Sts Abdon et Sennen, martyrs
30 juillet
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Présentation
Présentation
La Depositio martyrum et le Hiéronymien de 354 annoncent aujourd’hui les martyrs Abdon et Sennen au cimetière de Pontien, au lieu-dit ad Ursum pileatum sur la via Portuense. Les sources liturgiques du VIIᵉ siècle sont unanimes à fournir les textes de leur messe. Depuis lors, les saints Abdon et Sennen ont toujours appartenu au sanctoral romain.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dans les décrets de l’éternelle Sagesse, la noble contrée située au delà du Tigre ne doit ouvrir qu’après l’Occident ses arènes aux combats du martyre. Là aussi, à l’heure dite, Jésus aura par milliers ses témoins, nullement inférieurs à leurs devanciers, étonnant par de nouvelles formes d’héroïsme la terre et les cieux. Mais voici qu’impatients du délai, deux nobles Persans trouvent le secret de ravir la palme aujourd’hui même. C’est Rome qui, plus véritablement qu’elle ne le croit, les immole à son éternité. Après avoir soldé pour leur lointain pays à la ville reine le tribut de leur sang, ils protégeront nos Églises latines et seront propices aux vœux qui monteront vers eux de la terre d’Occident. La France ne sera pas la moins bien partagée dans la distribution de leurs reliques saintes ; et la ville d’Arles-sur-Tech, en Roussillon, gardera jusque sous les yeux de la génération incroyante des derniers temps le sarcophage à la source jamais tarie d’où leurs bienfaits s’écoulent avec l’eau mystérieuse.
Écoutez ceux qui vous implorent, ô Martyrs ! Puisse la foi triompher un jour en ces régions de la Perse, qui jadis virent éclore tant de fleurs empourprées ornant maintenant les parterres du ciel. Pour vous, prévenant les temps marqués pour la lutte à votre terre natale, vous sûtes rencontrer ailleurs l’occasion du combat, et vous créer dans la mort une patrie nouvelle à laquelle s’est dévouée votre âme. Bénissez en nous les concitoyens de votre libre choix, et faites-nous parvenir à l’éternelle et commune patrie des enfants de Dieu ?
Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Saints Abdon et Sennen, martyrs.
Station dans le cimetière de Pontien « ad ursum pileatum ».
Aujourd’hui le Calendrier Philocalien porte cette note stationnale : 177 Kal. Aug. Abdos et Semnes in Pontiani, quod est ad ursum pileatum.
Les Actes des deux martyrs ont subi de telles interpolations de faits légendaires qu’ils n’inspirent pas confiance. Cependant les antiques monuments du cimetière de Pontien y suppléent ; là, en effet, dans la crypte sépulcrale d’Abdon et Sennen, nous voyons encore représentés ces martyrs dans leurs habits persans, recevant les couronnes du Sauveur.
Au VIIᵉ siècle, leurs reliques furent transportées du souterrain dans une basilique supérieure. Cependant l’hypogée où était le tombeau primitif demeura toujours en grande vénération ; on y creusa même un baptistère où l’on voit peinte la croix gemmée sortant des eaux. Plus tard, Grégoire IV (826) transféra les corps des saints Abdon et Sennen dans le titulus Marci.
La Messe est du Commun sauf les pièces suivantes :
Prière. — « O Dieu, qui avez répandu sur les saints Abdon et Sennen une grâce si abondante qu’ils arrivèrent à la gloire du martyre ; accordez à vos fidèles le pardon de leurs fautes, afin que par les mérites de vos saints ils échappent à tout péril ». Aux yeux de la chair et du monde, les adversités représentent des maux et des châtiments qu’on subit mais qu’on n’aime pas. Aux yeux de la foi, au contraire, les croix et le martyre lui-même sont des grâces précieuses que Dieu réserve à ses plus intimes amis.
La première lecture (II Cor., VI, 4-10) est tirée de la péricope déjà assignée au premier dimanche de Carême, et où l’Apôtre trace, en couleurs vigoureuses, un tableau des vertus qui font partie à ses yeux de missionnaire, de l’idéal du digne ministre du Christ : travaux, privations, peines, munificence, douceur à l’égard du prochain sans en attendre aucune reconnaissance, et sans même trop s’étonner si aujourd’hui on est en renom chez les peuples et si demain on est couvert d’injures. A l’Apôtre, le Christ seul suffit.
Le verset alléluiatique est le suivant : « Alléluia (Sap., III, i). La vie des justes est dans la main de Dieu, et les cruels persécuteurs ne peuvent y attenter ». Cette pensée doit nous inspirer une grande paix dans les persécutions contre la foi. Les impies ne peuvent faire contre l’Église plus que Dieu ne le leur permet ; et même en ce cas, ils sont simplement comme la cognée entre les mains du Père céleste, avec laquelle il émonde l’arbre pour qu’il porte un fruit plus abondant.
La première lecture évangélique assignée en ce jour dans le Lectionnaire de Würzbourg (Matth. XXIV, 4-13) : Videte ne quis vos seducat, se trouve dans le Missel le 15 février. La seconde — Item alia — servait probablement de texte de rechange, et c’est celle qui est communément indiquée pour la messe vigiliale des Apôtres. Au lieu des deux précédentes, le Missel aujourd’hui en indique une troisième (Matth. V, 1-12) qui jadis était également assignée, le 10 juillet, à la fête des sept Frères martyrs. On la retrouve aussi le Iᵉʳ novembre. Il s’agit du Sermon sur la Montagne et des béatitudes entendues non dans le sens où les veut le monde, qui, dans son évangile, proclame bienheureux celui qui est riche, celui qui jouit, celui qui est très puissant ; mais au sens chrétien, qui considère la douleur, le travail, le fait de souffrir persécution pour la vertu, de refréner la colère et les passions, comme un moyen efficace pour acquérir la vie éternelle.
Sur les oblations. — « Que le sacrifice que nous vous offrons, Seigneur, à l’occasion du natale de vos martyrs, brise les liens de nos fautes et nous obtienne la grâce de votre miséricorde ». Le Sacramentaire Gélasien porte la collecte suivante : Munera tibi, Domine, pro sanctorum martyrum Abdo et Senis occisione deferimus ; qui dum finiuntur in terris, facti sunt cælesti luce perpetui [1]. Un juste jugement menace l’impie. Il brise le joug suave du Seigneur pour revendiquer son autonomie et sa liberté, et au contraire, il se constitue esclave du démon et de sa passion elle-même. Omnis qui facit peccatum,servus est peccati [2]. Il n’est aucune servitude plus dure et plus honteuse que d’être esclave de soi-même.
Aujourd’hui le Sacramentaire Grégorien a une préface propre : Vere dignum... Deus : et te laudare mirabilem Dominum in Sanctis tuis, quos ante constitutionem mundi in æternam tibi gloriam præparasti, ut per eos huic mundo veritatis tuæ lumen ostenderes ; quos ita Spiritu veritatis armasti, ut formidinem mortis per infirmitatem carnis evincerent. De quorum collegio sunt martyres tui Abdon, et Sennes, qui in Ecclesiæ tuæ prato sicut rosæ et lilia floruerunt ; quos Unigeniti tui Sanguis in prælio confessionis, roseo colore perfudit, et ob præmium passionis, niveo liliorum splendore vestivit. Per quem maiestatem tuatn etc [3].
Après la Communion. — « Que ce divin Mystère, Seigneur, nous purifie de nos vices, en sorte que nos vœux, accompagnés de la médiation de vos martyrs Abdon et Sennen, méritent d’être accueillis ». Le Sacramentaire Gélasien contient cette autre collecte : Populum tuum, Domine, perpetua munitione defende, nec difficulter quod pie, quod iuste postulat consequatur, cui Sanctorum tuorum merita suffragantur [4].
Nous demandons souvent des grâces au Seigneur ; mais parfois l’obscurcissement dû à nos passions nous empêche de voir juste, et nos désirs sont désordonnés. — Nescitis quid petatis [5]. — L’Église veut donc aujourd’hui nous enseigner une méthode merveilleuse de prière. Il faut d’abord purifier notre cœur, pour obtenir le sens de Dieu ; nous pourrons ensuite demander avec une pleine confiance, mais à cette condition : quæ tibi sunt placita postulare [6], comme nous le disons dans une collecte [7], suppliant au besoin les saints d’intercéder pour nous.
Comme les Actes des saints Abdon et Sennen rapportent que les cadavres de ces princes persans furent jetés ante simulacrum Solis, on construisit une église en leur honneur à cet endroit, c’est-à-dire en face de l’amphithéâtre Flavien, près du piédestal du colosse de Néron. Cette église, érigée au moyen âge, était encore debout au temps de saint Pie V.
Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique
Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice.
1. Saint Abdon et saint Sennen. — Jour de mort : 30 juillet, vers 250. Tombeau : à Rome, dans le cimetière de Saint-Pontien. Au VIIᵉ siècle, leurs reliques furent déposées dans l’église supérieure. Grégoire IV transporta leurs corps, en 826, à Saint-Marc. Leur vie : Abdon et Sennen étaient Persans. Sous l’empereur Dèce, accusés d’ensevelir les corps des chrétiens abandonnés à la voirie, ils furent mis aux fers sur un ordre de ce tyran. Comme ils refusaient obstinément d’offrir l’encens aux idoles et proclamaient Jésus leur Seigneur et Dieu, on les jeta dans une étroite captivité. Plus tard, lorsque Dèce revint à Rome, on les fit paraître, chargés de chaînes, à son triomphe. Conduits de force à travers la ville devant les statues des dieux, ils crachèrent sur ces idoles ; ce qui leur valut d’être exposés aux ours et aux lions, mais ces bêtes féroces n’osèrent pas les toucher. Ils furent enfin frappés du glaive ; on leur lia alors les pieds, et on traîna leurs corps devant l’idole du soleil. Les chrétiens les emportèrent secrètement, et le diacre Quirinus les ensevelit dans sa maison, au cimetière de Saint-Pontien. On conserve encore en cet endroit une antique peinture murale qui représente les deux martyrs, en leurs costumes persans, au moment où ils reçoivent du Seigneur la couronne de la victoire.
Pratique : « Ensevelir les morts », c’est pour avoir pratiqué cette œuvre de miséricorde temporelle que saint Abdon et saint Sennen rendirent au Christ le suprême témoignage de leur sang. Ils ensevelissaient les martyrs, et, martyrs à leur tour, ils furent également ensevelis par des mains charitables. Ceci nous rappelle le respect qu’il faut avoir pour la liturgie des morts.
2. La Messe (Intret). — Elle est en partie extraite du Commun des martyrs. Les lectures et les oraisons sont propres. Nous trouvons aujourd’hui un bel exemple du caractère dramatique de la célébration de la messe dans les temps anciens. C’est un spectacle composé de quatre scènes distinctes où interviennent, tour à tour, les saints martyrs, le Christ, le chœur (nous-mêmes) et l’Église.
Transportons-nous par la pensée au tombeau de nos martyrs. Au cours de la vigile nocturne, nous avons entendu la lecture des actes des martyrs ; c’est maintenant l’heure de la messe. Les saints sont présents à nos côtés. Le chœur exprime les sentiments qu’il éprouve au cours de l’action. Sentiments humains au début. Nous entendons, rendus avec un grand réalisme, les soupirs des victimes enchaînées, dans les affres de leur prison, nous voyons comment va bientôt couler leur sang. La nature se révolte, elle réclame justice.
C’est maintenant l’Église qui parle pour revendiquer les intérêts de ses enfants ; les martyrs ont acquis de grands mérites qui doivent obtenir aux fidèles le pardon de leurs fautes (Oraison).
Les martyrs eux-mêmes interviennent alors (à l’Épître, comme assez souvent) ; ils nous encouragent par le récit de leur vie : « Frères, montrons-nous dignes ministres de Dieu par une grande constance dans les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons... » Les saints peuvent prendre ce passage à la lettre, et ils nous exhortent à une sorte de martyre selon nos diverses conditions : « dans les émeutes, dans les travaux, les veilles, les jeûnes ; par la pureté, par la longanimité, par la bonté... » Qui que nous soyons, riches ou pauvres, estimés ou méprisés, servons le Seigneur ! De nouveau, les martyrs nous disent ce qu’ils furent pendant leur vie : nous sommes « considérés comme des imposteurs, et pourtant nous sommes véridiques... comme des mourants, et pourtant nous vivons : comme des pauvres, nous qui en enrichissons un grand nombre ; comme des gens dénués, nous qui possédons tout ». Cette Épître dans la bouche de nos saints est singulièrement touchante et saisissante.
A l’entendre, nous (le chœur), nous nous faisons une idée nouvelle du martyre : « Dieu est glorifié dans ses saints, admirable dans sa majesté... » (Graduel).
Voici enfin apparaître le Christ, Roi des martyrs. Nous l’entendons proférer les béatitudes : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Bienheureux êtes-vous lorsque les hommes vous maudissent et vous persécutent. Réjouissez-vous et tressaillez de joie, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Évangile).
Le chœur ne sait plus dire autre chose que ces mots : « Dieu est admirable dans ses saints » (Offertoire). Le Sacrifice peut maintenant commencer, le sacrifice du Christ sur le tombeau des martyrs, double sacrifice bien que ne faisant qu’un dans cette union de la tête et des membres. Notre mère l’Église supplie de nouveau que les liens des martyrs nous délivrent des liens du péché.
Commemoratio (ante CR 1960 : simplex) · Commémoraison (avant 1960 : simple)
Office du jour
Office
Leçon des Matines avant 1960.
Troisième leçon. Sous l’empire de Dèce, Abdon et Sennen, Perses de nationalité, furent accusés d’ensevelir dans leurs propriétés les corps des Chrétiens qu’on laissait sans inhumation. L’empereur les ayant fait arrêter, on voulut qu’ils sacrifiassent aux dieux ; mais ils s’y refusèrent, proclamant d’une manière très énergique la divinité de Jésus-Christ. Ils eurent à supporter une étroite détention, et lorsque Dèce revint à Rome, il les fit marcher, chargés de chaînes, devant son char de triomphe. Entraînés à travers la ville devant les statues des dieux, ils crachèrent sur ces idoles, en signe d’exécration, ce qui leur valut d’être exposés aux ours et aux lions, mais ces bêtes féroces n’osèrent pas les toucher. Enfin après les avoir immolés par le glaive, on leur lia les pieds et on traîna leurs corps devant l’idole du soleil, mais ils furent secrètement enlevés de ce lieu, pour être ensevelis par les soins et dans la maison du Diacre Quirinus.