Mardi de la 2ᵉ semaine de Carême
Commentaires
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
La Station est dans l’Église de Sainte-Balbine. Cette vierge romaine était fille du tribun Quirinus, qui souffrit le martyre sous le pontificat du pape saint Alexandre, au second siècle. Elle consacra à Dieu sa virginité, et vécut dans les bonnes œuvres jusqu’à son heureuse mort.
LEÇON.
L’instruction des Catéchumènes se poursuit, à l’aide des faits évangéliques qui vont se développant de jour en jour ; et l’Église continue de prendre dans l’Ancien Testament les indices prophétiques qui se réaliseront dans la malédiction des Juifs et la vocation des Gentils. Aujourd’hui, c’est Élie, ce personnage mystérieux qui nous tient fidèle compagnie pendant le Carême ; c’est lui qui vient mettre en action les jugements que Dieu portera un jour sur son peuple ingrat. Une sécheresse de trois ans a réduit aux abois le royaume d’Israël, sans qu’il ait songé à se convertir au Seigneur. Élie cherche encore quelqu’un qui veuille le nourrir. Nourrir le Prophète de Dieu, c’est une grande faveur, car Dieu est avec lui. Cet homme de miracle se dirigera-t-il vers quelque maison du royaume d’Israël ? Passera-t-il dans la terre de Juda ? Non ; il se tourne vers les régions de la gentilité ; c’est au pays de Sidon qu’il se rend, à Sarepta, chez une pauvre veuve. C’est chez cette humble femme qu’il transporte la bénédiction d’Israël. Le Sauveur lui-même a relevé cette circonstance, où paraît si visiblement la justice de Dieu contre les Juifs et sa miséricorde envers nous. « En vérité, je vous le dis, il y avait dans Israël beaucoup de veuves au temps d’Élie ; et cependant il ne fut envoyé à aucune d’elles, mais bien à la veuve de Sarepta, dans la terre de Sidon [10]. »
Cette pauvre femme est donc le type de la gentilité appelée à la foi. Aussi, voyons quels caractères frappants nous présente cette histoire symbolique. Il s’agit d’une veuve sans appui, sans protection ; c’est la gentilité délaissée, n’ayant personne qui la défende contre l’ennemi du genre humain. Pour nourrir la mère et l’enfant, il ne reste plus qu’un peu de farine et un peu d’huile, après quoi il faudra mourir ; c’est l’image de l’affreuse disette de vérités que souffrait le monde païen, dont la vie était près de s’éteindre quand l’Évangile lui fut annoncé. Dans cette extrémité, la veuve de Sarepta reçoit le Prophète avec humanité et confiance ; elle ne doute point de sa parole, et elle est sauvée, elle et son fils. C’est ainsi que la gentilité accueillit les Apôtres, lorsque, secouant la poussière de leurs pieds, ils se virent contraints de tourner le dos à l’infidèle Jérusalem. Nous voyons la veuve tenant dans ses mains deux morceaux de bois ; ce double bois, au jugement de saint Augustin, de saint Césaire d’Arles et de saint Isidore de Séville, échos de la tradition primitive du christianisme, est la figure de la Croix. Avec ce bois, la veuve cuit le pain qui doit la nourrir, parce que c’est de la Croix que procède pour les gentils la nourriture et la vie, par Jésus qui est le Pain vivant. Tandis qu’Israël demeure dans la disette et la sécheresse, l’Église des Gentils ne voit défaillir en son sein ni la farine du froment céleste, ni l’huile, symbole de force et de douceur. Gloire soit donc à Celui qui nous a appelés du sein des ténèbres à l’admirable lumière [11] de la foi ! Mais tremblons à la vue des malheurs que l’abus des grâces a attirés surtout un peuple. Si la justice de Dieu n’a pas reculé devant la réprobation d’une nation, s’arrêtera-t-elle devant notre endurcissement volontaire ?
ÉVANGILE.
Les docteurs de la Loi sont encore assis sur la chaire de Moïse ; Jésus veut qu’on écoute leur enseignement. Mais cette chaire, qui est une chaire de vérité, malgré l’indignité de ceux qui y sont assis, ne restera plus longtemps au sein d’Israël. Caïphe prophétisera encore, parce qu’il est pontife en cette année ; mais sa chaire, qu’il a souillée par d’indignes passions, va bientôt être enlevée et transférée au milieu de la gentilité. Jérusalem, qui aura renié le divin libérateur, va perdre ses honneurs ; et bientôt Rome, le centre de la puissance païenne, verra s’élever dans ses murs cette même chaire qui était la gloire d’Israël, du haut de laquelle se proclamaient les prophéties si visiblement accomplies en Jésus. Cette chaire ne sera plus ébranlée désormais, quelle que soit la fureur des portes de l’enfer ; elle sera toujours l’espoir fidèle des nations qui recevront d’elle l’indéfectible témoignage de la vérité. C’est ainsi que le flambeau de la foi qui luisait dans Jacob a été déplacé, mais ne s’est pas éteint. Jouissons de sa lumière, et méritons par notre humilité que ses rayons viennent toujours jusqu’à nous.
Quelle a été la cause de la perte d’Israël ? Son orgueil. Il s’est complu dans les dons que Dieu avait accumulés sur lui ; il n’a pas voulu reconnaître un Messie dépourvu de toute gloire humaine ; il s’est révolté d’entendre dire à Jésus que les Gentils participeraient au salut, et il a voulu, par le plus grand des forfaits, étouffer cette voix qui lui reprochait la dureté de son cœur. Ces hommes superbes, à la veille du jour de la vengeance divine, que tout leur annonce être prochain, n’ont rien perdu de leur arrogance. C’est toujours le même faste, le même mépris impitoyable pour les pécheurs. Le Fils de Dieu s’est fait le fils de l’homme ; il est notre maître, et c’est lui qui nous sert ; apprenons à cet exemple le prix de l’humilité. Si on nous nomme Maître, si on nous appelle Père, n’oublions pas que nul n’est maître, que nul n’est père que par le Seigneur notre Dieu. Le maître digne de ce nom est celui par la bouche duquel Jésus-Christ enseigne ; et celui-là seul est vraiment père qui reconnaît que son autorité paternelle ne vient que de Dieu ; car, comme le dit l’Apôtre, « c’est du Père de notre Seigneur Jésus-Christ que découle toute paternité au ciel et sur la terre [12] ».
Nous continuons aujourd’hui l’Hymne du prince des poètes chrétiens, que nous avons commencé de lire hier.
| HYMNE. | |
| Helia tali crevit observantia, Vetus sacerdos ruris hospes aridi : Fragore ab omni quem remotum, et segregem Sprevisse tradunt criminum frequentiam, Casto fruentem syrtium silentio. | L’observance du jeûne ajouta encore à la grandeur d’Élie, ce vieux prêtre, hôte d’un désert aride. Ce prophète, fuyant le bruit des cités et la vue de tant de crimes, goûtait le tranquille silence de la solitude. |
| Sed mox in auras igneis jugalibus, Curruque raptus evolavit præpeti, Ne de propinquo sordium contagio Dirus quietum mundus afflaret virum, Olim probatis inclytum jejuniis. | Mais bientôt il s’envola dans les airs, entraîné par des chevaux de feu sur un char rapide, de peur que le monde, trop voisin encore, n’exhalât la contagion de ses vices sur cet homme paisible qu’illustrait la rigueur des jeûnes qu’il avait accomplis. |
| Non ante cœli Principem septemplicis Moses tremendi fidus interpres throni Potuit videre, quam decem recursibus Quater volutis sol peragrans sidera, Omni carentem cerneret substantia. | Moïse, fidèle interprète du trône redoutable, ne put contempler le Roi du ciel aux sept régions, avant que le soleil, dans sa course à travers le firmament, ne l’eût revu quarante fois privé de toute nourriture. |
| Victus precanti solus in lacrymis fuit : Nam flendo pernox irrigatum pulverem Humi madentis ore pressit cernuo : Donec loquentis voce præstrictus Dei Expavit ignem non ferendum visibus. | Il priait, et son seul aliment étaient ses larmes. Il veillait, et son front pressait la terre arrosée de ses pleurs, jusqu’à ce que, averti par la voix de Dieu, son regard tremblant se dirigea vers ce feu dont il ne pouvait supporter l’éclat. |
| Johannes hujus artis haud minus potens, Dei perennis præcucurrit Filium, Curvos viarum qui retorsit tramites, Et flexuosa corrigens dispendia, Dedit sequendam calle recto lineam. | Jean, qui fut le précurseur du Fils du Dieu éternel, ne fut pas moins puissant dans le jeûne, lui qui abaissa les sentiers raboteux et redressa les voies tortueuses, enseignant aux hommes la voie droite qu’ils avaient à suivre. |
| Hanc obsequelam præparabat nuntius, Mox affuturo construens iter Deo, Clivosa planis, confragosa ut lenibus Converterentur, neve quidquam devium Illapsa terris inveniret Veritas. | Il préparait à son tour les mortels à l’observance du jeûne, ce messager chargé d’ouvrir un chemin au Dieu qui allait venir, enseignant que les montagnes devaient s’aplanir, les voies rocailleuses s’adoucir, afin que la Vérité, descendant sur la terre, ne rencontrât plus aucun sentier négligé. |
| Non usitatis ortus hic natalibus, Oblita lactis jam vieto in pectore Matris tetendit serus infans ubera : Nec ante partu de senili effusus est, Quam prædicaret Virginem plenam Deo. | Sa naissance eut lieu contre les lois ordinaires de la nature : enfant tardivement mis au jour, il suça les mamelles d’une mère au sein de laquelle le lait était tari ; mais sa vieille mère ne l’avait pas encore mis au jour que déjà l’enfant avait annoncé la Vierge qui portait Dieu. |
| Post in patentes ille solitudines, Amictus hirtis bestiarum pellibus, Setisve tectus, hispida et lanugine, Secessit, horrens inquinari ac pollui Contaminatis oppidorum moribus. | Bientôt il se retira dans un vaste désert ; il se couvrit de peaux de bête au poil dur et hérissé, à la laine grossière, fuyant avec horreur la souillure que produisent les mœurs impures des cités. |
| Illic dicata parcus abstinentia, Potum, cibumque vir severæ industriæ In usque serum respuebat vesperum, Parvum locustis, et favorum agrestium Liquore pastum corpori suetus dare. | Là, se livrant à la règle de l’abstinence, cet homme aux mœurs sévères renvoyait au soir la nourriture et le breuvage, ne donnant à son corps pour aliment que des sauterelles et quelques gouttes de miel sauvage. |
| Hortator ille primus et doctor novæ Fuit salutis : nam sacrato in flumine Veterum piatas lavit errorum notas : Sed tincta postquam membra defæcaverat, Cœlo refulgens influebat Spiritus. | Le premier, il prêcha ; le premier, il enseigna le salut nouveau ; ce fut lui qui clans le fleuve sacre purifia les taches qui longtemps avaient souillé les consciences ; mais s’il lavait ainsi les membres des pécheurs, l’Esprit devait bientôt du haut du ciel répandre ses influences dans leurs cœurs. |
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Station au titre de Balbine.
En ce jour, il n’y avait pas de collecte, peut-être parce que la basilique de Sainte-Balbine s’élevait, solitaire, à l’extrémité du mont Aventin, et n’avait dans son voisinage aucune autre église de laquelle pût partir la procession stationnale.
La fondatrice du titulus Balbinae — consacré autrefois au divin Rédempteur, avant qu’il ne prît le nom de la martyre Balbine ensevÉlie dans le cimetière de Prétextât — est peut-être cette même matrone Balbine dont se réclame un terrain de la vaste nécropole de Callixte. Il semble en effet que la liturgie de ce jour, avec l’histoire de la veuve de Sarepta recevant Élie dans sa maison, ait voulu rendre hommage à la foi de cette Balbine qui, au déclin du IVᵉ siècle, transforma son palais en titre et y accueillit le Sauveur.
L’introït est emprunté au psaume 26. L’âme aspire à la contemplation de la face de Dieu, et ne se contente pas d’une connaissance quelconque des vérités éternelles. « Mon cœur vous dit : j’ai cherché votre visage. C’est là tout mon désir ; ah ! ne détournez pas de moi votre face ! » Le désir est excellent, mais combien purs doivent être ces yeux qui souhaitent de fixer la lumière éblouissante de Dieu !
Dans la collecte, on prie Jésus de nous accorder la persévérance dans l’exercice du jeûne que nous avons entrepris, afin que nous puissions conduire à bonne fin une pratique que Lui-même voulut accomplir le premier, pour notre exemple.
La lecture de l’histoire de la veuve de Sarepta de Sidon, est tirée du Livre des Rois (III, XVII, 8-16) et symbolise Jésus Rédempteur qui, rejeté par Israël, est accueilli par la Gentilité, veuve après de nombreux mariages, et jusqu’alors stérile et sans postérité. Quand elle rencontre le prophète, la pauvre femme est en train de ramasser deux morceaux de bois, autant qu’il en faut justement pour le gibet de la croix, puisque c’est dans la croix seulement que Dieu a placé le salut, tant des Juifs que des Gentils.
Le répons est celui qui a déjà été récité le jeudi après les cendres, dont la messe date du temps de Grégoire II ; mais la place primitive du graduel Iacta est dans la liturgie de ce jour.
La lecture évangélique est tirée de saint Matthieu (XXIII, 1-12) et nous avertit de ne pas imiter la vaine gloire des rabbins d’Israël qui faisaient montre de zèle et de sagesse relativement à la Thora uniquement par orgueil, pour occuper les premières places dans les assemblées, pour être honorés et salués par le peuple. Tous nous sommes des disciples à l’école du Christ, et Lui est l’unique et le véritable Maître et Père de nos âmes. Il est vrai que, à cause de Lui, nous faisons aussi l’honneur de ces noms à ceux qui le représentent ici-bas ; mais la vénération que nous professons pour la sainte hiérarchie est comme celle que nous nourrissons envers les images sacrées. Notre culte ne s’arrête pas aux tableaux ni aux statues religieuses, mais il va à ce Dieu qu’ils représentent.
Le verset de l’offertoire est le premier d’un des psaumes pénitentiaux, le 50ᵉ : « Ayez pitié de moi, Seigneur ; dans votre infinie miséricorde, effacez mon péché. »
Dans la collecte sur les oblations nous supplions Dieu d’accomplir, au moyen des saints Mystères, l’œuvre de notre sanctification, et, nous purifiant de nos vices, de nous rendre dignes des dons célestes,
Le psaume pour la communion est le 9ᵉ avec l’antienne si pleine d’un saint élan : « Je raconterai vos prodiges ; je me réjouirai, j’exulterai en vous ; je chanterai des psaumes à votre nom, ô Très-Haut ! »
La collecte eucharistique de ce jour est fort belle : « Afin de nous rendre dignes de l’oblation sacrée, faites, Seigneur, que nous soyons toujours dociles à vos commandements. »
Dans la bénédiction finale sur le peuple, nous invoquons la pitié divine, pour qu’elle accueille favorablement les vœux de tous et guérisse la langueur de l’esprit ; en sorte que, ayant ainsi obtenu la rémission de nos fautes, nous puissions vraiment nous réjouir des bénédictions divines.
C’est une tendance morbide d’esprits mélancoliques et peu pénétrés par le divin amour, que celle de s’approcher de Jésus en tremblant, comme d’un Juge inexorable et sans pitié. Son Cœur cache au contraire un tel trésor de miséricorde pour nos faiblesses, que personne n’arrivera jamais à le sonder ; plus en effet le péché nous rend misérables, plus Il se sent attiré vers nous par la miséricorde. L’Apôtre disait que le Pontife de notre confession n’est pas de telle nature qu’il ne puisse avoir pitié de nous ; tout différent, pour cette raison, des pharisiens de l’Évangile, qui imposaient au pauvre peuple des charges arbitraires et insupportables, lesquelles, au lieu de pousser les âmes en avant, les écrasaient le long de la route. L’expérience démontre que les méchants, que les plus imparfaits, sont toujours aussi les plus exigeants envers autrui, tandis que les âmes vraiment remplies d’amour de Dieu se montrent pleines de douceur envers le pauvre prochain.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
STATION A SAINTE BALBINE
Vous n’avez qu’un Père qui est dans le ciel, Vous n’avez qu’un docteur, le Christ, Vous êtes tous frères.
Aujourd’hui, nous célébrons une messe qui n’est ni une messe de catéchumènes, ni une messe de pénitents. Elle est d’un temps où le catéchuménat n’était plus une institution vivante et où la pénitence ne dominait pas tout le Carême, du temps de la floraison de vie liturgique de communauté (Saint Grégoire le Grand, vers 600). Aussi la messe s’adresse à la communauté des fidèles qui veut se purifier et tendre à la perfection. Pour comprendre cette messe, je me représente une antique mosaïque romaine, dans l’abside : au milieu, on voit le Seigneur dans sa majesté, assis sur la cathèdre, tenant à la main un parchemin (« Vous n’avez qu’un docteur ») ; au-dessus de lui, la main de Dieu (« Vous n’avez qu’un Père »), au-dessous, un troupeau de brebis qui se hâtent vers le Bon Pasteur (« Vous êtes tous frères »). A côté du Seigneur, se tient la sainte de station, sainte Balbine, la vierge sage qui porte à la main sa lampe à huile. C’est, sans doute, cette représentation qui a déterminé le texte de la messe. L’église de station était, de fait, consacrée autrefois au divin Rédempteur, mais elle prit le nom de sa fondatrice, sainte Balbine. Deux thèmes circulent à travers cette messe : le thème de la vie du Christ et le thème de la station.
1. Le thème de la vie du Christ. — Les antiennes du lever et du coucher du soleil sont les suivantes : « Vous n’avez qu’un docteur qui est dans le ciel, le Christ, le Seigneur » (Ant. Benedictus). « Quant à vous, vous êtes tous frères ; et n’appelez personne père sur la terre, car vous n’avez qu’un Père qui est dans le ciel ; ne vous faites pas appeler docteurs, car vous n’avez qu’un docteur, le Christ » (Ant. Magnificat). Dans ces deux antiennes, la liturgie a, en trois pensées, caractérisé toute la vie avec l’Église : Dieu notre Père, le Christ notre docteur, nous tous frères entre nous.
2. Le thème de la station. — Au sujet de la sainte de station, sainte Balbine, le martyrologe dit le 31 mars : « A Rome, la sainte vierge Balbine ; elle était fille du saint martyr Quirinus et avait reçu le baptême des mains du pape Alexandre. Après sa mort, elle fut ensevÉlie sur la voie Appienne, à côté de son père. » Certainement sainte Balbine fut une de ces vierges charitables de l’ancienne Église, qui consacraient toute leur vie au service du prochain. Peut-être était-ce une diaconesse qui visitait les martyrs dans leur prison, prenait soin de l’église et des prêtres, secourait les pauvres, soignait les malades. L’église de station est un très ancien sanctuaire ; c’est, à proprement parler, un antique atrium romain très bien conservé. Au-dessous du maître-autel, qui est isolé, on conserve, dans une urne antique, les cendres de sainte Balbine qui furent apportées dans cette église en même temps que les reliques de son père, saint Quirinus. C’est là que se rend, aujourd’hui, la famille chrétienne de l’Occident pour la célébration de la messe. L’Église a élevé un monument à la sainte de station dans la personne de la veuve de Sarepta.
3. La messe. (Tibi dixit). — L’Introït est un beau cantique d’entrée. Dans des sentiments de désir ardent, la procession des chrétiens s’approche du sanctuaire où rayonne la face du Seigneur. « Je cherche ton visage... (les fidèles), le Seigneur est ma lumière (les catéchumènes), ne détourne pas de moi ton visage (les pénitents). » Le but de la recherche est Pâques. C’est ce que chante le psaume, en de beaux accents : « Je ne demande qu’une chose au Seigneur : pouvoir demeurer dans la maison de Dieu tous les jours de ma vie, pouvoir goûter l’amabilité du Seigneur et visiter son sanctuaire. » Avec quelle ardeur les pénitents et les catéchumènes devaient réciter cette prière !
La leçon n’est pas, aujourd’hui, un sermon de pénitence, mais une histoire édifiante qui nous présente une aimable figure de femme, la veuve de Sarepta. Cette veuve obéit à la première parole, sacrifie son amour maternel et partage son repas avec un étranger. C’est un exemple d’obéissance dans la foi. Cette histoire comporte un enseignement : L’aumône apporte la bénédiction ; notre vase d’huile et notre mesure de farine ne tariront jamais si nous ne laissons pas notre prochain dans le besoin. La leçon veut donc nous recommander l’aumône de Carême, mais aussi la miséricorde et l’amour du prochain.
Le Graduel est un écho de la leçon : Dieu prend soin de toi ; n’aie pas de soucis anxieux, il te « nourrira » (cette nourriture s’entend dans un double sens, du pain temporel et du pain spirituel).
L’Évangile n’a aucune relation avec la leçon. Le Seigneur se présente encore devant nous. Il est en lutte avec les ténèbres (thème de la Passion). Ce passage est tiré du grand discours de malédiction contre les Pharisiens. Après ce discours, le Christ quitte le temple pour ne jamais y rentrer. Dans ce discours, il nous présente deux images opposées : les Pharisiens et les disciples. Les Pharisiens disent et ne font pas ce qu’ils disent. Il en est tout autrement des disciples : ils doivent être des serviteurs. Le Christ est notre docteur ; Dieu est notre Père. Le chemin de la gloire est celui-ci : « Celui qui s’abaisse... » Le Christ nous précède dans la souffrance, l’humiliation, l’obéissance ; suivons-le, soyons ses disciples.
Sous l’impression de la grave prédication du Seigneur, nous présenterons à l’autel, au moment de l’Offertoire, non pas une offrande, mais notre « cœur contrit et humilié ». Il est rare de voir, à l’Offertoire, le thème de la pénitence (Ps. 50) ressortir d’une manière aussi directe.
A la Communion, nous chantons un cantique fervent d’action de grâces pour la victoire de la Rédemption et nous demandons à Dieu de « garder toujours les commandements ». Comparons l’Introït et la Communion : ce que nous cherchons et implorons dans l’introït, est accompli dans la communion. Nous voyons maintenant la face du Christ.
Dans l’Oraison et la Postcommunion, nous demandons l’accomplissement des commandements du « Docteur » Il y a aussi, dans la messe d’aujourd’hui, un encouragement et une joie pour les catéchumènes. Les plus beaux et les plus héroïques exemples de foi nous sont offerts par le monde païen : la veuve, la Chananéenne le centurion.
4. Le psaume 9. — Le Christ est vainqueur.
Le psaume 9 réunit deux cantiques différents ; le premier est un cantique d’action de grâces et de victoire ; l’autre une lamentation et une prière. (Ces deux cantiques son souvent distingués dans la numérotation). La communion de notre messe indique que nous ne devons envisager, ici, que la première partie :
Je te louerai, Seigneur, de tout mon cœur
et j’annoncerai toutes tes merveilles.
Je me réjouirai et je tressaillirai en toi
et je chanterai ton nom, Ô Très-Haut.Tu as renversé mes ennemis,
ils trébuchent et tombent devant ta face.
Tu as fait triompher mon droit et ma cause,
et tu t’es assis sur le trône en juste juge.
Tu as châtié les nations, tu as fait périr l’impie,
tu as effacé leur nom même pour tous les temps.
L’épée des ennemis est tombée pour toujours,
Tu as mis leurs villes en ruines
et jusqu’à leur souvenir a disparu.Mais Dieu siège à jamais,
il a dressé son trône pour le jugement.
Il juge la terre avec justice,
il dirige les peuples avec droiture.
Le Seigneur est un refuge pour les pauvres,
il aide au temps de la détresse.
C’est pourquoi doivent espérer fermement en toi
ceux qui connaissent ton nom, car tu n’abandonnes jamais ceux qui te cherchent, Seigneur.Louez le Seigneur qui a son trône dans Sion,
Publiez parmi les peuples ses hauts faits.
Car lui, qui venge le sang versé, se souvient des pauvres,
il n’oublie pas leur cri.
C’est pourquoi le Seigneur a eu pitié de moi,
il a vu la détresse où m’ont réduit mes ennemis.
Il m’a retiré des portes de la mort,
afin que je puisse annoncer ses louanges aux portes de Sion.Je tressaille de joie à cause de ton salut :
les nations sont tombées dans la fosse qu’elles ont creusée.
Le lacet qu’elles avaient placé en cachette
a entouré leur propre pied.
Ainsi le Seigneur s’est manifesté comme juge ;
dans l’œuvre de ses propres mains, s’est enlacé l’impie.
Tous les impies descendront aux enfers et tous les peuples qui oublient Dieu.
Car le malheureux n’est pas toujours oublié,
ni l’espérance des pauvres éternellement déçue.Lève-toi, Seigneur, que l’homme ne triomphe pas !
entre en jugement avec les peuples,
Établis sur eux quelqu’un qui les dompte
afin que les peuples sachent qu’ils sont des hommes.
Ordre des idées :
Introduction : Action de grâces à Dieu, 2-3 ; raison : à cause de son secours :
1. Par le triomphe sur les ennemis, 4-7.
— a) Dieu vainqueur, 4 ;
— b) Dieu juge, 5,
— c)Dieu exterminateur, 6-7 ;
2. Par la protection des siens, 8-11 ;
— a) Dieu arbitre du droit, 8-9 ;
— b) Dieu protecteur des petits, 10-11 ;
3. C’est pourquoi nous lui devons remerciement et louange, 12-15 ;
— (le cri de ceux qui souffrent 14-15) ;
4. Châtiment des ennemis, 16-19 ;
Prière finale pour les païens, 20-21.
Application liturgique. — Dans notre prière chrétienne, nous séparons le psaume de ses circonstances historiques pour en faire une prière d’action de grâces, dans laquelle nous remercions Dieu des victoires remportées et du secours accordé dans son royaume. En somme, cette victoire historique n’est qu’une phase du grand combat et de la victoire de Dieu sur ses ennemis. Nous entendons donc le combat et la victoire dans le sens le plus large. Le champ de bataille est la vaste terre et, surtout, le cœur de tout homme. Ce combat durera jusqu’à la fin du monde. Le vainqueur est Jésus-Christ ; il remporte ses victoires dans le monde, dans l’Église, dans les âmes.
Præfatio de Quadragesima. · Préface du Carême.
Office du jour
Office
A MATINES
A LAUDES
| Ad Bened. Ant. Unus est * enim magíster vester, qui in cælis est, Christus Dóminus. | Ant. au Bénédictus Un seul est * votre maître, celui qui est dans les cieux, le Christ, le Seigneur. |
AUX VÊPRES
| Ad Magnificat Ant. Omnes autem * vos fratres estis : et patrem nolíte vocáre vobis super terram : unus est enim Pater vester, qui in cælis est : nec vocémini magístri, quia magíster vester unus est Christus. | Ant. au Magnificat Tous, * vous êtes frères : et n’appelez sur la terre personne votre père : car un seul est votre Père, lequel est dans les cieux : qu’on ne vous appelle pas non plus maître, parce qu’un seul est votre maître, le Christ. |