Jeudi de la 2ᵉ semaine de l’Avent
Commentaires
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
| Regem ventúrum Dóminum, veníte, adorémus. | Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le. |
Cette Égypte que le Seigneur vient visiter, dont il va renverser les idoles et bouleverser l’empire, est la Cité de Satan qui doit crouler et faire place à la Cité de Dieu. Admirons l’entrée pacifique du triomphateur ; c’est sur un nuage, et sur un nuage léger, qu’il monte en guise de char. Que de mystères en peu de mots ! « Il y a trois nuages, dit Pierre de Blois dans son IIᵉ Sermon de l’Avent : l’obscurité des Prophéties, la profondeur des divins Conseils, la merveilleuse fécondité de la Vierge. » En effet, il est de l’essence de toute Prophétie d’être enveloppée d’une certaine obscurité, afin que la liberté des hommes demeure intacte ; mais le Seigneur arrive sous le nuage, et le jour de l’accomplissement révèle toutes choses. Ainsi en fut-il du premier Avènement ; ainsi en sera-t-il du second. Les desseins de Dieu ne se rendant visibles pour l’ordinaire que dans les causes secondes, il arrive presque toujours, et il arriva en particulier dans le grand événement de l’Incarnation, que l’extrême simplicité des moyens employés parla Sagesse divine trompa la prévoyance des hommes. Ils auraient cru volontiers que, pour rétablir le monde tombé, il serait besoin d’un déploiement de puissance égal au moins à celui de la première création ; et on leur dit simplement : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. O toute-puissance de Dieu, que vous reluisez admirablement à travers ce nuage ! que vous êtes forte dans cette apparente faiblesse ! Mais le troisième nuage est la Vierge Marie ; nuage léger ; « car, dit saint Jérôme, ni la concupiscence, ni le fardeau du mariage terrestre, ne l’appesantissent » ; nuage fécond en rosée rafraîchissante, puisqu’il contient le Juste qui doit pleuvoir sur nous pour éteindre nos ardeurs sensuelles et fertiliser le champ de notre vie. Qu’il est doux l’éclat de la majesté de notre divin Roi, quand nous le contemplons à travers le nuage de Marie ! O Vierge incomparable ! toute l’Église vous reconnaît dans ce nuage mystérieux que, des sommets du Carmel, le prophète Elie aperçut s’élevant de la mer, petit d’abord comme le pas d’un homme, mais bientôt montant à l’horizon, et envoyant sur la terre une pluie si abondante, qu’elle suffit à désaltérer tout Israël. Donnez-nous bientôt cette rosée divine qui est en vous ; nos péchés ont rendu le ciel d’airain sur notre tête : vous seule êtes juste et pure, ô Marie ! Priez le Seigneur, dont vous êtes le Trône miséricordieux, de venir bientôt terrasser nos ennemis et nous apporter la paix.
HYMNE DE L’AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, au Iᵉʳ Dimanche de l’Avent.)
Le tout-puissant Roi de toutes choses venant sauver le monde, a pris un corps formé à notre ressemblance.
Celui qui règne avec le Très-Haut entre au sein d’une Vierge, pour naître dans la chair et briser les liens de la mort.
Les nations étaient dans les ténèbres ; elles verront l’éclat de la lumière, quand le Sauveur sera venu racheter ceux qu’il a créés.
Celui que les Prophètes ont chanté dans leurs oracles sur l’avenir, le voici qui vient entouré de gloire : c’est pour guérir nos plaies.
Réjouissons-nous maintenant dans le Seigneur, réjouissons-nous ensemble dans le Fils de Dieu, nous préparant à le recevoir, dans la gloire de son Avènement. Amen.
PRIÈRE DU BRÉVIAIRE AMBROSIEN.
(Au VIᵉ Dimanche de l’Avent, Préface.)
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire de vous rendre grâces, Seigneur Dieu tout-puissant, et de joindre à l’invocation de votre force la mémoire solennelle de la bienheureuse Vierge Marie ; c’est elle dont les entrailles ont produit ce Fruit qui a daigné nous rassasier du Pain des Anges. Ève avait dévoré un fruit dans sa désobéissance ; Marie nous a rendu un Fruit de salut. Bien différente est l’œuvre du serpent de celle de la Vierge. L’un a versé les poisons qui nous ont mis en péril ; de l’autre sont sortis les mystères du Sauveur. D’un côté a paru l’iniquité du tentateur ; de l’autre, la Majesté du Rédempteur est venue au secours. Rédempteur, il est né, et il a connu la mort ; Créateur, il est ressuscité ; et par lui l’humaine nature a vu cesser son esclavage et a recouvré sa liberté, retrouvant dans le Christ, son créateur , ce qu’elle avait perdu en Adam, son premier père.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Le Bhx Schuster, ne commentant que le Liber Sacramentorum, s’en tient au Missel, on trouvera le commentaire de la messe de la Férie au 2ᵈ Dimanche ici.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
[Note sur les commentaires de Dom Pius Parsch]
Nous verrons le Roi dans toute sa beauté
Lecture de l’Avent. — Le Prophète Isaïe nous fait adresser un appel d’ardente supplication au Roi qui doit venir (XXXIII, 1-24) :
« O Seigneur, aie pitié de nous, car c’est toi que nous attendons,
Sois notre bras, le matin, et notre délivrance dans la détresse.
Devant la voix de l’Ange s’enfuient les nations ;
Quand tu te lèves, les nations se dispersent...
Le Seigneur est glorifié car il habite dans les hauteurs.
Il remplit Sion d’équité et de justice.
La fidélité, en ce temps, habitera parmi les hommes
Ainsi que des trésors de salut, de sagesse et de science :
La crainte du Seigneur, voilà ton trésor ».
Quelle belle prière de l’Avent ! Mais le royaume de Dieu impose aussi des devoirs ; le prophète se demande qui sera sujet de ce royaume ?
« Qui pourra demeurer dans le feu dévorant ?
Qui pourra séjourner dans les flammes éternelles ?
Celui qui marche dans la justice et qui parle avec droiture, Qui méprise les gains extorqués,
Qui ne prête pas sa main au mal pour un gain honteux,
Qui ferme son oreille pour ne pas entendre parler de meurtre,
Qui ferme ses yeux et ne prend pas plaisir au mal,
Celui-là habitera sur les hauteurs, sa forteresse sera solidement bâtie sur le rocher ;
Son pain ne manquera pas et son eau ne tarira pas,
Il verra le Seigneur dans sa beauté ».
Le prophète voit le premier et le second avènement du Seigneur dans une seule image, c’est pourquoi il parle du « feu dévorant ». Dirigeons maintenant nos regards vers Jérusalem où le Roi va paraître :
« Regarde vers Sion la cité de nos fêtes,
Tes yeux verront Jérusalem
Comme une riche demeure, comme une tente
Qui n’a point été brisée,
Dont les pieux ne seront jamais arrachés
Et dont les cordages ne seront pas enlevés.
C’est là seulement que le Seigneur réside dans sa gloire.
Car le Seigneur est notre juge,
Le Seigneur est notre Roi, il nous apportera le salut ».
Ce passage est vraiment une lecture de l’Avent.
Chants de l’Avent. — L’Église reprend aujourd’hui ses cantiques de Sion :
« Voici que le Seigneur vient et tous ses saints avec lui
Et en ces jours se lèvera une grande lumière,
Et ils sortiront de Jérusalem comme des eaux pures
Et le Seigneur régnera éternellement sur tous les peuples.
Voici que le Seigneur va venir avec puissance,
Il a dans la main le royaume, la puissance et l’empire.
Cité de Jérusalem, ne pleure pas
Car le Seigneur s’est affligé à ton sujet
Et il enlèvera de toi toute tribulation.
Voici que le Seigneur va venir dans la force
Et son bras régnera avec puissance » (Répons).
Au lever du soleil nous crions vers le Seigneur : « Tu es Celui qui va venir, Seigneur, nous t’attendons, délivre ton peuple ». C’est ainsi que l’Église répond à la question de saint Jean dans l’Évangile de dimanche dernier.
Au coucher du soleil, nous empruntons aussi une parole de saint Jean : « Celui qui va venir était avant moi et je ne suis pas digne de dénouer les courroies de sa chaussure. »
La préparation des voies. — Le désir du Sauveur est le premier grand acte que l’Église nous recommande pendant l’Avent. Le second est la préparation au voyage. Établissons d’abord ceci. Tous les jours, l’Église nous fait réciter à Laudes ce verset : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Le dernier dimanche, nous entendons de la bouche même du Christ : « Qu’êtes-vous allés voir dans le désert : Un prophète... C’est celui dont il a été dit : J’envoie devant moi mon messager pour qu’il me prépare les voies. » Le Christ dit donc : le rôle principal de Jean est de préparer les voies au Rédempteur. Cette même parole, nous l’entendrons de nouveau à l’Évangile du IIIᵉ et du IVᵉ dimanches. Dans l’oraison de cette semaine, nous disons : « Réveille nos cœurs, afin que nous préparions les voies à ton Fils unique... » Les textes que nous venons de citer prouvent suffisamment que la préparation des voies est un point essentiel dans l’Avent. Que signifie cela ? L’Avent est la préparation de la venue du Christ. Nous savons déjà qu’il s’agit de l’avènement de grâce, par lequel il veut venir dans nos cœurs. L’avènement du Christ par la grâce n’est autre que la vie divine qui doit être renouvelée et couler dans notre âme comme un flot abondant. Deux fois, dans l’année, le flot de la vie divine doit remplir notre âme. C’est aux deux périodes festivales, à Noël et à Pâques. Les fêtes ne sont pas autre chose qu’un contact avec Dieu, une venue du Christ par la grâce. Ces grandes eaux de la grâce sont précédées des eaux basses, d’une préparation : l’Avent et le Carême. Pendant cette préparation, l’homme, lui aussi, doit travailler, afin que la grâce puisse venir. Or que peut faire l’homme ? Il faut qu’il croie et obéisse. L’œuvre divine, c’est la grâce ; l’œuvre de l’homme consiste dans la foi et l’observation des commandements. La foi vient en premier lieu (le désir du Sauveur), les commandements tiennent la seconde place. Voilà ce que signifie la préparation des voies. La préparation des voies, c’est la réforme de la vie.
Au paradis terrestre, Dieu avait attaché la filiation divine à l’observation du commandement : il en est toujours de même dans l’Église. La mission du Précurseur était de dire : Faites pénitence, le royaume de Dieu est proche. Que veut dire pénitence ? Le mot grec métanoïa signifie changement de sentiments. Le centre de gravité de nos pensées et de nos actions doit se déplacer, passer de ce qui est terrestre à ce qui est céleste, de notre moi à Dieu. Nous comprenons maintenant la parole du Baptiste : Préparez les voies du Seigneur. L’Avent n’est pas seulement le temps où nous devons renforcer notre foi dans la nécessité de la Rédemption et exciter nos saints désirs, c’est aussi le temps où nous devons réformer notre vie. Que chacun se demande : Où en suis-je ? Quels sont mes devoirs ? Où sont les vallées (omissions), où sont les montagnes et les collines (transgressions) ? Maintenant nous comprenons la belle oraison qui exprime, de la manière la plus parfaite, le contenu de l’Avent : « Éveillez nos cœurs ». Par rapport à l’affaire de notre salut, nous sommes comme des gens endormis. Nous ajoutons : « pour préparer les voies au Fils unique » — par la réforme de notre vie. Et la suite : « afin qu’au moment de sa venue », quand, à Noël, le flot de la vie divine inondera notre âme, « nous puissions le servir avec une âme purifiée ». L’âme doit donc, pendant l’Avent, recevoir un bain de purification. Le but de la préparation des voies est celui-ci : servir. Nous serons prêts pour recevoir le Rédempteur, quand nous pourrons dire avec Marie : « Voici que je suis l’esclave du Seigneur. »
Præfatio communis. · Préface commune.
In aliquibus diœcesibus et in Gallis, præfatio de Adventu. · Dans quelques diocèses et en France, Préface de l’Avent.
Office du jour
Office
Leçons des Matines
Du Prophète Isaïe. Cap. 19, 1-6 ; 11-13
Première leçon. Malheur accablant de l’Égypte. Voici que le Seigneur montera sur un nuage léger et qu’il entrera dans l’Égypte, et que seront ébranlés les simulacres de l’Égypte devant sa face, et le cœur de l’Égypte se fondra au milieu d’elle [1]. Et je ferai courir des Égyptiens contre des Égyptiens ; et un homme contre son frère, et un homme contre son ami, une cité contre une cité, un royaume contre un royaume.
Deuxième leçon. Et l’esprit de l’Égypte sera déchiré dans ses entrailles, et je détruirai son conseil ; et ils interrogeront leurs simulacres, et leurs devins, et les pythoniens, et les magiciens. Et je livrerai l’Égypte à la main de maîtres cruels, et un roi puissant les dominera, dit le Seigneur, Dieu des armées [2]. Et l’eau disparaîtra de la mer, et le fleuve sera détruit et desséché. Et les rivières tariront, et les ruisseaux retenus par des digues diminueront et seront desséchés.
Troisième leçon. Ils sont atteints de folie, les princes de Tanis ; les sages conseillers de Pharaon ont donné un conseil insensé. Comment direz-vous à Pharaon : Je suis fils des sages, fils des anciens rois ? Où sont maintenant tes sages ? Qu’ils t’annoncent, qu’ils t’apprennent, ce qu’à résolu le Seigneur des armées touchant l’Égypte. Ils sont devenus fous, les princes de Tanis ; ils se sont amoindris, les princes de Memphis ; ils ont séduit l’Égypte, soutien de ses peuples.
A LAUDES.
Capitule. Is. 2, 3. Venez et montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers, parce que de Sion sortira la loi, et la parole du Seigneur, de Jérusalem.
Ant. au Bénédictus Est-ce vous qui devez venir, * Seigneur et que nous attendons, pour que vous sauviez votre peuple ? [3]
AUX VÊPRES.
Capitule. Gen. 49, 10. Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et lui-même sera l’attente des nations.
Ant. au Magnificat Celui qui viendra après moi * a été fait avant moi, fui de qui je ne suis pas digne de délier les chaussures. [4]