Lundi dans l’Octave du Sacré-Cœur (avant 1955)
Commentaires
Présentation
Présentation
En 1955, le Décret de simplification des rubriques a supprimé l’Octave du Sacré-Cœur. Depuis, au bréviaire, l’Office est réduit à la lecture de l’Écriture occurrente (ancien premier nocturne des Matines), la psalmodie est celle du jour de la semaine et non plus celle du Jour de la Fête.
Nous donnons ici l’Office des Matines avec les deux lectures propres à chaque jour (Merci à Alexandre du FC pour les traductions des lectures patristiques du 3ᵉ Nocturne des Matines), et les commentaires habituels.
On trouvera une introduction à l’Octave au Samedi, et les commentaires généraux sur le jour même de la Fête ici.
Commentaires liturgiques
Commentaires liturgiques
Institué en 1929, l’Octave du Sacré-Cœur ne peut pas avoir été commenté dans l’Année Liturgique de Dom Guéranger ; le Bhx Cardinal Schuster, ne commentant que les textes du Missel, ne donne qu’un commentaire de la Messe qu’on retrouvera ici. Quand à Dom Pius Parsch, il n’en parle que pour le Dimanche dans l’Octave pour relier l’évangile de la brebis perdue et du bon Pasteur au thème du Sacré-Cœur.
C’est pourquoi nous donnons ici des commentaires glanés ci et là…
Chanoine Reck, Le Missel Médité.
Chanoine Reck, Le Missel Médité.
Nota bene : ces commentaires [53] concernent les textes liturgiques de la Messe du Sacré-Cœur avant 1929 : c’est pourquoi nous redonnons les textes liturgiques à chaque partie du commentaire.
Plan. L’ensemble des prières liturgiques de notre messe pourrait être résumé dans cette pieuse invocation : Cœur de Jésus, rempli de bonté et d’amour.
La pensée de l’introït est que le cœur de Jésus est tout miséricordieux : Miserebitur... miserationum... misericordias. L’œuvre de son amour miséricordieux est le bienfait de notre rédemption — caritatis beneficia (collecte). Cet amour fait du cœur de Jésus la source de notre salut — haurietis de fontibus Salvatoris (épître) ; et la source est ouverte depuis que le coup de lance a percé ce cœur sur la croix — lancea latus ejus aperuit (évangile). On voit que jusqu’ici il s’agit de l’amour que nous porte le cœur de Jésus. Les autres pièces liturgiques ont plutôt en vue notre amour pour ce divin cœur.
Remercie ce cœur de son amour, et ne l’oublie pas, nous dit l’offertoire ; implore la grâce d’aimer et de pouvoir aimer ce cœur comme il le mérite, nous dit la secrète ; n’offense jamais ce cœur, mais expie tant d’injustices dont il a à souffrir — c’est la pensée de la communion ; enfin mets-toi à l’école du cœur de Jésus, sois humble et doux de cœur — c’est ce que nous suggère la postcommunion.
Introït.
| Thren. 3, 32-33 et 25. | |
| Miserébitur secúndum multitúdinem miseratiónum suárum : non enim humiliávit ex corde suo, et abiécit fílios hóminum : bonus est Dóminus serántibus in eum, ánimæ quærénti illum. (T. P. Allelúia, allelúia.) | Il aura pitié de nous dans la grandeur de sa miséricorde ; car il n’a point dédaigné ni chassé de son cœur les enfants des hommes. Le Seigneur est bon à ceux qui espèrent en lui, à l’âme qui le cherche. (T. P. Alléluia, alléluia.) |
| Ps. 88,2. | |
| Misericódias Dómini in ætérnum cantábo : in generatiónem et generatiónem. | Je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur, je les célébrerai dans a suite des générations. |
| V/.Glória Patri. |
Le choix du psaume LXXXVIII pour l’introït de cette fête s’explique facilement par la présence du mot misericordias à la toute première place du premier verset. C’est d’ailleurs une prière suppliante, où le psalmiste implore la miséricorde de Dieu en faveur du royaume de David gravement menacé par ses ennemis. L’antienne, empruntée aux Lamentations de Jérémie, est tout à fait dans l’esprit du psaume : elle bénit la bonté du cœur de Dieu envers les enfants des hommes, conformément à l’engagement que nous prenons dans le psaume : Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur.
Le sens de l’antienne.
1. Il est dit dans le contexte [54] : Si Dieu châtie et afflige, ce n’est pas qu’il n’aime plus ; ce sont bien plutôt des traits de sa miséricorde, et il châtie l’homme, pour l’amener au repentir — Saint François de Sales dit qu’il blesse pour guérir. C’est aussi la pensée de saint Paul [55]. En effet, continue le prophète, ce n’est pas par un ressentiment de son cœur qu’il humilie et repousse les enfants des hommes ; telles ne sont pas ses pensées ; cette sévérité lui répugne, et il n’en use que parce que nous l’y forçons. Envers ceux qui espèrent en lui, il est bon, bon à l’égard de toute âme qui le cherche, de toute âme qui l’avait fui, mais qui revient à lui.
2. Remarquons que le compositeur liturgique, toujours dans la bonne tradition, a traité librement son texte, et qu’il a présenté dans un sens parfaitement déclaratif, sans hypothèses ni conditions la douce bonté du sacré Cœur de Jésus. On ne nous parle que de l’amour infini de ce cœur, qui dans le péché et ses suites voit plutôt le malheur de l’homme que son iniquité, qui pour aller vers le coupable prend les voies de la miséricorde, et ne demande et ne désire qu’une seule chose pour pouvoir exercer sa bonté : la confiance et le retour — animae quaerenti. Saint Bernard, citant un psaume, disait : Le Seigneur ne privera pas de ses bienfaits ceux qui marchent dans l’innocence [56] ; et il ajoutait : Il n’en privera pas non plus ceux qui marchent dans la pénitence [57].
L’alternance de l’antienne avec le psaume présente ici, comme en tant d’autres introïts, une disposition dramatique. A l’antienne, où nous pouvons entendre la voix du prophète représenté par les solistes, l’assemblée des fidèles chrétiens rachetés répond par le cri de sa reconnaissance : Misericordias Domini in aeternum cantabo.
Nous chantons les miséricordes du Seigneur ; notre reconnaissance s’attache aux preuves si nombreuses de la miséricorde divine, qui a toujours été infiniment généreuse pour nous, qui ne nous a jamais fait défaut.
Nous les chanterons à jamais ! Voilà une pensée juste, voilà un sentiment louable, une conduite correcte ! Mais les belles paroles du psalmiste sont-elles sur tes lèvres l’expression de la vérité ? Hélas ! Il en est tant qui ne prononcent jamais ces mots ! Il en est bien plus encore qui n’en ont ni le sens ni la pratique ! Que ce mot soit du moins notre devise en la fête du Sacré-Cœur. Disons-le du fond de notre âme, pour rendre hommage à l’amour du divin Sauveur, pour expier l’ingratitude de tant de créatures, pour nous lier nous-mêmes par une sainte promesse : Misericordias Domini in aeternum cantabo ! Puissent ces paroles être de bon augure ! Si nous y demeurons fidèles, nous sommes autorisés à espérer que ce sera pour nous en effet une félicité éternelle que de chanter les miséricordes du Seigneur. Ce désir devient une prière dans notre collecte.
Collecte.
| Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut qui, in sanctíssimo dilécti Fíliitui Corde gloriántes, præcípua in nos caritátis eius benefícia recólimus ; eórum páriter et actu delectémur et fructu. Per eúndem Dóminum nostrum. | Daignez accorder, Dieu tout-puissant : à nous qui nous glorifions dans le très saint Cœur de votre Fils bien aimé, et qui célébrons les bienfaits solennels de sa charité envers nous ; que nous trouvions notre joie dans leur accomplissement et dans les fruits qu’ils ont produits. |
1. Qu’est-ce que se glorifier dans le sacré Cœur de Jésus ? Le sentiment compris sous ces expressions peut, je pense, se traduire ainsi : Nous sommes redevables à l’amour de votre divin cœur, ô Jésus ! de ce que nous sommes et de ce que nous avons ; nous vous devons notre réconciliation et notre paix, notre salut et notre délivrance, notre honneur et notre élévation — gloriantes ; sans vous nous serions perdus ; par vous nous sommes rentrés en possession de tout, et vous êtes vous-même le don le plus magnifique qui nous soit fait pour le temps et pour l’éternité, « ô amour crucifié ! ».
2. La fête de ce jour nous invite tout particulièrement à méditer sur cet amour— Praecipua in nos caritatis ejus beneficia recolimus. Quels sont ces bienfaits signalés, principaux ? Le symbole de Nicée nous les désigne : Qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de cœlis, et incarnatus est... L’incarnation du Fils de Dieu ! Ah ! Ce fut un trait de son amour. Ce n’est pas tout : il a souffert, il a été crucifié pour nous. Quel immense amour, Seigneur infiniment bon ! Vous êtes ressuscité pour notre justification ; vous nous avez envoyé le Saint-Esprit ; vous nous donnez dans la sainte Eucharistie le pain de vie et le gage de la gloire future. C’est que vous avez aimé les vôtres jusqu’à la fin ! Oui, que toutes ces pensées occupent le cœur pieux, et que le cœur pieux les conserve fidèlement — recolere !
3. Eorum pariter et actu delectemur et fructu. Par ces mots nous demandons la grâce de célébrer la fête du Sacré Cœur dans les sentiments qu’il convient — actu delectemur, et d’en retirer les avantages qu’elle comporte — et fructu. Les fruits ne vont pas sans les œuvres, il y a connexion nécessaire entre les uns et les autres.
Pourquoi cette prière ? Pour pouvoir témoigner au divin Cœur l’honneur qui lui appartient, il faut que nous soyons soutenus par la grâce. Mais, quand nous aurons fait tout ce qui dépend de nos forces, le fruit que nous en retirerons est assez grand pour valoir la peine qu’on le demande expressément dans la prière, et à coup sûr il sera toujours plus grand que nous ne le méritons. Par elle-même cette prière est déjà un hommage rendu au Sacré-Cœur — Deo omnis voluntas loquitur.
Épître.
| Lectio Isaíæ Prophétæ. | Lecture du Prophète Isaïe. |
| Is. 12, 1-6. | |
| Confitébor tibi, Dómine, quóniam irátus es mihi ; convérsus est furor tuus, et consolátus es me. Ecce Deus salvátor meus ; fiduciáliter agam, et non timébo : quia fortitúdo mea et laus mea Dóminus, et factus est mihi in salútem. Hauriétis aquas in gáudio de fóntibus salvatóris : et dicétis in die illa : Confitémini Dómino et invocáte nomen eius : notas fácite in pópulis adinventiónes eius : mementóte quóniam excélsum est nomen ejus. Cantáte Dómino, quóniam magnífice fecit : annuntiáte hoc in univérsa terra. Exsúlta et lauda, habitátio Sion : quia magnus in médio tui Sanctus Israël. | Je vous louerai, Seigneur, qui avez été irrité contre nous ; car votre colère s’est arrêtée, et vous m’avez comblé de consolation. Voici le Dieu mon Sauveur, j’agirai avec confiance et je ne craindrai plus ; car le Seigneur est ma force, il est ma gloire, et il est devenu l’auteur de mon salut. Dans votre allégresse, vous puiserez les eaux jaillissantes aux fontaines du Sauveur, et en ce jour-là vous direz : Célébrez le Seigneur et invoquez son Nom. Souvenez-vous que son Nom est au-dessus de tout. Chantez au Seigneur pour les œuvres magnifiques qu’il a opérées ; annoncez-les à la terre entière. Tressaille et fais retentir tes louanges, ô ville de Sion ; car le Saint d’Israël est grand au milieu de toi. |
1. Ce texte d’Isaïe se rattache évidemment pour l’inspiration à l’introït, aussi bien au psaume qu’à l’antienne : ce sont les mêmes sentiments, les mêmes aspirations, les mêmes prières. Isaïe prophétise ici l’avenir messianique sous la forme d’un hymne d’action de grâces. Suivant le sens littéral, nous entendons parler dans ce discours l’antique peuple de Dieu — habitatio Sion, pour qui le centre de sa religion est le sanctuaire choisi par Dieu pour sa demeure sur le mont Sion. L’hymne bénit le Seigneur pour le bienfait de la délivrance dont Israël a été l’objet. Ce bienfait paraît d’autant plus grand, que le Seigneur, malgré les péchés et les offenses de son peuple, lui a témoigné sa miséricorde et lui a donné sa grâce. « Vous avez dû vous irriter contre moi, et vous m’avez consolé » ; ainsi parle l’humilité, et elle trouve grâce. Mais aussi elle a droit, cette humilité, à la confiance et à l’espoir — Ecce Deus salvator meus — Dieu s’est fait mon Sauveur.
Ce qui suit a fourni le verset caractéristique de l’office du Sacré-Cœur : Haurietis aquas in gaudio de fontibus salvatoris. On l’interprète comme une apostrophe épisodique : ceux qui ont été l’objet de la grâce et du pardon s’encouragent mutuellement à participer au salut qui leur est préparé ; ils s’excitent aussi à rendre grâces à Dieu pour ses bienfaits — Confitemini Domino.
2. Maintenant on comprendra facilement l’adaptation liturgique des pensées exprimées par le prophète, mais prises ici dans le sens chrétien et éclairées à la lumière de la fête de ce jour. C’est maintenant l’Église qui parle, l’ensemble des chrétiens rachetés, ou bien encore c’est chaque âme chrétienne en particulier. L’hymne de louanges s’applique au bienfait de notre rédemption — copiosa redemptio. Celui qui nous a sauvés — Salvator, c’est le Fils de Dieu fait homme, qui nous a aimés et s’est livré pour nous. Au pied de sa croix s’épanchent les eaux du salut et fleurit l’espérance de la vie éternelle.
Graduel et Alléluia.
| Thren. 1, 12. | |
| O vos omnes, qui transítis per viam, atténdite et vidéte, si est dolor sicut dolor meus. | O vous tous qui passez par le chemin, considérez et voyez s’il est une douleur comme ma douleur. |
| V/. Joann. 13, 1. Cum dilexísset suos, qui erant in mundo, in finem diléxit eos. | V/. Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin. |
| Allelúia, allelúia. | Alléluia, alleluia. |
| V/. Matth. 11, 29. Díscite a me, quia mitis sum et húmilis corde, et inveniétis réquiem animábus vestris. Allelúia. | V/. Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Alléluia. |
Tout à l’heure Isaïe terminait ainsi : Il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël. Oui, chrétiens rachetés, il est grand, incomparablement grand devant vos regards, votre Seigneur et Sauveur. Regardez-le plongé dans une mer de douleurs ; regardez-le élevé en croix : sa douleur est sans égale, sans mesure — mais sa douleur est en même temps la mesure de son amour pour vous.
Entrons dans le cénacle, et écoutons : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous — ma chair pour la vie du monde. » Ici l’amour du Sauveur devient un mystère insondable. Seulement il y a dans ce mystère un point qui est clair comme le jour : Comme il avait aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin.
Il existe une mesure de l’amour du Seigneur ; c’est la profondeur de son humiliation. L’humiliation l’accompagna tant qu’il vécut ; elle l’avait introduit dans la vie, quand il s’humilia jusqu’à prendre la forme d’esclave. Ainsi les versets du graduel et de l’alléluia nous conduisent du Calvaire à l’autel, de l’autel à la crèche, trois stations dans la voie du sacrifice parcourue par le Rédempteur. O chrétienté rachetée, il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !
Évangile.
| + Sequéntia sancti Evangélii secúndum Ioánnem. | Suite du Saint Évangile selon saint Jean. |
| Ioann 19 ,31-35. | |
| In illo témpore : Iudǽi (quóniam Parascéve erat), ut non remanérent in cruce córpora sábbato (erat enim magnus dies ille sábbati), rogavérunt Pilátum, ut frangeréntur eórum crura, et tolleréntur. Venérunt ergo mílites : et primi quidem fregérunt crura et alteríus, qui crucifíxus est cum eo. Ad Iesum autem cum veníssent, ut vidérunt eum iam mórtuum, non fregérunt eius crura, sed unus mílitum láncea latus eius apéruit, et contínuo exívit sanguis et aqua. Et qui vidit, testimónium perhíbuit : et verum est testimónium eius. | En ce temps-là : Ce jour étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompît les jambes, et qu’on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. Étant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Et celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai. |
1. Haurietis aquas in gaudio de fontibus salvatoris. — Ce passage du prophète, que nous lisions dans l’épître trouve son pendant dans ce trait du récit évangélique : Un des soldats lui ouvrit le côté d’un coup de lance, et il en sortit aussitôt du sang et de l’eau. C’est en effet ce trait qui a déterminé le choix de notre évangile. Le coup de lance du soldat a percé le cœur de Jésus. Le sang et l’eau qui en sortent sont le symbole de notre rédemption — Empti estis pretio magno — Vous avez été rachetés par le précieux sang du Christ [58] ; ils sont le symbole de notre nouvelle naissance par le baptême — Lavacrum regenerationis [59] ; le cœur de Jésus ouvert est ainsi la source d’où jaillissent les eaux de la grâce.
2. Notre évangile nous conduit devant la croix, sur laquelle le Seigneur a souffert et est mort pour nous. Nous nous rappelons que le Seigneur a dit : « Il n’est point de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » Il faut lui prouver par une ardente reconnaissance que nous le comprenons. Oui, en mourant sur la croix il a donné la preuve du plus grand amour qui se puisse imaginer ; et, lorsque nous reconnaissons en Jésus un cœur infiniment aimant et infiniment aimable, nous ne faisons qu’une pauvre tentative impuissante pour mesurer son amour.
3. Cœur de Jésus infiniment aimable, disons-nous. Sachons comprendre en même temps que cet amour est aussi un devoir pour nous. Satisfaisons-nous à cette obligation ? Le Sacré Cœur de Jésus mérite un amour infini ! Alors laissons-nous dire par saint Bernard : La mesure d’aimer, c’est d’aimer sans mesure. Aimons-nous d’un tel amour ? Avons-nous du moins pour le très saint cœur de Jésus un amour quelconque ? Ou bien ne finissons-nous pas par gagner sur nous-mêmes de rester insensibles même en face de la croix de notre Sauveur, de notre amour crucifié ? Puissions-nous ne pas provoquer ce reproche attristé : J’ai étendu mes mains tout le jour vers un peuple incroyant et contradicteur [60] !
Offertoire.
| Ps. 102, 2 et 5 | |
| Bénedic, ánima mea, Dómino, et noli oblivísci omnes retributiónes eius, qui replet in bonis desidérium tuum. (T. P. Allelúia.) | Bénis le Seigneur, ô mon âme, et n’oublie pas tous ses bienfaits ; c’est lui qui remplit tes désirs en te comblant de biens. (T. P. Alléluia.) |
Ceci est la juste conséquence des idées exposées dans l’évangile, et les termes dans lesquels cette conclusion est exprimée doivent nous entraîner invinciblement à la justice et à l’amour envers le Sacré Cœur de Jésus. En pareil cas le « moi » a sa raison d’être. Oui, dis bien cela avec insistance : Je dois, je veux louer le Seigneur avec reconnaissance ; mon âme ne doit, mon âme ne peut jamais oublier tous ses bienfaits ; c’est moi qu’il a favorisé et comblé de ses biens et de ses dons.
Bénis, mon âme — n’oublie pas ! Cela ne nous fait-il pas un peu rougir que l’on nous dise, ou que l’on nous fasse dire : N’oublie pas ? Et pourtant est-il bien vrai que cette recommandation soit superflue ? Ah ! Il est permis d’éprouver quelque confusion ; que du moins ce soit une confusion salutaire !
Secrète.
| Tuére nos, Dómine, tua tibi holocáusta offeréntes : ad quæ ut fervéntius corda nostra præparéntur, flammis adúre tuæ divínæ caritátis : Qui vivis. | Jetez un regard de protection sur nous, Seigneur, qui vous offrons ce Sacrifice : et afin d’y préparer nos cœurs par une ferveur plus grande, consumez-les par les flammes de votre divine charité. |
Le sacrifice de nos autels est un holocauste, un sacrifice où toute la victime est consumée ; et le feu qui la consume est celui de l’amour infini. Le Christ est la victime de notre sacrifice ; il nous a été donné par son Père céleste, pour que nous le lui offrions à notre tour. Comment faire cette offrande ? Avec des cœurs brûlants des flammes de l’amour : Corda nostra, Domine, flammis adure tuae divinae caritatis.
Communion.
| Ps. 68, 21. | Communion |
| Impropérium exspectávi Cor meum et misériam : et sustínui, qui simul mecum contristarétur, et non fuit : consolántem me quæsívi, et non invéni. (T. P. Allelúia.) | Mon Cœur a compté sur l’opprobre et sur la douleur. J’ai attendu que quelqu’un me compatit, et nul ne l’a fait ; que quelqu’un me consolât, et je n’ai trouvé personne. (T. P. Alléluia.) |
Il en fut ainsi quand Jésus était cloué à la croix, et il savait qu’il en serait ainsi ; cela n’effraya pas l’amour de son cœur, qui surmonta tout, et triompha de tout. — L’amour est fort comme la mort.
Mais sur l’autel, mais à la sainte messe, mais à la sainte communion, il n’en doit pas être ainsi pour le cœur sacré de Jésus. Pourtant — hélas ! N’en est-il pas souvent ainsi ? Ce Cœur n’est-il pas « rassasié d’opprobres », jusque dans le Sacrement de l’amour ? Toi du moins, ô mon âme, épargne l’outrage à ton Sauveur ; frémis en songeant à l’injustice avec laquelle on le traite, console-le en te présentant avec un cœur pur à la sainte table.
Postcommunion.
| Pacíficis pasti delíciis et salutáribus sacraméntis, te súpplices exorámus, Dómine Deus noster : ut qui mitis es et húmilis corde, nos a vitiórum labe purgátos, propénsius fácias a supérbis sǽculi vanitátibus abhorrére : Qui vivis et regnas. | Nourris des Mystères qui nous apportent le salut avec les délices de la paix, nous vous supplions, Seigneur notre Dieu : vous êtes doux et humble de cœur, après nous avoir purifiés des taches du péché, inspirez-nous une horreur toujours plus grande pour les vanités orgueilleuses du monde. |
Dans la sainte communion, nous avons puisé avec joie aux sources du Sauveur, et nous en rendons grâces dans les premières paroles de la postcommunion. A cela nous joignons une prière, pour demander un fruit spécial de la sainte Eucharistie : que notre cœur se forme à l’image du cœur de Jésus, c’est-à-dire qu’il devienne doux et humble, sage et fort, pour que nous nous détournions résolument de l’orgueil et des vanités du monde — abhorrere. La suprême sagesse, dit l’Imitation, est de tendre aux royaumes célestes par le mépris du monde [61].
[1] Ps. 32, 11. Les desseins de bonté du Cœur du Christ sont immuables et fidèles comme ceux de Dieu. Tel est le sens de cette Antienne comprise d’après le sens du verset du Psaume dont elle est extraite.
[2] Ps. 35, 9-10.
[3] Ps. 40, 10.
[4] Matth. 11, 29.
[5] Jer. 32, 40.
[6] Jer. 32, 41.
[7] Ps. 54, 13.
[8] Ps. 54, 14-15.
[9] Ps. 54, 13.
[10] Eph. 2, 5.
[11] Eph. 2, 4.
[12] Eph. 2, 7.
[13] Ps. 46, 8-9.
[14] Ps. 60, 2. Vous m’avez rend fermeté et sécurité. Cela a été vrai du Sacré-Cœur vivant sur terre et c’est encore vrai du cœur de ses fidèles.
[15] Ps. 93, 19.
[16] Ps. 40, 4.
[17] Hebr., X, 5-7.
[18] Is., V, 3 ; IV, 5.
[19] I Petr., II, 24.
[20] Coloss., II, 14.
[21] I Petr., II, 24.
[22] Cf. Coloss., II, 13.
[23] Cf. Coloss., I, 24.
[24] Ps. 144, 18.
[25] Ps. 144, 8.
[26] Conc. Trid., sess. XXII, c. 2.
[27] Rom., XII, 1.
[28] Ep. 63, n. 381.
[29] Cor., IV, 10.
[30] Cf. Rom., VI, 4-5.
[31] Cf. Gal., V, 24.
[32] II Cor., IV, 10.
[33] Hebr., V, 1.
[34] Matth. 11, 25.
[35] Matth. 11, 26.
[36] Malach., I, 11.
[37] Cf. Hebr., V, 2.
[38] Hebr., V, 1.
[39] Ps. 85, 9-10
[40] Ps. 96, 11 & 13.
[41] Ps. 97, 5.
[42] Ps. 107, 3-4.
[43] Ps. 110, 4.
[44] Jn. 19, 34.
[45] Cf. Éphes. 5, 27.
[46] Jn. 12, 32.
[47] Jn. 12, 33.
[48] Jn. 19, 35.
[49] Ephes. 5, 1-2.
[50] Jn. 19, 36.
[51] cf. Ex. 12, 46.
[52] Za. 12, 10.
[53] Chan. François-Xavier Reck, Le Missel Médité, conférences sur les textes liturgiques de la Messe, 1913, T. IV, pp. 584-593.
[54] Lament. III, 32-33.
[55] II Cor. VII, 9.
[56] Ps. LXXXIII, 13.
[57] De div. XL, 4.
[58] I Petr. I, 19.
[59] Tit. III, 5.
[60] Rom. X, 21.
[61] I, I, 3.
Office du jour
Office
A MATINES
A LAUDES.
Comme au jour de la Fête.
AUX DEUXIÈMES VÊPRES.
Comme au jour de la Fête.