Lundi de la 2ᵉ semaine de l’Avent
Commentaires
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
| Regem ventúrum Dóminum, veníte, adorémus. | Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le. |
L’Église nous remet encore aujourd’hui sous les yeux l’effrayant spectacle du dernier Avènement de Jésus-Christ. Cette Babylone pécheresse dont parle Isaïe, c’est le monde vieilli dans ses crimes ; ce jour cruel, plein d’indignation et de colère, c’est celui où le Messie reviendra et fera briller son étendard sur la nuée. Les paroles qu’emploie le Prophète pour peindre la consternation des habitants de Babylone sont si expressives, qu’elles glacent d’effroi ceux qui les méditent sérieusement. O vous donc qui, en cette seconde Semaine de préparation à la Naissance du Sauveur, hésiteriez encore sur ce que vous avez à faire pour le jour où il va venir, réfléchissez sur l’enchaînement des deux Avènements. Si vous ouvrez au Sauveur dans le premier, vous pourrez être sans inquiétude sur le second ; si au contraire vous dédaignez le premier, le second fondra sur vous comme sur une proie ; et les cris de votre désespoir ne vous sauveront pas. Le Juge viendra à l’improviste, au milieu de la nuit, au moment précis où vous vous flatterez qu’il est loin encore.
Et ne dites pas que la fin des temps n’est pas venue pour le monde, que le genre humain n’a pas accompli ses destinées. Il s’agit ici, non du genre humain, mais de vous. Sans doute, le jour du Seigneur apparaîtra effroyable, quand ce monde sera brisé comme un vase fragile, et que les débris de la création seront la proie d’un affreux incendie ; mais, avant ce jour de terreur universelle, viendra pour vous en particulier celui de l’Avènement du Juge inexorable. Vous aurez à vous trouver en face de lui sans défense, et l’arrêt qu’il rendra alors demeurera à jamais : Avènement terrible, quoique ses résultats demeurent secrets jusqu’au dernier et solennel Avènement. Comprenez donc que l’effroi du dernier jour ne sera si grand, que parce que, en ce jour-là même, on entendra confirmer avec solennité ce qui aura été jugé déjà irrévocablement, quoique sans éclat ; comme aussi la voix amie qui conviera les amis de Dieu au festin éternel ne fera que répéter, devant l’Assemblée des Anges et des hommes, ce qui déjà aura été résolu dans l’heureuse entrevue du Seigneur et de ses bien-aimés, au moment de leur sortie de ce monde. Donc, ne comptez plus sur des siècles, ô chrétiens ! cette nuit on redemandera votre âme [15]. Le Seigneur vient : hâtez-vous d’aller au-devant de lui dans la confusion de votre visage, dans la contrition de votre cœur, dans la conversion de vos œuvres.
CHANT DU JUGEMENT DERNIER.
(C’est le Répons Libera, interpolé dans les XVᵉ et XVIᵉ siècles.)
R/. Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable ;
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés ;
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. Les Anges et les Archanges seront épouvantés : et les impies, où seront-ils i
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Que dirai-je ? que ferai-je, moi malheureux, qui n’ai rien de bon à présenter devant un si grand juge ?
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. A peine le juste sera-t-il sauvé, et moi, infortuné, où serai-je ?
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Lumière sans nuage , sauvez-moi des ténèbres ; empêchez que je ne tombe dans les flammes obscures de l’enfer ;
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. Toutes les nations de la terre pleureront sur elles-mêmes ;
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Alors, une voix des cieux : O vous, morts qui êtes étendus dans les sépulcres, levez-vous, et venez au jugement du Sauveur ;
* Lorsque vous viendrez, Seigneur, juger le siècle par le feu.
V/. O mon âme, loue le Seigneur ! Je louerai le Seigneur durant ma vie, et je mériterai de voir Dieu dans ma chair ;
* Lorsque vous viendrez, Seigneur, juger le siècle par le feu.
V/. Quand le Dieu, fils de la Vierge, viendra juger le monde, il dira aux justes placés à sa droite : Approchez, mes fils bien-aimés ; c’est à vous que j’ai résolu de donner mon Royaume. O heureuse parole ! heureuse promesse ! Heureux bienfaiteur ! heureux bienfait !
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Ensuite, il dira à ceux qui seront à la gauche : Sectateurs du péché, je ne vous connais pas. La gloire du siècle vous a séduits : descendez au fond des enfers, avec le diable et ses ministres. O douleur ! ô tristesse ! ô deuil ! ô soupirs !
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
V/. Déjà le Roi se prépare pour le jugement ; le jour affreux va éclater ; dans cette extrémité, quel sera notre refuge ? Nous n’en avons point d’autre que la Vierge Mère, l’espoir universel : qu’elle daigne pour nous supplier son fils ! O Roi Jésus ! exaucez nos prières, et nous serons sauvés ;
* Quand les cieux et la terre seront ébranlés.
V/. Créateur de toutes choses, ô Dieu ! qui m’avez formé du limon de la terre, et m’avez racheté de votre propre sang, par un admirable amour ; vous qui devez, au jour du Jugement, faire sortir du sépulcre mon corps qui est à la veille de tomber en pourriture, exaucez-moi, exaucez-moi, et daignez ordonner que mon âme soit placée au sein du patriarche Abraham ;
* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.
PRIÈRE DE LA LITURGIE AMBROSIENNE. (Dans la troisième semaine de l’Avent.)
Christ tout-puissant, Fils de Dieu, venez, dans votre miséricorde, sauver votre peuple, au jour de votre Nativité, et daignez, avec votre bénignité accoutumée, nous délivrer de toute inquiétude et de toute crainte temporelle. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Le Bhx Schuster, ne commentant que le Liber Sacramentorum, s’en tient au Missel, on trouvera le commentaire de la messe de la Férie au 2ᵈ Dimanche ici.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Le Seigneur vient pour la nuit sainte et pour la nuit terrible.
Lecture de l’Avent. — Le Prophète nous présente aujourd’hui un sombre tableau : Babylone, la ville du prince de ce monde, destinée au châtiment et à la destruction (chap. XIII).
« Voici que vient le jour du Seigneur, le jour terrible,
Le jour de colère et de courroux enflammé ;
Il fera du pays un désert et détruira les pécheurs
Et les étoiles ne brilleront plus de leur éclat.
Le soleil s’obscurcira à son lever et la lune ne brillera plus
Car je châtie le monde pour sa méchanceté
Et les pervers pour leur faute.
Et je rabaisse la fierté des superbes
Et j’amortis l’orgueil des tyrans ;
C’est pourquoi le ciel tremble,
La terre s’ébranle devant la colère du Seigneur des armées...
Jamais plus (le pays) ne sera peuplé,
Il ne sera pas habité de génération en génération ;
Aucun Arabe n’y dressera sa tente,
Aucun pasteur n’y campera plus.
Vos demeures seront remplies de hiboux,
Les autruches viendront y demeurer,
Les cabris viendront y bondir
Et les chacals hurleront dans ses palais
Et les hyènes dans ses châteaux voluptueux. Son temps approche,
Ses jours ne sont plus éloignés. »
Les paroles du Prophète se sont réalisées depuis longtemps. Babylone est un monceau de ruines, symbole de la destruction de toute puissance terrestre. Ainsi le Messie vient pour la bénédiction des bons, à Jérusalem, pour la malédiction des mauvais, à Babylone.
Chants de l’Avent. — Ces chants ont encore pour objet Jérusalem.
« Les profanes ne traverseront plus Jérusalem,
Car en ce jour les montagnes distilleront la suavité
Et les collines feront couler du lait et du miel.
Dieu viendra du Liban
Et le Saint, de la Montagne ombragée et sombre. »
« Comme une mère console ses enfants, je veux vous consoler, dit le Seigneur,
Et de Jérusalem viendra du secours, de la ville que j’ai choisie,
Et vous verrez et votre cœur se réjouira,
Dans Sion j’apporterai le salut
Et ma gloire dans Jérusalem. »
Les chants du lever et du coucher du soleil ont trait au Roi qui va venir :
« Du ciel viendra le Souverain, le Seigneur ; il a dans sa main honneur et empire » (Ant. Ben.).
« Voici que va venir le Roi, le Seigneur de la terre et il enlèvera le joug de notre captivité » (Ant. Magn.).
Quelle belle perspective ! Le soleil est pour la liturgie l’image du Roi ; dans l’esprit de l’Avent, nous sommes encore sous le joug de la servitude.
Le psaume 79. — Parmi les quatre psaumes de l’Avent, le psaume 79 est le plus intimement mêlé à l’Avent. C’est ce que montre déjà l’oraison typique de l’Avent qui apparaît en cinq variantes : « Excita potentiam tuam et veni. » « Éveille ta puissance et viens ». Ces paroles sont empruntées à notre psaume.
Le psaume 79 est une élégie très poétique. Israël, la vigne autrefois fertile de Dieu, gît déserte (c’est l’exil de Babylone) et abandonnée au caprice de ses ennemis. Le psalmiste implore le retour de l’antique magnificence. Ce qu’il faut remarquer surtout, c’est la belle parabole de la vigne et le refrain plein d’effet qui revient à la fin de chaque strophe.
I
Pasteur d’Israël, prête l’oreille, toi qui conduis Israël comme un troupeau ;
Toi qui trônes sur les Chérubins, parais dans ta splendeur devant Éphraïm, Benjamin et Manassé.
Réveille ta puissance et viens pour nous racheter.
Seigneur Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ta face et nous serons sauvés.
II
Seigneur, Dieu des armées, jusqu’à quand seras-tu irrité quand ton peuple te prie ?
Tu nous as nourris du pain des larmes, tu nous a abreuvés d’une boisson de larmes.
Tu as fait de nous un objet de risée pour nos voisins et nos ennemis se raillent de nous.
Seigneur Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ta face et nous serons sauvés.
III
Tu as transplanté de l’Égypte une vigne, tu as arraché le plant païen et tu l’as établie ;
Tu as été un conducteur devant son visage, tu as enfoncé ses racines et elle a rempli la terre.
Son ombre couvrait les montagnes et ses rameaux les cèdres de Dieu.
Elle étendait ses branches jusqu’à la mer et ses rejetons jusqu’au fleuve (de l’Euphrate).
Et maintenant pourquoi as-tu détruit son mur ?? Tous les passants la dévastent.
Le sanglier de la forêt la dévore et les bêtes des champs en font leur pâture.
Seigneur, Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ton visage et nous serons sauvés.
IV
Regarde du haut du ciel et vois et visite cette vigne ;
Rétablis ce que ta droite a planté et le fils que tu t’es choisi.
Ceux qui la brûlent et la dévastent, fais-les brûler devant la menace de ta face.
Étends ta main sur l’homme de ta droite, sur le fils que tu as élevé.
Et maintenant ne nous laisse plus être infidèles, rends-nous la vie et nous te louerons.
Seigneur Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ta face et nous serons sauvés.
Ordre des idées. Le psaume est partagé, par le retour du même refrain, en quatre strophes :
1. Strophe : Demande de secours dans la confiance au Dieu bienveillant et tout-puissant.
2. Strophe : Lamentation (Israël est profondément abattu).
3. Dans la charmante parabole de la vigne le psalmiste rappelle les soins aimants que Dieu a pris d’Israël, mais aussi le châtiment qu’il lui a infligé.
4. Strophe : Nouvel appel au secours.
Application liturgique. Est-il possible de mettre dans la bouche d’un chrétien en prière ce cantique poétique qui concerne entièrement le sort d’Israël ? Oui, c’est possible. Des psaumes comme celui-ci, qui ont un arrière-plan historique, sont des paraboles de prière. L’important est de trouver le point de comparaison. Quand on l’a trouvé, il est facile d’entendre la parabole. Ce qui ne sert pas à la comparaison n’est qu’un ornement accessoire de l’image. Quel est ici le point de comparaison ? L’exil et le retour des Juifs est l’image de l’état de non-rédemption et de rédemption par le Christ. La vigne est l’Église, dévastée par les péchés de ses membres, rétablie par le Christ. Tant que nous sommes sur la terre, nous vivons en exil. Le retour final dans la Jérusalem céleste aura lieu au moment du retour du Christ, Maintenant nous n’aurons pas de peine à comprendre l’usage de ce psaume pendant l’Avent, Les deux grands sentiments de l’Avent : le besoin de rédemption et le désir ardent du Christ, trouvent une expression puissante dans notre psaume. C’est pourquoi il est te chant d’Avent de l’Église.
Præfatio communis. · Préface commune.
In aliquibus diœcesibus et in Gallis, præfatio de Adventu. · Dans quelques diocèses et en France, Préface de l’Avent.
Office du jour
Office
Leçons des Matines
Du Prophète Isaïe. Cap. 13, 1-11.
Première leçon. Malheur accablant de Babylone [1] qu’a vu Isaïe, fils d’Amos. Sur une montagne couverte de nuages [2], levez un étendard, haussez la voix, levez la main [3], et que, dans les portes, entrent les chefs [4]. Moi, j’ai donné mes ordres à mes sanctifiés, et j’ai, dans ma colère, appelé mes forts [5], qui exultent dans ma gloire. La voix d’une multitude sur les montagnes est comme celle de peuples nombreux ; voix retentissante de rois, de nations réunies.
R/. Recevez, Vierge Marie, la parole du Seigneur, qui vous est transmise par un Ange : vous concevrez et enfanterez un Dieu et un homme tout ensemble. * Et ainsi vous serez dite bénie entre toutes les femmes. V/. Vous enfanterez vraiment un fils, et votre virginité n’en souffrira point de détriment : vous-concevrez, et vous serez mère toujours sans tache. * Et ainsi.
Deuxième leçon. Le Seigneur des armées a commandé une milice de guerre, à ceux qui venaient d’une terre lointaine, de l’extrémité du ciel [6] ; le Seigneur et les instruments de sa fureur s’avancent pour perdre entièrement toute la terre [7]. Poussez de hauts cris, parce qu’est proche le jour du Seigneur ; il viendra du Seigneur comme une dévastation. A cause de cela, toutes les mains seront affaiblies, et tout cœur d’homme se desséchera, et sera brisé. Des tourments et des douleurs les tiendront ; ils souffriront comme une femme en travail ; chacun regardera son voisin avec stupeur ; leurs visages seront comme des faces brûlées par le feu.
R/. Que les cieux se réjouissent et que la terre exulte ; montagnes, faites retentir la louange ; car notre Dieu viendra. [8] * Et il aura pitié de ses pauvres. V/. Dans ses jours s’élèvera la justice et une abondance de paix. [9] * Et.
Troisième leçon. Voici que le jour du Seigneur viendra, cruel et plein d’indignation, et de colère, et de fureur, pour réduire la terre en solitude et en exterminer ses pécheurs. Parce que les étoiles du ciel et leur splendeur ne répandront pas leur lumière ; le soleil s’est couvert de ténèbres à son lever et la lune ne luira pas dans sa lumière. Et je visiterai les crimes de l’univers, ainsi que l’iniquité des impies, et je ferai cesser l’orgueil des infidèles ; et l’arrogance des forts, je l’humilierai.
R/. Les étrangers, ne traverseront plus Jérusalem ; [10] * Mais en ce jour-là, les montagnes distilleront la douceur, et les collines feront couler le lait et le miel, dit le Seigneur V/. Dieu viendra du Liban, [11] et le saint de la montagne ombreuse et couverte d’un bois épais. [12] * Mais. Gloire au Père. * Mais.
A LAUDES.
Capitule. Is. 2, 3. Venez et montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers, parce que de Sion sortira la loi, et la parole du Seigneur, de Jérusalem.
Ant. au Bénédictus Le Seigneur dominateur viendra du ciel, * et dans sa main, sont la gloire et l’empire. [13]
AUX VÊPRES.
Capitule. Gen. 49, 10. Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et lui-même sera l’attente des nations.
Ant. au Magnificat Voici que viendra le Roi* et Seigneur de la terre ; lui-même enlèvera le joug de notre captivité. [14]