Sᵗᵉ Hedwige, Veuveabstinence

Textes liturgiques

Samedi dans l’Octave de l’Ascension

Commentaires

Présentation

Présentation

En 1955, le Décret de simplification des rubriques a supprimé l’Octave de l’Ascension. Depuis, au bréviaire, l’Office est réduit à la lecture de l’Écriture occurrente (ancien premier nocturne des Matines), la psalmodie est celle du jour de la semaine et non plus celle du Jour de l’Ascension.

Nous donnons ici l’Office des Matines avec les deux lectures patristiques propres à chaque jour, et les commentaires habituels.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Il est donc monté aux cieux, l’homme que possédait la terre et qui résumait en lui toute sainteté. Elle n’est donc plus stérile pour le ciel, cette terre pourtant maudite ; la porte des cieux, fermée à notre race, a donc pu s’ouvrir pour laisser passer un fils d’Adam. Tel est le mystère de l’Ascension ; mais ceci n’en est qu’une partie, et il importe de le connaître tout entier. Écoutons ce que nous dit l’Apôtre des nations : « Dieu qui est riche en miséricorde, mû par l’excessive charité dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos péchés, il nous a rendus à la vie avec Jésus-Christ ; il nous a ressuscites avec lui, et il nous a fait asseoir dans les cieux en sa personne » [40]. Ainsi, de même que nous avons célébré la résurrection de notre Sauveur dans la Pâque comme notre propre résurrection, l’Apôtre nous convie à célébrer l’Ascension de ce divin Rédempteur comme étant aussi la nôtre Mesurons la force de l’expression : « Dieu nous a fait asseoir dans les cieux en Jésus-Christ ; » dans cette Ascension, ce n’est pas lui seulement qui monte aux cieux, nous y montons avec lui ; ce n’est pas lui seulement qui est intronisé dans la gloire, nous le sommes avec lui.

Et, en effet, le Fils de Dieu n’était pas venu se revêtir de notre nature pour que la chair qu’il a prise en Marie fût seule établie dans les conditions de la gloire éternelle ; il est venu afin d’être notre Chef, mais un Chef qui réclame ses membres dans l’adhésion desquels consiste l’intégrité de son corps. « O Père ! s’écrie-t-il à la dernière Cène, ceux que vous m’avez donnés, je veux qu’ils soient là où je suis, afin qu’ils voient la gloire dont vous m’avez fait part » [41]. Et quelle gloire le Père a-t-il donnée à son Fils ? Écoutons David qui a célébré cette auguste journée de l’Ascension : « Celui qui est le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite » [42]. C’est donc sur le trône même du Père, à la droite même du Père, que nous verrons éternellement celui que l’Apôtre appelle « notre avant-coureur » [43] ; et nous lui adhérerons comme étant réellement les membres de son corps, en sorte que sa gloire sera la nôtre, et que nous serons rois avec lui, rois de sa royauté à jamais ; car il a dû partager tout avec nous, ayant voulu que nous fussions « ses cohéritiers » [44].

Il suit de là que l’auguste mystère de l’Ascension, ouvert aujourd’hui, se continue à chaque instant, jusqu’à ce que le dernier des élus étant monte aux cieux, le corps mystique de notre Emmanuel ait atteint son entier complément. Voyez cette nuée innombrable d’âmes saintes qui se presse sur ses pas en ce jour : nos premiers parents à la tête, les patriarches, les prophètes, les justes de toute race, que quatre mille ans avaient préparés pour ce triomphe. Captifs naguère dans les demeures souterraines des limbes, maintenant brillants de clarté, ils suivent avec la rapidité de l’aigle celui dont ils ornent le triomphe. Ils sont ses trophées, en même temps qu’ils forment sa cour dans le trajet de la terre au ciel. En les suivant du regard, écrions-nous donc dans les transports de David : « Royaumes de la terre, chantez au Seigneur, chantez à Dieu qui s’élève sur les cieux des cieux, vers l’Orient » [45].

De leur côté les milices angéliques se pressent au-devant de l’Emmanuel, et alors commence le sublime dialogue que l’oreille prophétique de David entendit, et qu’il nous a rendu à l’avance. La légion innombrable et triomphante qui suit et accompagne l’Emmanuel crie aux gardiens de la Jérusalem céleste : « Princes, élevez vos portes ! Portes éternelles, élevez-vous ; c’est le Roi de gloire qui va entrer ». Et les Anges fidèles répondent avec majesté : « Et quel est-il, ce Roi de gloire ? » — « C’est le Seigneur, » répondent les élus de la terre, « le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant dans les combats », comme l’attestent les victoires qu’il a remportées sur Satan, sur la mort et l’enfer, les victoires dont nous sommes l’heureux trophée [46]. Après une seconde interpellation qui donne lieu d’exalter une seconde fois les grandeurs de l’Emmanuel, les portes éternelles se lèvent, et le Christ vainqueur pénètre dans les cieux avec son glorieux cortège.

Elles ne retomberont plus désormais pour nous fermer le passage, ces portes éternelles qui ont donné entrée à notre libérateur : et c’est ici qu’il faut admirer l’incommunicable grandeur du mystère de l’Ascension. Ce mystère s’est ouvert aujourd’hui, Jésus l’a inauguré en s’élançant de la terre au ciel, mais il ne l’a pas clos ; il a voulu qu’il fût permanent, qu’il s’accomplit en tous ses élus successivement, soit qu’ils montent du lieu des expiations, soit qu’ils s’élèvent de notre terrestre vallée avec le vol de la colombe. Salut donc, ô glorieux mystère que tant d’autres mystères ont préparé, terme et accomplissement du dessein éternel de Dieu ! Mystère qui fus suspendu durant des siècles par notre chute, mais qui reprends aujourd’hui ton cours en l’Emmanuel, pour ne plus l’interrompre qu’au moment solennel où la voix éclatante de l’Ange criera : « Le temps n’est plus » [47]. Jusque-là tu demeures ouvert pour nous, et l’espérance vit dans notre cœur que tu t’accompliras aussi en nous.

Daignez donc permettre, ô Jésus, que nous prenions pour nous cette parole que vous avez dite : « Je vais vous préparer une place » [48]. Vous avez tout disposé dans ce but ; et vous êtes venu en ce monde pour nous ouvrir la voie que vous avez vous-même franchie aujourd’hui. La sainte Église, votre Épouse, nous ordonne d’élever nos regards ; elle nous montre le ciel ouvert, et le sillon lumineux que tracent jusqu’à nous les âmes qui montent à chaque instant pour s’unir à vous.

Nos pieds posent encore sur la terre ; mais l’œil de notre foi vous découvre au terme de cette voie, vous, « le Fils de l’homme, assis à la droite de l’Ancien des jours » [49]. Mais comment franchir l’espace qui nous sépare de vous ? Nous ne pouvons, comme vous, nous élever par notre propre vertu ; il faut, ô Emmanuel, que vous nous attiriez à vous. Vous l’avez promis [50], et nous n’attendons plus que l’heure. Marie, votre mère, qui consent à demeurer encore avec nous, l’attendit aussi, cette heure, dans la soumission et dans l’amour ; elle l’attendit dans la fidélité et dans le labeur, vivant avec vous sans vous voir encore. Donnez-nous, Seigneur, une part à cette foi et à cet amour de notre commune mère, afin que nous puissions nous appliquer cette parole de l’Apôtre : « Déjà par l’espérance nous sommes sauvés » [51]. Il en sera ainsi, si vous daignez, selon votre promesse, nous envoyer votre Esprit que nous attendons avec ardeur ; car il doit venir confirmer en nous tout ce que la succession de vos mystères y a déjà préparé, et être le gage assuré de notre ascension glorieuse.

Nous résumerons aujourd’hui tous nos vœux, en nous appropriant les sublimes enseignements que l’Église gothique d’Espagne adressait à ses fidèles dans la solennité de l’Ascension.

MISSA.
Placeat, dilectissimi fratres, sæcularium cogitationum fasce deposito, erectis in sublime mentibus subvolare : et impositam ætheris fastigio assumpti hominis communionem, sequacibus cordis oculis contueri. Ad incomparabilem nobis claritatem attonitus vocandus aspectus, est Jesus Dommus noster : humilitatem nobis terrarum cœlorum dignitate commutat : acutus necesse est visus esse respicere quo sequimur. Hodie Salvator noster post assumptionem carnis, sedem repetit deitatis. Hodie hommem suum intulit Patri, quem obtulit passioni. Hunc exaltans in cœlis, quem humiliaverat in infernis. Hic visurus gloriam, qui viderat sepulturam. Et qui adversus mortem mortis suæ dedit beneficium, ad spem vitæ donavit resurrectionis exemplum. Hodie rediit ad Patrem, cum tamen sine Patris, qui sibi æqualis est, potestate non venerit. Hodie ascendit in cœlum qui obsequia cœlestium cum descenderet, non amisit. Ita in Patris natura unitate consistens, ut cum homo cœlum novus intraret, novum tamen Deus hominem non haberet. Petamus igitur ab omnipotentia Patris, per nomen Filii salvatoris, gratiæ spiritalis ingressum, æternæ beatitudinis donum, beatæ mansionis ascensum, catholicæ credulitatis augmentum, hæreticæ infidelitatis excidium. Audiet profecto in confessione, quos in perditione quæsivit. Adstitit suis, qui non destitit alienis. Aderit agnitus, qui non defuit agnoscendus. Non patietur orphanos esse devotos, qui filios facere dignatus est inimicos. Dabit effectum supplicationis, qui promisit Spiritum sanctitatis. Amen.Nous vous convions, très chers Frères, à déposer le fardeau des pensées du siècle, et à donner en ces jours l’essor à vos pensées, en les dirigeant vers le ciel. Il s’agit de considérer des yeux du cœur votre propre nature humaine s’élevant dans le Christ au plus haut des cieux. L’objet que nous sommes appelés à contempler au milieu d’une lumière incomparable est Jésus notre Seigneur, qui change la bassesse de notre terrestre existence avec la gloire des cieux. Combien doit être pénétrante notre vue, pour apercevoir ce séjour où nous sommes appelés à le suivre ! C’est aujourd’hui que notre Sauveur, après avoir revêtu la chair ici-bas, est remonté sur le trône de sa divinité : aujourd’hui qu’il a présenté à son Père cette même humanité qu’il avait offerte à la souffrance, glorifiant dans les cieux celle qu’il avait humiliée ici-bas. Il est parti pour être environné de gloire, celui qui était descendu jusqu’au sépulcre. Lui qui nous avait octroyé le bénéfice de sa propre mort pour vaincre la mort, il nous a, en ressuscitant, gratifiés de l’espérance de la vie. Aujourd’hui il est retourné au Père, celui qui avait paru ici-bas avec toute la puissance du Père dont il est l’égal. Il est aujourd’hui monté aux cieux, celui qui, dans sa descente au milieu de nous, ne cessa pas de recevoir les hommages des esprits célestes. Établi dans le Père par l’éternelle unité de nature, il est entré au ciel dans de nouvelles conditions par son humanité ; mais, lui qui est Dieu, ce n’est point une nouvelle nature qu’il a prise. Implorons donc de la toute-puissance du Père, par le nom de son Fils, notre Sauveur, notre admission à la grâce spirituelle, le don de l’éternelle béatitude, l’ascension vers le séjour du bonheur, le progrès de la foi catholique, la ruine de l’hérétique infidélité. Il écoutera les hommages de ceux qu’il daigna chercher lorsqu’ils étaient perdus ; il sera attentif à ceux qui lui appartiennent, lui qui n’a pas abandonné ceux même qui s’étaient donnés à un autre ; il se montrera à nos regards, celui qui a daigné se mettre à notre portée pour se faire connaître de nous. Il ne nous laissera point dans l’état d’orphelins, lui qui a daigné faire de nous ses fils, lorsque nous étions devenus ses ennemis ; et il nous accordera l’objet de nos instances, lui qui nous a promis l’Esprit de sainteté. Amen.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

L’Octave reprenant la Messe de la Fête, le Bhx Schuster ne donne pas de commentaire propre.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Tu es assis à la droite du Père.

1. L’Ascension du Christ. — Nous entendons encore aujourd’hui, à la prière des Heures, la parole de trois grands papes : saint Pierre, saint Léon 1ᵉʳ, Saint Grégoire 1ᵉʳ.
Saint Léon nous montre comment, par l’Ascension, notre foi est approfondie et spiritualisée : « Ce qui dans notre Rédempteur a été visible, est maintenant passé dans les saints mystères. Et afin que la foi soit plus élevée et plus ferme, à la vision a succédé la doctrine de foi dont l’autorité doit être suivie par les cœurs fidèles qu’illuminent les clartés supérieures. Cette foi qui a été accrue par l’Ascension, fortifiée par la descente du Saint-Esprit, rien ne peut l’ébranler, ni les chaînes, ni les prisons, ni l’exil, ni la faim, ni la mise en pièces par les bêtes féroces, ni les supplices inventés par la cruauté des persécuteurs. Pour cette foi, dans le monde entier, non seulement des hommes, mais encore des femmes, non seulement des garçons impubères, mais encore de tendres jeunes filles ont lutté jusqu’à l’effusion de leur sang. Cette foi a expulsé les démons, chassé les maladies, ressuscité les morts ».

Saint Grégoire 1ᵉʳ, le pasteur pratique, cherche à tirer de l’Évangile des leçons de vie : « Pour ceux qui croient, les miracles suivront... Est-ce que, mes frères, parce que vous n’opérez pas ces miracles, vous perdez votre foi ? Non, ces miracles étaient nécessaires au moment de la fondation de l’Église. Afin que la multitude des fidèles grandît dans la foi, il lui fallait la nourriture des miracles. Nous aussi, quand nous plantons des arbustes, nous les arrosons jusqu’à ce que nous voyons qu’ils sont affermis en terre. Quand ils sont bien enracinés, nous cessons de les arroser. On peut rapporter ici ce que dit saint Paul : Les langues sont des signes non pour les fidèles, mais pour les infidèles [52]. Dans ces signes et ces vertus, il y a quelque chose qui mérite une considération plus profonde. La sainte Église fait encore spirituellement tous les jours ce qu’elle faisait alors visiblement par les Apôtres. Quand ses prêtres, dans l’exorcisme, imposent la main aux fidèles et empêchent les mauvais Esprits de demeurer dans leur âme, ne chassent-ils pas les démons ? Et quand les fidèles abandonnent les discours mondains de leur vie antérieure pour s’entretenir des saints mystères et raconter, autant qu’ils peuvent, les louanges et la toute puissance de leur Créateur, que font-ils autre chose que parler un nouveau langage ? Et quand, par leurs bonnes exhortations, ils enlèvent la méchanceté du cœur des autres, ne soulèvent-ils pas des serpents ? »

2. Lecture d’Écriture (II Pierre, chap. 2 et 3). — Saint Pierre se tourne contre les semeurs d’erreur qui, parce que le retour généralement attendu du Seigneur n’a pas encore eu lieu, nient ce retour : « Sachez avant tout que dans les derniers temps il viendra des moqueurs, pleins de raillerie, vivant au gré de leurs convoitises et disant : Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que nos pères sont morts, tout continue à subsister comme depuis le commencement de la création ». Saint Pierre signale deux faits : le déluge et la patience de Dieu. « Il est une chose que vous ne devez pas oublier : un jour est pour le Seigneur comme mille ans, et mille ans comme un jour (Ps. 89). Non, le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns se l’imaginent, mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la pénitence. Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront et la terre sera consumée avec les ouvrages qu’elle renferme. Puisque, donc, toutes choses sont destinées à se dissoudre, quelles ne doivent pas être la sainteté de votre conduite et votre piété, attendant et hâtant l’avènement du jour de Dieu, jour où les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se fondront ? Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habite. Dans cette attente, faites tous vos efforts afin d’être trouvés, par lui, sans tache et irréprochables dans la paix. Utilisez la longue patience de Notre-Seigneur pour votre salut ».

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