Férie • Mém. des SS. Marcellin, Pierre & Érasme, Martyrs ou Messe propre des SS. Marcellin, Pierre & Érasme
Mardi 2 juin 2026
Tous les textes, sans date : temporal et sanctoral
Messe du jour
Messe propre (Clamaverunt) des SS. Marcellin, Pierre & Érasme (4ᵉ cl./Rouge) : Gloria. Or. pro Papa. Préf. commune.

Commentaires
Présentation
Présentation
A Rome, déposition des Sts Marcellin et Pierre, en 304. Fête attestée au IVᵉ siècle. A Formies (Campanie), déposition de St Érasme, Fête aux XI-XIIᵉ siècles.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
La gloire du martyre illumine ce jour avec une profusion qui se rencontre rarement sur le Cycle ; déjà nous pouvons présager, dans le mois qui commence, celui de la confession glorieuse entre toutes que Pierre et Paul consommeront dans leur sang. Les Gaules et l’Italie, Rome et Lyon son illustre fille, concourent à former pour le ciel une légion de héros. Tout à l’heure nous admirerons Pothin [1], l’un des chefs de cette phalange illustre, venu d’Asie pour lever sur les rives du Rhône son contingent sacré. Mais les premiers honneurs sont dus à l’Église mère. Saluons donc tout d’abord Marcellin, engendrant par son sacerdoce les recrues nombreuses que l’Esprit-Saint rend dignes aussitôt de partager son triomphe ; honorons l’exorciste Pierre, qui amène à la fontaine sacrée tant de païens gagnés au Christ en voyant la faiblesse des démons.
Quand le christianisme parut sur la terre, Satan était bien, et visiblement, le prince du monde. Tous les autels étaient à lui ; la législation et les mœurs subissaient son empire. Du fond de leurs temples fameux, les chefs des démons dirigeaient la politique des cités consultant leurs oracles ; sous divers noms, les plus infimes des anges déchus trouvaient influence et honneur au foyer domestique ; d’autres avaient leurs postes assignés dans les forêts, sur les montagnes, auprès des sources ou sur la mer, occupant contre Dieu ce monde qu’il avait créé pour sa gloire, et que Satan, par la complicité de l’homme, avait conquis. Quatre mille ans d’abandon du côté du ciel avaient permis à l’usurpateur d’affermir ainsi sa conquête ; la résistance était savamment préparée pour le jour où le roi légitime prétendrait rentrer dans ses droits.
La venue du Verbe dans la chair donna le signal de la grande revendication divine. Le prince du monde, vaincu en personne par le Fils de Dieu, comprit qu’il allait avoir à retourner dans l’abîme. Mais les innombrables puissances de ténèbres qu’il avait constituées devaient poursuivre la lutte durant des siècles, et ne lâcher que pied à pied leurs positions. Chassées des villes par les adjurations de la sainte Église et le triomphe des martyrs, les légions infernales se reformeront dans les solitudes ; les soldats du Christ auront à y soutenir contre elles, sous la conduite d’Antoine et de Pacôme, de terribles combats. En Occident, le patriarche des moines retrouvera les autels des démons et les démons eux-mêmes sur les hauteurs du Cassin, au VIᵉ siècle. Au VIIᵉ, ils disputeront à saint Gall les bois, les lacs, les rochers de la Suisse actuelle ; et on les entendra se plaindre qu’après avoir été chassés de la société des hommes, on ne leur laisse même pas ces retraites ignorées, C’est qu’en effet, dans la pensée divine, l’appel des moines au désert aura pour but, non moins que la fuite du monde en ce qui les concerne, la poursuite des démons dans leurs derniers retranchements.
Nous insistons sur les considérations qui précèdent ; car leur importance est extrême, et n’a d’égale que la profondeur de l’ignorance systématique où l’on se tient à leur endroit. Les vrais chrétiens croient fermement, aujourd’hui comme toujours, à la lutte privée, toute spirituelle, que l’âme doit soutenir contre l’enfer dans le secret de la conscience ; mais plusieurs n’hésitent point à rejeter dans le domaine de l’imagination ce qu’on leur raconte de ces autres combats livrés par nos pères aux démons sur le terrain extérieur et public. Leur excuse sans doute est de vivre en un pays où, depuis des siècles, cette guerre du dehors avait pris fin par la victoire sociale du christianisme. Mais l’Esprit-Saint nous annonce que l’ancien serpent, immobilisé durant mille années, doit être à la fin délié de nouveau pour un peu de temps [2]. Si nous touchions à cette époque fatale, il serait temps d’y songer ; nous serions mal préparés à la reprise des anciennes luttes, par l’ignorance où nous entretient l’habitude d’abandonner, sous le nom de légende, à la fatuité de la courte science qui domine de nos jours, les faits les mieux attestés de l’histoire de nos devanciers. Qu’est-ce donc que l’histoire après tout, depuis la révolte de Lucifer, sinon le tableau de la lutte engagée entre Dieu et Satan ? Et si, comme nous l’avons dit, Satan, par la permission divine, avait envahi le monde extérieur aussi bien que celui des âmes, n’était-il pas nécessaire pour le jeter dehors [3], selon l’expression du Sauveur, que la lutte avec lui fût une lutte corps à corps, qu’elle revêtit un caractère extérieur et visible ?
« Le Verbe, dit saint Justin, s’est fait homme pour deux buts : sauver les croyants, et chasser les démons » [4]. Aussi l’expulsion des démons de la place qu’ils occupent dans ce monde matériel, et spécialement du corps de l’homme qui en est la plus noble partie, apparaît-elle, dans l’Évangile, comme l’un des principaux caractères de la puissance du Sauveur. Quittant la terre et envoyant ses apôtres continuer son œuvre parmi les nations, c’est elle également que lui-même indique comme devant être le premier signe de la mission qu’ils auront à remplir [5]. Le monde ne s’y méprit pas. Bientôt les païens durent constater la cessation partout des anciens oracles [6], et la cause d’un phénomène de cette importance pour l’ancienne religion apparut évidente : les démons eux-mêmes n’hésitèrent point à reconnaître que leur silence forcé venait des chrétiens. Sur cette puissance du christianisme contre l’enfer, les apologistes des IIᵉ et IIIᵉ siècles en appelaient, sans crainte d’être contredits, au témoignage public. « C’est sous les yeux de tous, disait saint Justin aux empereurs, que les chrétiens, dans Rome et dans tout l’univers, chassent les démons au nom de Jésus-Christ » [7]. Les dieux de l’Olympe se voyaient démasqués honteusement en présence de leurs adorateurs confus, et Tertullien pouvait jeter ce défi aux magistrats de l’empire : « Qu’on amène à vos tribunaux quelqu’un de ces hommes qui se disent sous la puissance des dieux. Sur l’ordre du premier venu d’entre nous, l’esprit qui les possède sera contraint de confesser ce qu’il est ; s’il ne s’avoue démon et non pas dieu, n’osant mentir à un chrétien, répandez aussitôt le sang de ce chrétien blasphémateur. Mais non ; la crainte qu’ils ont du Christ fait que l’attouchement, le souffle même de l’un de ses serviteurs suffit à les chasser » [8].
Le baptême suffisait donc pour donner à l’homme un tel pouvoir ; et c’était bien en effet le sens de la promesse du Seigneur, lorsque, parlant de ceux qui croiraient en lui, et non pas seulement des chefs de l’Église, il avait dit : « En mon nom ils chasseront les démons » [9]. De bonne heure cependant, l’Église, organisant la guerre sainte, constitua parmi ses fils un ordre spécial qui eut pour mission directe la poursuite de Satan sur tous les points de ce monde visible. Les exorcistes se trouvèrent par cette délégation investis d’un empire qui accéléra la défaite du prince du monde, et lui rendit cette défaite d’autant plus odieuse, que l’Église, humiliant son orgueil, n’éleva point au-dessus des rangs inférieurs de la cléricature un ordre pourtant si terrible à l’enfer. Lucifer avait prétendu s’égaler au Très-Haut [10] ; précipité du ciel, il s’était flatté, dans sa folie, de pouvoir du moins supplanter Dieu sur la terre : et voilà que le soin de sa défaite est confié, non plus aux anges ses égaux par nature, mais à des hommes, aux plus petits de cette race si facilement trompée, qu’il avait vue prosternée devant lui durant de longs siècles. Leur main de chair le contraint, lui esprit, à descendre de son trône ; à leur parole, il faut qu’il dépose ses vains ornements, qu’il se démasque lui-même ; l’eau qu’ils bénissent ravive en lui ses tortures éternelles ; du prince du monde et de ses pompes il ne reste plus que Satan, le révolté a la face hideuse, le condamné tremblant dans la poussière aux pieds des fils des hommes, ou fuyant comme la feuille desséchée sous le souffle de leur bouche.
L’archange Michel reconnaît dans ces fils d’Adam les dignes alliés des anges fidèles qu’il conduisit à la victoire. Mais parmi ces continuateurs du grand combat commencé dans les hauteurs des cieux [11], l’exorciste Pierre se présente à nous rayonnant d’un éclat sans pareil. Le triomphe du martyre vient s’ajouter pour lui aux victoires remportées sur les troupes de Satan. Nul mieux que lui n’a fait reculer l’enfer ; car, chassant les démons des corps, il a de plus conquis les âmes. Le prêtre Marcellin, son associé dans la conquête et le martyre, est également l’associé de sa gloire. L’Église a voulu que leurs noms, redoutables aux esprits de ténèbres, brillassent d’une commune auréole ici-bas comme au ciel. Chaque jour, elle leur rend le plus solennel hommage qui soit en son pouvoir, en les nommant tous deux au diptyque du Sacrifice avec les saints Apôtres et les premiers de ses fils. Telle fut l’importance de la mission qu’ils remplirent et la renommée de leurs derniers combats, que leurs corps, transportés sur la voie Lavicane, y devinrent le centre d’un illustre cimetière. Les chrétiens de l’âge de la paix, qui suivit de près leur glorieuse confession, se disputèrent l’avantage d’être ensevelis sous la puissante protection des soldats du Christ ; Constantin, le vainqueur de l’idolâtrie, déposa près d’eux les restes sa mère, sainte Hélène, qui avait retrouvé le bois du salut, terreur des démons. Une inscription célèbre fut composée en leur honneur par le pape Damase qui, dans son enfance, avait appris de la bouche même du bourreau, converti depuis, les détails de leur martyre ; gravée près de leurs tombeaux, elle compléta les monuments de cette catacombe, où l’art chrétien multipliait ses plus riches enseignements.
A la mémoire des saints Marcellin et Pierre est joint, dans la Liturgie de ce jour, le souvenir d’un saint évêque martyr, bien connu autrefois du peuple fidèle. Si les Actes qui nous sont parvenus de sa vie ne sont pas à l’abri de tout reproche au point de vue de la critique, les faveurs obtenues par l’intercession d’Érasme ou saint Elme portèrent son nom dans toute la chrétienté, comme l’attestent les formes nombreuses que ce nom revêtit au moyen âge dans les différentes contrées d’Occident. Il fait partie du groupe des saints auxiliateurs ou secourables, dont le culte se répandit surtout en Allemagne et en Italie. Les marins le reconnurent pour patron, en souvenir d’un voyage miraculeux rapporté dans sa Vie ; une des tortures nombreuses qu’il eut à subir, l’a fait aussi invoquer contre les douleurs d’entrailles. Nous ne devons pas oublier de mentionner ici que le patriarche des moines d’Occident eut saint Érasme en vénération particulière ; lorsqu’il quitta pour la Campanie sa solitude des bords de l’Anio, il marqua sa principale étape entre Subiaco et le Mont-Cassin en jetant, à Véroli, les fondements d’une église et d’un monastère sous le vocable du saint martyr ; un autre monastère fut également dédié par saint Benoît, dans Rome même, à saint Érasme.
Vous avez tous trois, ô saints martyrs, confessé Jésus-Christ dans la plus effroyable tempête qu’il ait permis au démon de susciter contre son Église. A des degrés divers de la hiérarchie, vous avez été les modèles et les guides du peuple chrétien, l’entraînant à votre suite par rangs pressés dans l’arène du martyre, et comblant par des conversions plus nombreuses encore les vides qu’eût laissés sur terre le départ pour le ciel des compagnons de votre victoire. C’est pourquoi, en ce jour, l’Église de la terre joint ses hommages reconnaissants aux félicitations de l’Église triomphante. Soyez propice toujours aux maux qui accablent le genre humain dans cette vallée de l’épreuve. L’excès de sa misère morale fait qu’il en est arrivé jusqu’à oublier, dans le besoin, ses puissants protecteurs. Par des bienfaits nouveaux, ranimez en lui votre souvenir.
Protégé du ciel autrefois, protégez maintenant vous-même, ô Érasme, ceux qui luttent sur les flots contre les éléments déchaînés. Dans votre force d’âme, à l’heure suprême, vous livrâtes aux bourreaux jusqu’à vos entrailles ; soyez secourable à ceux qui vous invoquent en des souffrances rappelant de loin les tourments que vous avez endurés pour le Christ.
Pierre, Marcellin, unis dans le labeur et dans la gloire, jetez sur nous les yeux : un seul de vos regards fait trembler l’enfer ; il éloignera de nous ses ténébreuses phalanges. Mais combien elle aussi la société civile, combien le monde visible a besoin de votre aide ! L’ennemi que vous aviez si puissamment contribué à faire rentrer dans l’abîme, redevient maître. Sommes-nous au temps où, reprenant la guerre avec les saints, il lui sera donné de les vaincre [12] ? C’est à peine, maintenant, s’il se cache encore. Non seulement il conduit le monde par mille ressorts que les sociétés autrefois secrètes ont ostensiblement remis en ses mains : on l’a vu chercher à s’introduire dans les réunions de toutes sortes, au sein des familles, comme l’hôte de la maison, le compagnon de divertissements ou d’affaires, avec ses tables tournantes et tous les procédés de divination que Tertullien dénonçait de son temps et du vôtre [13]. L’expulsion des démons par le christianisme avait été si absolue, qu’il en était résulté chez nous jusqu’à l’oubli le plus complet de ces funestes pratiques. Si pour cette fois, dans les familles chrétiennes, les avertissements des pasteurs l’ont emporté sur l’attrait d’une curiosité malsaine, une secte pourtant s’est formée à la suite, dont Satan est devenu le guide et l’oracle. Les spirites, comme ils s’appellent, préparent de concert avec la franc-maçonnerie l’invasion dernière du monde extérieur par les bandes infernales ; l’Antéchrist, avec sa puissance usurpée et ses vains prestiges, sera le produit commun des loges politiques et de la secte où l’on se donne à tâche de ramener sous une forme nouvelle les anciens mystères du paganisme. Vaillants soldats de l’Église, rendez-nous dignes de nos pères. Si l’armée chrétienne doit s’amoindrir en nombre, que la foi grandisse en elle d’autant plus ; que son courage, ni ne défaille, ni ne s’égare ; qu’elle soit trouvée faisant toujours face à l’ennemi, à l’heure suprême où le Seigneur Jésus tuera d’un souffle de sa bouche l’homme de péché [14], et replongera pour jamais les hordes de Satan dans le puits de l’abîme.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Les saints martyrs Marcellin, prêtre, et Pierre, exorciste.
Station dans le cimetière « aux deux lauriers » sur la voie de Labicum.
Aujourd’hui le manuscrit de Berne du Martyrologe Hiéronymien porte l’indication suivante : Romæ, in cimiterio inter duas lauros, via Lavicana, milliario quarto, Marcellini presbyteri et Petri exorcistæ. Ces deux martyrs souffrirent la mort pour la foi durant la persécution de Dioclétien. Décapités dans la localité appelée silva nigra sur la voie Cornélia, leurs corps furent transférés au quatrième mille de la voie de Labicum, près de la tombe de saint Tiburce et dans le voisinage de ce qui devint plus tard la villa impériale de Constantin — inter duas lauros.
Les fouilles exécutées en 1897 firent retrouver leur crypte sépulcrale, et l’on put constater alors que celle-ci avait été élargie en forme de petite basilique ; on avait rasé les cubicula et les galeries qui, à l’origine, s’étendaient autour du tombeau des deux martyrs. De la sorte, ce tombeau en vint à se trouver isolé, et ce fut sur lui qu’on érigea l’autel.
Le pape Damase, en des vers célèbres, raconte qu’il a appris, encore enfant, les détails du supplice des deux saints ; il les tenait du bourreau lui-même qui les avait décapités :
MARCELLINE • TVOS • PARITER • PETRE • NOSSE • TRIVMPHOS
PERCVSSOR • RETVLIT • DAMASO • MIHI • CVM • PVER • ESSEM
HÆC • SIBI • CARNIFICEM • RABIDVM • MANDATA • DEDISSE
SENTIBVS • IN • MEDIIS • VESTRA • VT • TVNC • COLLA • SECARET
NE • TVMVLVM • VESTRVM • QVISQVAM • COGNOSCERE • POSSET
VOS • ALACRES • VESTRIS • MANIBVS • MVNDASSE • SEPVLCRA
CANDIDVLO • OCCVLTE • POSTQVAM • IACVISSE • SVB • ANTRO
POSTEA • COMMONITAM • VESTRA • PIETATE • LVCILLAM
HIC • PLACVISSE • MAGIS • SANCTISSIMA • CONDERE • MEMBRA « O Marcellin, et vous aussi, ô Pierre, contemplez vos triomphes. Quand j’étais encore enfant, le bourreau lui-même me rapporta qu’il avait reçu l’ordre du cruel tyran de vous couper la tête au milieu d’une forêt, afin que personne ne pût ensuite connaître le lieu de votre sépulture. Vous, alors, de vos mains, purifiâtes votre tombe avec diligence. Cependant, après avoir reposé quelque temps ignorés dans la grotte purifiée par vous, vous daignâtes en avertir Lucilla, qui préféra déposer ici votre dépouille sacrée. »
La forêt touffue, au dixième mille de la voie Cornelia, consacrée par le martyre des deux saints, fut bientôt, en souvenir du candidulo antro où reposèrent leurs corps, appelée Silva candida, et, durant le haut moyen âge, devint un siège épiscopal.
Les noms de Pierre et de Marcellin entrèrent presque immédiatement dans la seconde section de la grande intercession romaine, après celui du martyr Alexandre de la voie Nomentane. Non loin du Latran, sur la voie Merulana, s’éleva, dès le IVᵉ siècle, un titre urbain sous leur vocable. En 1750, des fouilles faites en ce lieu firent retrouver des fragments de marbre d’une épigraphe dédicatoire :
NATAL...SIRICI † PAPA • (ecc)LESIÆ
RIQVE OR
et, sur un autre marbre :
(Sump)TV • PROPRIO • FECIT
Si, comme tout le fait croire, ces deux épigraphes étaient placées là où on les a trouvées, il faut admettre qu’en ce lieu on vénérait autrefois un souvenir domestique quelconque des deux martyrs, et que, selon l’usage romain, il fut transformé en titulus sous le pape Sirice.
Dans les indications qui précèdent le texte des homélies de saint Grégoire sur les Évangiles, il est dit que celle du IIIᵉ dimanche de l’Avent fut prononcée in basilica sanctorum Marcellini et Pétri, c’est-à-dire dans l’église de la voie Merulana.
Aujourd’hui, aux noms des deux martyrs de la voie Labicana on ajoute celui de saint Érasme, évêque et martyr. A l’origine on avait toutefois deux messes distinctes.
L’antienne ad introitum est le même que pour les XL martyrs de Sébaste, le 10 mars, tandis que la première collecte est presque identique à celle que nous avons déjà vue le 15 février pour la fête des saints Faustin et Jovite.
La première lecture est tirée de la lettre de saint Paul aux Romains (VIII, 18-23), et elle est commune au IVᵉ dimanche après la Pentecôte. L’Apôtre y parle de l’attente où maintenant se trouve toute la création, contrainte de servir aux pécheurs, mais qui soupire ardemment après le jour de sa revanche et de la délivrance. Nous aussi, dans nos souffrances actuelles, nous éprouvons comme les douleurs de l’enfantement ; mais celles-ci seront aisément oubliées au jour de la parousie, alors que les peines et la grâce enfanteront la gloire.
La répons-graduel est identique à celui du 15 février et répète le même texte que l’introït. Le verset alléluiatique est emprunté à l’Évangile (Ioan., XV, 16). « Je vous ai tirés du milieu du monde pour que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit soit durable. »
Les saints portent toujours un fruit exquis et abondant, parce que, comme des sarments, ils tirent leur sève vitale du Christ, qui est la vigne divine. En outre, leur fruit est durable, car, tandis que sur la terre la renommée de leurs vertus est une prédication continuelle de l’Évangile, au ciel la gloire rend leurs mérites impérissables.
Dans l’antiphonaire grégorien, le verset alléluiatique est le suivant (Ps. 144) : Sancti tui, Domine, benedicent te, gloriam regni tui dicent.
Conformément à la liste de Würzbourg, la lecture évangélique de ce jour est tirée de saint Luc (XXI, 9-19). Nous l’avons déjà rapportée le jour des martyrs Vincent et Anastase, le 22 janvier, mais il faut remarquer aujourd’hui ce que Jésus enseigne relativement à la possession de l’âme, c’est-à-dire à la manière dont il faut s’y prendre pour ne pas la perdre. In patientia. Donc dans la souffrance, et en la greffant, comme dit saint Paul, à l’arbre du Christ crucifié.
L’antienne pour l’offrande des oblations par le peuple est tirée du psaume 31, et elle est commune à la messe des saints Fabien et Sébastien.
La collecte qui sert de prélude à l’anaphore est la même que le 14 avril pour la messe des martyrs Tiburce, Valérien et Maxime. Cependant la prière suivante est indiquée dans le Sacramentaire : Votiva, Domine, munera deferentes, in tuorum Marcellini et Petri martyrum passione, tuam magnificentiam veneramur, et per eam nobis imploramus tuæ pietatis auxilium [15].
Autrefois, la préface elle aussi était propre : ... æterne Deus ; apud quem semper est præclara vita Sanctorum, quorum nos pretiosa mors lætificat et tuetur. Quapropter Martyrum tuorum Marcellini et Petri gloriosa recensentes natalitia, laudes tibi referimus, et magnificentiam tuam supplices exoramus, ut quorum sumus martyria venerantes, beatitudinis mereamur esse consortes [16].
L’antienne pour la Communion du peuple est tirée de la Sagesse (III, I, 2, 3) : « Les âmes des justes sont dans les mains de Dieu, et le tourment que leur inflige le démon ne les touche pas ; aux yeux des insensés ils ont semblé devoir succomber à la mort ; au contraire ils sont dans la paix. »
Par une permission de Dieu, de même que les impies avaient déchiré le corps très saint du Christ, ils s’en prennent aussi aux membres de ses serviteurs. L’Agneau éternel, que saint Jean dit immolé depuis le commencement du monde, ne pouvant personnellement pâtir au delà des courtes années de sa vie terrestre, continue à souffrir et à s’immoler dans ses saints.
Ces persécutions des justes sont toutefois simplement externes et apparentes. Comme la tempête ride seulement les vagues de la mer, mais n’arrive pas à agiter les eaux au sein de l’océan, ainsi les tribulations extérieures ne parviennent pas à altérer l’ineffable sérénité et la paix des saints, dont l’esprit demeure immobile au centre du Cœur de Dieu.
La prière après la Communion est la même que pour la fête des martyrs Tiburce et Valérien le 14 avril.
Dans les anciens Sacramentaires, la prière ad complendum est ainsi conçue : Intercedentibus Sanctis tuis, Domine, Marcellino et Petro, plebi tuæ præsta subsidium ; ut ab omnibus noxiis expedita, cuncta sibi profutura perficiat [17]. — Voilà la grande grâce à obtenir des martyrs, voilà le critérium selon lequel nous devons nous conduire : ne faire que ce qui nous est vraiment utile pour l’éternité. Cuncta sibi profutura perficiat. Cuncta, c’est-à-dire non pas quelque bien en particulier, mais tout le bien qui nous est possible ; en d’autres termes, atteindre cette mesure de grâce et de sainteté que le Seigneur a préétablie pour chacun de nous, secundum mensuram donationis Christi [18].
Durant le temps pascal, les lectures et les collectes sont les mêmes. Les chants antiphoniques sont ceux du 14 avril, fête des martyrs Tiburce, Valérien et Maxime. Après la première lecture, voici les versets alléluiatiques : « (Ioan., XV, 16) Je vous ai tirés, etc., comme ci-dessus. » (Ps. 115) : « La mort de ses saints est précieuse devant le Seigneur. »
Saint Érasme, évêque et martyr.
Station au monastère de Saint-Érasme, dans le Xenodochium Valerii.
Aujourd’hui le Hiéronymien porte : in Campania Herasmi. Cet évêque fut martyrisé à Formies au début du IVᵉ siècle, mais sa fête, dès le commencement du moyen âge, se répandit dans le Latium et la Campanie. De bonne heure elle entra aussi dans la liturgie romaine, grâce surtout à la renommée qu’eut le monastère d’hommes dédié à ce Saint sur le mont Cœlius, là où auparavant s’élevait la maison de Mélanie et de Pinien, devenue ensuite le Xenodochium des Valerii chrétiens.
Sans aller jusqu’à attribuer la fondation de ce monastère à saint Benoît ou à saint Placide, comme l’a fait gratuitement Constantin Gaetani, on peut affirmer qu’il remonte au VIᵉ siècle, puisque le pape Adéodat (+ 619) y fut instruit dans sa jeunesse. Devenu Pontife, il l’enrichit de biens nombreux qui furent plus tard concédés à l’abbaye de Subiaco, à laquelle le monastère de Saint-Érasme finit par être annexé.
Les fouilles pratiquées à diverses époques dans ce sol classique, occupé aujourd’hui par deux maisons de santé, ont toujours amené à la lumière des richesses archéologiques très précieuses. Ainsi Ficoronifit jadis connaître une bulle plombée du monastère sur un côté de laquelle on lisait :
† SCS ERASMVS
et au revers :
IOH • ET • DECIBIVS • V • P • A •
Au XVIᵉ siècle, on trouva en ce lieu divers diplômes de bronze en l’honneur de Q. Aradius Valerius Proculus, avec la célèbre lampe de bronze en forme de navire, sur laquelle étaient gravés ces mots :
DOMINVS • LEGEM • DAT • VALERIO • SEVERO
II s’agit d’un cadeau à l’occasion d’un baptême.
Dans le Liber Pontificalis il est souvent question du monastère romain de Saint-Érasme en des circonstances tantôt peu heureuses, tantôt indifférentes. Là fut gardé quelque temps, prisonnier des factieux, le pape saint Léon III qui, plus tard, peut-être en souvenir de sa délivrance inattendue, offrit à l’autel du martyr un précieux vêtement liturgique et une lampe d’argent. Grégoire IV donna lui aussi un ornement à Saint-Érasme.
Aujourd’hui, le monastère de Saint-Érasme au Cœlius est détruit, mais sa mémoire est conservée dans la Ville éternelle par un autel qui lui est dédié dans la basilique vaticane. Saint Grégoire le Grand mentionne deux monastères dédiés à saint Érasme, l’un à Naples, l’autre sur le versant du mont Repperi [19].
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Saint Marcellin, prêtre ; Saint Pierre, exorciste ; Saint Érasme, évêque ; martyrs (simple).
Les souffrances de ce temps et la gloire future.
Les saints. — Tombeau : Les deux premiers furent ensevelis d’abord dans la crypte de Tiburce, à Rome ; maintenant, le tombeau de saint Marcellin se trouve à Seligenstadt (Allemagne). Saint Érasme fut enterré à Gaète (Italie). Image : On les représente en martyrs ; Érasme, en évêque avec un bassin de poix et un dévidoir. Vie : L’exorciste Pierre fut jeté en prison sous Dioclétien. Là, il délivra la fille du geôlier du mauvais Esprit ; alors le geôlier se convertit avec toute sa famille. Pierre les conduisit au prêtre Marcellin qui les baptisa. Pour cette raison, Marcellin fut lui-même emprisonné et cruellement torturé. Enfin, les deux martyrs furent décapités (vers 303). Le pape saint Damase raconte dans une inscription que, tout enfant, il a entendu raconter par le geôlier lui-même les détails de l’exécution des deux saints. Érasme était évêque en Campanie. Il fut arrosé de plomb fondu, mais il demeura sain et sauf. On le revêtit ensuite d’une tunique d’airain brûlant, mais cette fois encore il ne subit aucun dommage. Il mourut enfin d’une mort paisible. C’est un des 14 saints qu’on invoque dans les cas désespérés.
Pratique : Un exorciste, un prêtre, un évêque, c’est-à-dire trois personnes « du clergé », se tiennent devant nous comme martyrs du Christ. Ils ont payé de leur vie l’exercice de leurs fonctions saintes pour le bien des âmes. Faisons en sorte que l’union entre le clergé et le peuple soit toujours intime et fructueuse. C’est justement le renouveau liturgique qui amènera cette union.
Office du jour
Office du jour
Office
Leçon des Matines avant 1960
Troisième leçon. L’exorciste Pierre, mis en prison, sous l’empereur Dioclétien, par le juge Sérénus, pour avoir confessé la foi chrétienne, délivra du démon qui l’agitait, Pauline, fille d’Artémius, directeur de la prison. Frappés de ce prodige, le père et la mère de la jeune fille, toute sa famille et les voisins qui étaient accourus, embrassèrent la religion de Jésus-Christ. Pierre les amena au Prêtre Marcellin qui les baptisa tous. A cette nouvelle, Sérénus fit comparaître devant lui Pierre et Marcellin, les reprit durement, et joignit les menaces et l’intimidation à la sévérité de ses reproches pour les amener à renoncer au Christ. Marcellin lui ayant répondu avec une assurance toute chrétienne, le juge ordonna de le frapper à coups de poing, de le séparer de Pierre, de l’enfermer nu, sans nourriture et sans lumière, dans un cachot jonché de fragments de verre. Par son ordre aussi, Pierre fut à son tour étroitement enchaîné. Mais ces tourments ne faisant qu’accroître en tous deux la foi et le courage, ils persévérèrent dans leur confession ; et condamnés à avoir la tête tranchée, ils rendirent ainsi à Jésus-Christ un témoignage éclatant. Dans la Campanie, sous l’empire de Dioclétien et de Maximien, l’Évêque Érasme fut frappé avec des fouets garnis de plomb et à coup de bâton, on le plongea ensuite dans la résine, le plomb fondu, la poix brûlante, la cire et l’huile bouillantes ; mais il échappa sain et sauf à tous ces supplices, et ce miracle convertit un grand nombre de personnes à la foi du Christ. Ramené de nouveau en prison, et chargé de lourdes chaînes de fer, Érasme fut miraculeusement délivré par un Ange. Maximien lui fit encore subir à Formies divers autres supplices, entr’autres, il ordonna de le revêtir d’une tunique d’airain rougie au feu ; mais avec le secours de Dieu, le saint Martyr surmonta ces nouveaux tourments. Enfin, après avoir confirmé dans la foi ou converti un grand nombre de personnes, il obtint la palme d’un illustre martyre.
Sts MARCELLIN, PIERRE et ÉRASME, Evêque, et Martyrs
Ss MARCELLINI, PETRI atque ERASMI · Episcopi, Martyrum
Extra Tempus Paschale :
Hors le Temps Pascal :
Commemoratio (ante CR 1960 : simplex) · Commémoraison (avant 1960 : simple)
Ou
ou Messe (Domine) du 1ᵉʳ Dim. ap. Pent. : Mém. des SS. Marcellin, Pierre & Érasme & pro Papa. Préf. commune.
Commentaires
Présentation
Présentation
Jusqu’au XIVᵉ siècle, le dimanche qui suivait la Pentecôte voyait revenir le vert liturgique : c’était la conclusion logique, les Quatre-Temps de Pentecôte avaient célébré le printemps et l’été approchant, la nature commence à donner ses fruits : il est donc temps de reprendre ses outils et qui de planter, qui d’arroser, qui de moissonner car le temps de l’Église répandant la nouvelle de l’Évangile et récoltant les fruits de la mission est enfin venu.
Lors de la messe du 1ᵉʳ dimanche après la Pentecôte, saint Jean prend des accents poignants pour nous rappeler que « Dieu est Amour, celui qui demeure dans l’Amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » [1] ; Notre-Seigneur, dans l’évangile, nous demande d’être miséricordieux, comme notre Père des cieux est miséricordieux et énonce la parabole de la paille et de la poutre [2] : le « Temps liturgique de l’Église » commençait par ces lectures dont le but était de rappeler au chrétien que dans l’attente de la venue glorieuse du Christ, la charité devait être la clef de la conduite quotidienne du fidèle devant Dieu [3], « la religion pure et sans tache », comme l’a enseigné saint Jacques le 5ᵉ dimanche après Pâques [4].
La messe du 1ᵉʳ Dimanche après la Pentecôte, étant remplacée le Dimanche par celle de la Très Sainte Trinité, devait être célébrée un des trois premiers jours de la semaine non empêché par une fête du rite double (rubriques avant 1960). Aujourd’hui, on ne la reprend en semaine qu’en cas de Férie.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger ne traite pas de cette Messe, il précise seulement dans son commentaire de la Fête de la Trinité qu’on fait Mémoire Du dimanche.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
« Optabas de Pentecosten. »
« In nativitate Sanctorum. »
Nous avons parlé précédemment du motif pour lequel, à l’origine, il n’y avait pas de station ce matin. Hors de Rome cependant, dans les monastères et partout où l’on ne célébrait pas les vigiles nocturnes selon le rit papal, il n’y avait pas de raison pour que ce dimanche fût aliturgique, aussi la messe suivante fut-elle accueillie de très bonne heure dans l’Antiphonaire grégorien, quoique parfois quelques calendriers romains mentionnent au contraire la fête orientale de tous les Saints. Quand, par la suite, grâce à l’octave de la Pentecôte, la liturgie romaine déplaça de quelques semaines les jeûnes solennels des Quatre-Temps d’été, ce premier dimanche, avec ou sans la fête de tous les Saints, rentra dans le cycle stationnal à l’égal de toutes les autres solennités dominicales, et la messe correspondante fut accueillie favorablement, même dans les églises de la Ville. Au XIVᵉ siècle, la fête de la Très Sainte Trinité réussit toutefois à supplanter de nouveau la messe de ce premier dimanche après la Pentecôte, laquelle messe est célébrée seulement désormais si des offices fériaux se présentent durant la semaine.
L’antienne pour l’entrée du célébrant est tirée du psaume 12 qui exprime bien l’attitude d’une âme mise à l’épreuve par le Seigneur, affligée par les ténèbres intérieures, les désolations et les cruelles attaques de l’adversaire. Mais l’âme ne manque pas ,à la confiance qu’elle place en son Dieu, et elle élève le cri de l’espérance : « J’ai confiance, ô Seigneur, dans votre bonté ; bien plus, même sous la poursuite de la tempête j’ai déjà, grâce à l’espérance, un avant-goût des joies de votre secours, et j’élève un chant au Seigneur qui récompensera ma foi. »
Dans la collecte on reprend la même pensée qu’à l’introït. La nature humaine, blessée par le péché, ne peut rien ; toutefois elle espère tout de Dieu, qui, à cause de son intime union avec l’humanité de Jésus, est devenu notre force. Que la grâce divine descende donc du Chef mystique du corps de l’Église et se répande à travers les membres, afin que ceux-ci agissent désormais conformément au bon plaisir de Dieu :
L’épître de saint Jean (I, IV, 8-21) traite de la charité que Dieu nous a montrée en nous donnant son propre Fils. La charité est la vertu universelle, dont l’objet est Dieu et tout ce qui lui appartient, c’est-à-dire le prochain. La charité envers le prochain est la preuve définitive de l’amour envers Dieu. Celui qui aime Dieu le sert de grand cœur, comme un fils dévoué ; tandis que celui qui le sert par crainte ressemble à un esclave travaillant pour éviter la punition. Il n’est donc pas parfait dans la charité, et en cet état il ne peut se promettre certainement ce pardon entier des péchés accordé à celui qui, comme Madeleine, aime et aime beaucoup, pour qu’on lui pardonne beaucoup.
Le répons-graduel provient du psaume 40 et poursuit le thème auquel il a déjà été fait allusion dans l’introït : « Je dis : Seigneur, ayez pitié. Je crains, et cela est le fruit de mon péché. J’ai agi selon la faiblesse de ma nature, et j’en subis les conséquences. Vous, agissez selon votre nature, et dans votre miséricorde effacez le mal de ma faute. Seigneur, quand même dans la balance de votre justice, le petit nombre de mes bonnes œuvres ne serait pas emporté par le poids des mauvaises, souvenez-vous que moi aussi, actuellement malade et défait, j’ai autrefois usé de compassion envers mon semblable, pauvre et malheureux, recouvert des livrées de la misère. »
Le verset alléluiatique provient du psaume 5 et semble continuer le gémissement du répons précédent : « Écoutez mes paroles, Seigneur, prêtez l’oreille au cri que m’arrache le déchirement de mes maux ».
La lecture évangélique (Luc., VI, 36-42) insiste sur le sujet de la charité fraternelle déjà développé dans l’Épître. La mesure de la charité dont nous devons user envers le prochain est celle-là même dont nous usons envers nous. Dieu n’emploiera pas deux poids et deux mesures, il nous traitera comme nous aurons traité nos semblables. Que personne ne se fasse d’illusions à cet égard. La foi chrétienne se prouve surtout par les œuvres de charité, et, comme l’observe fort bien saint Jean, est-il possible que quelqu’un aime vraiment le Dieu invisible s’il n’éprouve aucun amour envers son image vivante et visible qui se trouve dans le prochain ? Il y a plus ; précisément parce que la misère et le malheur peuvent émouvoir davantage le cœur compatissant, Dieu n’ayant besoin de rien a disposé que notre prochain se trouve en une quantité de misères et de nécessités, afin d’attendrir notre cœur et de nous fournir l’occasion de donner à Dieu, qui se cache lui-même dans la personne des pauvres.
L’antienne accompagnant le chant à exécuter durant la présentation par les fidèles des offrandes pour le Sacrifice, provient du psaume 5 et insiste pour que Dieu accueille nos prières. Pourquoi cela ? Dieu pourrait-il rejeter la prière de ses fils ? Non certes, mais parfois ces fils, abusant de la grâce divine, ne méritent plus que Dieu leur accorde quelque faveur spéciale. En ce cas, avant de demander la grâce désirée, il faut que ces fils indignes se concilient l’affection de leur père. Nous figurons-nous un coupable qui, tandis qu’il va se présenter au juge pour être condamné à la peine méritée, aurait l’impudence de demander au contraire d’insignes faveurs ?
La prière de propitiation doit donc précéder celle d’impétration. C’est en ce sens que l’Église, en une belle collecte que nous réciterons dans dix semaines, nous parle de grâces que la prière n’a pas la présomption d’implorer, mais qu’elle confie entièrement à la compatissante bonté de Dieu.
A cette nécessité, de nous concilier d’abord la faveur de la Divinité offensée, afin d’en obtenir ensuite des bienfaits particuliers, est justement ordonné le Sacrifice eucharistique, offert par l’Église tant pour les vivants que pour les défunts. Par les mérites du Sang de la Rédemption, la justice de Dieu, offensée par le pécheur, s’apaise, et Dieu daigne accueillir les prières pour le coupable repentant et pénitent.
La prière que l’on fait à Dieu est donc toujours accueillie par Lui ; mais, selon l’ordre qu’il a établi, elle aura, quand c’est nécessaire, d’abord une efficacité propitiatoire, pour pouvoir ensuite obtenir ce qui est directement demandé. Qui non placet, non placat. Parfois peut-être, quand nous nous fatiguons de la longue attente de certaines grâces, pensons-nous trop peu aux relations qui existent entre le fruit propitiatoire et le fruit impétratoire de la prière. Pourtant l’esprit de l’Église est tout différent, et cela frappe spécialement à l’égard des suffrages pour les défunts.
Bien qu’un seul Sacrifice eucharistique soit plus que suffisant pour purifier une âme et même toutes les âmes du Purgatoire, cependant l’Église recommande au contraire de multiplier les suffrages et les messes en leur faveur, précisément parce que, ignorant en quelle mesure la justice divine applique ces suffrages aux âmes pour lesquelles nous intercédons, c’est faire œuvre très utile que d’offrir d’abord à Dieu le fruit propitiatoire de nos prières, afin que, apaisé, il fasse enfin part à ces âmes du fruit satisfactoire et propitiatoire de nos suffrages.
La pratique de l’Église est appuyée en outre par les révélations faites à quelques saints. Dans celles de sainte Gertrude, par exemple, il est souvent question d’âmes de défunts, d’abord comme ensevelies en de très épaisses ténèbres, et privées de l’efficacité de tout suffrage. La Sainte prie, leur applique la sainte Messe, les mérites du Cœur de Jésus, et voici que ces mêmes âmes lui apparaissent, toutes joyeuses et vêtues dignement. Elles ne sont pourtant pas encore élevées à la Vision béatifique, mais, grâce aux offrandes de la Sainte, elles sont seulement admises à participer aux fruits des suffrages de l’Église, ce dont elles lui témoignent une vive reconnaissance.
La collecte servant de prélude à l’anaphore consécratoire a un caractère général. On y supplie le Seigneur d’accueillir favorablement notre oblation — et c’est là le caractère de sacrifice de la sainte Messe affirmé si nettement par les antiques formules liturgiques, contre les audacieuses négations des protestants et des hérétiques modernistes. Le secours ou subsidium perpétuel que l’on y demande n’est pas simplement l’aide de la grâce mais comprend aussi son ultérieure transformation dans les splendeurs de la gloire, laquelle est vraiment indéfectible et perpétuelle.
L’antienne pour la Communion est tirée du psaume 9. L’angoisse sous le poids de laquelle l’âme, au début, s’était approchée de l’autel de Dieu, a disparu. Par les mérites du Sacrifice, Dieu se montre de nouveau à elle apaisé et favorable. Il la reçoit, la rétablit en sa grâce, et dans la sainte Communion il l’approche de son cœur. C’est pourquoi l’âme fidèle éclate en un chant de reconnaissance et s’écrie : « Je narrerai à tous les merveilles que vous, ô Dieu, avez opérées à mon égard. Je serai heureux, je me réjouirai en vous — non pas en moi, car je n’en ai pas sujet — et je chanterai des hymnes à votre nom. »
La collecte d’action de grâces est brève et incisive : « Comblés, Seigneur, de si grands biens (tous les fruits de la sainte Communion, lesquels, à leur tour, comme autant de semences, produiront d’autres fruits dans la gloire éternelle, la résurrection finale des corps, une spéciale conformité de notre humanité glorifiée à celle de Jésus, etc.), que nous remplisse aussi un sentiment de tendre reconnaissance, afin que notre vie soit pratiquement, au moyen des œuvres, une eucharistie continuelle, c’est-à-dire une action de grâces ininterrompue. »
Au moment de la mort, la pensée qui réconforta davantage plusieurs saints fut celle d’avoir toujours été très miséricordieux vis-à-vis du prochain ; d’où ils concluaient à bon droit que le divin Juge ne traiterait pas leur propre cause avec une moindre miséricorde.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Le dimanche de la miséricorde.
Quand nous célébrons cette messe, nous nous rendons compte immédiatement que nous sommes dans un temps ordinaire. Pendant le temps pascal, chaque chant se terminait par : Alléluia. On ne le fait plus. Nous chantons de nouveau le Graduel à la messe. Comme on le sait, les deux lectures sont généralement séparées par deux chants : le Graduel qui est un écho de l’Épître, et l’Alléluia qui prélude à l’Évangile. Le Graduel est considéré, dans le symbolisme de la liturgie, comme un chant de prière et de pénitence. C’est pourquoi, pendant le temps pascal, on l’omet et on le remplace par une double antienne d’Alléluia. Nous reprenons maintenant les deux chants et nous voulons signifier, par là, que le temps ordinaire est mêlé de sérieux et de joie, de pénitence et de louange.
La messe (Domine in tua). — Après une longue interruption, nous voyons de nouveau le prêtre s’avancer à l’autel avec un ornement vert. Cette couleur semble étrangère à la liturgie classique [11]. L’histoire de la liturgie ne connaît pas, d’ailleurs, de raison symbolique. Mais il ne nous est pas interdit, maintenant que l’usage est introduit, de lui donner une interprétation symbolique. Le vert est la couleur de l’olive, de l’olivier, qui nous rappelle le Christ, l’Oint.
Le vert est aussi la couleur de la moisson qui pousse. Or, le temps après la Pentecôte est symboliquement le temps de la croissance du royaume de Dieu sur la terre, le temps entre l’Ascension du Seigneur et son retour, le temps de la joyeuse espérance et de la fin prochaine.
Ce dimanche s’appelait, dans l’ancien temps, le « dimanche de la miséricorde ». Le beau texte de la messe est traversé par cette pensée : Miséricorde et amour. Nous avons largement éprouvé la miséricorde de Dieu par la grâce de la Rédemption. « L’amour de Dieu envers nous s’est manifesté en ce que Dieu a envoyé son Fils dans le monde, afin que nous vivions par lui » (Ép.). Nous avons éprouvé sa miséricorde par le pardon (Intr.). Nous devons maintenant manifester, à notre tour, de la miséricorde envers nos frères par la charité, la compassion et le pardon. « Soyez miséricordieux parce que votre Père des cieux est miséricordieux. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; pardonnez et il vous sera pardonné » (Évang.). « Si Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres » (Ép.).
L’union entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain est très bien exprimée : « Si quelqu’un dit : j’aime Dieu, et hait son frère, celui-là est un menteur. Car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? Nous avons ce commandement de Dieu : Celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère ».
Ainsi donc, dans cette messe, l’Église insiste sur le commandement principal du christianisme, l’amour de Dieu et du prochain ; elle le fait dans une forme claire et belle. Cette messe est comme une inscription magnifique sur la porte d’entrée des dimanches après la Pentecôte. Le Graduel forme une heureuse transition entre les deux lectures : miséricorde de Dieu et miséricorde de l’homme.
Office du jour
Office du jour
Office
Avant la réforme du bréviaire sous Jean XXIII, les dimanches empêchés par une fête du Seigneur étaient commémorés à l’Office (aux Vêpres, à Laudes, et à Matines où on lisait à Matines comme 9ᵉ leçon le début du 3ᵉ nocturne des Matines du dimanche empêché). Cet usage ayant été supprimé en 1960, le 1ᵉʳ dimanche après la Pentecôte a aujourd’hui entièrement disparu du bréviaire.
AUX PREMIÈRES VÊPRES avant 1960.
1ʳᵉˢ Vêpres de la Trinité, avec mémoire du Dimanche.
| Ant. Lóquere, Dómine, quia audit servus tuus. | Ant. Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute [5]. |
| V/. Vespertína orátio ascéndat ad te, Dómine. | V/. Que la prière du soir s’élève vers vous, Seigneur. |
| R/. Et descéndat super nos misericórdia tua. | R/. Et que votre miséricorde descende sur nous. |
| Oratio | Prière |
| Deus, in te sperántium fortitúdo, adésto propítius invocatiónibus nostris : et, quia sine te nihil potest mortális infírmitas, præsta auxílium grátiæ tuæ ; ut, in exsequéndis mandátis tuis, et voluntáte tibi et actióne placeámus. Per Dóminum. | O Dieu, vous êtes la force de ceux qui espèrent en vous, soyez propice à nos demandes : et puisque la faiblesse de l’homme ne peut rien sans vous, donnez-nous le secours de votre grâce ; afin que fidèles à observer vos commandements, nous puissions vous plaire de volonté et d’action. |
A MATINES avant 1960.
Matines de la Trinité, avec 9ᵉ leçon du Dimanche.
| Lectio ix ante 1960 | 9ᵉ leçon avant 1960 |
| Léctio sancti Evangélii secundum Lucam. | Lecture du saint Évangile selon saint Luc. |
| Cap. 6, 36-42. | |
| In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis : Estóte misericórdes, sicut et Pater vester miséricors est. Et réliqua. | En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. Et le reste. |
| Homilía sancti Augustíni Epíscopi. | Homélie de saint Augustin, Évêque. |
| Sermo 15 in Evang. Matthæi de verbis Dómini, post initium | |
| Duo sunt ópera misericórdiæ, quæ nos líberant, quæ bréviter ipse Dóminus pósuit in Evangélio : Dimíttite, et dimittétur vobis : date, et dábitur vobis. Dimíttite, et dimittétur vobis, ad ignoscéndum pértinet : Date, et dábitur vobis, ad præstándum benefícium pértinet. Quod ait de ignoscéndo, et tu vis tibi ignósci quod peccas, et habes álium, cui tu possis ignóscere. Rursus, quod pértinet ad tribuéndum benefícium, petit te mendícus, et tu es Dei mendícus. Omnes enim quando orámus, mendíci Dei sumus : ante iánuam magni Patrisfamílias stamus, immo et prostérnimur, súpplices ingemíscimus, áliquid voléntes accípere ; et ipsum áliquid ipse Deus est. Quid a te petit mendícus ? Panem. Et tu quid petis a Deo, nisi Christum, qui dicit : Ego sum panis vivus, qui de cælo descéndi ? Ignósci vobis vultis ? ignóscite : Remíttite, et remittétur vobis. Accípere vultis ? date, et dábitur vobis. | Il y a deux œuvres de miséricorde qui délivrent les âmes et que le Seigneur nous propose brièvement dans l’Évangile : « Remettez et il vous sera remis, donnez et il vous sera donné. » Cette parole, « remettez et il vous sera remis » regarde le pardon des offenses ; cette autre, « donnez et il vous sera donné » regarde l’obligation de faire du bien au prochain. Pour ce qui concerne le pardon, d’une part, tu désires que ton péché te soit pardonné, et d’une autre part, tu as à pardonner à ton prochain. Et pour ce qui regarde le devoir de la bienfaisance, un mendiant te demande l’aumône, et tu es toi-même le mendiant de Dieu. Tous en effet, nous sommes, lorsque nous prions, les mendiants de Dieu ; nous nous tenons à la porte de ce père de famille grand et puissant, nous nous y prosternons, nous gémissons dans nos supplications, nous voulons recevoir un don : et ce don, c’est Dieu lui-même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu, sinon le Christ qui a dit : « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel » [6]. Voulez-vous qu’il vous soit pardonné ? Remettez et il vous sera remis. Voulez-vous recevoir ? Donnez et l’on vous donnera. |
A LAUDES avant 1960.
Laudes de la Trinité, avec mémoire du Dimanche.
| Ant. Estóte ergo misericórdes, sicut et Pater vester miséricors est, dicit Dóminus. | Ant. Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux, dit le Seigneur [7]. |
| V/. Dóminus regnávit, decórem índuit. | V/. Le Seigneur a établi son règne, il a été revêtu de gloire [8]. |
| R/. Induit Dóminus fortitúdinem, et præcínxit se virtúte. | R/. Le Seigneur a été revêtu de force, et il s’est ceint. |
| Oratio | Prière |
| Oratio | Prière |
| Deus, in te sperántium fortitúdo, adésto propítius invocatiónibus nostris : et, quia sine te nihil potest mortális infírmitas, præsta auxílium grátiæ tuæ ; ut, in exsequéndis mandátis tuis, et voluntáte tibi et actióne placeámus. Per Dóminum. | O Dieu, vous êtes la force de ceux qui espèrent en vous, soyez propice à nos demandes : et puisque la faiblesse de l’homme ne peut rien sans vous, donnez-nous le secours de votre grâce ; afin que fidèles à observer vos commandements, nous puissions vous plaire de volonté et d’action. |
AUX DEUXIÈMES VÊPRES avant 1960.
2ndes Vêpres de la Trinité, avec mémoire du Dimanche.
| Ant. Nolíte iudicáre, ut non iudicémini : in quo enim iudício iudicavéritis, iudicabímini, dicit Dóminus. | Ant. Ne jugez point et vous ne serez point jugés ; car vous serez jugés, dit le Seigneur, selon que vous aurez jugé les autres [9]. |
| V/. Dirigátur, Dómine, orátio mea. | V/. Seigneur, que ma prière soit dirigée [10]. |
| R/. Sicut incénsum in conspéctu tuo. | R/. Comme un encens en votre présence.. |
| Oratio | Prière |
| Deus, in te sperántium fortitúdo, adésto propítius invocatiónibus nostris : et, quia sine te nihil potest mortális infírmitas, præsta auxílium grátiæ tuæ ; ut, in exsequéndis mandátis tuis, et voluntáte tibi et actióne placeámus. Per Dóminum. | O Dieu, vous êtes la force de ceux qui espèrent en vous, soyez propice à nos demandes : et puisque la faiblesse de l’homme ne peut rien sans vous, donnez-nous le secours de votre grâce ; afin que fidèles à observer vos commandements, nous puissions vous plaire de volonté et d’action. |
¶ Cette messe doit être dite les jours de férie de cette semaine.
¶ Hæc Missa dicenda est diebus ferialibus huius hebdomadæ.
¶ Non dicitur Glória in excélsis. · ¶ On ne dit pas le Glória in excélsis.
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