Sᵗᵉ Hedwige, Veuveabstinence

Textes de la Messe

Férie • Commémoraison de la T. Ste Vierge Marie du Mont-Carmel ou Messe de la Commémoraison de la T. Ste Vierge Marie du Mont-Carmel

Jeudi 16 juillet 2026

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Messe du jour

Messe (Gaudeamus omnes) de la Commémoraison de la T. Sᵗᵉ Vierge Marie du Mont-Carmel (4ᵉ cl./Blanc) : Gloria. Or. pro Papa. Credo. Préf. de la T. Sᵗᵉ Vierge (Et te in Commemoratione).

Commentaires

Présentation

Présentation

Cette commémoraison fut instituée par les Carmes vers 1380.

Sixte-Quint approuva la fête pour tout l’ordre du Carmel en 1578. Elle s’étendit aux États espagnol, autrichiens et portugais au XVIIᵉ siècle.

Benoît XIII l’inscrivit au calendrier romain en 1726 comme double-majeur. Jean XXIII la réduisit au rang de simple commémoraison en 1960.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Couronné de puissance et de grâce, le Carmel élève sa tête parfumée au-dessus des flots qui baignent le rivage de la terre où se sont accomplis les mystères du salut. Les montagnes de Galilée descendant du Nord, celles de Judée venant du Midi, se joignent en Samarie sur la chaîne assez courte qui tire de lui son nom : elles semblent ainsi faire converger vers lui tous leurs grands souvenirs ; et l’on dirait que par la situation dominante de son promontoire au centre même du littoral sacré, il a pour mission d’annoncer au loin sur la mer d’Occident l’Orient divin qui s’est levé du sein des ténèbres [7].

« Au jour de mon amour, je t’ai introduite de l’Égypte en la terre du Carmel » [8], dit le Seigneur à la fille de Sion, comme si ce seul nom résumait à ses yeux tous les biens de la terre des promesses ; et quand les crimes du peuple élu menacent d’amener la ruine sur la Judée : « J’ai vu le Carmel désert, s’écrie le Prophète, et toutes ses villes détruites au souffle de la fureur de Dieu » [9]. Mais voici qu’au sein de la gentilité une Sion plus aimée succède à la première ; huit siècles à l’avance, Isaïe la reconnaît à la gloire du Liban devenue sienne, à la beauté du Carmel et de Saron qui lui est donnée [10] ; et dans le Cantique sacré les suivantes de l’Épouse, célébrant pour l’Époux celle qui sans retour a ravi son cœur, chantent que « sa tête est comme le Carmel, et sa chevelure comme les fils précieux de la pourpre du roi tressés avec soin dans les eaux colorantes » [11].

La pêche des coquillages fournissant la royale couleur était, en effet, abondante au cap Carmel. Près de là également, et affleurant les pentes de la noble montagne, coulait le Cison, fameux par la victoire de Deborah sur les Chananéens dont il avait roulé les cadavres [12], en attendant que Madian succombât à son tour dans la même plaine où Sisara avait senti la puissance de celle qu’on appelait la Mère en Israël [13]. Présage redoutable pour le funeste serpent de l’Éden : contre Madian Gédéon aussi n’avait marché qu’au nom de la femme terrible comme une armée rangée en bataille [14], et dont le signe avait été pour lui la douce toison rafraîchie par la céleste rosée dans la sécheresse de la terre entière [15]. Et comme si cette plaine glorieuse d’Esdrelon, qui vient mourir au pied du Carmel, ne devait offrir aux horizons de ses divers sommets, aux échos de ses multiples vallées, que les prophétiques figures et les titres variés de la triomphatrice annoncée dès le premier jour du monde : non loin d’Esdrelon quelques défilés conduisent à Béthulie, terreur des Assyriens, qu’illustra Judith, la joie d’Israël et l’honneur de son peuple [16] ; tandis que dans les hauteurs du septentrion se cache Nazareth, blanche cité, fleur de la Galilée [17]. Quand son amour se jouait dans l’affermissement des collines et des monts [18], l’éternelle Sagesse avait en effet choisi le Carmel pour être, aux siècles des figures, l’apanage anticipé de la fille d’Ève qui briserait la tête de l’ancien ennemi. Aussi lorsque le dernier des longs millénaires de l’attente eut commencé de dérouler ses interminables anneaux, quand l’aspiration des nations [19] devenue plus instante obtint du Seigneur l’épanouissement de l’esprit prophétique dont cette époque parut marquée, ce fut au sommet de la montagne prédestinée qu’on vit le père des Prophètes venir dresser sa tente et observer l’horizon.

Les triomphes de David, les gloires de Salomon n’étaient plus ; le sceptre de Juda, brisé par le schisme des dix tribus, menaçait prématurément d’échapper à ses mains ; Baal régnait en Israël. Image de l’aridité des âmes, une sécheresse persistante épuisait partout les sources de la vie. Hommes et animaux près de leurs citernes vides attendaient la mort, lorsque Élie de Thesbé, convoquant tout le peuple sur le Carmel et l’arrachant à ses docteurs de mensonge, rassembla en lui les vœux de cette foule qui représentait le genre humain. Prosterné au faîte du mont le front dans la poussière, raconte l’Écriture même, il dit à son serviteur : « Va, et vois du côté de la mer ». Lui donc étant allé, et ayant regardé, revint dire : « Il n’y a rien ». Élie lui dit : « Retourne ». Et jusqu’à sept fois il fut fait ainsi. Or à la septième fois, voici qu’un petit nuage comme le pied d’un homme s’élevait de la mer [20].

Nuée bénie, sortie de l’amertume des flots et toute de douceur, elle monte, docile au moindre souffle venu du ciel, légère et humble au-dessus du lourd et immense océan ; elle tempère les feux qui brûlaient la terre, enferme en soi le soleil, et rend au monde agonisant la vie, la grâce et la fécondité. Déjà l’envoyé promis, le Fils de l’homme marque en elle son empreinte, et cette empreinte rappelle par sa forme au serpent maudit le talon qui doit l’écraser. Le Prophète, en qui se personnifie l’humanité, sent à cette vue la main de Dieu renouveler sa jeunesse [21] ; sous la bienheureuse pluie qui déjà inonde les vallées, il s’élance au-devant du char portant le roi d’Israël [22]. Il traverse en courant la grande plaine d’Esdrelon, et le terme de sa course est Jezrahel, la ville au nom plein de mystère ; car c’est là, dit Osée, que les enfants d’Israël et de Juda retrouveront un seul chef au grand jour des fils de Dieu [23] qui verra les noces éternelles du Seigneur avec un peuple nouveau [24]. Mais le mystère continue de s’affirmer dans sa divine ampleur. Bientôt Sunam, cité voisine de Jezrahel et patrie de l’Épouse [25], nous montre la Mère dont l’enfant était mort, traverser dans un sens opposé à celui d’Élie la plaine qu’il avait parcourue triomphant sous l’impulsion de l’Esprit-Saint, et derechef monter au Carmel pour implorer la résurrection de ce fils qui là encore nous figurait tous [26].

Déjà cependant le char de feu avait enlevé Élie de cette terre ; aux derniers jours, avant de goûter la mort, il reparaîtra, pour joindre en compagnie d’Hénoch le témoignage des Patriarches et des Prophètes à celui de l’Église, touchant l’Époux né de celle que signifiait la nuée [27]. En attendant, son disciple Élisée, investi du manteau et de l’esprit du père sur les bords du Jourdain, avait aussitôt pris lui-même possession de l’auguste montagne [28] devenue comme la principauté, le titre domanial des enfants des Prophètes, depuis que la Reine des Prophètes s’y était manifestée.

Désormais le Carmel fut sacré pour tous ceux dont les espérances de l’humanité tenaient le regard au-dessus de la terre. Gentils aussi bien que descendants d’Israël, philosophes [29] et princes [30], y vinrent en pèlerins adorer le Dieu sans idole et méditer sur les destinées du monde. Les âmes d’élite de l’Église de l’attente, qui jusque-là erraient déjà nombreuses par les montagnes et dans les solitudes [31], aimèrent à choisir leur lieu de prière et de repos dans les mille grottes que leur ouvraient ses flancs ; car les antiques traditions y remplissaient plus qu’ailleurs de leur majesté le silence des forêts, et la Vierge qui devait enfanter s’y annonçait à ses parfums. Le culte de la douce souveraine de la terre et des cieux fut véritablement à tout jamais fondé dès lors ; et la tribu de ses dévots clients, les ascètes du Carmel, pouvait s’appliquer la parole qui fut dite par Dieu plus tard aux pieux descendants de Réchab : « Il ne manquera point d’homme de cette race pour se tenir devant moi tous les jours » [32].

Lorsqu’enfin les réalités succédèrent aux figures, lorsque le ciel eut répandu sa rosée et que le Juste fut sorti de la nuée [33], bientôt on le vit, son œuvre achevée, remonter vers le Père ; mais il laissait au monde la divine Mère, et il envoyait l’Esprit-Saint à l’Église : et le moindre triomphe de cet Esprit d’amour, qui parlait par les Prophètes autrefois [34], n’était point de révéler Marie aux nouveau-nés de la glorieuse Pentecôte. « Quel ne fut pas, disions-nous alors, le bonheur de ceux des néophytes auxquels il fut donné, en cette heureuse journée, d’approcher d’une si auguste reine, de la Vierge-Mère, à qui il avait été donné de porter dans ses chastes flancs celui qui était l’espérance d’Israël ! Ils contemplèrent les traits de la nouvelle Ève, ils entendirent sa voix, ils éprouvèrent le sentiment filial qu’elle inspire à tous les disciples de Jésus. Dans une autre saison, la sainte Liturgie nous parlera de ces hommes fortunés. Or c’est aujourd’hui que cette annonce est réalisée. Dans les Leçons de la fête, l’Église tout à l’heure nous dira qu’entre tous, les disciples d’Élie et d’Élisée, devenus chrétiens à la première prédication des Apôtres, sentirent croître leur vénération pour la Vierge bénie dont il leur fut loisible de recueillir les paroles si suaves, de goûter l’ineffable intimité. Plus que jamais affectionnés à la montagne où, moins fortunés qu’eux pourtant, leurs pères avaient vécu d’espérance, ils y construisirent, au lieu même d’où Élie avait vu la nuée monter de la mer, un oratoire qui fut dédié dès lors à la très pure Vierge, et leur valut le nom de Frères de la bienheureuse Marie du Mont-Carmel [35].

Au douzième siècle, à la suite de l’établissement du royaume latin de Jérusalem, beaucoup de pèlerins d’Europe venant augmenter le nombre des solitaires de la sainte montagne, il parut bon de donner à leur vie, jusque-là plus érémitique que conventuelle, une forme mieux en rapport avec les habitudes des Occidentaux ; ce fut alors que le légat Aimeric Malafaida, patriarche d’Antioche, les réunit en communauté sous l’autorité de saint Berthold qui, le premier, reçut à cette occasion le titre de Prieur général. Le Bienheureux Albert, patriarche de Jérusalem et également légat apostolique, acheva dans les premières années du siècle suivant l’œuvre d’Aimeric, en donnant une Règle fixe à l’Ordre qui commença de se répandre en Chypre, en Sicile et dans les pays d’au delà de la mer, favorisé par les princes et les chevaliers revenus de Terre Sainte. Bientôt même, Dieu abandonnant les chrétiens d’Orient au châtiment mérité par leurs fautes, les représailles des Sarrasins victorieux devinrent telles en ce siècle de malheur pour la Palestine, qu’une assemblée plénière, tenue au Carmel sous Alain le Breton, décréta l’émigration totale, ne laissant à la garde du berceau de l’Ordre que quelques affamés du martyre. L’année même où elle se consommait (1245), Simon Stock fut élu général dans le premier Chapitre d’Occident, réuni à Aylesford en Angleterre.

Simon était désigné à ce choix par les luttes heureuses qu’il avait précédemment soutenues pour la reconnaissance de l’Ordre, que nombre de prélats, s’appuyant des récentes décisions du concile de Latran, rejetaient comme nouveau en Europe. Notre-Dame même avait alors pris en mains la cause des Frères, et obtenu d’Honorius III le décret de confirmation qui fut l’origine première de la fête de ce jour. Or, ce n’était là ni le commencement, ni la fin des faveurs de la très douce Vierge pour la famille qui si longtemps avait vécu comme à l’ombre de la nuée mystérieuse, obscure comme elle dans son humilité, sans vautre lien ni prétention que l’imitation de ses œuvres cachées et la commune contemplation de sa gloire. Elle-même avait voulu sa sortie du milieu d’un peuple infidèle, comme avant la fin de ce même siècle treizième, elle donnera ordre à ses Anges de transporter en terre catholique sa bénie maison de Nazareth. Que les hommes d’alors, que les historiens de nos temps à vue toujours si courte en aient eu ou non la pensée : les deux translations s’appelaient, comme elles se complètent et s’expliquent mutuellement, comme l’une et l’autre vont être pour notre Europe le point de départ des plus insignes faveurs du ciel.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet de l’année 1251, la gracieuse souveraine du Carmel confirmait à ses fils par un signe extérieur le droit de cité qu’elle leur avait obtenu en ces régions nouvelles où les amenait leur exode ; maîtresse et mère de tout l’Ordre religieux, elle leur conférait de ses augustes mains le scapulaire, vêtement distinctif jusque-là de la plus grande et de la plus ancienne des familles religieuses de l’Occident. Saint Simon Stock qui recevait de la Mère de Dieu cet insigne, ennobli encore par le contact de ses doigts sacrés, l’entendait en même temps lui dire : « Quiconque mourra dans cet habit, ne souffrira point les flammes éternelles ».

Mais ce n’était point seulement contre le feu sans fin de l’abîme, que devait s’exercer en faveur de ceux qui porteraient le pieux habit la toute-puissance suppliante de la divine Mère. En 1316, lorsque de toutes les âmes saintes s’élevaient au ciel d’ardentes prières pour obtenir à l’Église la cessation du veuvage désastreux et prolongé qui avait suivi la mort de Clément V, la Reine des Saints se montrait à Jacques d’Euze que le monde allait saluer bientôt du nom de Jean XXII ; elle lui annonçait sa prochaine élévation au pontificat suprême, et en même temps lui recommandait de publier le privilège d’une prompte délivrance du purgatoire qu’elle avait obtenu de son Fils divin pour ses enfants du Carmel. « Moi leur Mère, je descendrai par grâce vers eux le samedi qui suivra leur mort, et tous ceux que je trouverai dans le purgatoire je les délivrerai et les emmènerai à la montagne de l’éternelle vie ». Ce sont les propres paroles de Notre-Dame, citées par Jean XXII dans la bulle où il en rend témoignage, et qui fut dite sabbatine en raison du jour désigné par la glorieuse libératrice comme celui où s’exercerait le miséricordieux privilège.

Nous n’ignorons point les tentatives faites dans le but d’ébranler l’authenticité de ces concessions du ciel ; mais le temps, qui nous est si étroitement mesuré, ne nous permet pas de suivre dans leurs détails infinis ces luttes stériles. L’attaque du principal des adversaires, le trop renommé Launoy, fut condamnée par le Siège apostolique ; et après comme avant ces contradictions, les Pontifes romains confirmèrent maintes fois de leur autorité suprême, autant qu’il en pouvait être besoin, la substance et la lettre même des précieuses promesses. On trouvera dans les ouvrages spéciaux l’énumération des nombreuses indulgences par lesquelles ils voulurent enrichir toujours plus la famille du Carmel, et faire écho de cette terre à la faveur dont elle jouit au ciel.

La munificence de Marie, la pieuse gratitude de ses fils pour l’hospitalité que leur donnait l’Occident, l’autorité enfin des successeurs de Pierre, rendirent bientôt ces richesses spirituelles accessibles au peuple entier des chrétiens, par l’institution de la Confrérie du saint Scapulaire qui fait entrer ses membres en participation des mérites et privilèges de tout l’Ordre des Carmes. Qui dira les grâces, souvent merveilleuses, obtenues par l’humble vêtement ? Qui pourrait compter aujourd’hui les fidèles enrôlés dans la milice sainte ? Lorsque Benoît XIII, au XVIIIᵉ siècle, étendit la fête du 16 juillet à l’Église entière, il ne fit pour ainsi dire que consacrer officiellement l’universalité de fait que le culte de la Reine du Carmel avait conquise presque partout dès lors.

Reine du Carmel, agréez les vœux de l’Église de la terre qui aujourd’hui vous dédie ses chants. Quand le monde gémissait dans l’angoisse d’une attente sans fin, vous étiez déjà son espoir. Bien impuissant encore à pénétrer vos grandeurs, il aimait pourtant, sous ce règne des figures, à vous parer des plus nobles symboles ; la reconnaissance anticipée aidait en lui l’admiration à vous former comme une auréole surhumaine de toutes les notions de beauté, de force et de grâce que lui suggérait la vue des sites les plus enchanteurs, des plaines en rieurs, des cimes boisées, des vallées fertiles, de ce Carmel principalement dont le nom signifie plantation du Seigneur. Sur son sommet, nos pères, qui savaient que la Sagesse a son trône dans la nue [36], hâtèrent de leurs désirs ardents l’arrivée du signe sauveur [37] ; c’est là qu’à leurs prières fut enfin donné ce que l’Écriture nomme la science parfaite, ce qu’elle désigne comme la connaissance des grandes routes des nuées [38]. Et quand Celui qui fait son char [39] et son palais [40] de l’obscurité de la nue, se fut dans un avenir moins éloigné manifesté par elle à l’œil exercé du père des Prophètes, on vit les plus saints personnages de l’humanité se réunir en troupe d’élite dans les solitudes de la montagne bénie, comme autrefois Israël au désert, pour observer les moindres mouvements de la nuée mystérieuse [41], recevoir d’elle leur unique direction dans les sentiers de cette vie, leur seule lumière dans la longue nuit de l’attente [42].

O Marie, qui dès lors présidiez ainsi aux veilles des armées du Seigneur, qui jamais ne leur fîtes un seul jour défaut [43] : depuis qu’en toute vérité Dieu est par vous descendu [44], ce n’est plus seulement le pays de Judée, mais toute la terre, que vous couvrez comme une nuée répandant l’abondance et les bénédictions [45]. Vos antiques clients, les fils des Prophètes, en firent l’heureuse expérience, lorsque, la terre des promesses devenue infidèle, ils durent songer un jour à transplanter sous d’autres cieux leurs coutumes et leurs traditions ; ils constatèrent alors que jusqu’en notre extrême Occident la nuée du Carmel avait versé sa rosée fécondante, que partout aussi sa protection leur restait acquise. Cette fête, ô Mère divine, est l’authentique monument de leur reconnaissance, accrue encore par les bienfaits nouveaux dont votre munificence accompagna cet autre exode des derniers restes d’Israël. Et nous les fils de la vieille Europe, c’est à bon droit que nous faisons écho à l’expression de leur pieuse allégresse ; car depuis que leurs tentes se sont posées autour des collines où sur Pierre est bâtie la nouvelle Sion, la nuée s’est épanchée de toutes parts en pluies plus que jamais précieuses [46], refoulant à l’abîme les flammes éternelles, éteignant les feux du séjour de l’expiation.

En même temps donc que nous joignons pour vous notre reconnaissance à la leur, daignez, Mère de la divine grâce, acquitter envers eux la dette de notre gratitude. Protégez-les toujours. Gardez-les dans nos temps malheureux où les sévices du Sarrasin sont dépassés, en résultats de mort, par l’hypocrisie calculée des modernes persécuteurs. Que non seulement la vieille tige garde la vie dans ses racines profondes, mais que ses vénérables rameaux saluent sans cesse l’accession de nouvelles branches portant comme leurs aînées, ô Marie, les fleurs et les fruits qui vous plaisent. Maintenez au cœur des fils l’esprit de retraite et de divine contemplation qui fut celui de leurs pères à l’ombre de la nue ; faites que leurs sœurs aussi restent fidèles aux traditions de tant de nobles devancières, sous tous les cieux où l’Esprit les a multipliées pour en même temps conjurer l’orage et attirer les bénédictions qui descendent de la nuée mystérieuse. Puissent les austères parfums de la sainte montagne continuer d’assainir autour d’elle l’air que tant de miasmes corrompent ; puisse le Carmel offrir toujours à l’Époux le type des beautés qu’il aime à trouver en sa bien-aimée !

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Aujourd’hui toute l’Église latine s’unit aux Frères de la bienheureuse Vierge du Mont-Carmel, pour célébrer la munificence de la Mère de Dieu envers cet Ordre qui lui est dédié.

Les origines de cette insigne famille religieuse, qui a donné à l’Église un grand nombre de saints, entre autres saint André Corsini, saint Albert, sainte Madeleine de Pazzi, sainte Thérèse, etc., sont connues. Un peu avant 1185, un prêtre calabrais, ayant été l’objet d’une révélation d’Élie, — ainsi du moins l’affirmait-il, — gravit le Mont-Carmel et s’employa à restaurer un antique monastère (il y en avait trois autres) dont restaient seules les ruines. Ante aliquot annos — écrivait en 1185 le prêtre Jean de Pathmos—quidam monachus, dignitate sacerdos, capillitio albus, e Calabria oriundus, ex Prophetæ revelatione, in montem appellans, ea loca, monasterii nempe reliquias, vallo perparvo cinxit et turri ædificata, temploque non ingenti extructo, fratribus ferme decem collectis, etiam nunc sanctum illum ambitum colit [47].

Le nouvel institut prospéra et, quoique le dernier venu, il put heureusement se greffer à la grande tradition plusieurs fois séculaire de la vie monastique, que des cénobites orientaux et des moines bénédictins avaient menée sur le Carmel. Albert, patriarche de Jérusalem, donna quelques règles de vie à ces ermites qui vivaient alors sous un prévôt nommé Brocard, règles qui ensuite furent approuvées, en même temps que la récente institution, par Honorius III et par Grégoire IX.

La fête de la Commémoration de la bienheureuse Vierge du Mont-Carmel, avec le rite double-majeur, fut introduite dans le Calendrier beaucoup plus tard, par Benoît XIII.

L’introït est emprunté à la fête de sainte Agathe et semble être une version d’un texte grec. En effet, il a pénétré aussi dans le Missel Ambrosien, mais avec quelques variantes. « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, en célébrant la fête en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, dont la solennité réjouit aussi les anges qui en louent le Fils de Dieu ». Suit le premier verset du psaume 44.

Marie est appelée dans la liturgie causa nostræ lætitiæ, parce que son Enfantement sacro-saint a réparé les pertes et la tristesse occasionnées par le péché. Au ciel les Anges se réjouissent, parce qu’ils sont entrés en possession de leur Reine qui, par sa Maternité envers tous les chrétiens, comblera les vides produits dans les chœurs célestes par l’apostasie des anges rebelles. Sur la terre, toute l’Église militante se réjouit, parce que, au moyen de Marie, elle a obtenu Jésus, le fruit béni du sein virginal, qui neutralise le poison absorbé avec l’autre fruit présenté jadis par Ève à Adam.

Voici la collecte : « Seigneur, qui avez voulu honorer l’Ordre du Carmel en lui donnant le nom de Marie votre Mère elle-même, faites que, aidés par celle dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire solennelle, nous arrivions aux joies célestes ».

La première lecture est la même que pour la messe vigiliale de l’Immaculée Conception, le 7 décembre.

Le répons-graduel est commun à la fête de la Visitation, le 2 juillet. Le verset alléluiatique est spécial. « Alléluia. Par vous, ô Mère de Dieu, nous a été restituée la vie que nous avions perdue ; en effet, vous avez reçu du Ciel votre Fils et vous avez donné le jour au Sauveur du monde ».

La lecture évangélique est tirée de saint Luc (XI, 27-28), et fait partie de celle qui est assignée au troisième dimanche de Carême, jour où la station est fixée dans la basilique Mariale de l’Agro Verano. Une femme, admirant l’éloquence et la puissance de Jésus, bénit celle qui l’a engendré et allaité petit enfant. Le Sauveur, qui veut rendre plus spirituelle cette admiration enthousiaste, révèle mystérieusement la source intime de toute la grandeur et de la sublimité de la sainte Vierge : Bienheureux ceux qui reçoivent et gardent dans leur cœur le Verbe de Dieu !

Le verset pour l’offertoire a été adapté d’un texte de Jérémie (XVIII, 20) : « Souvenez-vous de nous, ô Vierge et Mère, en présence de Dieu. Parlez en notre faveur et écartez de nous son courroux ».

La Vierge s’est trouvée déjà une première fois en présence de Dieu dans le rôle d’Avocate quand elle assista à l’agonie de son Fils au pied de la Croix. Maintenant Marie est au ciel devant le trône de Dieu, et, avec Jésus, semper vivens interpellat pro nobis, elle plaide notre cause.

Suit la collecte sur les offrandes : « Sanctifiez, Seigneur, ces oblations ; et, par le puissant patronage de Marie, Mère de Dieu, faites qu’elles deviennent pour nous un gage de salut ». Ce ne sont pas tant les offrandes en soi qui doivent être sanctifiées, que les intimes dispositions du sacrificateur, afin que le Sacrifice eucharistique soit fructueux pour ceux qui, avec une foi sincère, y participent.

Voici l’antienne pour la Communion des fidèles : « O très digne Reine du monde, et toujours Vierge, Marie ! Intercédez pour notre paix et notre salut, vous qui avez donné le jour au Christ, Seigneur et Sauveur de tous ».

Marie est la Reine du monde, parce qu’elle est corédemptrice du genre humain avec Jésus et par Jésus, à qui après sa résurrection fut conférée par le Père omnis potestas in cælo et in terra.

Suit la prière d’action de grâces : « Que la vénérable intercession de votre glorieuse Mère la Vierge Marie nous protège. Seigneur, et comme elle ne cesse de nous combler de ses faveurs, ainsi délivrez-nous de tout péril, et, à cause d’elle, établissez entre nous la concorde ».

La concorde fraternelle est un des plus grands biens des communautés, et constitue une faveur spéciale de Dieu ; pour obtenir cette faveur et pour la conserver, il faut de grandes vertus, de grands renoncements et de grands sacrifices.

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

« Ta tête est comme le Carmel ».

1. Notre-Dame du Mont-Carmel. — C’est aujourd’hui la grande fête de l’ordre des Carmes. Sur le mont Carmel vivait une communauté de solitaires qui, par les soins de saint Berthold, vers 1150, fut constituée en ordre religieux mieux adapté aux coutumes de l’Occident. Fuyant devant les persécutions des Sarrasins, les moines émigrèrent plus tard en Europe. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1225, la Très Sainte Vierge ordonna au pape Honorius III d’approuver leur ordre (leçon du bréviaire). Les persécutions ne cessant de s’abattre sur ces religieux, saint Simon Stock, leur sixième général, implora de Marie un signe particulier de sa protection. Le 16 juillet 1251, la Très Sainte Vierge lui désigna le scapulaire comme insigne spécial de son maternel amour. De là le nom de fête du scapulaire donné à la fête de ce jour.

Le scapulaire est un vêtement commun à de nombreuses congrégations religieuses, mais particulièrement distinctif de l’ordre des Carmes. On impose aussi le scapulaire, un scapulaire de forme réduite, aux gens du monde afin de leur permettre de participer aux grandes grâces qui y sont attachées, le privilège sabbatin entre autres. Dans sa bulle dite sabbatine, le pape Jean XXII affirme que ceux qui portent le scapulaire seront vite délivrés des flammes du purgatoire, le samedi notamment qui suivra leur mort. Les avantages du privilège sabbatin ont encore été confirmés par la Sacrée Congrégation des Indulgences, le 4 juillet 1908.

Pratique. L’habit de la très sainte Mère de Dieu nous rappelle le devoir pour nous, chrétiens, de pratiquer l’apostolat du vêtement en face des extravagances de la mode. Le vêtement est un symbole chez celui qui le porte. Qu’à l’image de son cœur, la mise du chrétien soit simple et décente, et que les gens du monde puissent juger d’après son extérieur de ses dispositions intérieures.

2. Messe (Gaudeamus). — La messe est en partie composée de textes tirés du commun (Évangile) et en partie de textes propres. Nous commençons par un chant d’allégresse : nous célébrons la fête de Marie ; les anges eux-mêmes y prennent part dans le ciel (Introït) ; l’Église chante en même temps l’épithalame du psaume 44ᵉ : l’arrivée du prêtre somptueusement paré représente le cortège nuptial de la céleste épouse. (Cet introït, souvent répété dans le cycle liturgique, provient de la liturgie grecque). Dans la leçon, Marie nous fait elle-même entendre ses enseignements ; elle nous redit son rôle protecteur : « Je suis la Mère du pur amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance... Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ». L’Évangile renferme le passage bien connu des messes mariales où Jésus proclame bienheureuse sa Mère ; mais heureux également ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent ! Exceptionnellement l’Offertoire et la Communion sont deux prières à la Très Sainte Vierge composées par l’Église. L’offertoire en particulier est une véritable prière d’oblation : « Souvenez-vous, Vierge Mère, d’intercéder pour nous auprès de Dieu... » — Ceux qui possèdent un Petit Office de la Sainte Vierge peuvent aujourd’hui le réciter en entier en union avec l’Église.

Office du jour

Office du jour

Office

Tout au commun des fêtes de la Bse Vierge Marie sauf ce qui suit :

Leçons des Matines avant 1960.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Le saint jour de la Pentecôte, les Apôtres, divinement inspirés, parlaient en diverses langues et faisaient beaucoup de prodiges par l’invocation du très auguste nom de Jésus. Or, on rapporte qu’en ce même jour, nombre d’hommes, qui avaient marché sur les traces des saints Prophètes Élie et Elisée, et que Jean-Baptiste, par sa prédication, avait préparés à l’avènement du Christ, ayant reconnu et constaté la vérité des choses, embrassèrent la foi de l’Évangile. Ayant eu le bonheur de jouir des entretiens et de l’intimité de la bienheureuse Vierge Marie, ils commencèrent à la vénérer et à l’aimer tout particulièrement. Les premiers d’entre les Chrétiens, ils construisirent un sanctuaire à la Vierge très pure, sur le mont Carmel, à l’endroit même où Élie avait jadis vu s’élever une nuée, figure de la Vierge.

Cinquième leçon. Ils se réunissaient donc plusieurs fois le jour dans le nouvel oratoire, et honoraient par de pieuses pratiques, des prières et des louanges, la très sainte Vierge, en qualité d’insigne protectrice de leur Ordre. Aussi, commença-t-on dès lors à les appeler partout : les Frères de la Bienheureuse Marie du Mont-Carmel. Non contents de ratifier cette dénomination, les souverains Pontifes accordèrent des indulgences spéciales à ceux qui désigneraient sous ce titre l’Ordre en général et les Frères en particulier. Avec l’honneur de son nom et sa tutélaire bienveillance, la sainte Vierge leur octroya généreusement la marque distinctive d’un scapulaire sacré. Elle le donna au bienheureux Simon, religieux anglais, pour distinguer cet Ordre saint de tous les autres, et le préserver des malheurs à venir. Mais, parce que cet Ordre n’était pas répandu en Europe, on multiplia les instances auprès d’Honorius III, afin qu’il le supprimât. C’est alors que la très bonne et compatissante Vierge Marie apparut pendant la nuit à ce Pape et lui signifia d’accorder sa bienveillance à l’Institut et à ses membres.

Sixième leçon. Ce n’est pas seulement en ce monde que la sainte Vierge a voulu combler de prérogatives un Ordre qui lui est si cher. Une pieuse croyance admet volontiers que, dans l’autre monde aussi (car sa puissance et sa miséricorde étendent en tous lieux leur influence), elle soulage, par un effet de son amour vraiment maternel, ceux de ses enfants qui subissent l’expiation du purgatoire, et les introduit le plus tôt possible dans la patrie céleste, grâce à son intervention, lorsque, enrôlés dans la confrérie du scapulaire, ils ont pratiqué de légères abstinences, récité les quelques prières prescrites et gardé la chasteté, eu égard à leur état de vie. Ainsi comblé de tant et de si grandes faveurs, cet Ordre institua une solennelle Commémoraison de la bienheureuse Vierge Marie, à célébrer perpétuellement chaque année en l’honneur de cette Vierge glorieuse.

Au troisième nocturne. du commun

Lecture du saint Évangile selon saint Luc. Cap. 11, 27-28.
En ce temps-là : En ce temps-là : Jésus parlait au milieu de la foule et une femme s’écria : « Comme elle est heureuse, la Mère qui t’a mis au monde ». Et le reste.

Homélie de saint Bède le Vénérable. Lib. 4, cap. 49 in Luc. 11

Septième leçon. Cette femme fit bien voir la grandeur de sa dévotion et de sa foi. Tandis que les Scribes et les Pharisiens tentent le Seigneur et blasphèment contre lui, elle reconnaît avec tant de sincérité son incarnation, elle la proclame avec tant d’assurance qu’elle confond tout à la fois la calomnie dont les principaux d’entre les Juifs tâchaient alors de noircir le Fils de Dieu, et la perfidie des hérétiques qui devaient s’élever dans la suite des temps. De même qu’à cette époque les Juifs, blasphémant contre l’ouvrage du Saint-Esprit, niaient que Jésus-Christ fût le vrai Fils de Dieu, consubstantiel au Père ; ainsi les hérétiques devaient-ils plus tard, en niant que Marie, toujours Vierge, eût par l’opération du Saint-Esprit, fourni de sa propre chair au Fils de Dieu la matière de ses membres humains, prétendre qu’il ne faut pas le reconnaître pour le vrai fils de l’homme et de la même substance que sa mère.

Huitième leçon. Mais si la chair que le Verbe de Dieu a prise en s’incarnant, n’est pas formée de celle de la Vierge sa Mère, c’est sans motif qu’on appelle heureux le sein qui l’a porté et les mamelles qui l’ont allaité. L’Apôtre a dit : « Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme soumise à la loi ». Il ne faut pas écouter ceux qui pensent qu’il faut lire : Né d’une femme assujettie à la loi ; mais on doit lire : « Formé d’une femme », parce qu’ayant été conçu dans le sein d’une Vierge, il n’a pas tiré sa chair de rien ; mais de la chair de sa mère. Autrement il ne serait pas appelé avec vérité, fils de l’homme puisqu’il ne tirerait pas son origine de l’humanité. Élevons donc, nous aussi, la voix contre Eutychès, avec l’Église catholique, dont cette femme était la figure, élevons aussi notre esprit au-dessus de la foule, et disons au Sauveur : « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées ». Car elle est vraiment une Mère heureuse, celle qui, selon l’expression d’un auteur, « a enfanté le Roi qui gouverne dans tous les siècles le ciel et la terre ».

Neuvième leçon. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Le Sauveur approuve éminemment ce qu’avait dit cette femme, quand il affirme que non seulement celle qui a mérité d’engendrer corporellement le Verbe de Dieu, mais aussi tous ceux qui s’efforcent de concevoir spirituellement le même Verbe par l’audition de la foi, de l’enfanter et de le nourrir par la pratique des bonnes œuvres, soit dans leur cœur, soit en celui de leur prochain, sont véritablement heureux. Certes, la Mère de Dieu est bienheureuse d’avoir servi dans le temps, et contribué à l’incarnation du Verbe ; mais elle est encore plus heureuse d’avoir mérité, en l’aimant toujours, de le garder en elle éternellement.

A Laudes.

V/. Diffúsa est grátia in lábiis tuis.V/. La grâce [1] est répandue sur vos lèvres [2].
R/. Proptérea benedíxit te Deus in ætérnum.R/. C’est pourquoi Dieu vous a bénie pour l’éternité.
Ad Bened. Ant. Caput tuum * ut Carmélus, et comæ cápitis tui sicut púrpura Regis vincta canálibus, allelúia.Ant. au Benedictus Ta tête * est comme le Carmel ; et les cheveux de ta tête, comme la pourpre d’un roi, liés et teints dans les canaux des teinturiers [3].
OratioPrière
Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.

Aux Vêpres.

V/. Dignáre me laudáre te, Virgo sacráta.V/. Rendez-moi digne de vous louer, Vierge sainte [4].
R/. Da mihi virtútem contra hostes tuos.R/. Donnez-moi de la force contre vos ennemis [5].
Ad Magnificat Ant. Glória Líbani * data est ei, decor Carméli et Saron, allelúia.Ant. au Magnificat La gloire du Liban * lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron, alléluia [6].
OratioPrière
Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.

Notre-Dame du Mont-Carmel

Beatæ Mariæ Virginis de Monte Carmel

le 16 juillet

Commemoratio (ante CR 1960 : duplex maius) · Commémoraison (avant 1960 : double majeur)

Rubrique après 1960 :

Si commemoration B. Mariæ Virg. de Monte Carmelo venerit in Sabbato, Missa dici potest aut de sancta Maria in Sabbato, aut propria de Commemoration B. Mariæ Virg. de Monte Carmelo. · ¶Si la Commémoraison de N.-D. du Mont-Carmel tombe un samedi, on peut dire soit la messe de la sainte Vierge au Samedi soit la messe propre de la commémoraison de N.-D. du Mont-Carmel.

IntroïtAnt. ad Introitum.
Gaudeámus omnes in Dómino, diem festum celebrántes sub honóre beátæ Maríæ Vírginis, de cuius solemnitáte gaudent Angeli et colláudant Fílium Dei.
Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de la bienheureuse Vierge Marie. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu.
Ps. 44, 2.
Eructávit cor meum verbum bonum ; dico ego opéra mea Regi.
De mon cœur a jailli une parole excellente, c’est que je consacre mes œuvres à mon Roi.
V/. Glória Patri.
Rubrique après 1960 :

In Missis votivis : · ¶Aux Messes votives :

IntroïtAnt. ad Introitum. Sedulius.
Salve, sancta Parens, eníxa puérpera Regem : qui cælum terrámque regit in sǽcula sæculórum.
Salut, ô Mère sainte ; mère qui avez enfanté le Roi qui régit le ciel et la terre dans les siècles des siècles.
Ps. 44, 2.
Eructávit cor meum verbum bonum : dico ego ópera mea Regi.
De mon cœur a jailli une parole excellente, c’est que je consacre mes œuvres à mon Roi.
V/. Glória Patri.
CollecteOratio.
Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.
Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.
ÉpîtreLéctio libri Sapiéntiæ.
Lecture du Livre de la Sagesse.
Eccli. 24, 23-31.
Ego quasi vitis fructificávi suavitátem odóris : et flores mei fructus honóris et honestátis. Ego mater pulchræ dilectiónis et timóris et agnitiónis et sanctæ spei. In me grátia omnis viæ et veritátis : in me omnis spes vitæ et virtútis. Transíte ad me, omnes qui concupíscitis me, et a generatiónibus meis implémini. Spíritus enim meus super mel dulcis, et heréditas mea super mel et favum. Memória mea in generatiónes sæculórum. Qui edunt me, adhuc esúrient : et qui bibunt me, adhuc sítient. Qui audit me, non confundétur : et qui operántur in me, non peccábunt. Qui elúcidant me, vitam ætérnam habébunt.
Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
GraduelGraduale.
Benedícta et venerábilis es, Virgo María : quæ sine tactu pudóris invénia es Mater Salvatóris.
Vous êtes bénie et digne de vénération, Vierge Marie, qui avez été mère du Sauveur, sans que votre pureté ait subi d’atteinte.
V/. Virgo, Dei Génetrix, quem totus non capit orbis, in tua se clausit víscera factus homo.
V/. Vierge, Mère de Dieu, Celui que tout l’univers ne peut contenir, s’est enfermé dans votre sein en se faisant homme.
Alléluia
Allelúia, allelúia. V/. Per te, Dei Génetrix, nobis est vita pérdita data : quæ de cælo suscepísti prolem, et mundo genuísti Salvatórem. Allelúia.
Allelúia, allelúia. V/. Par vous, ô Mère de Dieu, nous a été rendue la vie que nous avions perdue ; vous qui avez reçu du ciel un rejeton, et qui avez mis au monde le Sauveur. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Lucam.
Suite du Saint Évangile selon saint Luc.
11,27-28.
In illo tempore : Loquénte Iesu ad turbas, extóllens vocem quædam múlier de turba, dixit illi : Beátus venter qui te portávit, et úbera quæ suxísti. At ille dixit : Quinímmo beáti, qui áudiunt verbum Dei et custódiunt illud.
En ce temps-là : Jésus parlait au milieu de la foule et une femme s’écria : « Comme elle est heureuse, la Mère qui t’a mis au monde, et qui t’a nourri de son lait ! » Mais Il répondit : « Bien plus heureux encore celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en pratique ! »
Ante 1960 : Credo
Avant 1960 : Credo
OffertoireAnt. ad Offertorium. Ier. 18, 20.
Recordáre, Virgo Mater, in conspéctu Dei, ut loquáris pro nobis bona, et ut avértat indignatiónem suam a nobis.
Souvenez-vous, ô Vierge Mère, d’intercéder pour nous auprès de Dieu, et de lui faire détourner de nous son indignation.
SecrèteSecreta
Sanctífica, Dómine, quǽsumus, obláta libámina : et, beátæ Dei Genetrícis Maríæ salubérrima intercessióne, nobis salutária fore concéde. Per eúndem Dóminum.
Rendez saints, Seigneur, nous vous le demandons instamment, ces dons offerts à votre majesté, et moyennant l’intercession si salutaire de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, accordez qu’ils soient utiles à notre salut.
Préface
Præfatio de B. Maria Virg. Et te in Commemoratióne.
Préface de la Sainte Vierge Et, en faisant mémoire de la Bse....
CommunionAnt. ad Communionem.
Regina mundi digníssima, María, Virgo perpétua, intercéde pro nostra pace et salúte, quæ genuísti Christum Dóminum, Salvatórem ómnium.
O Marie, très digne Reine du monde, et toujours Vierge, obtenez-nous la paix et le salut, vous qui avez mis au monde le Christ, Seigneur et Sauveur de tous.
PostcommunionPostcommunio
Adiuvet nos, quǽsumus, Dómine, gloriósæ tuæ Genetrícis sempérque Vírginis Maríæ intercéssio veneránda : ut, quos perpétuis cumulávit benefíciis, a cunctis perículis absolútos, sua fáciat pietáte concórdes : Qui vivis.
Nous vous en supplions, Seigneur, que l’intercession digne de respect de la glorieuse Marie, votre Mère toujours Vierge, nous vienne en aide, en sorte que sa bonté fasse régner la concorde parmi ceux qu’elle a comblés d’incessants bienfaits et délivrés de tous les périls.

Ou

ou Messe de Dim. : Mém. de la Commémoraison de la T. Sᵗᵉ Vierge Marie du Mont-Carmel & pro Papa. Préf. commune.

Commentaires

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Le cycle dominical du Temps après la Pentecôte complète aujourd’hui son premier septénaire. Avant la translation générale qu’eurent à subir les lectures évangéliques dans cette partie de l’année, l’Évangile de la multiplication des sept pains donnait son nom au septième Dimanche, et le mystère qu’il renferme inspire encore en plus d’un point la liturgie de ce jour.

Or nous avons vu que ce mystère était celui de la consommation des parfaits dans le repos de Dieu, dans la paix féconde de l’union divine. Salomon, le Pacifique par excellence, le chantre auguste et autorisé de l’épithalame sacré du Cantique, est donc bienvenu pour exalter aujourd’hui la Sagesse divine, et révéler ses voies aux fils des hommes. Dans les années où la Pâque atteint son plus haut terme en avril, le septième Dimanche après la Pentecôte est en effet le premier du mois d’août, et l’Église y commence, à l’Office de la nuit, la lecture des livres Sapientiaux. Autrement elle continue, il est vrai, celle des livres historiques, qui peut se poursuivre ainsi cinq semaines encore ; mais alors même la Sagesse éternelle garde ses droits sur ce Dimanche que le nombre septénaire lui consacrait déjà d’une façon si spéciale. Car au défaut des instructions inspirées du livre des Proverbes, nous voyons Salomon en personne prêcher d’exemple au troisième livre des Rois, préférer la Sagesse à tous les trésors, et la faire asseoir avec lui comme son inspiratrice et sa très noble Épouse sur le trône de David son père.

David lui aussi, nous dit saint Jérôme interprétant l’Écriture de ce jour au.nom de l’Église elle-même [25], David, sur la fin de sa vie guerrière et tourmentée, connut les charmes de cette incomparable Épouse des pacifiques ; et ses chastes caresses, qui n’allument point les feux de la concupiscence, triomphèrent en lui divinement des glaces de l’âge.

« Qu’elle soit donc mienne aussi, reprend un peu plus loin le solitaire de Bethlehem ; qu’elle repose en mon sein cette Sagesse toujours pure. Sans vieillir jamais, féconde à toute heure en son éternelle virginité, c’est aux ardeurs de sa flamme divine que s’allume dans le chrétien la ferveur de l’esprit demandée par l’Apôtre [26] ; c’est par l’amoindrissement de son empire qu’à la fin des temps [27] se refroidira la charité de plusieurs [28]. »

A LA MESSE

L’Église, laissant la synagogue dans ses villes condamnées à périr, a suivi Jésus au désert. Pendant que les fils du royaume [29] assistent sans voir à cette transmigration pour eux si fatale, la tige de Jessé, devenue l’étendard des nations [30], convoque les peuples et les amène par rangs pressés sur les traces de l’Église. De l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi, ils arrivent et prennent place avec Abraham, Isaac et Jacob au banquet du royaume des cieux [31]. Mêlons nos voix, dans l’Introït, à leurs chants d’allégresse.

Il n’est point de contradiction qui puisse empêcher la Sagesse d’arriver à ses fins. Le peuple juif renie son roi ; mais la gentilité s’est levée pour acclamer le fils de David [32]. Comme nous le chantions dans l’Introït, son règne s’étend déjà sur toute la terre. L’Église demande, dans la Collecte, l’éloignement des maux et l’abondance des biens qui doivent affermir dans la paix la puissance du vrai Salomon.

ÉPÎTRE.

« Considérez-vous comme morts au péché et vivant pour Dieu dans le Christ Jésus notre Seigneur [33]. » Le Docteur des nations entre aujourd’hui dans le développement de cette formule par excellence de la vie chrétienne. L’Épître de Dimanche dernier n’avait eu d’autre but que d’en établir les termes ; elle nous l’a montrée ressortant de la notion du baptême qui nous unit au Christ sous les eaux.

Là, comme dans un tombeau, la mort de Jésus devient nôtre et nous délivre du péché. Vendus au péché [34] par nos premiers parents avant même que d’avoir vu le jour, marqués en naissant de son stigmate ignominieux, notre vie entière appartenait à ce tyran cruel ; maître avide, il nous faisait sentir son droit de tout instant sur les membres flétris d’un corps esclave. Mais si la vie de l’esclave est de droit à son maître, la mort au moins délivre son âme, et la sépulture dérobe son corps même aux revendications de l’exacteur [35]. Or sur la croix de l’Homme-Dieu, sur la croix de Jésus devenu péché [36] pour nos crimes, l’humanité coupable a suivi, au regard d’une miséricordieuse justice, le sort de son chef innocent. Le vieil homme, issu d’Adam pécheur, a été crucifié ; il est mort dans le Christ ; et l’esclave de naissance, affranchi par cette bienheureuse mort, a vu ensevelir sous les eaux le corps de péché qui portait dans sa chair le titre de sa servitude.

Le corps du péché, c’était en effet notre chair, non l’innocente sortie toute pure à l’origine des mains du Créateur, mais la chair souillée de génération en génération par la transmission d’un honteux héritage. Dans le secret du mystérieux tombeau, l’onde dissolvante a détruit la souillure de ce corps avili ; elle a disjoint du même coup ces membres du péché qui sont les passions mauvaises [37], tristes puissances du mal qui déformaient en nous et tournaient au crime les facultés et les organes reçus de Dieu pour accomplir toute justice. En un moment, le fort armé [38] a perdu le titre de sa possession ; la mort lui a ravi son esclave. Le péché donc étant détruit, la triple concupiscence décapitée s’agite en vain ; aidé de la grâce, l’homme délivré saura toujours empêcher, s’il le veut, ces hideux tronçons du serpent de se rejoindre et de retrouver leur chef.

Car telle est l’action multiple et une du saint baptême : en un clin d’œil, et par sa seule puissance, il extirpe le péché et réduit à néant tous ses droits acquis ; mais l’homme doit ensuite prêter son concours à la grâce du sacrement, pour surveiller en lui les penchants complices du mal toujours prêt à renaître, et continuer sans fin sur ses rejetons impurs l’œuvre d’extermination salutaire du premier jour. A la mort du péché, résultat tout divin dans sa plénitude et sa rapidité foudroyante pour l’ancien ennemi, succède pour l’esclave affranchi le long travail de la mortification de l’esprit et des sens. Mais c’est toujours la vertu du premier sacrement qui poursuit alors dans le chrétien son œuvre vengeresse ; c’est le saint baptême qui, ayant opéré seul dans le malheureux captif du péché ce que Dieu seul en effet pouvait faire, l’appelle, maintenant que ses chaînes sont tombées, à mener de concert la lutte glorieuse de son indépendance, et le convie à partager l’honneur de la victoire divine sur Satan et ses œuvres.

La répression de la chair apparaîtra de nouveau, Dimanche prochain, comme le vrai monument de notre liberté sur terre, comme la preuve authentique de la noblesse des fils de Dieu. « Que du moins, dirons-nous dès maintenant avec l’Apôtre [39], que du moins le péché ne règne plus dans votre corps mortel ; n’obéissez plus à ses désirs honteux. Ne faites plus de vos membres des armes d’injustice au service du mal ; de morts que vous étiez, soyez vraiment vivants pour Dieu ; faites de vos membres des armes de justice à sa gloire. Car le péché n’est plus votre maître, et sa tyrannie sur vous a pris fin par la grâce. Lui obéissant de nouveau, vous redeviendriez son esclave ; ne lui rendez pas contre vous ce titre de mort. Mais louez Dieu qui a brisé vos fers, et souvenez-vous qu’affranchis du péché, vous êtes devenus les serviteurs de la justice. »

Ferons-nous moins pour elle qu’on ne fait partout pour le péché son ennemi ? Certes, la justice mérite plus d’efforts de notre part que l’odieux tyran qui n’a pour ses esclaves que la honte et la mort. Et pourtant, admirable condescendance du ciel pour notre faiblesse ! saint Paul le déclare au nom du Saint-Esprit, dans l’Épître du jour : servons la justice comme nous avons servi le péché, et nous serons saints, et nous aurons la vie éternelle [40].

Humilions-nous, hélas ! et sondons nos misères. Qu’est devenue pour plusieurs, dans la voie du salut, cette ardeur dévorante avec laquelle on les voyait courir les mille sentiers du mal ? La vraie conversion cependant n’a point pour résultat l’engourdissement des facultés ; elle tourne à Dieu l’activité humaine, et l’augmente en lui rendant son but légitime, ou tout au moins ne la diminue pas, ce qui serait une injure à la grâce.

Quelles leçons donc ne nous donnent point les fils du siècle, à la poursuite de l’ambition, de l’intérêt ou du plaisir ! Que d’activité, d’industrie et de persévérance, que de souffrances souvent, que d’abnégation en tous genres et d’héroïsme à faux, pour satisfaire à la fois les sept têtes de la bête, et gagner d’être admis à tremper ses lèvres un instant dans la coupe fangeuse de Babylone [41] ! Il en est, sous les voûtes infernales, qui ont plus peiné et pâti, pour se damner, que n’ont fait les martyrs : et que de fois sans même avoir atteint la compensation prétendue qu’ils rêvaient ici-bas ! Car le troupeau de Satan n’arrive pas toujours à lui complaire au point de mériter, même un jour, les viles récompenses de ses esclaves. La justice en use autrement avec les siens ; elle n’abaisse point, elle ne trompe point ceux qui la servent. Elle affermit leurs pas dans la paix, augmente sans fin le trésor de leurs mérites, et les conduit sûrement à la perfection de l’amour. La vie de l’union divine s’épanouit alors comme spontanément à ce faîte de la justice, et s’appuie sur elle comme la fleur sur sa tige. « Celui qui est affermi dans la justice possédera la Sagesse, dit l’Esprit-Saint ; c’est en lui qu’elle prendra ses délices d’Épouse [42]. »

Pourrions-nous donc compter avec des travaux qui préparent le ciel, et devancent ici-bas les mystères de la patrie ? La vie présente, quelque longue qu’elle puisse être, paraît peu de chose à l’âme fidèle heureuse de pouvoir y prouver son amour. « Jacob, dit saint Augustin, servit deux fois sept ans [43] pour Rachel, dont le nom signifie la vision du principe, ou le Verbe, la Sagesse qui révèle Dieu. C’est elle qu’aime en effet tout homme vertueux en ce monde ; c’est pour elle qu’il travaille et souffre, en servant la justice. Comme Jacob, ce qu’il recherche dans ses labeurs, ce n’est point assurément la fatigue pour elle-même, mais la possession qu’elle doit lui valoir de Rachel en sa beauté, le repos dans le Verbe où l’on voit le principe qui est Dieu. Est-il un vrai serviteur de Dieu qui puisse avoir d’autre pensée sous l’empire de la grâce ? Que veut l’homme, quand il se convertit ? que médite-t-il, que porte-t-il en son cœur, qu’aime-t-il et désire-t-il ainsi passionnément, sinon la science de la Sagesse ? L’homme sans doute voudrait, s’il était possible, écarter le travail et la peine, pour arriver de suite aux délices de la toute belle et parfaite Sagesse ; mais cela ne se peut dans la terre des mourants. L’Écriture nous l’apprend, quand elle dit : Tu désires la Sagesse ? garde les commandements, et le Seigneur te la donnera [44]. Les commandements dont il est ici parlé regardent les œuvres de la justice, de cette justice qui vient de la foi, qui vit au milieu de l’incertitude des tentations et sous les ombres, afin qu’en croyant pieusement ce qu’elle ne comprend pas encore, elle arrive à mériter l’intelligence. « Il ne faut donc point blâmer l’ardeur de ceux qu’embrase le désir de posséder la vérité sans voiles, mais ramener leur amour à l’ordre qui est de commencer par la foi, et de s’efforcer d’arriver par l’exercice des bonnes mœurs où il tend. Dans le chemin, c’est le labeur de la vertu ; mais au terme convoité brille la Sagesse. Aime et désire dès le commencement et au-dessus de toute chose un objet si digne ; mais que l’ardeur qui te domine ait pour premier résultat, de te faire embrasser la fatigue de la route qui conduit au but où te porte l’amour. Une fois arrivé même, tu ne posséderas point dans le temps la belle vérité, sans avoir à cultiver toujours de compagnie la laborieuse justice. Quelque pénétrante et pure que puisse devenir en effet pour des mortels la vue du bien immuable, le corps qui se corrompt alourdit l’âme, et cette demeure terrestre abat toujours l’esprit sous le poids de mille soins [45]. La Sagesse est Tunique but auquel on doit tendre ; mais il faut supporter beaucoup pour l’atteindre [46]. »

L’Église, dans le Graduel, continue d’exprimer la pensée qui domine ce septième Dimanche : elle invite ses fils à venir recevoir d’elle la science de la crainte du Seigneur ; car la crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse [47]. Le Verset appelle de nouveau les nations, héritières de Jacob, à célébrer dans l’allégresse le don de Dieu.

ÉVANGILE.

Le peuple juif, en repoussant l’Évangile, a rejeté la lumière. Pendant que le Soleil de justice, salué par les nations, illumine de ses feux toujours croissants l’ancienne région des ombres de la mort [48], la nuit s’étend sur la terre autrefois bénie des patriarches, et les ténèbres s’épaississent à toute heure en Jérusalem. Dans l’aveuglement qui la pousse à sa perte, la synagogue justifie pleinement la parole du Sauveur : Celui gui marche dans les ténèbres ne sait où il va [49]. Elle précipite par ses démarches insensées la catastrophe qui doit l’engloutir.

Les faux prophètes et les faux christs abondent en Israël [50], depuis que le vrai Messie qu’annonçaient les Prophètes, s’est vu méconnu et traité par les siens [51] comme les Prophètes eux-mêmes [52]. Ses témoins, les Apôtres, ont tenté en vain d’obtenir de Juda la rétractation du fatal reniement du prétoire. Juda cependant sait mieux que personne que les temps sont accomplis, depuis que le sceptre est tombé de ses mains [53] ; et Juda, qui repousse dédaigneusement la royauté spirituelle du Sauveur des hommes, n’en continue pas moins d’attendre sans cesse et de chercher partout le christ qu’il a rêvé, le messie qui lui rendra sa puissance. Les docteurs juifs n’ont point encore, pour écarter l’autorité écrasante d’oracles qui les confondent, inventé la sentence de leur Talmud : « Maudit soit celui qui suppute les temps de la venue du Messie [54] ! » Quels sentiments ne doivent donc pas s’agiter dans l’âme d’un peuple qui, tant de siècles durant, vécut de l’attente d’une heure solennelle entre toutes : lorsqu’enfin il se rend compte que la dernière limite des temps annoncés lui échappe et va le contraindre à renier son passé, ou le forcer d’avouer, au pied de la croix qu’il a dressée, son erreur lamentable !

Une étrange anxiété s’empare alors de la nation déicide. L’esprit de vertige préside à ses conseils. Dans l’effarement de la fébrile démence qui remplace en son cœur l’attente sereine et soumise des patriarches, elle voit le Christ en tous les révoltés ; elle qui n’a point voulu du fils de David se livre à des hommes sans nom, et s’abandonne à tous les aventuriers qui se la disputent au nom de l’insurrection contre Rome et de l’indépendance chimérique de la patrie terrestre. Bientôt l’anarchie et la confusion sont au comble dans la Judée ; les partis hostiles portent leurs querelles sanglantes jusqu’au fond du sanctuaire. La fille de Sion suit ses faux christs au désert [55], et s’y dresse à l’émeute ; elle en revient, pour remplir la ville sainte des voleurs de grand chemin et de tous les sicaires errants dans les solitudes. Longtemps à l’avance, Ezéchiel avait dit : « Tes prophètes, Israël, sont devenus pareils aux renards du désert ; malheur aux prophètes insensés qui ne débitent que des visions menteuses [56] ! » Et Isaïe s’écriait : « A cause de cela, le Seigneur frappera ce peuple ; il n’aura pitié ni des jeunes gens, ni des enfants, ni des veuves, parce qu’ils sont tous hypocrites et criminels, et que leur bouche ne profère que folies [57]. » Le temps est proche ; l’heure vient, pour ceux qui sont dans la Judée, de fuir aux montagnes [58].

C’était la recommandation du Seigneur ; et, en effet, l’histoire nous montrera bientôt les chrétiens de Jérusalem quittant la ville réprouvée, sous la conduite de Siméon leur évêque [59]. Avec eux s’enfuit la dernière espérance de Sion ; Dieu va venger son Christ. Déjà le signal de ruine, le coup de sifflet divin qu’entendait le prophète [60], a retenti au delà des mers ; et ils accourent, ils viennent d’Italie sur les navires qu’avait vus Balaam [61] ceux qui doivent dévaster les Hébreux. Le chef annoncé par Daniel aborde enfin l’ancienne terre des promesses ; la désolation et la ruine qui l’accompagnent resteront après lui [62]. Laissons les Juifs hâter leur perte et revenons à l’Église qui s’élève, au même temps, si grande et si belle sur la pierre d’angle rejetée de la synagogue [63]. A cause de l’absence de cette pierre, où les ouvriers de Sion n’ont point su reconnaître la base nécessaire qui portait leur ville, Jérusalem tombe en Judée ; mais elle reparaît plus brillante sur les collines [64] où Céphas [65], prince des Apôtres, a transplanté son fondement éternel. Affermie sur le roc divin, elle ne craindra plus la violence des flots ni les vents déchaînés contre ses murailles [66]. Les faux prophètes et tous ces ouvriers de mensonge, qui sapèrent si fatalement les murs de l’ancienne, ne manqueront point cependant à la nouvelle Jérusalem. « Car il est nécessaire que le scandale arrive », disait le Seigneur [67] ; et l’Apôtre, parlant de l’hérésie, le plus grand des scandales : « Il faut, dit-il de même, qu’il y ait des hérésies,pour que la vertu des bons soit manifestée dans l’épreuve de leur foi [68]. »

Pour chaque chrétien, en effet, comme pour l’Église entière, la garantie de l’édifice de la sainteté repose sur la fermeté de la foi qui en est le fondement. L’Esprit-Saint se refuse à bâtir sur un fondement ruineux ou mal assuré. Quand surtout il doit conduire une âme jusqu’aux régions supérieures de l’union divine, il exige d’elle tout d’abord une foi non moins supérieure, dont l’héroïsme puisse affronter victorieusement les luttes purificatrices au prix desquelles se conquièrent la lumière et l’amour. A tous les degrés de la vie chrétienne d’ailleurs, c’est la foi qui fournit à l’amour son aliment et sa substance [69], comme c’est elle aussi qui donne aux vertus leurs motifs surnaturels et les rend dignes de former le cortège royal de la sainte charité. Le développement d’une âme ne saurait donc point dépasser la mesure de sa foi. L’ampleur de celle-ci, sa plénitude croissante, sa rectitude en tout, assurent les progrès que le juste doit accomplir ; tandis que la sainteté qui prétend marcher de concert avec une croyance amoindrie, n’est elle-même qu’une sainteté bien équivoque et sujette aux plus redoutables illusions. Il était donc véritablement bon et salutaire que la foi fût tentée, parce qu’elle rayonne davantage et s’affermit dans l’épreuve. Saint Paul a célébré magnifiquement, dans l’Épître aux Hébreux [70], les triomphes de la foi des anciens. L’alliance nouvelle pouvait-elle se trouver dépourvue des luttes glorieuses qui furent le mérite de nos pères au temps des figures ?

C’est par leur foi victorieuse dans la parole de la promesse, que tous ces dignes ancêtres du peuple chrétien ont mérité que Dieu même leur rendît témoignage [71], Pour nous qui possédons dans la joie l’objet de leurs héroïques espérances, l’épreuve sans doute n’est plus comme pour eux dans l’attente. Mais l’hérésie, née de l’orgueil de l’homme et de la malice de l’enfer, l’hérésie et ses annexes variées, qui sont les multiples diminutions de la vérité dans le monde [72], sauront nous faire un mérite de la bienheureuse possession des réalités qu’ils saluaient de loin dans leurs larmes [73]. L’homme voudra, malgré l’Église, mêler à la révélation d’en haut ses vaines pensées ; et le prince du monde [74] appuiera ces tentatives audacieuses d’altération du Verbe. Mais la Sagesse, jamais vaincue [75], y trouvera pour les siens l’occasion des plus belles victoires ; de là cette permission si large laissée par Dieu aux sectes ennemies, dès les premiers jours du christianisme et dans tous les temps, de se produire au grand jour. C’est dans le champ des combats contre l’erreur que l’Église, produisant au soleil sa divine armure [76], apparaît toute resplendissante de cette vérité absolue qui est la splendeur du Verbe son Époux [77] ; c’est par le triomphe personnel sur l’esprit de mensonge et l’adhésion spontanée aux enseignements du Christ et de son Église, que le chrétien se manifeste en toute vérité fils de la lumière [78], et devient lui-même la lumière du monde [79].

Le combat n’est point sans périls pour le chrétien qui veut garder dans son intégrité la foi de sa mère l’Église. Les ruses de l’ennemi, son hypocrisie calculée et patiente, l’adresse perfide avec laquelle il sait mouvoir dans l’âme, presque à l’insu de l’âme même, mille ressorts secrets qui l’inclinent à l’erreur, finissent souvent par prévaloir contre la lumière en diminuant ses rayons, s’ils ne l’éteignent entièrement. La victoire néanmoins reste assurée à ceux qui s’inspirent des enseignements de notre Évangile. Méditons-les dans la reconnaissance et l’amour ; car c’est par eux que l’éternelle Sagesse exauce la prière que nous lui adressions au temps de l’Avent, la suppliant de venir nous enseigner le chemin de la prudence [80]. La prudence, amie du sage [81], gardienne de ses trésors et sa très sûre défense, n’a point en effet de danger plus grand à écarter de celui qui la prend pour compagne, que le danger du naufrage de la foi [82], dont la perte entraîne tout le reste dans l’abîme. Acquérons à tout prix [83] cette prudence du serpent qui s’allie si bien, dans les disciples de Jésus-Christ, avec la simplicité de la colombe [84]. Quand nous l’aurons, la distinction se fera pour nous d’elle-même entre les docteurs que nous devons fuir et ceux qu’il convient d’écouter, entre les faussaires du Verbe et ses interprètes fidèles.

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », dit l’Évangile ; et l’histoire justifie la parole du Sauveur. Sous la peau de brebis dans laquelle ils veulent tromper les simples, les apôtres du mensonge exhalent toujours une odeur de mort. Leurs habiletés de paroles [85] et leurs flatteries intéressées [86] ne dissimulent point le vide de leurs œuvres [87]. N’ayez donc rien de commun avec eux [88]. Les fruits inutiles ou impurs des ténèbres, les arbres d’automne et deux fois morts [89] qui les portent sur leurs branches desséchées, auront le feu pour partage. Si vous avez été vous-mêmes ténèbres autrefois, maintenant que vous êtes devenus lumière dans le Seigneur par le baptême ou le retour d’une conversion sincère, montrez-vous tels : produisez les fruits de la lumière en toute bonté, justice et vérité [90]. A cette condition seulement vous pourrez espérer le royaume des cieux, et vous dire dès ce monde les disciples de cette Sagesse du Père qui réclame pour elle aujourd’hui notre amour.

En effet, dit l’Apôtre saint Jacques, semblant commenter l’Évangile de ce jour, « est-ce que le figuier peut porter des raisins, ou la vigne produire des figues ? Est-ce que la fontaine peut donner de l’eau amère et de l’eau douce à la fois ? Et maintenant qui d’entre vous prétend passer pour sage ? Qu’il le prouve en montrant dans ses œuvres et toute sa vie la douceur de la Sagesse. Car il y a une sagesse amère et trompeuse qui n’est point d’en haut, mais de la terre et de l’enfer. La Sagesse qui est d’en haut est d’abord toute chaste et pure, ensuite amie de la paix, modeste, sans attache à son sens, toujours d’accord avec les bons, pleine de miséricorde et de fruits de bonnes œuvres, ne jugeant point les autres et sans arrière-pensée. Les fruits de justice qu’elle produit se sèment dans la paix au sein des pacifiques [91]. »

L’Antienne de l’Offertoire a été choisie, d’après Honorius d’Autun [92], pour rappeler le sacrifice de mille victimes offert à Gabaon par Salomon, dans les premiers jours de son règne ; à la suite de ce sacrifice, ayant à demander ce qu’il voudrait au Seigneur, il désira et obtint la Sagesse, avec les richesses et la gloire qu’il n’avait point recherchées [93]. Il ne tient qu’à nous que le Sacrifice qui s’apprête soit agréé pareillement et mieux encore. Car c’est la Sagesse incarnée qui s’y offre en personne au Dieu Très-haut, désirant nous mériter tous les dons du Père souverain et se donner elle-même.

Nouveau trait qui confirme ce que nous avons remarqué du caractère mystérieux de ce septième Dimanche, consacré plus spécialement à l’éternelle Sagesse : le Verset de l’Écriture qui accompagnait autrefois pour aujourd’hui l’Antienne de l’Offertoire [94], est le même qui ouvre, au Pontifical romain, la splendide fonction de la Consécration des Vierges : Et maintenant nous vous suivons de tout notre cœur, nous vous craignons et cherchons votre face ; ne nous repoussez pas ; mais agissez avec nous d’après votre douceur et selon la multitude de vos miséricordes [95]. C’est en chantant ces mots, qu’à l’appel du Pontife, les élues du Seigneur s’avancent vers l’autel où doit se consommer leur alliance.

La Secrète rappelle à Dieu comment la multiple variété des victimes légales, célébrées dans l’Offertoire, a trouvé son unité dans l’oblation du grand Sacrifice.

D’après Honorius d’Autun , l’Antienne de la Communion , qu’il ne faut point séparer du Psaume 30 d’où elle est tirée, exprime la prière du fils de David demandant à Dieu la Sagesse et l’obtenant aussitôt [96]. Si quelqu’un de vous désire la Sagesse, dit l’apôtre saint Jacques, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous sans compter et ne rebute personne ; elle lui sera donnée [97].

La faute première a tellement vicié l’homme, il est si loin de l’union divine à son entrée dans la vie, qu’il ne peut de lui-même ni laver ses souillures, ni s’engager dans la voie qui mène à Dieu. Il faut que le Seigneur, comme un médecin généreux et patient, fasse tous les frais de sa guérison, et, même après qu’il est relevé, le soutienne et le conduise. Disons avec l’Église, dans la Postcommunion.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Dans la succession des introïts après la Pentecôte, le mode étrange selon lequel très souvent s’interrompt l’ordre des psaumes, est remarquable. Ainsi le Ve Dimanche prend son introït au psaume 26, le VIᵉ au 27ᵉ, puis se présente une lacune de dix-neuf psaumes avant le VIIᵉ dimanche qui tirera son introït du psaume 46 ; le VIIIᵉ dimanche l’empruntera au 47ᵉ, puis nouvelle lacune de cinq psaumes, interrompue au IXᵉ dimanche par le psaume 53 ; ensuite viennent le Xᵉ dimanche avec le psaume 54, le XIᵉ avec le 67ᵉ, le XIIᵉ avec le 69ᵉ et ainsi de suite. Comment expliquer cette anomalie ? Les stations hebdomadaires du mercredi, du vendredi et du samedi auraient-elles fait primitivement partie de la série ? Ou bien, avant saint Grégoire le Grand, chaque jour aurait-il eu son propre introït, en sorte que les lacunes que nous observons maintenant ne seraient dues qu’à l’élimination pure et simple des messes quotidiennes du Sacramentaire et de l’Antiphonaire ? Faute de documents, nous allons un peu à tâtons dans les ténèbres, tout en concédant que les hypothèses proposées ne sont pas dépourvues de probabilités.

Quelle que soit d’ailleurs la solution de la question, même si jamais l’on ne peut reconstituer la série primitive des messes dominicales, il importe pourtant toujours à l’histoire de la liturgie romaine de constater l’antiquité reculée de son formulaire euchologique, lequel apparaît à nos yeux d’autant plus vénérable qu’il est plus mutilé.

L’introït est tiré, comme on l’a vu, du psaume 46, qui prélude à la rédemption messianique universelle, sans barrières nationales. « Vous tous, ô peuples, battez des mains, jubilez à Dieu avec des hymnes de gloire, parce que le Seigneur s’est montré le Très-Haut, le terrible, le souverain Dominateur sur la terre. » Le Très-Haut, parce que son conseil de paix est impénétrable aux démons, qui n’ont pas pu y mettre obstacle ; terrible, parce qu’il a causé la perte de Satan dans l’effort suprême que celui-ci faisait pour étendre son domaine sur Lui, innocent, en le frappant de mort ignominieuse : « O mors, ero mors tua, morsus tuus ero, o inferne » ainsi qu’il en avait déjà menacé le démon par l’intermédiaire du prophète Osée ; le souverain Dominateur sur la terre, parce que le divin Crucifié étend ses pacifiques conquêtes sur tous les peuples et les enrôle dans ses milices, ne contraignant pas mais persuadant, avec les suaves procédés de l’amour. Ainsi le service même que l’homme prête à Dieu, non seulement est l’unique qui convienne à la majesté du Seigneur, qui est Esprit et veut être adoré en esprit et en vérité, mais il est aussi celui qui convient le mieux à la noblesse et à la dignité de la nature humaine, dont il sauvegarde toujours les exigences naturelles. En effet, la foi ne rabaisse pas, mais au contraire élève à d’inaccessibles régions surnaturelles la raison humaine, et la charité de Dieu, loin de faire violence au libre arbitre, rend son acte plus libre, plus volontaire, plus énergique, puisque rien ne peut être plus voulu et plus dignement voulu par la créature raisonnable que Celui qui se définissait à Abraham : Omne bonum. La collecte de ce jour touche précisément la question des rapports entre la liberté de notre vouloir et l’indéfectibilité de la divine Providence, dont les desseins ne peuvent faillir. La sainte liturgie, pour être populaire, ne peut faire ici une dissertation théologique relative à la conciliation entre ces deux mystères, c’est-à-dire entre le cœur humain et le Cœur de Dieu. Toutefois, étant donné qu’il est impossible que la divine prédestination vienne à faillir, la liturgie en indique d’une manière simple et populaire le mode même. Dieu veut nous sauver. Eh bien ! Pour atteindre ce but, il écarte de notre chemin les obstacles, et il nous donne toutes ces grâces qu’il sait nous être nécessaires et efficaces pour persévérer dans notre sainte vocation à la vie éternelle.

Dans le passage de l’épître aux Romains (6, 19-23) l’Apôtre, considérant la vertu encore peu affermie de ses correspondants, déclare vouloir exposer une doctrine plutôt simple, afin de leur inspirer une vive horreur de l’état de dépravation où les avait conduits l’idolâtrie. Au souvenir de leurs crimes passés, les Romains rougissaient ; mais l’Apôtre, en maître prudent, rie leur épargne pas cette confusion, qui, dans les âmes pieuses, est toujours une source d’humilité et de contrition. C’est pourquoi Dieu permet parfois pour ses élus des chutes honteuses, comme le reniement de Pierre, afin que l’humiliation qui en résulte pour l’âme et la vive contrition qu’elle en éprouve, soient la meilleure garantie des dons magnifiques que Dieu lui réserve dans l’avenir. L’humiliation et la contrition assurent l’âme contre la chaleur fébrile de l’amour-propre.

Le répons devant être chanté par le soliste est le même qui fut exécuté après la première lecture à l’occasion des grands scrutins baptismaux à Saint-Paul, le mercredi après le IVᵉ dimanche de Carême. Il est tiré du psaume 33. Le Psalmiste, à la lumière prophétique de l’Esprit, voit les futures générations chrétiennes qui, par l’intermédiaire du Christ son Fils, remonteront jusqu’à lui comme au chef de leur race, au patriarche des rachetés, au dépositaire des divines promesses, pour être instruites des voies de la justice. Il ne peut se refuser à une telle mission, et commence donc son enseignement en inculquant la crainte de Dieu, principe de toute sagesse. Cette crainte sainte jaillit, comme une conséquence nécessaire, de la connaissance de Dieu et de tous les droits qu’il a à notre obéissance et à notre service.

Mais même avant de nous apprendre la crainte, il nous invite à nous approcher avec confiance de Dieu pour être illuminés. Cette confiance est, elle aussi, le fruit de la connaissance de Dieu, car ceux qui ne le connaissent pas pourront seuls trouver de la difficulté à s’approcher de Lui. Les âmes au contraire qui savent que Dieu est le bien commun, le bien le plus personnel à chaque créature, que chacune, par le fait même qu’elle est sortie des mains et du cœur de Dieu, peut saluer comme son bien, les âmes qui sentent ces choses, ne peuvent pas ne pas nourrir une très vive confiance en Dieu.

Le verset alléluiatique répète Antienne de l’introït. Battre des mains en l’honneur du Seigneur peut fort bien s’entendre de la nécessité d’accompagner par nos œuvres les louanges que nous rendons à Dieu par nos lèvres. Bien plus, selon l’avertissement de saint Philippe Néri, nous devons veiller à ce que notre dévotion consiste plutôt en actes qu’en paroles ; de celles-ci, nous devons être extrêmement sobres, soit pour éviter la vaine gloire, soit encore parce que les paroles sont comme l’abondant feuillage qui couvre un arbre touffu ; si tout l’amour s’en va dans les feuilles et dans les branches, c’en est fini des fruits.

La lecture évangélique (Matth., vu, 15-21) nous enseigne la prudence surnaturelle dans le discernement des voies de Dieu, Pour connaître la vertu d’une personne, la règle la plus sûre est de regarder ses œuvres. Les paroles bonnes et saintes coûtent peu, et le démon lui-même sait citer avec une onction apparente la sainte Écriture [98]. Ce qui importe, c’est de se vaincre soi-même, pour accomplir la sainte volonté de Dieu. Aujourd’hui surtout que la fausse gnose oppose à la doctrine traditionnelle catholique de soi-disant magistros prurientes auribus comme le prévoyait déjà l’Apôtre, cette règle est très importante pour distinguer tout de suite les vrais maîtres des faux. Dans ce but, il faut avant tout tenir compte de ce qu’est vraiment la vie spirituelle, c’est-à-dire non pas une joyeuse promenade sportive, mais une marche militaire vers la vie éternelle. Il n’est donc pas question de dilettantisme, mais il s’agit d’accomplir un devoir ardu.

De plus, il faut observer aussi quelle est l’autorité de celui qui se présente aux autres comme maître de vérité. Pour accomplir dignement ce ministère, il faut d’abord pratiquer et vivre ce qu’on veut enseigner aux autres par la parole, en sorte que la prédication la plus efficace soit le bon exemple. En tout cas, les belles théories ne suffisent pas, et soit pour la propre sanctification, soit pour celle d’autrui, les bonnes œuvres, et les œuvres très bonnes sont requises.

Il y a une intime liaison entre l’antienne de l’offertoire d’aujourd’hui, tirée de Daniel (3, 40) et la Secrète. Ananias, étant avec ses deux compagnons dans la fournaise ardente de Babylone, et considérant qu’alors il n’était plus possible d’offrir au Seigneur le sacrifice légal des agneaux et des taureaux, puisque le temple était détruit, lui offre le sacrifice spirituel de la foi et du martyre. De même, au lieu des victimes inconscientes de l’Ancienne Loi, le peuple chrétien associe l’offrande du cœur au sacrifice eucharistique, afin que, au lieu de réserver au culte du Seigneur, comme les Juifs, une petite partie de ses biens, l’esprit de l’homme se soumette au domaine de Dieu, et sit Deus omnia. in omnibus.

La secrète reprend un concept déjà développé admirablement dans l’épître aux Hébreux sur l’unité du sacrifice de la Nouvelle Loi, ce qui démontre la supériorité du sacerdoce du Christ sur celui d’Aaron. Celui-ci avait besoin d’une quantité de sacrifices rituels, qui, par le fait même de leur continuelle répétition, accusaient leur insuffisance. Le Christ au contraire a, par un unique sacrifice, accompli l’office de son pontificat, et à travers tous les siècles passés et futurs, il a conféré la grâce et la sainteté à ses fidèles. La force de l’argumentation de l’Apôtre relativement à l’unité du sacrifice du Christ — dont le sacrifice d’Abel innocent est un délicat symbole — n’est pas affaiblie par le fait de l’incessant renouvellement de l’oblation eucharistique, puisque par elle on commémore la Victime du Calvaire et on donne un caractère de pérennité à son immolation qui dépasse les jours et les lieux, et qui est vraiment universelle, c’est-à-dire éminemment catholique.

De plus, le Christ sur la croix ne voulut pas être seul, et il nous rendit tous solidaires de son acte expiatoire, associant à son sacrifice celui de l’humanité croyante. Pour cette raison, tout ce que nous faisons et souffrons pour lui entre dans la sainteté de cet holocauste, si bien que l’Apôtre a pu considérer les labeurs de son ministère comme l’achèvement de la passion de Jésus pour le bien de l’Église. Voici le texte de cette magnifique collecte :

SecretaSecrète
Deus, qui legálium differéntiam hostiárum unius sacrifícii perfectione sanxísti : accipe sacrifícium a devótis tibi fámulis, et pari benedictióne, sicut múnera Abel, sanctífica ; ut, quod sínguli obtulérunt ad maiestátis tuæ honórem, cunctis profíciat ad salútem. Per Dóminum.O Dieu, qui avez sanctionné les divers sacrifices offerts sous la loi par la perfection d’un sacrifice unique, recevez ce sacrifice que vous présentent vos dévots serviteurs, et rendez-le saint au moyen d’une bénédiction pareille à celle qu’obtinrent les dons d’Abel, afin que ce que chacun de nous a offert en l’honneur de votre majesté, profite à tous pour le salut.

Le souvenir de ces relations entre notre vie spirituelle et le sacrifice du Calvaire est très apte à alimenter la solide piété chrétienne surtout au moment du Sacrifice Eucharistique, où toute la communauté des fidèles présente à Dieu, par la main du prêtre, l’offrande de l’Agneau immolé pour les péchés du monde, célébrant ainsi « les mystères de la mort de Jésus ».

L’antienne durant la distribution de la sainte Communion est tirée du psaume 30. « Prêtez l’oreille, ô Seigneur, et venez m’arracher aux dents de l’adversaire. » Prêter l’oreille signifie de la part de Dieu la condescendance, et, par suite, le caractère gratuit de la divine grâce. La raison pour laquelle le Psalmiste nous décrit si souvent ses souffrances, est que notre misère est précisément ce qui détermine le cœur de Dieu à la miséricorde, en sorte que plus grandes sont nos misères, plus elles sont puissantes sur le cœur si bon de Dieu. Dans la prière d’action de grâces de ce jour, il est fait allusion au caractère médicinal de la divine Eucharistie, véritable antidote contre le virus du fruit fatal de l’Éden. Dans ce Sacrement en effet, sous le léger voile de la foi, le Christ nous nourrit du bois très amer du Calvaire, — in amaro salus, — et par sa mort triomphale, il nous immunise contre notre propre mort.

PostcommunioPostcommunion
Tua nos, Dómine, medicinális operátio, et a nostris perversitátibus cleménter expédiat, et ad ea, quæ sunt recta, perdúcat. Per Dóminum nostrum.Que votre action qui guérit, ô Seigneur, nous délivre doucement des tendances perverses, et nous conduise à ce qu’il y a de bien et de droit.

Même le pain azyme, dont se sert l’Église latine pour offrir à Dieu le divin Sacrifice, symbolise bien le mystère de douleur qui enveloppe le Sacrement de la mort du Christ. L’azyme fut en effet le pain de l’angoisse qui tourmenta nos pères, quand les Égyptiens les pressèrent de s’en aller d’Égypte. Ils n’eurent pas le temps alors de laisser fermenter leur pain, et ils se nourrirent de l’azyme arrosé de leurs larmes. Toutefois quand ils furent entrés dans la terre promise, ils s’assirent joyeusement à table et se nourrirent du pain de la fleur de farine. Ainsi fait Dieu avec le peuple chrétien. Ce monde est l’Égypte, et nous nous nourrissons en pleurant de l’azyme des exilés, anticipant par l’espérance ce jour fortuné où, arrivés dans l’éternité, et posant le pied sur la terre promise, nous serons nourris par le Christ du pain des enfants, dans les splendeurs de la béatitude.

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Esclaves du péché — esclaves de Dieu.

Nous avons pris plaisir, les dimanches précédents, à faire ressortir une pensée et une image qui nous ont permis de caractériser d’un mot chacun de ces dimanches. Nous avons vu dans le Christ notre hôte généreux (2ᵉ dimanche), le bon Pasteur (3ᵉ dimanche), le divin Pêcheur (4ᵉ dimanche). Le cinquième dimanche a été le dimanche de l’amour du prochain. Quant au sixième dimanche, nous l’avons intitulé : Baptême et Eucharistie. Maintenant commence une série de dimanches qui nous offrent une antithèse. Ils nous montrent deux camps : ici, le royaume de Dieu ; là, le royaume du monde ; ici, le bon chrétien ; là, le mauvais chrétien. Ce parallèle nous est présenté pendant ces dimanches, sous différentes images.

1. Premières impressions. — Le dimanche d’aujourd’hui nous montre deux images opposées : une image guerrière et une image pacifique.

a) La première est une image guerrière. Le livre des Exercices de saint Ignace en donne une vive peinture. Nous voyons la plaine de Babylone. Sur un trône de feu et de fumée est assis le roi du monde, Lucifer. Il rassemble tous ses soldats. Il leur donne l’ordre de s’en aller dans tout pays et dans toute ville pour tenter les hommes. Ils doivent jeter leurs chaînes et tendre leurs filets pour soumettre beaucoup de sujets à leur roi. Lucifer indique aussi à ses soldats les moyens de captiver les hommes. C’est d’abord, par le désir des biens terrestres ; puis, par la recherche du vain honneur du monde : cela les conduit à l’orgueil indomptable. Nous voyons les soldats de Lucifer s’en aller pour exécuter avec zèle leur mission. Si nous nous demandons quelle est la solde des soldats de Lucifer, nous apprenons avec horreur que l’unique solde de ces soldats, c’est la mort, la mort éternelle. — Nous voyons une autre réunion de guerriers. C’est dans la plaine de Jérusalem. Là aussi, un trône est érigé. Sur ce trône est assis le Roi Jésus-Christ : u Tous les peuples applaudissent, car terrible est le grand Roi de l’univers entier » (Intr.). Il enrôle ici aussi des soldats pour son service. Il les envoie conquérir et agrandir le royaume de Dieu. Ils doivent aller dans toute ville, dans toute maison. Le Christ, lui aussi, indique les moyens de soumettre les hommes à son empire : ses soldats doivent les amener au mépris du monde, à l’acceptation de la souffrance et de la croix, et enfin à l’humilité. Si nous demandons quelle est la récompense des soldats du Christ, on nous répond : c’est la vie éternelle. — Est-ce que l’Église nous laisse le choix entre ces deux récompenses ? Non, nous avons déjà choisi. Déjà, dans le baptême, nous avons renoncé au service de Lucifer. Quand le prêtre nous demanda : Renoncez-vous au démon, nous avons répondu : j’y renonce. Nous avons reconnu de tout cœur le Christ pour notre véritable Roi. Si l’Église a mis sous nos yeux cette image, c’était simplement pour que nous nous rappelions avec gratitude notre délivrance du joug de l’esclavage. Le dimanche est un jour de Pâques, un jour de baptême. Renouvelons nos promesses du baptême. Ne soyons pas des traîtres, des déserteurs, en adhérant tantôt à un parti, tantôt à l’autre. Rangeons-nous aujourd’hui de toute notre âme sous les étendards du divin chef de l’armée du ciel.

b) La seconde est une image pacifique. Nous entrons dans un beau jardin bien entretenu où se trouvent des arbres fruitiers innombrables. Dans ce jardin, le jardinier et ses aides travaillent inlassablement. A travers le jardin coule un ruisseau qui apporte la fraîcheur aux arbres. Le soleil brille avec une chaleur douce ; il fait mûrir les pommes rougissantes. Or, le maître de la maison vient trouver le jardinier. Tous les deux examinent un arbre qui a bien des feuilles, mais ne porte aucun fruit. Le maître secoue pensivement la tête et dit : « Il y a des années que je viens ici pour chercher des fruits sur cet arbre et je n’en trouve pas. Abats-le donc. Pourquoi occupe-t-il la terre ? » Le jardinier intercède auprès du maître : « Maître, laisse-le encore debout cette année. Je creuserai tout autour et je mettrai du fumier. Peut-être portera-t-il des fruits dans l’avenir. Sinon, tu pourras le faire abattre » (Luc, 13, 7 sq.). Le père de famille se laisse toucher. Tous les deux s’en vont. Ils voient les arbres chargés de beaux fruits et se réjouissent dans leur cœur. — Comprenons-nous cette seconde image ? Dans la première, il nous fallait choisir entre le Christ et le diable. Dans la seconde, nous entrons dans le jardin le l’Église. Chaque chrétien est un arbre de ce jardin. Le jardinier, c’est le Christ qui plante, nourrit, lie et appuie les arbres. Le ruisseau a jailli de la plaie du côté du Christ et coule dans les sacrements à travers le jardin de l’Église. Le soleil est le Saint-Esprit qui fait mûrir les fruits. Or, le père de famille circule avec le jardinier à travers les rangées d’arbres. Maintenant, Dieu le Père et le Christ visitent notre âme. Ils l’examinent en tenant compte non de la belle couronne de feuilles, mais des fruits, c’est-à-dire : des bonnes œuvres. Ils s’arrêtent devant un arbre. C’est moi. Hélas ! J’ai bien des feuilles, mais peu ou pas de fruits. Le Père de famille me regarde avec sévérité, mais le Christ prie pour moi. Il prie en ce moment à la messe ; il rappelle sa Croix.

2. La messe (Omnes gentes). — L’Introït donne souvent l’impression générale du jour. Aujourd’hui, c’est une impression pascale. Le Christ, le Roi glorifié, trône au-dessus de nous. La raison de la joie pascale, c’est la vie divine. Le psaume 46 dans son entier expose cette raison. Dieu a vaincu en nous l’ennemi de notre âme, il nous a choisis pour son héritage. Notre seul souci, notre seul désir doit être d’écarter l’ennemi de notre âme.

Oraison : Les enfants de Dieu demandent à leur Père, dont la Providence sage veille sur eux, de leur donner les moyens convenables pour arriver à la véritable vie...

Maintenant, notre docteur se présente de nouveau devant nous et, dans l’Épître (Rom. 6, 19-23), nous fait jeter un regard sur le passé pour nous rappeler tout notre bonheur et aussi la grande tâche qui s’impose à nous. Saint Paul nous présente dans une puissante antithèse deux images : l’esclave du péché et l’esclave de Dieu. Autrefois, avant notre conversion, nous étions soumis à la tyrannie du péché et nous mettions toutes nos forces à son service. Maintenant, nous servons Dieu et nous devons mettre notre âme, notre corps et notre vie à son service. C’est là la véritable liberté. Le fruit d’une telle vie, c’est la sainteté, et sa fin est la béatitude éternelle. « Mais maintenant que vous êtes délivrés du péché, vous avez comme fruit la sainteté, et comme fin la vie éternelle ». Ce sont là des paroles que le monde entier devrait méditer.

Au Graduel, c’est notre Mère l’Église qui veut nous enseigner cet esclavage de Dieu, le « fruit du Seigneur ». Par là nous deviendrons des « hommes de lumière ». L’Alléluia, lui aussi, est un chant joyeux de Pâques.

Le disciple nous a parlé des fruits de la vie au service du péché et de la vie au service de Dieu. Nous entendons maintenant le même enseignement de la bouche du Maître. L’Évangile est un extrait du Sermon sur la montagne. Jésus y parle des tentateurs (faux-prophètes) et nous indique à quels signes nous les reconnaîtrons : leurs œuvres. Que veut nous dire l’Église ? Elle nous enseigne à distinguer la véritable vie chrétienne de la fausse. On reconnaît l’arbre à ses fruits ; de même on reconnaît le vrai chrétien non pas à ses paroles pieuses, mais à la manière dont il accomplit la volonté de Dieu. L’Évangile nous propose un sérieux examen de conscience : Gardons-nous de l’illusion ; sommes-nous un bon arbre avec de bons fruits ?

L’Offertoire et la Secrète sont aujourd’hui d’importantes prières sacrificielles, qui empruntent leurs images aux rites de l’Ancien Testament et nous rappellent de nouveau la supériorité de la messe. Le fruit du Saint-Sacrifice est, aujourd’hui, la force et la grâce d’accomplir la volonté de Dieu, d’être un esclave de Dieu, un bon arbre.

Office du jour

Office du jour

Office

AUX PREMIÈRES VÊPRES.

Psaumes, capitule et hymne :

V/. Vespertína orátio ascéndat ad te, Dómine.V/. Que la prière du soir s’élève vers vous, Seigneur.
R/. Et descéndat super nos misericórdia tua.R/. Et que votre miséricorde descende sur nous.
Ad Magnificat Ant. Unxérunt Salomónem * Sadoc sacérdos et Nathan prophéta, regem in Gihon et ascendéntes læti dixérunt : Vivat rex in ætérnum.Ant. au Magnificat Ils donnèrent à Salomon l’onction * royale à Gihon, Sadoc le prêtre et Nathan le prophète [1] ; puis, montant de là ils dirent en se réjouissant : Que le Roi vive à jamais [2].
OratioPrière
Deus, cuius providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas. Per Dóminum.Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux.

A MATINES

1ᵉʳ Nocturne

Nota bene :Le Troisième Livre des Rois est lu en lecture continue à partir de ce jour [8], sauf si ce dimanche tombe entre le 29 juillet et le 4 août, auquel cas on commence la lecture des Livres Sapientiaux, en omettant le reste des Livres Historiques

2ᵈ Nocturne

3ᵉ Nocturne

A LAUDES.

Psaumes, capitule et hymne :

V/. Dóminus regnávit, decórem índuit.V/. Le Seigneur a régné, il revêt la beauté [20].
R/. Induit Dóminus fortitúdinem, et præcínxit se virtúte.R/. Le Seigneur se revêt de force, il s’est ceint de puissance [21].
Ad Bened. Ant. Atténdite * a falsis prophétis, qui véniunt ad vos in vestiméntis óvium, intrínsecus autem sunt lupi rapáces ; a frúctibus eórum cognoscétis eos, allelúia.Ant. au Benedictus Gardez-vous * des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis, tandis qu’au dedans ce sont des loups ravissants : vous les connaîtrez à leurs fruits, alléluia [22].
OratioPrière
Deus, cuius providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas. Per Dóminum.Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux.

AUX DEUXIÈMES VÊPRES.

Psaumes, capitule et hymne :

V/. Dirigátur, Dómine, orátio mea.V/. Que ma prière soit dirigée, Seigneur [23].
R/. Sicut incénsum in conspéctu tuo.R/. Comme un encens en votre présence.
Ad Magnificat Ant. Non potest arbor * bona fructus malos fácere, nec arbor mala fructus bonos fácere. Omnis arbor quæ non facit fructum bonum, excidétur, et in ignem mittétur, allelúia.Ant. au Magnificat Il n’est pas possible qu’un arbre * bon produise de mauvais fruits, ni qu’un arbre mauvais produise de bons fruits. Tout arbre qui ne porte point de bon fruit sera coupé et jeté au feu, alléluia [24].
OratioPrière
Deus, cuius providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas. Per Dóminum.Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux.

7ᵉ dimanche après la Pentecôte

Dominica Septima post Pentecosten

IntroïtAnt. ad Introitum. Ps. 46, 2.
Omnes gentes, pláudite mánibus : iubiláte Deo in voce exsultatiónis.
Nations, frappez toutes des mains ; célébrez Dieu par des cris d’allégresse.
Ps. ibid., 3.
Quóniam Dóminus excélsus, terríbilis : Rex magnus super omnem terram.
Car le Seigneur est très haut et terrible, roi suprême sur toute la terre.
V/.Glória Patri.
CollecteOratio.
Deus, cuius providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas. Per Dóminum.
Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux.
ÉpîtreLéctio Epístolæ beáti Pauli Apóstoli ad Romános.
Lecture de l’Épître du B. Apôtre Paul aux Romains.
Rom. 6, 19-23.
Fratres : Humánum dico, propter infirmitátem carnis vestræ : sicut enim exhibuístis membra vestra servíre immundítiæ et iniquitáti ad iniquitátem, ita nunc exhibéte membra vestra servíre iustítiæ in sanctificatiónem. Cum enim servi essétis peccáti, líberi fuístis iustítiæ. Quem ergo fructum habuístis tunc in illis, in quibus nunc erubéscitis ? Nam finis illórum mors est. Nunc vero liberáti a peccáto, servi autem facti Deo, habétis fructum vestrum in sanctificatiónem, finem vero vitam ætérnam. Stipéndia enim peccáti mors. Grátia autem Dei vita ætérna, in Christo Iesu, Dómino nostro.
Mes frères : Je parle à la manière des hommes, à cause de la faiblesse de votre chair. Car de même que vous avez livré vos membres comme esclaves à l’impureté et à l’injustice, pour arriver à l’injustice, de même livrez maintenant vos membres comme esclaves à la justice, pour arriver à la sainteté. Car, lorsque vous étiez les esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice. Quel fruit aviez-vous alors des choses dont vous rougissez aujourd’hui ? Car la fin de ces choses, c’est la mort. Mais maintenant, affranchis du péché et devenus les esclaves de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté, et pour fin la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don de Dieu c’est la vie éternelle en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
GraduelGraduale. Ps. 33, 12 et 6.
Veníte, fílii, audíte me : timórem Dómini docébo vos.
Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur.
V/. Accédite ad eum, et illuminámini : et fácies vestræ non confundéntur.
Approchez-vous de lui et vous serez éclairés et la confusion ne couvrira pas vos visages.
Alléluia
Allelúia, allelúia. V/.Ps. 46, 2. Omnes gentes, pláudite mánibus : iubiláte Deo in voce exsultatiónis. Allelúia.
Alléluia, alléluia. V/.Ps. 46, 2. Nations, frappez toutes des mains, célébrez Dieu par vos cris d’allégresse. Alléluia.
Évangile+ Sequéntia sancti Evangélii secundum Matthǽum.
Suite du Saint Évangile selon saint Mathieu.
Matth. 7, 15-21.
In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis : Atténdite a falsis prophétis, qui véniunt ad vos in vestiméntis óvium, intrínsecus autem sunt lupi rapáces : a frúctibus eórum cognoscétis eos. Numquid cólligunt de spinis uvas, aut de tríbulis ficus ? Sic omnis arbor bona fructus bonos facit : mala autem arbor malos fructus facit. Non potest arbor bona malos fructus fácere : neque arbor mala bonos fructus fácere. Omnis arbor, quæ non facit fructum bonum, excidétur et in ignem mittétur. Igitur ex frúctibus eórum cognoscétis eos. Non omnis, qui dicit mihi, Dómine, Dómine, intrábit in regnum cælórum : sed qui facit voluntátem Patris mei, qui in cælis est, ipse intrábit in regnum cælórum.
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis, mais au dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez : cueille-t-on du raisin sur les épines, ou des figues sur les ronces ? Ainsi tout arbre bon porte de bons fruits, et tout arbre mauvais porte de mauvais fruits. Un arbre bon ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits, on le coupe et on le jette au feu. Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Ce n’est pas celui qui m’aura dit : « Seigneur, Seigneur ! » qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.
OffertoireAnt. ad Offertorium. Dan. 3,40.
Sicut in holocáustis aríetum et taurórum, et sicut in mílibus agnórum pínguium : sic fiat sacrifícium nostrum in conspéctu tuo hódie, ut pláceat tibi : quia non est confúsio confidéntibus in te, Dómine.
Comme un holocauste de béliers et de taureaux, ou des milliers d’agneaux gras, qu’ainsi notre sacrifice paraisse aujourd’hui devant vous et qu’il vous soit agréable, car ceux qui ont confiance en vous ne seront pas confondus, Seigneur.
SecrèteSecreta.
Deus, qui legálium differéntiam hostiárum unius sacrifícii perfectione sanxísti : accipe sacrifícium a devótis tibi fámulis, et pari benedictióne, sicut múnera Abel, sanctífica ; ut, quod sínguli obtulérunt ad maiestátis tuæ honórem, cunctis profíciat ad salútem. Per Dóminum.
Dieu, vous avez sanctionné les divers sacrifices offerts sous la loi par la perfection d’un sacrifice unique : recevez ce sacrifice que vous présentent vos dévots serviteurs, et sanctifiez-le au moyen d’une bénédiction pareille à celle qu’obtinrent les donc d’Abel ; afin que ce que chacun de nous a offert en l’honneur de votre majesté, profite à tous pour le salut.
CommunionAnt. ad Communionem. Ps. 30, 3.
Inclína aurem tuam, accélera, ut erípias me.
Inclinez vers moi votre oreille ; hâtez-vous de me délivrez.
PostcommunionPostcommunio.
Tua nos, Dómine, medicinális operátio, et a nostris perversitátibus cleménter expédiat, et ad ea, quæ sunt recta, perdúcat. Per Dóminum nostrum.
Que votre action qui guérit, ô Seigneur, nous délivre doucement des tendances perverses, et nous conduise à ce qu’il y a de bien et de droit.
Mémoire de la Commémoraison de la T. Sᵗᵉ Vierge Marie du Mont-Carmel

Collecte

Deus, qui beatíssimæ semper Vírginis et Genetrícis tuæ Maríæ singulári título Carméli órdinem decorásti : concéde propítius ; ut, cuius hódie Commemoratiónem sollémni celebrámus offício, eius muníti præsídiis, ad gáudia sempitérna perveníre mereámur : Qui vivis.
Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.

Secrète

Sanctífica, Dómine, quǽsumus, obláta libámina : et, beátæ Dei Genetrícis Maríæ salubérrima intercessióne, nobis salutária fore concéde. Per eúndem Dóminum.
Rendez saints, Seigneur, nous vous le demandons instamment, ces dons offerts à votre majesté, et moyennant l’intercession si salutaire de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, accordez qu’ils soient utiles à notre salut.

Postcommunion

Adiuvet nos, quǽsumus, Dómine, gloriósæ tuæ Genetrícis sempérque Vírginis Maríæ intercéssio veneránda : ut, quos perpétuis cumulávit benefíciis, a cunctis perículis absolútos, sua fáciat pietáte concórdes : Qui vivis.
Nous vous en supplions, Seigneur, que l’intercession digne de respect de la glorieuse Marie, votre Mère toujours Vierge, nous vienne en aide, en sorte que sa bonté fasse régner la concorde parmi ceux qu’elle a comblés d’incessants bienfaits et délivrés de tous les périls.
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