Samedi après les Cendres
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Présentation
Présentation
Sauf le Trait, les chants de ce samedi sont identiques à ceux du vendredi après les cendres. En effet, autrefois cette seconde partie de la semaine de la Quinquagésime ne faisait pas encore partie du Carême : on ne s’y réunissait que le mercredi et le vendredi.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
La Station de ce jour est, selon qu’il est marqué au Missel, dans l’Église de Saint-Tryphon, Martyr ; mais cette Église ayant été détruite, il y a plusieurs siècles, la Station a lieu présentement dans celle de Saint-Augustin, bâtie tout près de remplacement où fut l’Église de Saint-Tryphon.
Le Samedi est un jour plein de mystères : c’est le jour du repos de Dieu ; c’est le symbole de la paix éternelle que nous goûterons au ciel après les labeurs de cette vie. L’Église aujourd’hui, en nous faisant lire ce passage d’Isaïe, veut nous apprendre à quelles conditions il nous sera donné de prendre part au Sabbat de l’éternité. Nous sommes à peine entrés dans la carrière de la pénitence que cette Mère tendre vient à nous, pleine de paroles consolatrices. Si nous remplissons de bonnes œuvres cette sainte Quarantaine durant laquelle sont suspendues les préoccupations du monde, la lumière de la grâce se lèvera du milieu même des ténèbres de notre âme. Cette âme trop longtemps obscurcie par le péché et par l’amour du monde et de nous-mêmes, deviendra éclatante comme les splendeurs du midi, la gloire du Christ ressuscité sera la nôtre ; et si nous sommes fidèles, la Pâque du temps nous introduira à la Pâque de l’éternité. Édifions donc ce qui en nous était désert, relevons les fondements, réparons les brèches ; retenons notre pied pour ne pas violer les saintes observances ; ne suivons plus nos voies, ne recherchons plus nos volontés, contrairement à celles du Seigneur ; et il nous donnera un repos qui n’aura pas de fin, et il remplira notre âme de ses propres splendeurs.
La barque de la sainte Église est lancée sur la mer ; la traversée durera quarante jours. Les disciples du Christ rament à l’encontre du vent, et déjà l’inquiétude s’empare d’eux ; ils craignent de ne pas arriver au port. Mais Jésus vient à eux sur les flots ; il monte avec eux dans la barque ; leur navigation sera désormais heureuse. Les anciens interprètes de la Liturgie nous expliquent ainsi l’intention de l’Église dans le choix de ce passage du saint Évangile pour aujourd’hui. Quarante jours de pénitence sont bien peu de chose pour toute une vie qui n’a pas appartenu à Dieu ; mais quarante jours de pénitence pèseraient à notre lâcheté, si le Sauveur lui-même ne venait les passer avec nous. Rassurons-nous : c’est lui-même. Durant cette période salutaire, il prie avec nous, il jeûne avec nous, il exerce avec nous les œuvres de la miséricorde. N’a-t-il pas inauguré lui-même la Quarantaine des expiations ? Considérons-le, et prenons courage. Si nous sentons encore de la faiblesse, approchons de lui, comme ces malades dont il vient de nous être parlé. Le contact de ses vêtements suffisait à rendre la santé à ceux qui l’avaient perdue ; allons à lui dans son Sacrement, et la vie divine dont le germe est déjà en nous se développera de plus en plus, et l’énergie qui commençait à faiblir en nos cœurs se relèvera toujours croissante.
Terminons cette journée du Samedi par un hommage à Marie, avocate des pécheurs ; et pour exprimer notre confiance envers elle, présentons-lui cette Prose naïve et touchante que l’on trouve dans des Missels allemands du XIVᵉ siècle.
SÉQUENCE.
A vous, ô Vierge sacrée, nous offrirons des prières, sur l’autel de notre cœur.
Nos vœux sont une victime indigne d’être offerte à votre Fils ; il l’agréera présentée par vous.
A celui qui fut immolé pour les péchés, daignez offrir en sacrifice la prière des pécheurs.
Par vous le coupable retourne à Dieu ; par vous Dieu s’est rapproché du coupable ; en vous ils se sont réunis.
Ne repoussez pas les pécheurs ; sans eux vous n’eussiez point connu l’honneur d’être la Mère d’un tel Fils.
S’il n’y eût pas eu de pécheurs à racheter, la Mère d’un Rédempteur n’eût point été nécessaire.
Votre séance n’eût pas été près du trône du Père céleste, si vous n’eussiez enfanté un Fils qui partage les honneurs d’un tel Père.
O Vierge, ô Vierge élevée si haut à cause de nous, prenez nos vœux et portez-les devant le souverain Seigneur.
Amen.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Collecte à Saint-Laurent-in-Lucina.
Station à Saint-Tryphon.
Saint-Laurent in Lucina s’élève sur la via Lata, sur le champ de Mars, et doit peut-être son origine à une matrone nommée Lucine, qui tient une grande place dans les actes de saint Marcel pape et de saint Sébastien, et qui, vraisemblablement, dut, au IVᵉ siècle, laisser l’Église héritière de ses grandes richesses. Dans l’ordre hiérarchique, le titre de Lutine est, aujourd’hui encore, le premier des titres presbytéraux, et, dans la vaste basilique consacrée par le pape Célestin III en 1196, l’on conserve une grande partie du gril de fer sur lequel fut brûlé saint Laurent, et beaucoup de reliques d’anciens martyrs.
Le titre de Saint-Tryphon est d’origine médiévale ; il semble avoir été érigé et refait au Xᵉ siècle par les fameux Crescenzi qui y avaient tout auprès leur château fort. Sous l’autel étaient conservés les corps des martyrs Tryphon, Respice et Nymphe, de qui l’on célèbre la commémoration (dies natalis) le 10 novembre. Mais, au temps de Clément VIII, l’édifice étant près de tomber en ruine, reliques et station furent transférées à l’église voisine de Saint-Augustin.
Au temps de saint Grégoire, tout en anticipant de quatre jours le jeûne quadragésimal, la semaine de quinquagésime n’avait, comme nous l’avons dit, que les deux traditionnelles synaxes des IVᵉ et VIᵉ féries ; c’est pourquoi l’antiphonaire ne désigne aujourd’hui aucun chant pour la messe, et l’on répète ceux d’hier.
La collecte est ainsi conçue : « Écoutez, ô Dieu, nos supplications, et faites que nous accomplissions dévotement ce jeûne solennel institué pour purifier les âmes et les corps. »
La lecture d’Isaïe (LVIII, 9-14) est la continuation du chapitre d’hier. Le sujet est le même. Si Israël veut mériter les grâces divines, qu’il brise la chaîne de ses péchés, qu’il s’efforce de pratiquer les œuvres de miséricorde et rende à Dieu non seulement un culte extérieur et rituel, mais intime et spirituel. Le sabbat auquel tient par-dessus tout le Seigneur, c’est que l’homme s’abstienne de pécher et de faire sa volonté propre. L’Église, en ces premiers jours du Carême, s’applique pardessus tout à nous insinuer cette élévation spirituelle de notre pénitence, qui n’a rien de commun avec l’observance pharisaïque, ni avec celle des musulmans.
La lecture évangélique (MARC., VI, 47-56) parle du Sauveur qui, après s’être montré aux apôtres tandis qu’il marchait à pied sec sur les eaux de la mer en furie, retourne avec eux dans les campagnes de Génésareth, où il rend la santé à tous ceux qui se pressaient autour de lui et rivalisaient pour toucher au moins ses vêtements.
Le choix de cette péricope est en relation avec les nombreux miracles que les fidèles obtenaient à la tombe du martyr titulaire de la basilique.
La prière sur les oblations est la suivante : « Accueillez, Seigneur, ce sacrifice, dont l’immolation vous apaise à notre endroit, et faites que, purifiés par sa vertu efficace, nous puissions vous présenter l’offrande qui vous est toujours agréable, de notre cœur. »
La collecte eucharistique, ou d’action de grâces, est ainsi conçue : « Réconfortés par le don céleste, nous vous prions, Seigneur, afin que, ce qui dans la vie présente est pour nous un mystère, soit aussi le moyen qui nous fasse parvenir à l’éternité. »
Le sabbat symbolise la paix de Dieu et le repos de l’âme après les tempêtes de la vie. Beaucoup voudraient arriver à ce sabbat, mais en réalité peu nombreux sont ceux qui y parviennent, parce qu’on ne veut pas se persuader que pour y atteindre, il faut d’abord passer par le vendredi in parasceve. Qui veut reposer avec Jésus dans la tombe de Joseph d’Arimathie doit avant tout monter au Calvaire, mourir sur la croix et, ayant expiré, être décloué et descendu du gibet.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
STATION A SAINT TRYPHON (S. AUGUSTIN)
Récompense et consolations pour le Carême.
1. Récompense et consolations. — Aujourd’hui est une pause dans le travail du Carême. Les trois premiers jours, l’Église nous a décrit, à grands traits, notre tâche : jeûne, aumône, prière. Peut-être sommes-nous un peu découragés en raison du but élevé et de notre faiblesse. L’Église vient à notre secours. Elle nous montre la récompense, mais aussi la force efficace. La leçon (la continuation de celle d’hier) montre aux enfants de Dieu de vastes perspectives : « Ta lumière se lève dans les ténèbres », ton âme est « comme un jardin arrosé, comme une source d’eau dont l’eau ne s’en va pas », « tu es un constructeur du temple de Dieu, tu es élevé au-dessus des profondeurs de la terre et nourri de l’héritage de Jacob. » Que signifie cela ? La lumière en toi est la vie divine ; l’âme ressemble au paradis dans lequel croissent les fleurs des vertus et mûrissent les fruits des bonnes œuvres, où fleurit la vie intérieure. La troisième image est particulièrement profonde : « Tu poses des fondements pour les races à venir », tu travailles à la construction du royaume de Dieu. Chacun de nous est une pierre dans les murs de ce temple, mais mieux encore, chacun est, en même temps, une pierre d’attente sur laquelle s’appuiera une nouvelle construction. Pensons aux saints dont l’exemple continue l’action efficace à travers les siècles. Voulons-nous, nous aussi, être des constructeurs ? Notre travail de Carême peut être utile à un grand nombre. La dernière image nous conduit donc déjà dans le ciel. Nous autres chrétiens, nous sommes invincibles, nous n’avons rien à craindre, pourvu que nous évitions cette seule chose : le péché. Quand les Juifs entrèrent dans la terre promise, ils furent invincibles aussi longtemps qu’ils gardèrent la fidélité envers Dieu. Il en sera de même pour nous.
L’Évangile nous offre une grande consolation. L’image est saisissante. Les Apôtres rament. avec le vent contraire et ne peuvent avancer ; pendant ce temps, le Christ prie sur la montagne ; puis il vient, à la quatrième veille de la nuit, dans la barque ; la traversée devient alors facile jusqu’à la rive du lac. C’est l’image de notre vie. Nous ramons dans la barque de notre vie avec le vent contraire et, apparemment, nous n’avançons pas. Nous nous plaignons : je ne fais pas de progrès. C’est la vérité, l’enfant de Dieu navigue toujours contre le vent. La chair, le monde, Satan unissent leurs forces contre nous. Et cependant là-haut, sur la montagne céleste, quelqu’un prie pour nous : le Christ, notre médiateur auprès du Père. Cette prière du Christ sur la montagne est aussi la prière du Christ mystique, de l’Église. Cela n’est pas encore tout ; à la quatrième veille de la nuit, le Christ vient lui-même dans la barque de notre vie ; à la messe, il est vraiment là, il vient en personne ; avec son secours, tout est facile. Avec son secours, nous accomplirons la difficile traversée du Carême et nous débarquerons heureusement sur la rive de fête de Pâques.
2. La messe (Audivit) ne forme pas, à proprement parler, une unité complète. Les anciens missels n’indiquent pas de messe pour aujourd’hui, parce que la vigile du premier dimanche de Carême était célébrée pendant toute la nuit suivante et que, par suite, il n’y avait pas de messe le matin du samedi. La messe d’aujourd’hui n’a pas de chants propres (ils sont empruntés à la messe d’hier). Les lectures semblent provenir d’une antique messe de vigile (elles traitent de la nuit et de la vigile). De même, l’église de station a changé bien des fois. L’église de Saint-Tryphon, citée dans le missel, n’existe plus depuis le XVIIIᵉ siècle ; son héritage a été recueilli par l’église de Saint-Augustin, qui se trouve dans le voisinage de l’église de station. On y transporta aussi les reliques de saint Tryphon martyr (v. 10 novembre). Dans la chapelle à gauche du chœur, reposent les reliques de sainte Monique, qui y furent amenées d’Ostie. C’est donc un temple vénérable. L’Évangile raconte à la fin que la foule pressait Jésus et qu’on touchait ses vêtements pour être guéri. On rapporte volontiers ce passage aux miracles accomplis par le contact des reliques des saints martyrs.
3. Prière des Heures. — Saint Bède le Vénérable donne une belle explication de notre Évangile : « La peine qu’ont les disciples à ramer et le vent contraire signifient les nombreuses peines de la Sainte Église ; au milieu de la tempête déchaînée, elle fait tous ses efforts pour arriver au repos de la céleste patrie dans un havre sûr. C’est pourquoi il est dit justement que le bateau se trouvait au milieu de la mer, mais qu’il (le Seigneur) était seul sur la terre ; car parfois l’Église est l’objet, de la part des incrédules, de telles tribulations, qui non seulement la saisissent, mais encore la souillent, que, s’il était possible, on pourrait croire que son Sauveur l’a entièrement abandonnée. C’est pourquoi, au milieu des vagues du monde hostile et des tentations de l’enfer qui l’assaillent, elle crie d’une voix suppliante : « Pourquoi, Seigneur, demeures-tu si loin, pourquoi caches-tu ta face dans le temps de détresse ? » (Ps. 9. Ici, l’Église nous indique comment nous devons réciter les psaumes de prières)... Cependant il n’oublie pas la prière des pauvres et ne détourne pas son visage de ceux qui espèrent en lui. Au contraire, il fortifie ceux qui combattent contre l’ennemi et il couronne les vainqueurs éternellement. C’est pourquoi il est écrit qu’il les vit, alors qu’ils faisaient effort avec leurs rames. Oui, le Seigneur voit ceux qui luttent sur la mer, bien qu’il soit lui-même sur le rivage. Quand bien même il semblerait retarder quelque temps son secours, il les fortifie cependant en considération de sa bonté, pour qu’ils ne se découragent pas dans leurs tribulations. »
4. La valeur du jeûne. — Le jeûne est-il véritablement quelque chose de si précieux ? Toutes les fois que je réfléchis à la valeur d’un exercice religieux, je considère la vie terrestre du Sauveur. Il est la norme de notre vie et il a vécu parmi les hommes afin de nous enseigner ce que doit être notre vie intérieure et extérieure. Le Christ a lui-même beaucoup jeûné et, dans son enseignement, il a donné une grande valeur au jeûne. Rappelons seulement son jeûne de quarante jours au début de son ministère public. (Au commencement du Carême, l’Église veut, une fois encore, graver ce souvenir profondément dans notre cœur ; notre jeûne doit donc se faire à l’imitation du Christ et en union avec lui).
Songeons à la réponse mystérieuse, mais significative, du Seigneur. Lorsque les disciples virent qu’ils ne pouvaient guérir l’enfant possédé et en demandèrent la raison : « Pourquoi ne pouvons-nous pas chasser le démon ? « Jésus leur répondit : « Cette espèce ne peut être chassée que par la prière et le jeûne » (Marc IX, 29) Cette parole du Seigneur m’a toujours beaucoup impressionné. La prière et le jeûne sont donc des moyens extraordinaires, disons même des moyens violents, qui réussissent quand les moyens ordinaires échouent, surtout contre l’enfer.
Songeons à une autre parole de Jésus. Quand les disciples de Jean firent au Seigneur ce reproche : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » il répondit : « Les amis de l’Époux peuvent-ils jeûner tant que l’Époux est parmi eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Des jours viendront, certes, où l’Époux leur sera enlevé. Alors, dans ces jours, ils jeûneront » (Luc V, 35). Cette parole aussi est très significative. La venue du Christ parmi les hommes était une fête de noces, le jeûne alors n’était pas de saison. Les jours qui suivent le départ de l’Époux, sont, d’après la volonté du Christ, des jours de jeûne. Ainsi donc le jeûne du vendredi, le jeûne de la Semaine Sainte est un jeûne voulu par le Christ.
Citons encore une troisième parole du Christ, qui éclaire le jeûne sous un autre aspect. Le Seigneur caractérise, un jour, le Baptiste et lui-même par ces mots : « Jean est venu, il ne mangeait pas et il ne buvait pas, et on disait : il est possédé. Le Fils de l’Homme vient, il boit et mange, et on dit : voici un viveur et un buveur. » C’est encore là une parole importante. Jean est un homme mortifié, un ascète, qui jeûne toute sa vie. Il n’en est pas de même du Christ ; sa manière de vivre ne vise pas exclusivement aux privations et à la mortification, mais à la jouissance ordonnée de la vie. Nous apprenons donc, encore, du Sauveur que le jeûne n’est qu’une exception et ne doit pas être la règle dans la vie chrétienne.
Pour compléter le tableau, rappelons encore le Sermon sur la Montagne, dans lequel Jésus parle des trois exercices importants de la piété : de la prière, du jeûne et de l’aumône. Il les recommande, mais il nous met en garde contre les déformations pharisaïques.
Si donc nous voulons tirer, des enseignements de Jésus, les points principaux concernant le jeûne, ce sont les suivants :
1. Le jeûne est un moyen particulièrement puissant contre les influences de l’enfer (d’où le jeûne du Carême) ;
2. Le jeûne doit être pratiqué en mémoire de la mort du Christ (vendredi, Semaine Sainte) ;
3. C’est une exception dans la vie chrétienne et non un exercice régulier ;
4. Cependant, en tant qu’exercice de piété, il mérite de prendre place à côté de la prière et de l’aumône.
Et maintenant, demandons-nous comment l’ancienne Église a pratiqué le jeûne. J’ai devant les yeux un écrit vénérable du premier siècle du christianisme : la Doctrine des douze Apôtres ou Didaché. Il y est question du jeûne : « Vous jeûnerez le mercredi et le vendredi », à la différence des Juifs qui « jeûnent le lundi et le jeudi ». On lit plus loin : « Avant le baptême, celui qui baptise et celui qui va être baptisé jeûnent, ainsi que quelques autres, s’ils le peuvent ; ordonne à celui qui va être baptisé de jeûner un ou deux jours avant. » Nous apprenons ainsi, d’une manière très précise, que, environ 90 ans après le Christ, le jeûne était pratiqué dans l’Église dans toute son extension. Remarquons que le jeûne n’était pas, comme pour nous, l’abstinence de viande ou un unique repas complet, mais qu’on l’entendait comme une abstinence complète de nourriture.
Je pourrais maintenant citer les Pères de l’Église. Il n’en est pas un seul qui n’ait recommandé fortement le jeûne. Dans le bréviaire, nous lisons, par exemple, un sermon de saint Basile (+379). Il parcourt toute l’histoire sainte et nous montre comment le jeûne a produit de grandes actions, alors que l’intempérance a causé de grands malheurs.
Si nous voulons enfin interroger les textes liturgiques au sujet du jeûne, nous ne pourrons trouver que des éloges. Mais l’éloge le plus beau et le plus concis est celui que contient la Préface du Carême. Ce ne sont que trois phrases, mais des phrases pleines de sens : « Par le jeûne corporel, tu réprimes les vices, tu élèves l’esprit ; tu confères la vertu et les récompenses. » Il y a dans ces paroles toute une philosophie du jeûne.
Præfatio de Quadragesima. · Préface du Carême .