Samedi de la 2ᵉ semaine de Carême
Commentaires
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
La Station est à l’Église des saints Pierre et Marcellin, célèbres martyrs de Rome sous la persécution de Dioclétien, et dont les noms ont l’honneur d’être inscrits au Canon de la Messe.
LEÇON.
Les deux enfants de Jacob nous manifestent à leur tour la suite des jugements de Dieu sur Israël et sur la gentilité ; et l’initiation de nos Catéchumènes poursuit son cours. Voici deux frères, l’aîné et le plus jeune. Ésaü est le type du peuple juif : il possède le droit d’aînesse, et la plus haute destinée l’attend ; Jacob, né après lui, quoique d’un même enfantement, n’a pas le droit de compter sur la bénédiction réservée à l’aîné : il figure la gentilité. Cependant, les rôles sont changés : c’est Jacob qui reçoit cette bénédiction, et son frère en est frustré. Que s’est-il donc passé ? Le récit de Moïse nous l’apprend. Ésaü est un homme charnel ; ses appétits le dominent. La jouissance qu’il attend d’un mets grossier lui a fait perdre de vue les biens spirituels attachés à la bénédiction de son père. Dans son avidité, il cède à Jacob pour un plat de lentilles les droits sublimes que lui confère son aînesse. Nous venons de voir comment l’industrie d’une mère servit les intérêts de Jacob, et comment le vieux père, instrument de Dieu sans le savoir, confirma et bénit cette substitution dont il avait ignoré l’existence. Ésaü, de retour auprès d’Isaac, comprit l’étendue de la perte qu’il avait faite ; mais il n’était plus temps ; et il devint l’ennemi de son frère. C’est ainsi que le peuple juif, livré à ses idées charnelles, a perdu son aînesse sur les Gentils. Il n’a pas voulu suivre un Messie pauvre et persécuté ; il rêvait triomphes et grandeurs mondaines, et Jésus ne promettait qu’un royaume spirituel. Israël a donc dédaigne ce Messie ; mais les Gentils l’ont reçu, et ils sont devenus les aînés. Et parce que le peuple juif ne veut pas reconnaître cette substitution qu’il a cependant consentie, au jour où il criait : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous [12] » : maintenant il voit avec dépit que toutes les faveurs du Père céleste sont pour le peuple chrétien. Les enfants d’Abraham selon la chair sont déshérités à la vue de toutes les nations, tandis que les enfants d’Abraham par la foi sont manifestement les fils de la promesse, selon la parole du Seigneur à cet illustre Patriarche : « Je multiplierai ta race au-dessus des étoiles du ciel et des sables de la mer et toutes les nations seront bénies en celui qui sortira de toi [13]. »
ÉVANGILE.
C’est ici encore le mystère que nous venons de reconnaître tout à l’heure dans le récit de la Genèse. Deux frères sont en présence, et l’aîné se plaint du sort que la bonté du père a fait au plus jeune. Celui-ci s’en est allé dans une région lointaine, il a fui loin du toit paternel, afin de s’abandonner plus librement à ses désordres : mais quand il s’est vu réduit à la plus extrême disette, il s’est ressouvenu de son père, et il est venu solliciter humblement la dernière place dans cette maison qui aurait dû être un jour la sienne. Le père a accueilli le prodigue avec la plus vive tendresse : non seulement il lui a pardonné, mais il lui a rendu tous ses droits de fils. Il a fait plus encore : un festin a été donné pour célébrer cet heureux retour ; et c’est toute cette conduite du père qui excite la jalousie du frère aîné. Mais c’est en vain qu’Israël s’indigne contre la miséricorde du Seigneur : l’heure est venue où la plénitude des nations va être convoquée pour entrer au bercail universel. Si loin que leurs erreurs et leurs passions aient entraîné les Gentils, ils entendront la voix des Apôtres. Grecs et Romains, Scythes et barbares, tous, frappant leurs poitrines, accourront demandant à être admis en participation des faveurs d’Israël. Mais on ne leur donnera pas seulement les miettes qui tomberont de la table, comme le demandait la Chananéenne ; ils seront admis sur le pied d’enfants légitimes et honorés. Les plaintes envieuses d’Israël ne seront pas reçues. S’il refuse de prendre part au banquet, la fête ne s’en célébrera pas moins. Or, cette fête, c’est la Pâque ; ces enfants rentrés nus et exténués dans la maison paternelle, ce sont nos Catéchumènes, sur lesquels le Seigneur s’apprête à répandre la grâce de l’adoption.
Mais ces enfants prodigues qui viennent se mettre à la merci de leur père offensé, sont aussi les Pénitents publics dont l’Église, en ces jours, préparait la réconciliation. Ce passage de l’Évangile a été choisi pour eux aussi bien que pour les Catéchumènes. L’Église, qui s’est relâchée de sa sévère discipline, propose aujourd’hui cette parabole à tous les pécheurs qui se disposent à faire leur paix avec Dieu. Ils ne connaissaient pas encore l’infinie bonté du Seigneur qu’ils ont abandonné : qu’ils apprennent aujourd’hui combien la miséricorde l’emporte sur la justice dans le cœur de celui qui « a aimé le monde jusqu’à lui donner son propre Fils unique [14] ». Quelque lointaine qu’ait été leur fuite, quelque profonde qu’ait été leur ingratitude, tout est préparé, dans la maison paternelle, pour fêter leur retour. Le père tendre qu’ils ont quitté attend à la porte, prêt à courir au-devant d’eux pour les embrasser ; leur première robe, la robe de l’innocence, va leur être rendue ; l’anneau que portent seuls les enfants de la maison ornera de nouveau leur main purifiée. La table du festin est dressée pour eux, et les Anges vont y faire entendre les mélodies célestes. Qu’ils crient donc du fond de leur cœur : « O Père, j’ai péché contre le Ciel et contre vous ; je ne mérite plus d’être appelé votre fils ; traitez-moi comme l’un de vos mercenaires. » Le regret sincère de leur égarement passé, l’humilité de l’aveu, la ferme résolution d’être désormais fidèles : ce sont là les seules et faciles conditions que le père exige de ses prodigues pour en faire les fils de sa prédilection.
En ce jour du Samedi, implorons aux pieds de Marie, reine de miséricorde, le pardon de nos péchés, en lui présentant cette Prose touchante des anciens Missels de Cluny.
| SÉQUENCE. | |
| Ave novi luminis Stella promens radium, Quo nostræ propaginis Deletur opprobrium. | Salut, ô étoile, qui lances le rayon d’une nouvelle lumière ; ce rayon qui efface la honte de l’humaine famille. |
| Tu sola spes hominis, Tu nostrum refugium, In hora discriminis Placa nobis Filium. | Tu es l’unique espoir de l’homme, tu es notre refuge : à l’heure du péril, apaise pour nous ton Fils. |
| Florens Jesse virgula, Vera veris primula, Salutem initians. | Branche fleurie de Jessé, primeur du printemps, commencement du salut ; |
| Rosa semper vernula, Tota sine macula, Maculosos expians. | Rose toujours nouvelle, toujours sans tache, purifiant nos souillures ; |
| Uterus virgineus, Fons hortorum, puteus Aquarum viventium. | Sein virginal, fontaine des jardins, puits des eaux vives ; |
| Domus aromatica, Quam arte mirifica Fecit summus Artifex. | Demeure parfumée, que le souverain Créateur a bâtie d’un art merveilleux ; |
| In qua Christus unica Sumpta carnis tunica, Consecratur Pontifex. | Dans laquelle le Christ, couvert du vêtement de la chair, est consacré Pontife ; |
| Fons distillans oleum, Imo rorem melleum, Per amoris fistulas. | Source d’huile salutaire, rosée de miel délicieux, symbole de ton amour ; |
| Inde surgit balneum, Purgans omne felleum, Et peccati maculas. | De toi procède cet heureux bain qui lave nos plaies amères et les taches du péché. |
| Mater cujus viscera Penetrarunt vulnera Patientis Filii. | O Mère, les blessures de ton Fils en proie à la souffrance pénétrèrent ton cœur. |
| Lac profer et ubera ; Nos a pœnis libera Tremendi judicii. Amen. | Rappelle-lui ton lait, présente-lui ton sein, et délivre-nous des supplices du redoutable jugement. Amen. |
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Collecte à Saint-Clément.
Station aux Saints-Pierre-et-Marcellin.
L’église du rendez-vous est déjà connue : c’est le dominicum clmentis, distant d’environ 300 mètres du titre des Saints-Pierre-et-Marcellin. Cette dernière basilique fut érigée du temps du pape Sirice, et, selon l’habitude romaine, consacre probablement le souvenir de l’habitation en ce lieu, de l’un, au moins, des deux martyrs. Nous savons par le pape Damase que, dans son enfance, il apprit les détails de la passion des saints Pierre et Marcellin de leur bourreau lui-même :
Percussor retulit mihi Damaso cum puer essem,
L’introït provient du psaume 18 ; c’est l’éloge de la loi du Seigneur, qui est parfaite, irréformable, et qui, tout en illuminant l’intelligence par la connaissance du devoir, excite aussi le cœur et donne à la volonté la force de l’accomplir. C’est là qu’est la différence entre la loi si suave de l’Évangile et celles des hommes — et aussi pour une grande part celles de la Synagogue. Ceux-ci prêchent et disent fort bien, mais tiennent trop peu de compte de la déchéance de la nature humaine, qui ne peut s’élever par elle-même, si Dieu ne la soulève et ne lui donne de vouloir ce qu’il veut.
La collecte développe encore la même notion du jeûne : à savoir, que la macération du corps tourne en profit spirituel.
La lecture de la Genèse (XXVII, 6-40), avec Jacob qui se substitue à son frère aîné Ésaü et obtient la bénédiction paternelle, fait allusion aux Gentils, qui, dans l’économie divine de la Rédemption, prennent la place du peuple juif, protégés qu’ils sont par les mérites de notre Seigneur Jésus-Christ symbolisés par ces peaux d’agneaux dont Jacob s’est couvert le cou et les mains.
Le chant responsorial provient aujourd’hui du psaume 91 : « Combien il est doux de chanter vos louanges, Seigneur, et de jouer de la cithare en votre honneur, afin d’annoncer dès l’aurore vos miséricordes, et de glorifier votre lumière et votre vérité parmi les ténèbres de la nuit. » Le juste sent le besoin de s’élever et de communiquer sans cesse avec Dieu dans la prière. C’est pourquoi, de bon matin, il rend grâces à Dieu de la miséricorde avec laquelle il le prévient avant que le soleil dore les montagnes de ses rayons ; et le soir, quand tout se tait autour de lui, et qu’un voile de ténèbres enveloppe la nature, à l’exemple de Jésus qui erat pernoctans in oratione Dei, il élève son âme vers le Seigneur et il puise Là-Haut ces lumières et cette force qui lui sont nécessaires pour les œuvres de la journée. Ainsi agit l’Église dont il est écrit dans la Sagesse : De nocte surrexit deditque praedam domesticis suis... non extinguetur in nocte lucerna eius ; ainsi ont toujours fait les grands apôtres et les saints, par exemple, saint François Xavier, qui, durant le jour, se fatiguait dans les œuvres de son apostolat chez les Indiens, et, la nuit, traitait les affaires de son ministère avec le divin Sacrement de l’autel.
La parabole évangélique de l’enfant prodigue (Luc., XV, 11-32) continue l’allégorie commencée déjà dans la lecture précédente. Le prodigue est le peuple Gentil, qui a dissipé ses biens naturels en suivant les instincts des passions. Et parce qu’il n’a pas voulu reconnaître Dieu, comme il convenait, à la lumière de la droite raison, il fut, en vertu d’un jugement divin, abandonné, comme l’enseigne saint Paul : in reprobum sensum et in passionem ignominiae. Voilà les glands dont se nourrissent les animaux immondes.
Le frère dédaigneux, qui se plaint parce que son père fait si grande fête au pauvre prodigue, revenu, repentant, sous le toit paternel, c’est le peuple hébreu, qui a fait l’impossible pour que les apôtres n’ouvrent pas les portes de la Rédemption aux païens.
L’offertoire est tiré du psaume 12 : « Illuminez-moi, Seigneur, pour que je ne m’endorme pas dans le sommeil de mort, et que l’ennemi n’ait pas à dire : « j’ai prévalu sur lui ». Le sommeil de mort signifie non seulement la mort corporelle, mais aussi l’assoupissement de l’âme égarée dans l’impénitence finale.
De telles âmes ne sentent plus ni honte ni remords ; elles font le mal et s’en glorifient puisque, extérieurement, tout leur réussit selon leurs désirs. Cet état est le prélude de la réprobation finale, et la félicité apparente dont jouissent ces âmes, les fit comparer par Jérémie à un troupeau qui se laisse engraisser dans les pâturages fertiles pour le jour du sacrifice. Ce sommeil de mort désigne aussi la tiédeur, qui est l’une des maladies spirituelles les plus difficiles à guérir. Il faut la prévenir avec toute la diligence possible, et, dans ce but, il est nécessaire de tenir l’âme en contact assidu avec la lumière divine, afin que la pénombre et la monotonie des exercices faits simplement par habitude ne vaillent pas à l’esprit ce funeste sommeil.
La secrète s’inspire d’un verset du psaume 18 : Ab occultis meis munda me, et ab alienis parce servo tuo, selon le texte des Septante et de la Vulgate, sens qui est probablement inexact. Au lieu de alienis ou étrangers, il semble en effet qu’on devrait lire et traduire : tenez loin des superbes votre serviteur. La collecte modifie quelque peu l’expression du psaume, et, par les mérites du sacrifice eucharistique, implore la rémission tant des fautes personnelles que des fautes collectives, extérieures et sociales commises parfois par simple omission, quand quelqu’un serait tenu d’empêcher le mal et s’en abstient. C’est un aspect un peu inaccoutumé, mais très vrai, de la responsabilité que nous avons devant notre conscience et devant Dieu, pour les fautes que nos inférieurs, ou la communauté tout entière, peuvent commettre grâce à notre acquiescement ou par solidarité avec ceux qui violent les règles de la justice. Dans les temps modernes spécialement, quand les peuples se gouvernent par eux-mêmes au moyen du régime représentatif, combien de délits se peuvent commettre, ne fût-ce que par l’abstentionnisme dans les élections politiques et dans les parlements, et dont est solidaire, non pas un seul individu, mais une nation tout entière.
L’antienne durant la distribution des Dons sacrés est tirée de l’évangile de ce jour : « Mon fils, il convient que tu t’en réjouisses : voici que ton frère était mort, et maintenant il revient à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. »
Après la communion, nous prions pour que la vertu du Sacrement pénètre dans le plus intime de notre être ; mais il faut pour cela que nous ouvrions toutes les portes de notre âme, et qu’il ne s’y trouve pas de replis réservés et inaccessibles à Jésus qui nous visite.
Dans la bénédiction finale sur le peuple, le prêtre supplie Dieu de garder miséricordieusement sa famille, c’est-à-dire l’Église militante, et puisque, à la différence de l’Église triomphante qui se recrute exclusivement parmi les saints dans le ciel, celle-ci, sur la terre, s’appuie uniquement sur l’infinie miséricorde de Dieu pardonnant les péchés des hommes, nous prions le Seigneur de nous assister par sa grâce, afin que la ferme espérance que nous avons en Lui ne soit pas déçue.
Ne nous montrons pas durs envers ceux qui arrivent de loin, comme l’enfant prodigue. Nous aussi, un jour, nous étions très éloignés, et si maintenant nous sommes unis ensemble pour former un seul peuple, le peuple de Dieu, cela vient de ce que le Bon Pasteur nous a ramenés au bercail. Il faut aplanir les difficultés, faciliter les conversions, imiter les anges du ciel, qui font fête autour de Jésus quand un pécheur égaré rentre dans le droit chemin.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
STATION A SAINT PIERRE ET SAINT MARCELLIN
Il voulait, pour pénitence, devenir esclave, le Père en fit un fils de roi.
Le Seigneur appelle, sans mérites préalables, les catéchumènes et les pénitents. Nous qui sommes appelés, célébrons le mystère de l’élection et de la conversion.
Dans les antiennes du lever et du coucher du soleil, l’Église nous fait, pendant toute la journée, prendre part au drame de l’Enfant prodigue. Le matin, nous allons, pleins de repentir et de componction, « vers le Père », c’est-à-dire dans l’Église ; le soir, nous sommes revêtus de la dignité de fils de roi.
« Je me lèverai et j’irai vers mon père et je lui dirai : Père, fais de moi un de tes journaliers »(Ant. Bened.).
« Le père dit à ses serviteurs : Apportez vite sa première robe (stolam primam) et revêtez-l’en, mettez-lui un anneau à sa main et des chaussures à ses pieds »(Ant. Magn.) [15].
Il voulait, pour pénitence, devenir esclave — le père en fit un fils de roi. Remarquons la sublime scène liturgique de l’élévation à la dignité de fils de roi ; elle rappelle la vêture solennelle d’un évêque à qui on met ses vêtements pontificaux. Ainsi donc, ces deux antiennes constituent les termes essentiels de toute pénitence, mais nous y voyons aussi la pédagogie consolante de l’Église dans le temps de Carême et de Pâques.
1. Vocation et conversion. — Aujourd’hui, nous remercions Dieu de deux grandes grâces, celle de notre vocation et celle de notre conversion. En tant que catéchumènes, nous célébrons le mystère de la vocation ; en tant que pénitents, la grâce de la conversion. Ayons conscience d’être des hommes élus et appelés. Sans mérites de notre part, nous avons été choisis parmi des milliers. Outre la grâce de l’appel, Dieu nous donne encore celle de la conversion. La conversion ne coïncide plus avec le baptême. La plupart des hommes doivent, en tant qu’adultes, passer d’une vie tiède ou même pécheresse à une vie meilleure et se convertir à Dieu. Enfin, nous devons, tous les ans, pendant le Carême, nous convertir de nouveau. C’est ce que l’Église nous indique aujourd’hui dans la parabole de l’Enfant prodigue, cette parabole d’une beauté impérissable, qui est la vraie parabole de Carême. Le fils plus jeune, c’est chacun de nous. Nous sommes partis loin de la maison paternelle, vers la terre étrangère, la terre où Dieu est étranger et nous avons éprouvé la nostalgie de notre Père et de la maison paternelle. C’est déjà une grande grâce de ne pouvoir vivre en paix avec le péché. Dieu ne nous a pas laissé de repos. Or, voici le joyeux message : le Père attend avec impatience le retour de son enfant, il le laisse à peine dire un mot, il l’embrasse et le couvre de baisers, il lui rend tous ses droits anciens de fils de prince (anneau, chaussures et robe nuptiale). C’est sur cela que la parabole insiste, sur la joie de l’heureux retour. L’Église désire qu’aujourd’hui nous nous mettions à la place du fils retrouvé. Pendant tout le jour, pensons avec reconnaissance que nous sommes des hommes élus et convertis.
2. Le thème de la station. — Les saints de la station d’aujourd’hui sont les martyrs romains, saint Pierre et saint Marcellin ; le premier était prêtre et l’autre, exorciste. Sous l’empereur Dioclétien, ils convertirent, dans leur prison, beaucoup de monde à la vraie foi. Après un dur emprisonnement et de nombreux supplices, ils furent décapités. — Le texte de la messe a subi l’influence des saints de la station. A cause de ces deux saints fraternellement unis, on nous présente, dans chacune des deux lectures, deux frères. Ces saints étaient très vénérés dans l’Église romaine et leurs noms se trouvent, depuis des siècles, dans les diptyques du Canon romain. L’Église de station, dans laquelle nous nous rendons aujourd’hui en pèlerinage, est un antique sanctuaire déjà attesté au VIᵉ siècle et, comme station, au VIIᵉ siècle. Aujourd’hui, l’église est entièrement reconstruite et de la basilique primitive il ne reste plus rien.
3. La messe (Lex Domini). — Dans cette messe nous sommes immédiatement frappés par le parallélisme voulu des deux lectures et des deux frères (la messe de samedi prochain est construite absolument sur le même modèle et doit remonter à la même époque). Les chants sont extraordinairement joyeux La messe est, pour nous, une messe d’action de grâce et de joie.
A l’Introït, nous chantons aujourd’hui le chant du soleil ; nous en extrayons joyeusement la seconde partie qui célèbre la majesté de la Loi. Les catéchumènes et les pénitents pouvaient prendre part à ce chant, célébrer la doctrine chrétienne qui rafraîchi l’âme et apporte la sagesse aux petits.
Dans l’Oraison nous demandons que le jeûne corporel contribue : rassasier notre âme. Les deux lectures forment parallèle : deux frères, dont le plus jeune, qui a moins de droits, est élevé, alors que l’aîné est rabaissé. La leçon convient surtout aux catéchumènes ; l’Évangile, aux pénitents. La leçon traite du mystère de l’élection Jacob reçoit, de préférence à son aîné, Ésaü, la bénédiction du premier-né. L’Évangile traite de la grâce de la conversion. Ces deux frères cadets représentent la vocation de l’Église des Gentils. Le sacrifice eucharistique est le banquet joyeux que le Père nous prépare à tous, aux pénitents et aux catéchumènes, comme avant-goût du Jeudi-Saint et de la nuit de Pâques.
C’est pourquoi l’antienne de Communion, extraite de l’Évangile, respire la joie et la reconnaissance. L’Église nous dit, pour ainsi dire : Réjouissez-vous, car vos frères, les catéchumènes et les pénitents, sont ressuscités des morts. C’est ce qui nous explique le caractère joyeux de ces chants. C’est le thème pascal : nous nous voyons déjà à la fin de notre travail de jeûne et de conversion. Le soleil de Pâques se lève déjà aux yeux des convertis.
A l’Offertoire, nous sommes déjà environnés de la clarté de la lumière pascale et nous demandons la véritable conversion, comme le « fils ressuscité des morts ». La pensée de la pénitence, que nous aimons retirer de cette parabole, ne semble pas occuper la liturgie, dans cette messe ; elle attire surtout notre attention sur le mystère de l’élection.
4. La prière des Heures. — La prière des Heures approfondit, aujourd’hui, la parabole de l’Enfant prodigue. Aux Matines, nous consacrons même un Répons à ce sujet, ce qui est une des rares exceptions en Carême. A la différence de la messe, la prière des Heures semble mettre au premier plan la pensée de la pénitence. Nous lisons, aux Matines, un extrait du commentaire de saint Ambroise sur saint Luc. Citons-en quelques passages caractéristiques : « Il n’y a pas, dans le royaume de Dieu, d’âge mineur et la foi ne s’apprécie pas d’après les années. » « Celui-là perd son patrimoine qui se sépare de l’Église. » « Quel plus grand éloignement que de se séparer de soi-même, alors même qu’on n’est pas séparé par des pays étrangers, mais par sa conduite ?... Car celui qui est séparé du Christ est banni de sa patrie, c’est un citoyen de ce monde. Quant à nous, nous ne sommes pas des étrangers et des passants, mais nous sommes des concitoyens des saints et les commensaux de Dieu. Autrefois, nous étions éloignés, mais nous sommes rapprochés dans le sang du Christ. » « Le pays éloigné est l’ombre de la mort. Mais nous, pour qui le souffle devant la face est le Christ Notre Seigneur, nous sommes à l’ombre du Christ. » Quelles profondes pensées dans ces phrases !
Père, j’ai péché devant le ciel et devant toi,
Je ne suis pas digne d’être appelé ton fils.
Fais de moi l’un de tes serviteurs.
Tant de serviteurs ont du pain en abondance dans la maison de mon Père,
Et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai et j’irai vers mon Père et je lui dirai :
Fais de moi l’un de tes serviteurs (Rép.).
5. Psaume 12. — De la désolation à l’allégresse de la reconnaissance. — Ce psaume, d’une belle construction, nous fait passer par les trois degrés que doit gravir toute bonne prière :
1. dans la détresse ;
2. demande fervente ;
3. joie d’avoir été exaucé.
Jusqu’à quand, Seigneur, m’oublieras-tu complètement ?
jusqu’à quand me cacheras-tu ta face ?
Jusqu’à quand porterai-je le chagrin dans mon âme
et mon cœur devra-t-il se consumer dans la peine ?
Jusqu’à quand mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi ?Regarde, écoute-moi, Seigneur mon Dieu !
Donne la lumière à mes yeux,
afin que je ne tombe pas dans le sommeil de la mort ;
afin que mon ennemi ne dise pas : « je l’ai vaincu »,
et que mes adversaires ne se réjouissent pas en me voyant chanceler.Mais moi j’espère en ta bonté.
Mon cœur tressaille déjà à cause de ton secours ;
Je chanterai le Seigneur pour le bien qu’il m’a fait,
je louerai le nom du Très-Haut.
Præfatio de Quadragesima. · Préface du Carême.
Office du jour
Office
A MATINES
A LAUDES
| Ad Bened. Ant. Vadam ad patrem meum, * et dicam ei : Pater, fac me sicut unum ex mercenáriis tuis. | Ant. au Bénédictus J’irai à mon père, * et je lui dirai : Mon père, traitez-moi comme un de vos mercenaires. |