ ; et de mettre en lumière devant tous quelle est l’économie du mystère caché dès l’origine des siècles en Dieu. |
| Hymnus | Hymne |
| En, ut supérba críminum Et sæva nostrórum cohors Cor sauciávit ínnocens Meréntis haud tale Dei ? | Voici comment la cohorte orgueilleuse et cruelle de nos crimes a blessé le Cœur innocent d’un Dieu qui ne méritait rien de tel ? |
| Vibrántis hastam mílitis Peccáta nostra dírigunt, Ferrúmque diræ cúspidis Mortále crimen ácuit. | La lance brandie par le soldat, ce sont nos péchés qui la dirigent, et le fer de la pointe cruelle, la faute mortelle l’aiguise. |
| Ex Corde scisso Ecclésia, Christo iugáta, náscitur : Hoc óstium arcæ in látere est Genti ad salútem pósitum. | Du Cœur percé naît l’Église, unie au Christ : c’est la porte placée sur le côté de l’arche pour le salut du genre humain. |
| Ex hoc perénnis grátia, Ceu septifórmis flúvius, Stolas ut illic sórdidas Lavémus Agni in sánguine | De lui découle une grâce sans fin, comme un fleuve septiforme, pour que nous y lavions nos robes dans le sang de l’Agneau. |
| Turpe est redíre ad crímina, Quæ Cor beátum lácerent : Sed æmulémur córdibus Flammas amóris índices. | C’est une honte de revenir aux crimes qui blesseraient ce Cœur bienheureux : attisons plutôt dans nos cœurs les flammes, indice de l’amour. |
| Iesu, tibi sit glória, Qui Corde fundis grátiam, Cum Patre, et almo Spíritu, In sempitérna sǽcula. Amen. | Jésus, à Vous soit la gloire, Vous dont le Cœur répand l’amour, ainsi qu’au Père et à l’Esprit nourricier, dans les siècles sempiternels. Amen. |
| V/. Hauriétis aquas in gáudio. | V/. Vous puisez avec joie les eaux [129]. |
| R/. De fóntibus Salvatóris. | R/. Aux sources du Sauveur. |
| Ad Magnificat Ant. Ad Iesum autem * cum veníssent, ut vidérunt eum iam mórtuum, non fregérunt eius crura, sed unus mílitum láncea latus eius apéruit et contínuo exívit sanguis et aqua. | Ant. au Magnificat Étant ensuite venus à Jésus * et Le voyant déjà mort, ils ne Lui rompirent pas les jambes, mais un des soldats Lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau [130]. |
| <popup875|width=500|height=250> | |
| Oratio | Prière |
| Deus, qui nobis in Corde Fílii tui, nostris vulneráto peccátis, infinítos dilectiónis thesáuros misericórditer largíri dignáris : concéde, quǽsumus ; ut, illi devótum pietátis nostræ præstántes obséquium, dignæ quoque satisfactiónis exhibeámus offícium. Per eúndem Dóminum nostrum. | Dieu, dans le Cœur de Votre Fils blessé par nos péchés, daignez nous prodiguer les trésors infinis de son amour : faites, nous vous en supplions, qu’en Lui rendant l’hommage de notre dévotion et de notre piété, nous remplissions aussi dignement envers Lui le devoir de la réparation. |
Fête du Très Saint Cœur de Jésus
In Festo Sacratissimi Corde Iesu
nos tibi semper et ubíque grátias ágere :
Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus :
c’est notre devoir et c’est notre salut,
de vous rendre grâces toujours et partout,
Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant :
láncea mílitis transfígi voluísti :
ut apértum Cor, divínæ largitátis sacrárium,
torréntes nobis fúnderet miseratiónis et grátiæ :
fût transpercé par la lance d’un soldat,
afin que son Cœur ouvert, sanctuaire de la libéralité divine,
répande sur nous des torrents de miséricorde et de grâce :
piis esset réquies
et poeniténtibus pateret salútis refúgium.
il soit pour les âmes pieuses une paisible retraite,
et pour les âmes pénitentes l’asile du salut.
cum Thronis et Dominatiónibus,
cumque omni milítia cæléstis exércitus,
hymnum glóriæ tuæ cánimus,
sine fine dicéntes…
avec les Trônes et les Dominations,
avec la troupe entière de l’armée céleste,
nous chantons une hymne à votre gloire,
redisant sans fin…
Ou
ou Messe (Dicit Dominus) du 24ᵉ Dim. ap. Pent. : Or. pro Papa. Préf. commune.

Commentaires
Présentation
Présentation
Ce dimanche est toujours célébré comme dernier de l’année liturgique, que celle ci comporte moins de 24 dimanches (23 dimanches en 2011, nous omettrons le 23ᵉ, et le 24ᵉ prendra sa place) ou plus de 24 dimanches (en 2008, ce dimanche fut célébré comme 28ᵉ dimanche après la Pentecôte). Dans le cas où l’année comporte plus de 24 dimanches, on intercale alors les dimanches mobiles.
L’Antiphonaire a pris fin au 23ᵉ dimanche, les chants de la messe sont donc les mêmes que ce dimanche-là : on en trouvera le commentaire au 23ᵉ dimanche.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Le nombre des Dimanches après la Pentecôte peut dépasser vingt-quatre et s’élever jusqu’à vingt-huit, selon que la Pâque s’est rapprochée plus ou moins, dans les diverses années, de l’équinoxe du printemps. Mais la Messe qui suit est toujours réservée pour la dernière ; on remplit l’intervalle avec celles, plus ou moins nombreuses, des Dimanches après l’Épiphanie, qui, dans ce cas, n’ont point eu leur emploi au commencement de l’année. Ceci toutefois doit s’entendre exclusivement des Oraisons, Épîtres et Évangiles ; car, ainsi que nous l’avons dit, les Introït, Graduel, Offertoire et Communion restent jusqu’à la fin les mêmes qu’au vingt-troisième Dimanche.
On a vu que cette Messe du vingt-troisième Dimanche était véritablement considérée par nos pères comme la dernière du Cycle. L’Abbé Rupert nous a révélé le sens profond de ses diverses parties. Selon la doctrine que nous avions eu l’occasion de méditer précédemment [1], la réconciliation de Juda nous y est apparue comme le terme, dans le temps, des intentions divines ; les dernières notes de la sainte Liturgie sont venues s’y confondre avec le dernier mot pour Dieu de l’histoire du monde. Le but cherché dans la création par l’éternelle Sagesse, et miséricordieusement poursuivi dans la rédemption après la chute, est en effet pleinement atteint désormais ; car ce but n’était autre que l’union divine avec l’humanité rassemblée dans l’unité d’un seul corps [2] Maintenant que les deux peuples ennemis, gentil et juif, sont réunis en un seul homme nouveau dans Jésus-Christ leur chef [3], les deux Testaments, qui marquèrent si profondément au milieu des siècles la distinction des temps anciens et nouveaux, s’effacent d’eux-mêmes pour faire place aux splendeurs de l’alliance éternelle.
L’Église arrêtait donc ici, autrefois, la marche de sa Liturgie. Elle était satisfaite d’avoir amené ses fils, non seulement à pénétrer en cette manière le développement complet de la pensée divine, mais encore et surtout à s’unir ainsi d’une union véritable au Seigneur, par une communauté réelle de vues, d’intérêts et d’amour. Aussi ne revenait-elle même pas sur l’annonce du second avènement de l’Homme-Dieu et du jugement final, qui avait fait, au temps de l’Avent, l’objet de leurs méditations dans les débuts de la vie purgative C’est depuis quelques siècles seulement que, dans la pensée de donner au Cycle une conclusion plus précise et plus appréhensible aux chrétiens de nos jours, elle le termine par le récit prophétique de la redoutable arrivée du Seigneur, qui clôt les temps et inaugure l’éternité. Saint Luc se trouvant de temps immémorial chargé d’annoncer dans les jours de l’Avent cet avènement terrible [4], l’Évangile de saint Matthieu fut choisi pour le décrire de nouveau, et plus longuement, au dernier Dimanche après la Pentecôte
L’exercice des bonnes oeuvres avec l’aide de la grâce nous fait obtenir une grâce plus grande. Demandons avec l’Église, dans la Collecte, une action efficace de ce moteur divin sur nos volontés.
ÉPÎTRE
Action de grâces et prière : c’est le résumé de notre Épître et la digne conclusion des instructions de l’Apôtre, comme du Cycle entier de la sainte Liturgie. Le Docteur des nations n’a point défailli dans la tâche que lui avait confiée la Mère commune ; il ne tient pas à lui que les âmes dont il avait pris la conduite au lendemain de la descente de l’Esprit d’amour, ne soient toutes parvenues aux sommets de perfection qu’il rêvait pour elles toutes. Et de fait, les chrétiens fidèles à marcher sans faiblir dans la voie ouverte, il y a un an, devant eux par la sainte Église, savent maintenant, pour en avoir acquis la bienheureuse expérience, que cette carrière de salut aboutissait sûrement à la vie d’union où règne en souveraine la divine charité ! En quel homme, du reste, pour peu que cet homme ait laissé prendre son intelligence et son cœur à l’intérêt que présente le développement des saisons liturgiques, en quel homme ne s’est pas développée du même coup la lumière ? Or la lumière est l’indispensable élément qui nous arrache à l’empire des ténèbres et nous transfère, par le secours du Dieu très-haut, dans le royaume de son Fils bien-aimé. L’œuvre de la rédemption que ce Fils de son amour est venu accomplir ici-bas à sa gloire, n’a donc pu qu’avancer dans tous ceux qui se sont associés d’une façon quelconque aux pensées de l’Église, depuis les semaines de l’Avent jusqu’en ces derniers jours du Cycle. Tous dès lors, qui que nous soyons, nous devons rendre grâces à ce Père des lumières [5], qui nous a rendus dignes d’avoir une part, si minime soit-elle, à l’héritage des saints.
Mais tous aussi, quelle qu’en soit la mesure, nous avons à prier pour que le don excellent [6] déposé dans nos cœurs, se prête au développement que doit lui apporter le nouveau Cycle à la veille de s’ouvrir. Le juste ne peut rester stationnaire ici-bas : il faut qu’il descende ou qu’il monte ; et quelle que soit la hauteur où l’a déjà porté la grâce, il doit toujours, tant qu’il est en cette vie, monter davantage [7]. Les Colossiens, auxquels s’adressait l’Apôtre, avaient pleinement reçu l’Évangile ; la parole de vérité semée en eux y fructifiait merveilleusement dans la foi, l’espérance et l’amour [8] saint Paul, qui priait déjà, ne cesse plus de le faire. Prions donc nous aussi. Demandons à Dieu qu’il nous remplisse encore et toujours de sa divine Sagesse et de l’Esprit d’intelligence. Nous en avons besoin pour répondre à ses intentions miséricordieuses. L’année qui va commencer réserve à notre fidélité des ascensions nouvelles, laborieuses peut-être ; mais elles seront récompensées par des aspects nouveaux dans les jardins de l’Époux, et la production de fruits plus nombreux et plus suaves. Marchons donc d’une façon digne de Dieu, joyeux et forts sous le regard de son amour, dans la voie montante qui nous conduit au repos sans fin de la vision bienheureuse.
ÉVANGILE.
Bien des fois, dans les semaines de l’Avent, les circonstances qui accompagneront le dernier avènement du Seigneur ont fait l’objet de nos méditations ; sous peu de jours, les mêmes enseignements vont revenir pénétrer nos âmes d’une terreur salutaire. Qu’il nous soit permis aujourd’hui de nous retourner, dans le désir et la louange, vers le Chef adoré dont l’heure solennelle du jugement doit consommer l’œuvre et marquer le triomphe. O Jésus, qui viendrez alors délivrer votre Église et venger Dieu d’insultes prolongées si longtemps, elle sera en effet terrible au pécheur cette heure de votre arrivée ! Il comprendra clairement alors que le Seigneur a tout fait pour lui-même, tout jusqu’à l’impie, réservé pour glorifier sa justice au jour mauvais [9]. L’univers, conjuré pour la perte des méchants [10], se dédommagera enfin de la servitude de péché qui lui fut imposée [11]. Vainement les insensés crieront aux montagnes de les écraser, afin d’échapper au regard de celui qui siégera sur le trône [12] : l’abîme refusera de les engloutir ; obéissant à celui qui tient les clefs de la mort et de l’enfer [13], il vomira jusqu’au dernier ses tristes habitants au pied du redoutable tribunal.
O Jésus, ô Fils de l’homme, combien grande apparaîtra votre puissance, entouré que vous serez d’autre part des célestes phalanges [14] formant votre cour brillante, et rassemblant vos élus des quatre coins de l’univers ! Car nous aussi, nous vos rachetés, devenus vos membres en devenant ceux de votre Église bien-aimée, nous serons là en ce jour ; et notre place, ineffable mystère sera celle que l’Époux réserve à l’Épouse : votre trône [15], où, siégeant avec vous, nous jugerons les anges mêmes [16] Dès maintenant tous les bénis du Père [17], ces élus dont la jeunesse s’est tant de fois renouvelée comme celle de l’aigle au contact de votre sang précieux [18], n’ont-ils pas leurs yeux préparés pour fixer sans faiblir, quand il se montrera au ciel, le Soleil de justice ? Dans leur faim accrue des lenteurs de l’exil, qui donc pourrait arrêter leur vol, quand paraîtra la proie sacrée de votre divin corps ? quelle force romprait l’impétuosité de l’amour [19] qui les rassemblera au banquet de la Pâque éternelle ? Car c’est la vie et non la mort, la destruction de l’antique ennemie [20], la rédemption s’étendant jusqu’aux corps [21], le plein passage à la vraie terre promise, la Pâque en un mot, cette fois réelle pour tous et sans couchant, que proclamera la trompette de l’Ange sur les tombeaux des justes. Quelle ne sera pas l’allégresse de ce vrai jour du Seigneur [22], pour tous ceux qui par la foi ont vécu du Christ, qui l’ont aimé sans le voir [23] ! S’identifiant à vous, ô Jésus, malgré l’infirmité de leur chair fragile, ils ont continué ici-bas votre vie de souffrances et d’humiliations ; quel triomphe, quand, délivrés à jamais du péché, revêtus de leurs corps immortels, ils seront transportés au-devant de vous pour être avec vous toujours [24] !
Mais leur joie immense sera surtout d’assister, en ce grand jour, à la glorification de leur Chef bien-aimé par la manifestation de la puissance qui lui fut donnée sur toute chair [25]. C’est alors, ô notre Emmanuel, que, brisant la tête des rois et réduisant vos ennemis à vous servir de marchepied [26], vous apparaîtrez comme le seul prince des nations [27]. C’est alors que le ciel, la terre et l’enfer réunis, fléchiront les genoux [28] devant ce Fils de l’homme venu autrefois dans la forme d’esclave, jugé, condamné, mis à mort entre des scélérats ; alors vous jugerez, ô Jésus, les juges iniques auxquels vous annonciez, du sein de vos humiliations, cette venue sur les nuées du ciel [29]. Et lorsque, la redoutable sentence une fois prononcée, les réprouvés iront au supplice éternel et les justes à la vie sans fin [30], votre Apôtre nous apprend que, pleinement vainqueur de vos ennemis, roi sans conteste, vous remettrez au Père souverain ce royaume conquis sur la mort, comme l’hommage parfait du Chef et des membres [31]. Dieu sera tout en tous. Ce sera l’accomplissement de la prière sublime que vous apprîtes aux hommes [32], et qui s’élève plus fervente chaque jour du cœur de vos fidèles, lorsque s’adressant à leur Père qui est aux cieux, ils lui demandent sans se lasser, au milieu de la défection générale, que son Nom soit sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Incomparable sérénité de ce jour où cessera le blasphème ; où, purifiée par le feu de la fange du péché, la terre sera un nouveau paradis ! Quel chrétien donc ne tressaillirait, dans l’attente de ce dernier des jours qui ouvrira l’éternité ? qui ne compterait pour bien peu les angoisses de la dernière heure, à la pensée que ces souffrances ne signifient rien autre chose sinon, comme le dit l’Évangile, que le Fils de l’homme est tout près et à la porte ?
O Jésus, détachez-nous toujours plus de ce monde dont la figure passe [33] avec ses vains travaux, ses gloires contrefaites et ses faux plaisirs. Ainsi que vous nous l’aviez annoncé, comme aux jours de Noé, comme à Sodome, les hommes continuent de manger et de boire, de s’absorber dans le trafic et la jouissance ; sans plus songer à la proximité de votre avènement que leurs devanciers ne se préoccupèrent du feu du ciel et du déluge, jusqu’à l’instant qui les perdit tous [34]. Laissons-les se réjouir et s’envoyer des présents, comme le dit votre Apocalypse, à la pensée que c’en est fait du Christ et de son Église [35]. Tandis qu’ils oppriment en mille manières votre cité sainte, et lui imposent des épreuves qu’elle n’avait point connues, ils ne se doutent pas que ce sont les noces de l’éternité qu’ils avancent ; il ne manquait plus à l’Épouse que les joyaux de ces épreuves nouvelles, et la pourpre éclatante dont l’orneront ses derniers martyrs. Pour nous, prêtant l’oreille aux échos de la patrie, nous entendons déjà sortir du trône la voix qui crie, au bruit des tonnerres qu’entendit le prophète de Pathmos : « Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, vous tous qui le craignez, petits et grands. Alléluia ! car il règne nôtre Seigneur tout-puissant. Réjouissons-nous et tressaillons, rendons-lui gloire ; car le temps des noces de l’Agneau est arrivé, et son Épouse s’est préparée [36] ! » Encore un peu de temps, afin que se complète le nombre de nos frères [37] ; et, avec l’Esprit et l’Épouse, nous vous dirons dans l’ardeur de nos âmes trop longtemps altérées : « Venez, ô Jésus [38] ! Venez nous consommer dans l’amour par l’union éternelle, à la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans les siècles sans fin ! »
Demandons au Seigneur, dans la Secrète, qu’à l’approche du dernier jugement il tourne vers lui tous les cœurs, et qu’il daigne remplacer en nous les appétits de la terre par les désirs et les goûts du ciel. 
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
C’est le dernier du cycle d’été, et il sert comme de prélude au saint temps de l’Avent. La première collecte qui, en termes encore énigmatiques, nous promet remedia maiora, et la lecture évangélique, avec la description de la seconde venue du Fils de Dieu, préparent l’âme au grand événement qui va être célébré ; dans cinq semaines, le Verbe de Dieu, revêtu de chair humaine, fera sa première entrée dans le monde, et, comme le dit aujourd’hui l’Apôtre dans l’épître aux Colossiens, Dieu Lui-même nous introduira alors définitivement dans le royaume de l’amour fondé par son Fils Unique et bien-aimé.
L’Antiphonaire grégorien n’assigne que vingt-quatre dimanches à la période qui s’étend delà Pentecôte à l’Avent. Toutefois, comme la durée effective de ce cycle dépend de la date de Pâques, si, en raison d’une trop précoce Septuagésime, on a dû omettre les offices de quelques dimanches après l’Épiphanie, leurs collectes et leurs lectures sont reprises après le XXIIIᵉ dimanche après la Pentecôte. On fait alors en sorte que les chants, tant antiphoniques que responsoriaux, de ce dernier dimanche du cycle d’automne soient répétés en chacune de ces synaxes dominicales supplémentaires. La messe assignée au XXIVᵉ dimanche conserve néanmoins son privilège de précéder immédiatement le cycle de l’Avent ; aussi les messes intercalaires doivent-elles se placer entre le XXIIIᵉ dimanche et le XXIVᵉ, qui, pour cette raison, a dans le Missel le titre de dernier après la Pentecôte.
Ce caractère un peu incertain et flottant des dernières synaxes des deux cycles, après l’Épiphanie et avant l’Avent, apparaît dès l’antiquité. Le recours aux mêmes chants à répéter en ces dimanches rappelle la pauvreté des cycles grec et milanais. Dans le rit grec, par exemple, le livre Oktôêkos contient les offices du cycle liturgique qui va de l’octave de la Pentecôte au dimanche dit du Pharisien et du Publicain, c’est-à-dire celui qui, chez nous, précède la septuagésime. Cette série comprend toutefois huit dimanches seulement, selon le nombre des tons musicaux grecs, et se répète indéfiniment pendant la plus grande partie de l’année.
La liturgie ambrosienne a quelque chose de semblable, puisque la série des messes dominicales offre seulement six types, lesquels se répètent invariablement. La liturgie romaine est beaucoup plus riche, puisque même ce dernier groupe de messes qui clôt le cycle de la Pentecôte, outre qu’il offre des caractères de vénérable antiquité, ne peut être considéré comme manquant entièrement de variété ni d’élégance.
Cette messe qui précède immédiatement la période liturgique de l’Avent n’a de propres que les trois collectes et les péricopes scripturaires. Dans la première prière on prélude déjà à l’Avent, temps de réveil et de revanche, puisqu’on supplie le Seigneur d’exciter la torpeur de notre volonté par sa grâce, afin de nous disposer à obtenir de sa bonté ces remedia maiora qu’il se prépare à nous donner. Quels sont ces grands remèdes ? L’avènement de Jésus, les Sacrements, l’Eucharistie qui perpétue l’Incarnation.
Toutefois, pour que ces remèdes produisent un fruit abondant, on nous demande notre coopération, puisque, comme le disait gracieusement saint Augustin : Qui creavit te sine te, non salvabit te sine te. C’est pourquoi l’Église demande aujourd’hui la divine grâce, afin que la pratique des vertus chrétiennes serve comme de préparation et d’entraînement pour revivre le Christ dans la plénitude de sa sainteté. Cet exercice des vertus chrétiennes est appelé aujourd’hui dans la liturgie divini operis fructum ; pour le distinguer toutefois de toutes ces vertigineuses poursuites de la vie contemporaine, vie de furieuse activité matérielle qui altère le plus souvent le système nerveux et qui, sous prétexte de dominer ks éléments, tend à asservir l’esprit à la matière et aux sens, cette activité surnaturelle est dite œuvre divine parce qu’elle a pour principe la grâce et Dieu pour terme. A la différence des diverses œuvres de la vie, elle est appelée divini operis, au singulier, parce qu’une seule chose est absolument nécessaire, un unique idéal doit dominer toutes les autres activités auxquelles nous nous appliquons, cela même dont parlait Jésus aux habitants de Capharnaüm : Hoc est opus Dei, ut credatis. L’œuvre de Dieu par excellence, c’est donc une vie de foi.
Prière. — « Excitez, Seigneur, le bon vouloir de vos fidèles, afin que, coopérant de plus en plus fidèlement à la grâce du mystère eucharistique, — c’est l’opus divinum par excellence, — ils puissent obtenir de votre miséricorde des secours encore plus efficaces. Par notre Seigneur. »
Aujourd’hui commence la lecture de l’épître aux fidèles de Colosses (1, 9-14) qui autrefois se continuait aux messes fériales de cette semaine. Les diverses fêtes de saints qui, par la suite, ont occupé la place des missae cotidianae fériales, ont bouleversé cet ordre primitif des lectures. Les lectures scripturaires de l’Office nocturne y remédient toutefois quelque peu ; à grands traits elles nous font parcourir en effet, durant le cycle annuel, toute la sainte Écriture. Dans la lecture de ce jour, l’Apôtre décrit l’inépuisable richesse de l’idéal chrétien, la science des voies de Dieu, la fécondité des bonnes œuvres, la société des saints dans le royaume de la lumière, et la rémission des péchés par le Sang du Rédempteur. Il insiste beaucoup sur cette idée que le christianisme est vie, et, comme tel, requiert développement, force, déploiement d’énergie, de telle sorte que le fidèle, sous l’influence de la grâce divine, progresse de jour en jour en revivant la plénitude du Christ.
La seconde venue du Fils de Dieu sur la terre est préfigurée par la première ; c’est pourquoi aujourd’hui, au terme de l’année liturgique et avant d’ouvrir le nouveau cycle de l’Avent, l’Église, avec les paroles mêmes de Jésus (Matth., 24, 15-35), nous décrit le grand cataclysme qui mettra fin au monde et précédera le jugement universel. Jérusalem était le centre et le symbole de l’univers, aussi, en une seule vue prophétique, se compénètrent aujourd’hui dans l’Évangile deux prophéties distinctes : l’une relative au siège et à la destruction de la Cité sainte par les Romains ; l’autre, relative à la fin du monde. L’accomplissement de la première nous est le gage et la sûre garantie que la seconde également se réalisera en son temps.
Dans la collecte avant l’anaphore, on demande à la divine clémence d’accueillir les prières et les offrandes que tout le peuple a remises au prêtre afin que chacun contribue de son mieux au sacrifice dominical et collectif, qui, autrefois, était ainsi offert par toute la communauté des fidèles. C’est l’origine des messes pro populo, que, maintenant encore, aux jours de fêtes, les pasteurs d’âmes sont tenus d’offrir pour leur propre troupeau.
Par les mérites du divin Sacrifice, on demande ensuite au Seigneur que sa grâce attire à Lui nos cœurs, afin que, détachés des basses convoitises, nous n’aimions que Lui seul.
Les affections jaillissent de la nature même de l’individu et la révèlent. L’homme animal ne nourrira donc que des pensées charnelles, tandis que celui dont le Christ est la vie, comme saint Paul, n’aura de goût que pour les choses divines. Pour que nos œuvres et notre idéal soient selon Dieu, il importe donc grandement que la grâce du Saint-Esprit ne rencontre jamais aucune résistance ni opposition à la formation du Christ en nous, alors que, au dire de l’Apôtre, si consurrexistis cum Christo, quae sursum sunt quaerite, quae sursum sunt sapite, non quae super terram.
Dans la collecte eucharistique d’action de grâces, nous faisons aujourd’hui appel à l’efficacité médicinale du Sacrement, afin qu’il guérisse tout ce qu’il y a dans l’âme de défectueux ou de déformé. De cette prière il ressort avec évidence combien la doctrine de l’Église fut de tout temps contraire au rigorisme janséniste des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, qui, ayant exclu la plus grande partie des chrétiens de la Table sainte, faisait à peine de l’Eucharistie, préparée par Dieu aux pauvres, — parasti in dulcedine tua pauperi, Deus, —le sacrement annuel des parfaits.
Il y a quelques tristes catégories de démons contre lesquels il est trop dangereux de lutter directement, corps à corps ; ce sont spécialement les démons de l’impureté, du scandale et de l’apostasie de la foi. Contre ces tentations, le moyen le plus efficace pour obtenir la victoire est toujours la fuite des occasions. Quand on voit cette abomination, il faut, selon le conseil de l’Évangile, que l’âme vole se réfugier sur les monts c’est-à-dire sur les hauteurs de la foi et de la sainteté, se mettant à l’abri dans le Cœur ouvert de Jésus.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Le Fils de l’homme vient avec grande puissance et grande majesté.
1. Pensées du Dimanche. — N’est-ce pas un coup de maître de la part de l’Église de faire passer sous le regard de notre esprit, au dernier dimanche de l’année liturgique, l’acte final du drame de la rédemption, le retour du Christ ? Comment nous comporter devant ce grand événement qui doit nous intéresser tous puisque nous y assisterons tous ? Que dit l’histoire à ce sujet ? Nous pouvons distinguer trois périodes : celles du Christ, de l’antiquité chrétienne et du Moyen Age.
a) Le Christ parle souvent de son retour ; et il le fait d’une façon particulièrement détaillée dans son grand discours eschatologique auquel est emprunté l’Évangile d’aujourd’hui. Le chrétien vivant avec l’Église devrait connaître ce discours, du moins son analyse. Le Christ n’entend pas alors satisfaire notre curiosité ; le but de son discours est de donner à la vie chrétienne un puissant développement. Il atteint, en effet, son point culminant dans cette pensée : l’heure de la fin est incertaine (cela est vrai aussi de la mort ; la mort est le retour du Christ pour chacun). La grande conséquence est celle-ci : « Nous devons être toujours prêts. Pour souligner plus fortement cette conséquence, le Christ emploie quatre paraboles qui toutes ont le même sens : celles du voleur, de l’intendant, des vierges sages et des vierges folles, et des talents.
b) Quelle est l’attitude de l’antiquité chrétienne en face du retour du Christ ? Nous le savons. Elle attend le retour du Seigneur avec un ardent désir. Elle va, joyeuse, à la rencontre du Seigneur, avec la couronne des vierges et la palme des martyrs. Maranatha, c’est-à-dire : Viens, Seigneur, était le refrain de toutes ses prières.
c) Tout autre est l’attitude du Moyen Age. Une crainte salutaire faisait trembler à la pensée du jugement dernier. Le « Dies irae » de la messe des morts nous donne une idée de l’intense émotion du Moyen Age. « Ah ! Que dirai-je, malheureux que je suis ? à quel défenseur me vouer, quand des justes eux-mêmes manquent d’assurance ?.. Je suis là en accusé ; la honte fait rougir mes joues... »
d) Et nous ? L’antiquité avait le désir ; le Moyen Age, la crainte ; nous n’avons ni l’un ni l’autre. Nous ne parvenons pas à concevoir le désir ; la crainte ne remplit pas notre cœur. Nous n’avons plus l’enthousiasme de l’antique Église, mais nous n’avons pas non plus la foi naïve du Moyen Age. Que devons-nous faire ? Revenons à la pensée du Sauveur sur le jugement : Soyons toujours prêts ! La vie à la lumière du second avènement. Adaptons cette préoccupation à l’édifice divin de notre foi. Nous croyons au second avènement ; c’est aussi cette foi qui est l’objet des méditations de l’Église dans la liturgie. Comme elle nous rappelle ta possibilité de devenir, en considérant le second avènement, riches en fruits de bonnes œuvres, la possibilité de croître dans la patience et la persévérance (Ép.) ! En vérité, ce sont des pensées que nous ne pouvons jamais oublier ; l’Église fait succéder l’acte à la parole. Nous rappeler ces pensées était le but de l’avant-messe ; mais le Saint-Sacrifice met à notre portée, sous une forme mystique, le retour du Seigneur ; car le Saint-Sacrifice est déjà lui-même un retour du Seigneur ; à la vérité, sous une autre forme. C’est un retour par la grâce : « mes pensées sont des pensées de paix et non de châtiment. » Mais c’est aussi un jugement. Le jugement de punition, il l’a pris sur lui dans sa mort qui est maintenant commémorée. Pour lui l’arrêt de mort sur la croix ; pour nous cette parole : « Venez, les bénis de mon Père... »
2. La Messe (Dicit Dominus). — Il est grand et saisissant le moment où, immédiatement après la consécration, l’Église affirme, à la messe, sa foi au grand mystère de la rédemption : « C’est pourquoi nous nous rappelons… la bienheureuse Passion, la résurrection d’entre les morts et la glorieuse ascension du Christ... » L’Église veut dire par là : le Christ est maintenant présent avec toute son œuvre rédemptrice. C’est la raison pour laquelle elle en énumère les principales phases : la Passion, la résurrection et l’ascension. Autrefois, et maintenant encore chez les Grecs, on citait aussi en dernier lieu le retour du Christ. Ainsi le Seigneur apparaissant dans le mystère de l’Eucharistie est le Christ du retour, le Christ « en grande puissance et majesté ». La messe est à la fois une anticipation, une réalisation avant la lettre, du retour du Seigneur. Cela est vrai de chaque messe, mais tout particulièrement de celle d’aujourd’hui où l’Église célèbre la solennité liturgique du retour. Aujourd’hui se réalise, dans les cérémonies saintes de la liturgie, ce que, pendant des semaines, nous avons préparé, attendu et désiré. Aujourd’hui prend fin le drame sacré de l’année liturgique.
L’âme approche aujourd’hui avec crainte de la maison de Dieu, car celle-ci est aujourd’hui le théâtre du jugement général. Aussi est-ce pour nous une consolation d’être accueillis sur le seuil de la maison par le Père céleste qui nous dit : Mes pensées sont des pensées de paix et non de châtiment. Alors, la crainte qui nous saisissait à notre entrée dans l’église se change en joie du retour dans la Jérusalem céleste (le psaume 84 est un cantique de rédemption et convient très bien ici). Le Confiteor est aujourd’hui à sa place ; il constitue une scène de jugement ; nous nous tenons devant le Juge éternel ; les saints sont nos accusateurs, mais aussi nos intercesseurs. Le Kyrie est notre chant d’exil, par opposition à l’Alléluia qui est, pour les enfants de Dieu, le chant de la patrie céleste.
L’Oraison fait déjà entendre les accents de l’Avent (Excita), une vraie prière de fin d’année : invitation à utiliser avec plus de zèle que précédemment la prochaine année de grâce.
Maintenant paraît notre mère l’Église ; elle nous adresse d’émouvantes paroles de saint Paul captif (Ép.). Elle n’est pas une visionnaire ; elle ne nous emmène pas dans les nuages du ciel, mais elle nous dispose, par des prières et des supplications, à nous rendre dignes d’aller au-devant du Seigneur qui revient. Elle nous parle et nous supplie en mère soucieuse de son devoir. Le chrétien doit ressembler à un arbre chargé de fruits, s’armer dans la vie de patience et de persévérance, aspirer avec joie et reconnaissance au jour de la venue du Seigneur. Malgré tout son sérieux, la pensée du jugement ne doit pas nous effrayer. Nous devons toutefois être reconnaissants « qu’il nous ait rendus dignes de partager l’héritage de ses saints dans la lumière et de prendre place dans le royaume de son Fils bien-aimé ».
Nous chantons avec la joie du triomphe le Graduel et avec un ardent désir l’Alléluia que nous aurons bientôt le bonheur de chanter dans les rues de la céleste Sion.
Maintenant, dans l’Évangile, c’est le Seigneur lui-même qui place sous nos yeux un tableau expressif de son jour. Mais il ne veut pas nous effrayer, car son intention est de « rassembler » ses élus pour leur faire « partager l’héritage de ses saints ».
Maintenant nous arrivons au sacrifice. Quelle est notre offrande ? L’homme peut nourrir deux convoitises : la convoitise des plaisirs de la terre ou le désir du ciel. C’est ce dernier désir que nous déposons aujourd’hui sur la table du sacrifice et que nous exprimons dans le De profundis.
Au Saint Sacrifice paraît le Christ, le Roi de majesté ; il porte encore le manteau des espèces eucharistiques ; pourtant c’est le même qui viendra en grande puissance et majesté. Et, à la communion, il se penche sur chaque âme. Du trône de son Père il laisse tomber ces paroles de consolation : Je suis glorifié ; priez avec un cœur confiant, cela vous sera donné. Le gage de cette parole de salut est l’Eucharistie.
3. La Prière des Heures. — Nous lisons la saisissante peinture du jugement dernier que saint Basile présente au bréviaire du dernier dimanche. A vrai dire, elle forme contraste avec la messe : « Si le désir de pécher s’empare de vous, alors pensez à ce terrible et insupportable jugement du Christ, où il est assis en Juge sur un trône élevé. Devant lui se tient toute la création, tremblant à son glorieux aspect. Nous sommes amenés un à un devant lui pour rendre compte de ce que nous avons fait pendant la vie. Alors, celui qui commis beaucoup de péchés dans sa vie est entoure ; d’anges hideux et effrayants, aux yeux et au souffle de feu à cause de la dureté de leur cœur, au visage sombre comme la nuit à cause de leur désespoir et de leur haine pour les hommes. De plus, représentez-vous l’abîme sans fond, les ténèbres impénétrables, le feu sans éclat, qui peut bien brûler, mais non éclairer. Pensez à la race venimeuse et carnivore des vers qui dévore insatiablement, n’est jamais assouvie et cause, par ses morsures, d’intolérables souffrances ; enfin, pensez à ce qui est le plus terrible de tous les supplices, à la honte-et à la confusion éternelle. Craignez tout cela et, instruits par cette crainte, tenez votre âme éloignée, comme par un frein, des mauvaises convoitises. »
Office du jour
Office du jour
Office
Leçons des Matines avant 1960
Au troisième nocturne.
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu.
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne. Et le reste.
Homélie de saint Jérôme, prêtre.
Septième leçon. Nous sommes invités à comprendre : c’est un signe que ce qui vient d’être dit recèle un sens mystérieux. Voici ce que nous lisons en Daniel : « Le temps d’une demi-semaine il fera cesser le sacrifice et l’oblation et sur l’aile du Temple sera l’abomination de la désolation jusqu’à la fin et la fin sera accordée sur une solitude ». Et à ce propos l’Apôtre dit que l’Homme d’iniquité et l’Adversaire doit se dresser contre tout ce qu’on appelle Dieu et qu’on vénère, osant même se tenir dans le Temple de Dieu, et se donner lui-même pour Dieu ; que sa venue, par l’influence de Satan, détruira et réduira à être délaissés de Dieu ceux qui l’auront accueilli.
Huitième leçon. On peut comprendre simplement qu’il s’agit de l’Antichrist ou de l’image de César que Pilate fit placer dans le Temple, ou de la statue équestre d’Adrien qui se dresse encore aujourd’hui au lieu même du Saint des Saints. Dans l’Ancien Testament, abomination signifie aussi idole ; et c’est pourquoi on lui ajoute « de la désolation », parce que l’idole a été fixée dans le Temple en désolation et en ruines.
Neuvième leçon. On peut entendre l’abomination de la désolation comme toute doctrine perverse. Quand nous la verrons se tenir dans le lieu saint, c’est-à-dire dans l’Église, et se faire passer pour Dieu, nous devrons fuir de la Judée vers les montagnes, c’est-à-dire abandonner la lettre qui tue et l’erreur judaïque, nous approcher des montagnes éternelles d’où Dieu répand son admirable lumière et nous tenir sur le toit et sur la terrasse où les traits enflammés du diable ne peuvent parvenir, ne pas descendre ni prendre quoi que ce soit de la maison de notre ancienne vie ni chercher ce qui est derrière nous, mais bien plutôt semer dans le champ des Écritures spirituelles afin d’en recueillir des fruits, et ne pas emporter une seconde tunique, qu’il n’est pas permis aux Apôtres de posséder.
Ant. du Benedictus à Laudes Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne.
Ant. du Magnificat aux 2ᵉˢ Vêpres En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n’arrivent. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point, dit le Seigneur.
24ᵉ et dernier Dimanche après la Pentecôte
Dominica Vigesima Quarta et Ultima post Pentecosten
Credo
Ou
ou Messe votive (Dignus est) du Christ Roi (4ᵉ cl./Blanc) : Or. pro Papa. Préf. du Christ Roi.

Commentaires
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Les textes de l’office qui ont été publiés pour la Fête du Christ Roi instituée par Pie XI permettent de célébrer la fête liturgiquement avec l’Église dans toutes ses parties. Nous allons donc examiner déjà l’annonce solennelle de la fête, dès la veille, par les premières vêpres. Là se dresse, pour ainsi dire, devant nous l’image du Roi : le Christ, le Roi de paix, dont le royaume est éternel et auquel tous les rois sont soumis. — Le soir, pendant la veillée nocturne, nous récitons et chantons en commun ou, du moins, en union d’esprit avec l’Église universelle les Matines, la prière dramatique de la fête. L’on a choisi dans le psautier huit psaumes royaux qui sont encadrés par des antiennes exprimant avec beauté et clarté le mystère de la fête. Les leçons ont été choisies, elles aussi, avec à-propos : celles du premier nocturne (il en est de même pour l’Épître) sont tirées de la lettre christologique de saint Paul aux Colossiens : l’universelle royauté du Christ sur le monde et sur l’Église y est magistralement exposée. Au second nocturne, nous entendons l’Encyclique de Pie XI exposer officiellement l’objet et la portée de la fête. Au troisième nocturne, la lecture la plus importante, le commentaire de l’Évangile, est faite avec beaucoup de pénétration par saint Augustin, le célèbre Père de l’Église. Les répons qui suivent les leçons offrent tout un parterre de passages bibliques riches de pensées et de sentiments sur la royauté du Christ (les quatre premiers sont empruntés à l’Ancien Testament ; les quatre derniers, au Nouveau). Dès le matin du jour de la fête, nous saluons, à laudes, dans le soleil levant, le Divin Soleil royal “ qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres et nous a rendus dignes de partager le sort de ses saints dans la lumière ”. Ainsi préparés, nous nous rendons à la Messe. Au chant de l’Introït, le regard prophétique de saint Jean nous conduit devant le trône du Roi céleste ; celui-ci est le Divin Agneau immolé qui nous révèle maintenant encore sa grandeur royale et qui doit être proclamé Roi par tous. Le psaume 71 de l’Introït chante avec enthousiasme la royauté pacifique du Christ. Après une prière d’action de grâces pour notre incorporation au royaume et à la famille de Dieu, l’Apôtre des nations nous présente, dans l’Épître, le portrait du Roi sublime et tout-puissant de ce royaume et de cette famille. Le Christ est “ l’image du Dieu invisible ” ; “ en lui tout a été créé ”, “ il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui ”, il est “ la tête de l’Église ”, “ il devrait avoir en toutes choses la première place. ” Un portrait fouillé et magnifique de l’Homme-Dieu, notre Roi, adressé par l’Apôtre à la communauté qui lui était si chère ! Les chants psalmodiques unissent leur richesse de pensées et de sentiments aux lectures, comme un écho de l’Épître et une première note de l’Évangile. Le Graduel est une acclamation enthousiaste à l’adresse du Roi (Ps. 51) ; le chant de l’Alléluia y ajoute un mot pénétrant du prophète Daniel sur le Roi immortel de l’univers. A l’Évangile, le Christ est debout, prisonnier, devant Pilate. Le représentant officiel de l’empereur romain qui règne sur le monde est assis à son tribunal et il pose au Christ cette question : “ Es-tu roi ? ” “ Je le suis. ” La réponse ne pouvait être plus précise, plus claire ni plus vraie. Elle sortait de la bouche de celui qui allait bientôt, en signe de suprême dérision, être couronné d’épines et nanti d’un manteau et d’un sceptre de roi, et qui règne à jamais sur le trône céleste comme Roi du temps et de l’éternité. — La scène que nous venons de rappeler, extraite de l’Évangile de saint Jean, le disciple bien aimé, n’avait été chantée jusqu’ici, au cours de l’année liturgique, que dans la Passion du vendredi-saint. Elle est désormais utilisée comme Évangile dans tout le monde catholique à la grande fête royale de Notre Seigneur Jésus Christ. C’est un point culminant dans la liturgie de cette nouvelle fête solennelle. Les deux dernières processions sont accompagnées par deux chants royaux : le psaume 2 (Off.) et le psaume 28 (Comm.). Au Saint Sacrifice, le Christ paraît au milieu de nous : “ Le Seigneur règne en Roi pour l’éternité et bénit son peuple dans la paix ” (Comm.), la communion est aujourd’hui un festin royal.
Office du jour
Office du jour
Office
Leçons des Matines
AU PREMIER NOCTURNE.
De l’Épître de saint Paul Apôtre aux Colossiens.
Première leçon. Chap. 1, 3-8 Nous ne cessons de rendre grâces à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ, en pensant à vous dans nos prières, depuis que nous avons appris votre foi dans le Christ Jésus, et la charité que vous avez à l’égard de tous les Saints, en raison de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux. Cette espérance, vous en avez naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, la Bonne Nouvelle, qui est parvenue chez vous de même que dans le monde entier elle fructifie et se développe ; chez vous elle fait de même depuis le jour où vous avez appris et compris dans sa vérité la grâce de Dieu. C’est Épaphras, notre cher compagnon de service, qui vous en a instruits ; il nous supplée fidèlement comme ministre du Christ, et c’est lui-même qui nous a fait connaître votre dilection dans l’Esprit.
R/. Sur le trône de David et sur son royaume, il siégera à jamais. * Il sera appelé Dieu, Fort, Prince de la paix. V/. Son empire s’étendra et la paix n’aura pas de fin. * Il.
Deuxième leçon. Chap. 1, 9-17 C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous avons reçu ces nouvelles, nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle. Vous pourrez ainsi mener une vie digne du Seigneur et qui Lui plaise en tout : vous produirez toutes sortes de bonnes œuvres et grandirez dans la connaissance de Dieu ; animés d’une puissante énergie par la vigueur de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance et endurance ; avec joie vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des Saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. Il est l’image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
R/. Je contemplais dans les visions de la nuit. Voici, venant sur les nuées du ciel, le Fils de l’homme. A lui fut conféré empire et honneur, * Tous peuples, nations et langue le servirent, V/. Son empire est empire à jamais, qui ne passera point, et son royaume ne sera pas détruit. * Tous.
Troisième leçon. Chap. 1, 18-23 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : II est le Principe, Premier-Né d’entre les morts, (il fallait qu’il obtînt en tout la primauté), car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. Vous-mêmes, qui étiez devenus jadis des étrangers et des ennemis, par vos pensées et vos œuvres mauvaises, voici qu’à présent II vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproche. Il faut seulement que vous persévériez dans la foi, affermis sur des bases solides, sans vous laisser détourner de l’espérance promise par l’Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre.
R/. Toi, Bethléem, Ephrata, le plus petit des clans de Juda : de toi sortira celui qui sera le chef d’Israël. * Il sera la paix. V/. Son origine est dès le commencement depuis les jours d’éternité. Il sera ferme et paîtra son troupeau dans la force du Seigneur. * Il. Gloire au Père. * Il.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
De la lettre encyclique du Pape Pie XI.
Quatrième leçon. L’Année sainte ayant offert plus d’une occasion de glorifier la royauté du Christ, Nous agirons, semble-t-il, de manière pleinement conforme à Notre charge apostolique si, répondant aux demandes qui Nous ont été adressées individuellement ou en commun par de très nombreux cardinaux, évêques et fidèles, Nous terminons cette année en introduisant dans la liturgie de l’Église une fête spéciale de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi. Que le Christ soit appelé Roi au sens figuré, en raison du degré suprême d’excellence par lequel il surpasse et domine toutes les créatures, c’est là depuis longtemps un usage communément reçu. On dit ainsi de lui qu’il règne "sur les esprits des hommes", non pas tant à cause de la pénétration de son intelligence ou de la profondeur de sa science que parce qu’il est lui-même la Vérité et que les hommes doivent puiser en lui la vérité et l’accepter avec soumission ; il règne de même "sur les volontés des hommes", non seulement parce qu’à la sainteté de la volonté divine correspondent en lui l’intégrité et l’obéissance parfaites de la volonté humaine, mais aussi parce qu’il donne à notre volonté libre les inspirations qui la portent à s’enflammer pour de nobles buts. Le Christ est enfin reconnu "Roi des cœurs" en raison de sa "charité qui surpasse toute connaissance", ainsi que de sa bonté et de sa tendresse qui attirent les âmes : personne n’a jamais eu et personne n’aura jamais à l’avenir le privilège d’être aimé par toutes les nations, comme l’a été le Christ Jésus. Mais, pour entrer plus profondément dans notre sujet, nul ne saurait nier que le titre de roi et le pouvoir royal doivent, au sens propre du mot, être reconnus au Christ Homme ; c’est seulement en tant qu’il est homme qu’il a reçu du Père "la puissance, l’honneur et la royauté" ; en effet, le Verbe de Dieu, qui a la même substance que le Père, possède nécessairement tout en commun avec le Père et il a donc le pouvoir suprême et absolu sur toutes les créatures.
R/. Exulte, fille de Sion, jubile, fille de Jérusalem, car ton roi vient à toi, le juste, le sauveur. * Il annoncera la paix aux nations. V/. Sa puissance s’étendra de la mer à la mer, et depuis les fleuves jusqu’aux confins de la terre. * Il.
Cinquième leçon. Le fondement sur lequel reposent cette dignité et cette puissance de Notre-Seigneur est bien Indiqué par Cyrille d’Alexandrie en ces termes : "II possède, en résumé, sur toutes les créatures, un pouvoir qui n’a pas été conquis par la violence, ni reçu d’ailleurs, mais il l’a par son essence et sa nature" ; sa souveraineté se fonde en effet sur cette union admirable qu’on appelle hypostatique. Il en résulte non seulement que le Christ doit être adoré comme Dieu par les anges et par les hommes, mais aussi que les anges et les hommes doivent obéir et se soumettre au pouvoir de cet Homme : ainsi, même au seul titre de l’union hypostatique, le Christ possède l’autorité sur toutes les créatures. Si nous voulons maintenant expliquer brièvement la grandeur et la nature de cette dignité, il est à peine nécessaire de dire qu’elle comporte trois pouvoirs, à défaut desquels elle ne peut guère se concevoir. Des témoignages recueillis dans la Sainte Écriture et concernant la suprématie universelle de notre Rédempteur le montrent de manière surabondante et il faut le croire de foi catholique : le Christ Jésus a été donné aux hommes comme le Rédempteur en qui ils doivent avoir confiance, mais aussi comme le législateur à qui ils doivent obéir. Les évangiles ne rapportent pas tant qu’il a établi des lois qu’ils ne le font voir lui-même établissant ces lois : tous ceux qui observeront ces préceptes, déclare le divin Maître en divers endroits et en des termes différents, prouveront leur charité envers lui et demeureront en son amour. Quant au pouvoir judiciaire, Jésus déclare lui-même aux Juifs qu’il lui a été attribué par le Père, lorsque ceux-ci l’accusent d’avoir violé le repos du sabbat en guérissant miraculeusement un malade : "Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement au Fils". Ce pouvoir comporte également pour lui le droit (car cette prérogative ne peut être séparée du jugement) de décerner aux hommes encore vivants des récompenses et des châtiments. Mais il faut encore reconnaître au Christ le pouvoir qu’on appelle exécutif : la nécessité d’obéir à son commandement s’impose en effet à tous et cela sous la menace faite aux rebelles de supplices auxquels nul ne saurait se soustraire.
R/. Il faut qu’il règne car Dieu a tout mis sous ses pieds, * Afin que Dieu soit tout en tous. V/. Quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra au Père. * Afin.
Sixième leçon. Il n’en est pas moins vrai que cette royauté est principalement de nature spirituelle et se rapporte aux réalités spirituelles, ainsi que le montrent les textes bibliques que nous avons rappelés et comme le Christ Seigneur le confirme par sa façon d’agir. En plus d’une occasion en effet, comme les Juifs et les Apôtres eux-mêmes croyaient faussement que le Messie allait rendre la liberté au peuple et rétablir le royaume d’Israël, il leur enleva et détruisit cette opinion et cette espérance vaines ; lorsque la foule d’admirateurs qui l’environnaient voulut le proclamer roi, il refusa le nom et l’honneur, en fuyant et en se cachant ; devant le magistrat romain, il déclara que son royaume n’était pas "de ce monde". Le royaume qu’il propose dans les évangiles est tel que les hommes doivent se préparer à y entrer en faisant pénitence, mais qu’ils ne peuvent y entrer que par la foi et par le baptême, lequel, tout en étant un rite extérieur, signifie et opère cependant la régénération intérieure ; il s’oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres et il demande à ses membres non seulement que, détachant leur cœur des richesses et des biens terrestres, ils pratiquent la douceur et aient faim et soif de la justice, mais encore qu’ils renoncent à eux-mêmes et portent leur croix. Comme le Christ Rédempteur a acquis l’Église par son sang et s’est offert et s’offre perpétuellement comme Prêtre en victime pour les péchés, qui ne voit que la fonction royale elle-même revêt le caractère de ces deux fonctions et y participe ? Ce serait d’ailleurs une grossière erreur de refuser au Christ Homme l’autorité sur les choses civiles, puisqu’il reçoit de son Père un pouvoir tellement absolu sur les êtres créés que tout est placé sous sa souveraineté. C’est pourquoi, par Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi, qui devra être célébrée dans tout l’univers, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire le dimanche qui précède la fête de Tous les Saints. Nous ordonnons aussi que soit renouvelée chaque année en ce même jour la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus.
R/. Le Christ a fait de nous une royauté de prêtres pour Dieu son Père. * A lui gloire et empire dans les siècles des siècles. V/. Il est le premier né des morts, le prince des rois de la terre. * A lui Gloire au Père. * A lui
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Lecture du saint Évangile selon saint Jean.
En ce temps-là, Pilate dit à Jésus "Tu es le roi des Juifs ?" Jésus lui répondit : "Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?’ : Et la suite.
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. Quel intérêt pour le Roi des siècles de devenir le roi des hommes ? Le Christ n’est pas roi d’Israël pour lever un tribut, pour équiper une armée ou pour combattre des ennemis visibles, mais pour gouverner les âmes, pour veiller à leur salut éternel, et pour conduire au royaume des cieux ceux qui croient, espèrent et aiment. Pour le Fils de Dieu égal au Père, Verbe "par qui tout fut fait", c’est donc une condescendance de consentir à être roi d’Israël et non une promotion. C’est la marque de sa miséricorde, bien loin d’être un accroissement de pouvoir. II est au ciel le Seigneur des anges celui qui reçoit sur terre le nom de roi des Juifs... Mais le Christ n’est-il que roi des Juifs ? Ne l’est-il pas de toutes les nations ? — Bien sûr que si ! Il l’avait dit prophétiquement : "J’ai été constitué par Dieu roi sur Sion, sa montagne sainte, je publierai le décret du Seigneur." Mais, puisqu’il s’agit de la montagne de Sion, on pourrait dire qu’il a été constitué roi des Juifs seulement, aussi les versets suivants déclarent-ils : "Le Seigneur m’a dit : tu es mon fils, c’est moi qui t’engendre aujourd’hui ; demande et je te donnerai les nations pour héritage et pour ta possession les confins de la terre."
R/. Le royaume de ce monde est devenu celui de notre Seigneur et de son Christ, * Il régnera dans les siècles des siècles, V/. Toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face, car au Seigneur est la royauté. * Il.
Huitième leçon. Jésus répondit : "Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici." Voici l’enseignement que notre bon Maître a voulu nous donner ; mais il fallait d’abord nous faire connaître quelle fausse opinion les gens (païens ou juifs de qui Pilate l’avait recueillie) s’étaient faite sur le royaume de Dieu. Gomme si le Christ avait été condamné à mort, pour avoir brigué un règne indu ou comme s’il avait fallu s’opposer prudemment au danger que son royaume aurait fait courir soit aux Romains, soit aux Juifs, étant donné la jalousie réciproque habituelle aux souverains !
R/. Les dix cornes que tu vois, ce sont dix rois. Ils combattront contre l’Agneau et l’Agneau les vaincra, * Car il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois. V/. Le Seigneur notre Dieu tout-puissant est roi, réjouissons-nous, exultons, donnons-lui gloire. * Car. Gloire au Père. * Car.
Neuvième leçon. Le Seigneur aurait pu répondre : "Mon royaume n’est pas de ce monde", dès la première question du procurateur : "Es-tu le roi des Juifs ?". Mais i ! préféra interroger Pilate à son tour : "Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?", pour lui prouver d’après sa réponse qu’il s’agissait là d’une accusation jetée par les juifs devant le gouverneur. Ainsi le Christ nous dévoile-t-il les pensées des hommes dans toute leur vanité qu’il connaît fort bien. Après la réponse de Pilate, c’est donc avec plus d’à-propos encore qu’il peut rétorquer, s’adressant à la fois aux Juifs et aux païens : "Mon royaume n’est pas de ce monde."

Le dernier Dimanche d’octobre, N. S. Jésus-Christ Roi
Dominica ultima octobris · D. N. Iesu Christi Regis
nos tibi semper et ubíque grátias ágere :
Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus :
c’est notre devoir et c’est notre salut,
de vous rendre grâces toujours et partout,
Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant :
Sacerdótem ætérnum et universórum Regem,
óleo exsultatiónis unxísti :
ut seípsum in ara crucis
hóstiam immaculátam et pacíficam ófferens,
redemptiónis humánæ sacraménta perágeret :
votre Fils unique, notre Seigneur Jésus-Christ,
Prêtre éternel et Roi de l’univers :
pour que s’immolant lui-même sur l’autel de la croix,
comme une victime sans tache et pacifique,
il accomplît le mystère sacré de la rédemption de l’homme :
ætérnum et universále regnum, imménsæ tuæ tráderet Majestáti.
Regnum veritátis et vitæ :
Regnum sanctitátis et grátiæ :
Regnum justítiæ, amóris et pacis.
il procurât à votre immense Majesté un royaume éternel et universel,
un royaume de vérité et de vie,
un royaume de sainteté et de grâce,
un royaume de justice, d’amour et de paix.
cum Thronis et Dominatiónibus,
cumque omni milítia cæléstis exércitus,
hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes.
avec les Trônes et les Dominations,
avec toute l’armée céleste,
nous chantons une hymne à votre gloire, disant sans cesse.