Vendredi de la 4ᵉ semaine de Carême
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Présentation
Présentation
La Station est dans le sanctuaire érigé sur l’emplacement de la maison où S. Eusèbe, ardent défenseur de la foi contre Arius, mourut martyr. Cette église était au Ve siècle une des 25 paroisses de Rome. Peut-être choisit-on ce sanctuaire pour y lire l’Epître et l’Évangile qui parlent de résurrections, car il s’élevait près de la grande nécropole de l’Esquilin.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
La Station est à l’Église de saint Eusèbe, prêtre de Rome, qui souffrit pour la foi dans la persécution des Ariens, sous l’empereur Constance.
LEÇON.
C’est encore une mère aujourd’hui qui vient, en pleurs, solliciter la résurrection de son fils. Cette mère est la veuve de Sarepta, que nous connaissons déjà comme la figure de l’Église des Gentils. Elle a péché autrefois, elle été idolâtre, et le souvenir de son passé l’inquiète ; mais le Seigneur, qui l’a purifiée et l’a appelée à l’honneur d’être son Épouse, la rassure en rendant son fils à la vie. La charité d’Élie est l’image de celle du Fils de Dieu. Voyez comment ce grand prophète s’étend sur le corps de l’enfant, comment il se fait petit à sa mesure, ainsi que nous avons vu faire à Élisée. Reconnaissons encore ici le divin mystère de l’Incarnation. Par trois fois le prophète touche le cadavre ; et aussi par trois fois nos Catéchumènes seront plongés dans la piscine baptismale, avec l’invocation des trois personnes de l’adorable Trinité. Dans la nuit solennelle de la Pâque, Jésus aussi dira à l’Église son épouse : « Voici tes fils qui vivent maintenant » ; et l’Église, transportée de joie, sentira toujours plus la vérité des promesses du Seigneur. Les païens eux-mêmes la sentirent à leur manière, cette vérité, lorsque, voyant les mœurs de ce peuple nouveau qui sortait régénéré des eaux du Baptême, ils reconnurent que la divinité pouvait seule être le principe d’une si haute vertu dans des hommes. Au sein de l’empire romain en proie à toutes les corruptions, une race pure et toute céleste apparut soudain, et les fils de cette race si sainte étaient encore la veille mêlés à toutes les dépravations païennes. Où avaient-ils puisé cette vertu sublime ? dans la doctrine de Jésus, et dans les remèdes surnaturels qu’elle applique à la dégradation de l’homme. On vit alors les infidèles accourir en foule, bravant l’épreuve du martyre, et l’Église dilater son sein, pour accueillir ces générations qui lui disaient avec amour : « Nous reconnaissons que vous êtes de Dieu, et que la parole du Seigneur est dans votre bouche. »
ÉVANGILE.
Parcourons avec espérance cet admirable récit qui nous raconte ce que Jésus opère dans les âmes ; rappelons-nous ce qu’il a fait en faveur de la nôtre, et conjurons-le d’avoir enfin pitié de nos Pénitents, qui, en si grand nombre, par toute la terre, se disposent à recevoir ce pardon qui doit leur rendre la vie. Aujourd’hui ce n’est plus une mère qui demande la résurrection de son fils ; ce sont deux sœurs qui implorent cette grâce pour un frère chéri ; l’Église, par cet exemple, nous engage à prier pour nos frères. Mais suivons la sublime narration de notre Évangile.
Lazare a d’abord été malade et languissant ; enfin il est mort. Le pécheur commence par se laisser aller à la tiédeur, à l’indifférence, et bientôt il reçoit la blessure mortelle. Jésus n’a pas voulu guérir l’infirmité de Lazare ; pour rendre ses ennemis inexcusables, il veut opérer un prodige éclatant aux portes même de Jérusalem. Il veut prouver qu’il est le maître de la vie à ceux-là même qui, dans quelques jours, seront scandalisés de sa mort. Au sens moral, Dieu juge quelquefois à propos, dans sa sagesse, d’abandonner à elle-même une âme ingrate, bien qu’il prévoie qu’elle tombera dans le péché. Il la relèvera plus tard ; et la confusion qu’elle ressentira de sa chute servira à la maintenir dans l’humilité qui l’eût préservée.
Les deux sœurs, Marthe et Marie, apparaissent ici avec leurs caractères si tranchés ; toutes deux éplorées, toutes deux unanimes dans leur confiance. A Marthe, Jésus annonce qu’il est lui-même la Résurrection et la Vie, et que celui qui croit en lui ne mourra point de cette mort qui est la seule à craindre ; mais quand il voit les pleurs de Marie, de celle dont il connaissait tout l’amour, il frémit, il se trouble. La mort, châtiment du péché de l’homme, source de tant de larmes, émeut son cœur divin. Arrivé en face du tombeau qui recèle le corps de Lazare son ami, il verse des pleurs : sanctifiant ainsi les larmes que l’affection chrétienne nous arrache sur la tombe de ceux qui nous furent chers. Mais le moment est venu de lever la pierre, d’étaler au grand jour l’affreux triomphe de la mort. Lazare est là depuis quatre jours : c’est le pécheur envieilli dans son péché. N’importe : Jésus ne repousse pas ce spectacle. D’une voix qui commande a toute créature et qui épouvante l’enfer, il crie : Lazare, sors dehors ! et le cadavre s’élance hors du sépulcre. Le mort a entendu la voix ; mais ses membres sont encore enchaînés, son visage est voilé ; il ne peut agir ; la lumière n’a pas lui encore à ses yeux. Jésus commande qu’on le délie ; et par son ordre, des mains humaines rendent aux membres de Lazare la liberté, à ses yeux la vue du soleil. C’est jusqu’à la fin l’histoire du pécheur réconcilié. La voix seule de Jésus pouvait l’appeler à la conversion, émouvoir son cœur, l’amener à confesser son péché ; mais Jésus réserve à la main de ses prêtres de le délier, de l’éclairer, de lui rendre le mouvement. Grâces immortelles au Sauveur qui, par ce prodige opère dans les jours mêmes où nous sommes, mit le comble à la fureur de ses ennemis, et se dévoua par ce dernier bienfait à toute la rage qu’ils avaient conçue contre lui. Désormais il ne s’éloignera plus de Jérusalem ; Béthanie, où il vient d’accomplir le miracle, n’en est qu’à quelques pas. Dans neuf jours, la ville infidèle verra le triomphe pacifique du fils de David ; il retournera ensuite chez ses amis de Béthanie ; mais bientôt il rentrera dans la ville pour y consommer le sacrifice dont les mérites infinis sont le principe de la résurrection du pécheur.
Cet espoir consolant porta les premiers chrétiens à multiplier sur les peintures des Catacombes l’image de Lazare rappelé à la vie ; et ce type de la réconciliation de l’âme pécheresse, sculpté pareillement sur le marbre des sarcophages des IVᵉ et Ve siècles, se reproduisit jusque sur les verrières de nos cathédrales. L’ancienne France honorait ce symbole de la résurrection spirituelle par une pieuse coutume qui s’est conservée dans l’insigne abbaye de la Trinité de Vendôme, jusqu’au renversement de nos institutions catholiques. Chaque année, en ce jour, un criminel condamné par la justice humaine était amené à l’Église Abbatiale. Il avait la corde au cou et tenait à la main une torche du poids de trente-trois livres, en mémoire des années du divin Libérateur. Les moines faisaient une procession à laquelle le criminel assistait humblement, ainsi qu’au sermon qui la suivait. On le conduisait ensuite au pied de l’autel, où l’Abbé, après une exhortation, lui enjoignait pour pénitence le pèlerinage de Saint-Martin de Tours. Il lui ôtait ensuite du cou la corde qu’il avait portée jusqu’à ce moment, et il le déclarait libre. Cet usage liturgique, si chrétien et si touchant, remontait à Louis de Bourbon, comte de Vendôme, qui, en 1426, durant sa captivité en Angleterre, avait fait le vœu, si Dieu lui rendait la liberté, d’établir dans l’Église de la Trinité, comme monument de sa reconnaissance, cet hommage annuel au Christ qui délivra Lazare du tombeau. Le Ciel agréant la piété du prince, celui-ci ne tarda pas à recevoir la grâce qu’il implorait avec tant de foi.
Nous prierons aujourd’hui pour la conversion des pécheurs, en empruntant cette touchante prière au Pontifical Romain, dans la réconciliation des pénitents.
| ORAISON. | |
| Deus, humani generis benignissime conditor, et misericordissime reformator, qui hominem invidia diaboli ab æternitate dejectum unici filii tui sanguine redemisti, vivifica hos famulos tuos, quos tibi nullatenus mori desideras ; | O Dieu qui, dans votre bonté, avez créé le genre humain, et dans votre miséricorde l’avez réparé, vous qui avez racheté par le sang de votre Fils unique l’homme que l’envie du diable avait fait déchoir de l’immortalité, rendez la vie à ces pécheurs, vos serviteurs, dont vous ne voulez point la mort, vous qui êtes leur vie. |
| Et qui non derelinquis devios, assume correctos ; moveant pietatem tuam, quæsumus Domine, horum famulorum tuorum lacrymosa suspiria ; | |
| Tu eorum medere vulneribus ; tu jacentibus manum porrige salutarem : ne Ecclesia tua aliqua sui corporis portione vastetur ; ne grex tuus detrimentum sustineat ; ne de familiæ tuæ damno inimicus exsultet ; ne renatos lavacro salutari mors secunda possideat. | Guérissez leurs blessures ; ils sont étendus à vos pieds, tendez-leur une main secourable ; que votre Église ne soit point privée d’une partie de son corps ; que votre troupeau n’ait point à souffrir un détriment ; que l’ennemi ne triomphe pas du malheur de votre famille ; que la seconde mort n’envahisse pas ceux qui puisèrent une nouvelle naissance dans le bain du salut. |
| Tibi ergo, Domine, supplices fundimus preces, tibi fletum cordis effundimus : tu parce confitentibus, ut imminentibus pœnis sententiam futuri judicii, te miserante non incidant ; | Nous vous offrons donc, Seigneur, nos vœux et nos supplications ; nous répandons des larmes du cœur ; pardonnez à ceux qui confessent leur iniquité ; qu’ils ne tombent pas sous la sentence du jugement futur ; que votre miséricorde leur épargne les peines qui les menacent ; |
| Nesciant quod terret in tenebris, quod stridet in flammis, atque ab erroris via ad iter reversi justitiæ, nequaquam ultra novis vulneribus saucientur : sed integrum sit eis, ac perpetuum, et quod gratia tua contulit, et quod misericordia reformavit. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen. | Qu’ils ignorent l’horreur des ténèbres, le pétillement des flammes. Quittant le sentier de l’erreur, et rentrant dans le chemin de la justice, qu’ils ne soient plus blessés désormais, mais que le bienfait octroyé par votre grâce et rétabli par votre miséricorde demeure en eux en son entier à jamais. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen. |
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Collecte à Saint-Vite « in Macello Liviae ».
Station à Saint-Eusèbe.
L’église de la collecte, sur l’Esquilin, s’appela aussi ad Lunam, et tire peut-être son origine du pape Hilaire ; plus tard seulement elle fut élevée au rang de diaconie avec le nom de Saint-Vite, quand, au VIIᵉ siècle, le culte de ce martyr devint fort populaire en Italie, à ce point qu’on érigea de très nombreuses églises en son honneur. A la diaconie était annexé un monastère d’hommes d’où fut élevé à la papauté, pour un jour seulement, certain moine nommé Philippe, qui fut opposé à Etienne IV par le parti adverse.
Le Dominicum Eusebii rappelle l’habitation privée de cet héroïque prêtre romain, victime de la cruauté de l’empereur arien Constance. Après la mort du saint, sa maison fut immédiatement convertie en titre, si bien que, au concile tenu sous le pape Symmaque en 499, apparaît parmi les signataires un Valentinus presbyter in titulo sancti Eusebii in Esquilinis. Plus ancienne encore est l’épigraphe graffite sur un tombeau, dans le cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin :
OLYMPI LECTORIS DE DOMINICO EVSEBII LOCVS EST
qui nous reporte au IVᵉ siècle.
Tout auprès du titre s’étendait l’antique nécropole de la via Merulana ; cette circonstance peut avoir influé sur le choix des deux lectures de la messe, où il s’agit de défunts rappelés à la vie.
L’introït est emprunté au psaume 18 : « La pensée de mon cœur est toujours tournée vers vous, Seigneur, ma forteresse, mon refuge. » La pensée elle-même de Dieu est pour nous une forteresse inexpugnable, dans laquelle nous pouvons toujours trouver un abri contre toutes les tentations et les difficultés de la vie. En effet, quand les tentations nous assaillent, quand la fascination de la volupté menace d’étouffer en nous cette aspiration innée à un bien infini que nous avons tous, quand le poids des iniquités commises nous fait voir comme désespéré notre atterrissage au port du salut, quand, dans la dernière agonie spécialement, Satan nous fera sentir toute la violence de sa tyrannie pour nous réduire définitivement en son pouvoir, il suffit de se souvenir de Dieu, de l’invoquer avec le cœur, et voici que la sérénité revient, que les ennemis s’enfuient honteux, et l’âme sent toute cette douceur qu’exprimé le saint Nom de Dieu, quand on l’invoque avec dévotion. En un mot, tout notre mal vient de ce que nous oublions Dieu, alors que selon la parole du Prophète : Memor fui Dei et delectatus sum.
La collecte prélude déjà à la renaissance pascale, quand le sacrement eucharistique, nous communiquant l’esprit et la vie du Christ, accomplira dans notre âme le mystère de sa résurrection spirituelle. Mais cette renaissance est, pour le moment, simplement spirituelle, et l’Église ne cesse pourtant pas d’être une société visible, composée d’hommes passibles et mortels, qui ont aussi des besoins matériels qu’il faut satisfaire. Avec un équilibre parfait entre les aspirations de l’âme et les nécessités de la nature corporelle, l’Église se garde bien de séparer ce que Dieu a voulu réunir, et elle prie donc le Seigneur afin que la famille du Christ, tout en amassant les biens célestes, ne manque pas néanmoins des ressources matérielles nécessaires.
La lecture concernant le petit enfant ressuscité par Élie (III Reg., XVII, 17-24) est appelée par la péricope de saint Jean racontant la résurrection de Lazare. Ces grands amis de Dieu, qu’étaient Abraham, Moïse, Élie, le traitaient avec cette confiance qui atteste tout leur amour et qui plaît tant au Seigneur. Elle est l’indice d’une âme qui croit, comme le dit saint Jean, à la charité de Dieu, et qui, par suite, ose tout. Dans ses besoins elle s’adresse à lui avec une simplicité parfaite, et elle exige presque, avec de fortes paroles, comme celles qu’aujourd’hui Élie emploie, ce qu’elle estime uniquement glorieux pour Dieu, et digne de la bonté divine.
Le graduel est tiré du psaume 117 qui est l’un des anciens cantiques de la cène pascale : « Il est doux d’espérer dans le Seigneur plutôt que d’attendre le salut des hommes. » En effet, ceux-ci ne veulent ou ne peuvent toujours nous aider, même quand ils en auraient le désir. Seul l’amour de Dieu ne nous manque jamais, et il peut tout le bien qu’il nous veut.
La péricope évangélique décrit aujourd’hui la résurrection de Lazare (Ioan., XI, 1-45) précédant ainsi d’une semaine l’Église grecque, qui la célèbre par une solennité spéciale la veille du dimanche des Rameaux.
Entre tous les miracles accomplis par le Sauveur, celui de rappeler Lazare du sépulcre quatre jours après sa mort fut le plus admirable, non pas tant par la difficulté de l’œuvre en elle-même que par les circonstances qui l’accompagnèrent ; car il n’est pas plus difficile à la toute-puissance de Dieu de ressusciter tout le genre humain à la fin du monde, que de faire épanouir la fleur des champs. Il s’agit ici d’un prodige absolument constaté et indéniable, accompli presque aux portes de Jérusalem, et devant une multitude de témoins. Les adversaires de Jésus sentirent si bien la puissance décisive de ce nouveau signe messianique, qu’ils allèrent jusqu’à comploter de supprimer Lazare et de le renvoyer une autre fois au tombeau, comme si tuer Lazare eût été, comme l’observe spirituellement saint Augustin, ôter au Sauveur le pouvoir de le rappeler une seconde fois à la vie.
Jésus aimait Marie, Marthe et Lazare, et, dans leur maison, Il se réconfortait des amertumes que lui valaient les Juifs. Voilà le symbole des maisons religieuses et les prototypes des âmes aimantes, attachées à Jésus par les liens d’une intime union. Jésus persécuté dans le monde se réfugie dans les cloîtres, et cherche une compensation d’amour dans les cœurs de ses amis. Il frémit et Il pleure devant le tombeau de l’ami, et cela autant pour nous montrer combien Il l’aimait, que pour nous apprendre que la mort de Lazare est la figure de la mort qui domine sur toute la postérité d’Adam. Jésus, qui est l’ami de cette postérité déchue et prévaricatrice, en éprouve la peine la plus intime, Il pleure des larmes de sang, et, enfin, par sa parole évangélique, il la rappelle de la tombe, pour que, désormais, vivat Deo, elle vive pour Dieu.
L’antienne du psaume 17 pour l’offertoire peut bien s’appliquer au monde des morts qui dorment dans les tombes. « Vous, ô Seigneur, vous sauverez un peuple humilié, et vous confondrez le froncement de sourcil des orgueilleux. Qui peut jamais opérer d’aussi divines entreprises, sinon vous. Seigneur ? » Voilà comment l’adaptation liturgique de ce verset met en évidence le caractère messianique de la résurrection des morts. La première conséquence de la fraude que nous fit celui qui, dans les Écritures, est, pour cette raison, appelé homicida ab initia, fut la mort. Or, le Sauveur est venu en ce monde pour détruire les effets du péché, et par suite, il aura sa victoire définitive quand, au jour de la parousie, il ressuscitera le genre humain et mettra ses fidèles en possession de sa vie glorieuse.
La prière d’introduction à l’anaphore eucharistique supplie le Seigneur afin que la vertu expiatoire du sacrifice eucharistique nous purifie de nos fautes et que son efficacité propitiatrice nous concilie les faveurs divines.
L’antienne pour la communion, contrairement à l’usage quadragésimal, est empruntée au texte évangélique précédemment lu, et provient de la liturgie ambrosienne, qui, dans le recueil de ses chants, accuse une certaine antériorité relativement à la liturgie romaine. Le videns Dominus, avec sa mélodie syllabique dans l’antiphonaire grégorien, est d’un effet merveilleux, surtout par l’élan du Lazare, veni foras, où l’artiste a voulu exprimer toute la puissance de l’affection de Jésus pour son ami.
Dans la collecte pour l’Eucharistie, ou l’action de grâces, nous supplions le Seigneur que la participation à la Table sainte nous vaille le pardon de nos fautes, et nous serve de défense contre toute adversité. Dans ses collectes eucharistiques, l’Église met toujours en relief tantôt l’un tantôt l’autre des fruits du divin sacrement. En effet, l’Eucharistie est tout pour nous, puisqu’elle est Jésus même ; et Jésus est non seulement notre paix et notre propitiation pour les fautes passées, mais aussi l’antidote qui préserve l’âme de la corruption des tentations et inocule dans le corps le germe de la résurrection pour l’éternité.
Dans la collecte de bénédiction, avant de congédier l’assemblée, le célébrant rappelle à Dieu que si, conscients de notre faiblesse, nous mettons en Lui toute notre espérance de salut, qu’il fasse de son côté, par sa grâce, que nous ayons toujours sujet de nous réjouir de sa douce condescendance.
C’est précisément ce que Dieu désire ; Il hait le superbe qui se vante de pouvoir se passer du Seigneur, et s’il le renverse, c’est pour lui faire comprendre que sans Dieu on ne peut rester debout. Quand, au contraire, une âme est humble, qu’elle reconnaît et confesse qu’elle a un besoin absolu du Seigneur, celui-ci s’abaisse jusqu’à son néant, lui tend la main pour l’aider et l’élève jusqu’au plus haut des cieux.
La résurrection de Lazare symbolise aussi le sacrement de la Pénitence. Jésus a seul la vertu de convertir les cœurs, mais il confie aux apôtres et aux prêtres la tâche de délier Lazare des bandelettes et du suaire sépulcral, pour que désormais il puisse marcher d’un pas rapide dans la voie des divins commandements.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
STATION A SAINT EUSÈBE
Allons, nous aussi, et mourons avec lui.
La messe d’aujourd’hui, qui est une messe antique et classique, enseigne aux catéchumènes qu’ils trouveront dans le Christ la résurrection de vie. Bientôt, le Christ exercera en eux sa puissance sur la mort spirituelle du péché. Mais il faut, auparavant, qu’il aille lui-même à la mort pour les catéchumènes.
Antiennes directrices du matin et du soir : « Lazare, notre ami, dort ; allons l’éveiller du sommeil » (Ant. Bened.). « Seigneur, si tu avais été ici, Lazare ne serait pas mort, voici qu’il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est au tombeau » (Ant. Magn.).
1. Thème de la station : Station à Saint-Eusèbe. — Au sujet du saint de station, dont il est question le 14 août, le Martyrologe raconte : « A Rome, la mort du saint prêtre Eusèbe ; ce défenseur de la foi catholique fut enfermé par l’empereur arien, Constance, dans une chambre de sa maison. Il y persévéra pendant sept mois dans la prière et il s’endormit dans le Seigneur. »
L’église de station est une antique église titulaire du IVᵉ siècle ; elle se trouve au-dessus de l’immense nécropole, le cimetière païen de l’ancienne Rome. La procession se déroulait, dans l’antiquité, au milieu des ruines des monuments funéraires. C’est ce qui explique que les deux lectures parlent de la résurrection des morts. Quel contraste ! Le paganisme sombre dans la tombe, pendant que le Christ appelle les siens, les catéchumènes, les pénitents et les fidèles, à la résurrection.
2. La messe (Meditatio). — Les catéchumènes entrent dans l’église ; ils ne peuvent pas attendre le jour de Pâques, ils « pensent sans cesse » à leur « Sauveur et Rédempteur » (Introït). Devant les yeux de leur esprit, se lève déjà le soleil pascal (Ps. 18).
Cette fois, l’oraison parle aussi du baptême : « Tu renouvelles le monde par tes mystères merveilleux. »
Les deux lectures parallèles montrent aux catéchumènes le Christ comme le thaumaturge qui ressuscite des morts, et eux-mêmes doivent se considérer comme des ressuscités. C’est justement la juxtaposition des deux scènes qui fait apparaître le Christ dans toute sa majesté. Élie ne ressuscite l’enfant qu’au prix de nombreuses prières, il lutte avec Dieu pour obtenir la vie de l’enfant. Le Christ se tient debout, comme le Maître de la vie et de la mort ; il n’a qu’à prononcer une parole.
Le Graduel est un écho de la leçon. La leçon sert simplement d’arrière-plan à l’Évangile.
Le thème de la Passion domine tous les autres thèmes. C’est aujourd’hui vendredi et nous sommes à quinze jours du Vendredi-Saint. La résurrection de Lazare fut ce qui détermina finalement les membres du Sanhédrin à décider la mort de Jésus. « Allons, nous aussi, et mourons avec lui. » De ces paroles de saint Thomas, l’Église fait son mot d’ordre pour les jours qui vont suivre. Les catéchumènes entendent ces mots du Christ : « Je suis la résurrection et la vie. » Quel effet ne devaient pas produire sur eux ces paroles ! Au sens de l’ancienne liturgie, Lazare est l’image du pécheur et de l’homme non racheté. La résurrection de Lazare est le symbole de la fête de Pâques, du Baptême. Le temps de Carême est le temps de l’humiliation, c’est pourquoi nous demandons, à l’Offertoire : « Au peuple humilié apporte le salut, Seigneur. » Le chant de la Communion est, lui aussi, très impressionnant : il est tiré de l’Évangile. La liturgie veut montrer que la résurrection de Lazare s’accomplit mystérieusement en nous, dans l’Eucharistie.
3. Lazare et nous. — Toute notre attention, aujourd’hui, a été prise par le récit évangélique. Mais ne le considérons pas comme un simple récit historique ; ce n’est pas le genre de la liturgie. L’Église ne veut pas nous annoncer quelque chose de passé, mais quelque chose de présent. Les sentiments, les pensées, les actions du Christ sont aujourd’hui les mêmes qu’alors. Bien plus, ses actions, alors, étaient surtout symboliques ; elles paraissent, maintenant, dans toute leur réalité. Les paroles de Jésus nous sont adressées à nous aussi ; c’est pour nous aussi qu’elles ont été prononcées. Toute la plénitude de l’Évangile appartient aussi à l’Église d’aujourd’hui et, dans l’Église, elle nous appartient.
Nous sommes aux dernières semaines qui précèdent la Passion. Le Seigneur séjourne dans la Pérée, quand un message vient lui annoncer : « Ton ami est malade. » Quel délicat message ! On ne lui dit pas : viens vite ; il doit savoir lui-même ce qu’il y a à faire. L’Église répète ces paroles : « Les hommes que tu aimes sont malades », et elle pense à nous. Le Seigneur retarde son secours, afin d’accomplir un plus grand miracle ; mais il parle sans cesse de son ami. Telle est sa délicate sollicitude pour nous, alors même qu’il tarde. Enfin, il déclare que Lazare est mort. Il se met en route. C’est sa marche vers la mort. Allons, nous aussi, avec lui, à la mort.
Le Christ à Béthanie ! Considérons comment il traite les personnes en deuil. Comme il sait les ménager, mais comme il est ferme en même temps, comme il les entraîne et les éduque ! Il dit à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie », et nous répétons : tu es notre résurrection et notre vie. Il ne dit pas : je donne la résurrection et la vie ; mais je suis la résurrection et la vie. Songeons que nous ne sommes pas seulement chrétiens, mais le Christ même. Sa vie est notre vie, sa résurrection est notre résurrection. Ainsi, à Pâques, quand sa mort aura été notre mort, sa Résurrection sera notre Résurrection.
Comme l’entrevue avec Marie est touchante ! Le Christ frissonne devant la puissance de la mort. Lui, la Vie même, a horreur de la mort. Il voit devant lui le péché avec ses conséquences effroyables. A cause de ce péché, il doit franchir les sombres portes de la mort. Il marche vers le tombeau et il pleure. Les larmes de Jésus sont précieuses pour nous. C’est pour nous aussi qu’il les a versées. Et maintenant une scène sublime : Jésus prie devant le tombeau ouvert. Jésus remercie son Père de l’avoir exaucé, puis il dit : « Lazare, sors ! » Il nous appelle, nous aussi, qui gisons, pour ainsi dire, dans le tombeau, enlacés des liens de la nature inférieure. Nous n’avons plus que quatorze jours à être couchés, comme Lazare, dans le tombeau de l’humiliation du Carême. Le soleil de Pâques se lèvera ; nous en voyons déjà les premiers rayons (Psaume 18, l’hymne du soleil).
4. Psaume 21 — Le Sauveur souffrant.
C’est une heureuse rencontre qui nous fait chanter aujourd’hui, vendredi, à la communion, le psaume du Messie souffrant. De l’avis unanime des Pères de l’Église et même de la synagogue, ce psaume est directement messianique, c’est-à-dire qu’il traite de la Passion du Christ, même au sens littéral. Nous le concevons comme une vision de David, dans laquelle le Roi-Prophète voit la scène du crucifiement. Le psaume se divise en trois parties nettement distinctes :
1. plainte du Vendredi-Saint,
2. Image de la Passion,
3. Vue consolante sur l’avenir.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné,
pourquoi restent-elles sans écho les paroles de ma plainte ?
Mon Dieu, je crie pendant le jour et tu ne m’écoutes pas
et pendant la nuit je ne puis me taire,
Pourtant, tu demeures dans le sanctuaire,
célébré par le peuple d’Israël.
En toi se sont confiés nos pères,
ils se sont confiés et tu les as délivrés.
Ils ont crié vers toi et tu les as sauvés,
ils ont espéré et ils n’ont pas été confondus.
Mais moi, je suis un ver et non un homme,
l’opprobre des hommes et le rebut du peuple.
Tous ceux qui me voient se moquent de moi,
ils remuent les lèvres et ils branlent la tête :
« Il a eu confiance dans le Seigneur, qu’il le sauve,
qu’il le délivre, puisqu’il l’aime ! »
Oui, c’est toi qui m’as tiré du sein maternel,
qui as été mon espérance sur les mamelles de ma mère.
Dès le sein de ma mère je t’ai été confié,
dès le sein de ma mère tu as été mon Dieu.
Ne t’éloigne pas de moi, car l’angoisse est proche
et il n’est personne pour m’aider.Autour de moi sont de nombreux taureaux,
les taureaux de Basan m’environnent.
Ils ouvrent contre moi leurs gueules,
comme un lion qui déchire et rugit.
Je suis comme l’eau qui s’écoule,
et tous mes os sont disjoints.
Mon cœur est comme de la cire,
il se fond dans mes entrailles.
Mon gosier s’est desséché comme un tesson
et ma langue se colle à mon palais,
tu m’as couché dans la poussière de la mort.
La meute des chiens m’environne
et une foule de scélérats rôde autour de moi.
Ils ont percé mes mains et mes pieds
et ils ont compté tous mes os.
Eux, ils m’observent et me contemplent :
ils se partagent mes vêtements
et ils tirent au sort ma tunique.
Mais toi, Seigneur, ne t’éloigne pas de moi,
toi qui es ma force, hâte-toi de venir à mon secours.
Délivre mon âme de l’épée,
ma vie du pouvoir des chiens.
Sauve-moi de la gueule du lion,
tire-moi des cornes du buffle.
Alors j’annoncerai ton nom à mes frères
et je te louerai au milieu de l’assemblée.Vous tous qui craignez le Seigneur, louez-le,
Vous tous, postérité de Jacob, glorifiez-le !
Craignez le, vous tous, race d’Israël !
Car il n’a pas méprisé la supplication des pauvres
et ne l’a pas rejetée.
Il n’a pas caché sa face devant moi,
j’ai crié vers lui et il m’a entendu.
Maintenant mon hymne retentira dans la grande assemblée,
j’acquitterai mes vœux en présence de ceux qui le craignent.
Les affligés mangeront et seront rassasiés,
ceux qui cherchent le Seigneur le loueront
et leur cœur vivra à jamais.
Toutes les extrémités de la terre se souviendront
et se tourneront vers le Seigneur.
Et toutes les familles des nations
se prosterneront devant lui.
Car au Seigneur appartient l’empire
et il domine sur tous les peuples.
Les puissants de la terre lui rendront hommage
et devant lui se courberont ceux qui descendent dans la poussière.
Mais mon âme vivra pour lui
et ma postérité le servira.On parlera du Seigneur à la génération future.
Au peuple qui viendra on annoncera :
l’œuvre du salut qu’il a accomplie.
Ce psaume nous est d’autant plus cher que le Seigneur, sur la Croix, en a récité un verset et a peut-être même récité tout le psaume. Ce chant représente le paroxysme du drame de la Croix : le délaissement du Seigneur. En récitant ce psaume, mettons-nous en esprit au pied du Golgotha et laissons agir sur nous l’image douloureuse. Bien entendu, nous ne pourrons pas appliquer chaque mot et chaque image à une scène déterminée de la Passion. Le psalmiste essaie de dépeindre le terrible abandon du crucifié et s’efforce, par ses paroles et ses images, d’en faire sentir la réalité. Dans la première partie, nous trouvons une hésitation dans les sentiments : d’une part, l’attachement inébranlable à Dieu, l’abandon à Dieu, la confiance et l’obéissance envers Dieu et, d’autre part, le plus terrible délaissement et la plus profonde désolation. Les ennemis sont présentés sous la figure de bêtes dévorantes. Nous entendons aussi quelques prophéties littérales : « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils se partagent mes vêtements. » « Mon gosier est desséché comme un tesson. » La troisième partie apporte un revirement complet des sentiments. Le calice a été vidé jusqu’à la lie et déjà, dans les ténèbres, brille un rayon de la gloire de la Résurrection. Le. Christ fait encore entendre un chant d’action de grâces pour la rédemption du monde.
Præfatio de Quadragesima. · Préface du Carême.
Office du jour
Office
A MATINES
| Invitatorium | Invitatoire |
| Non sit vobis vanum mane súrgere ante lucem : * Quia promísit Dóminus corónam vigilántibus. | Ne pensez- pas que ce soit vain de vous lever le matin avant le jour : * Car le Seigneur a promis la couronne à ceux qui veillent. |
A LAUDES
| Ad Bened. Ant. Lázarus amícus noster * dormit : eámus, et a somno excitémus eum. | Ant. au Bénédictus Lazare, notre ami * s’est endormi : allons, et tirons-le de son sommeil. |
AUX VÊPRES
| Ad Magnificat Ant. Dómine, * si fuísses hic, Lázarus non esset mórtuus : ecce iam fœtet quatriduánus in monuménto. | Ant. au Magnificat Seigneur, * si vous aviez été là, Lazare ne serait pas mort : voilà que déjà il sent mauvais, quatre jours qu’il est dans la tombe. |