Férie • Mém. de S. Alexis, Confesseur ou Messe de S. Alexis
Vendredi 17 juillet 2026
Tous les textes, sans date : temporal et sanctoral
Messe du jour
Messe (Os justi) de S. Alexis (4ᵉ cl./Blanc) : Gloria. Or. pro Papa. Préf. commune.

Commentaires
Présentation
Présentation
Fête apparue à Rome aux XIᵉ et XIIᵉ siècle. Simple dans le calendrier de St Pie V, puis semidouble. Réduit au rang de commémoraison en 1960.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
S’il n’est commandé à personne de suivre les Saints jusqu’aux extrémités où les conduit l’héroïsme de leurs vertus, ils n’en demeurent pas moins, du haut de ces inaccessibles sommets, les guides de ceux qui marchent par les sentiers moins laborieux de la plaine. Comme l’aigle en présence de l’astre du jour, ils ont fixé de leur regard puissant le Soleil de justice ; et s’enivrant de ses divines splendeurs, ils ont vers lui dirigé leur vol bien au delà de la région des nuages sous lesquels nos faibles yeux se réjouissent de pouvoir tempérer la lumière. Mais, si différent que puisse être son éclat pour eux et pour nous, celle-ci ne change pas de nature, à la condition d’être pour nous comme pour eux de provenance authentique. Quand la débilité de notre vue nous expose à prendre de fausses lueurs pour la vérité, considérons ces amis de Dieu ; si le courage nous fait défaut pour les imiter en tout dans l’usage de la liberté que les préceptes nous laissent, conformons du moins pleinement notre manière de voir à leurs appréciations : leur vue est plus sûre, car elle porte plus loin ; et leur sainteté n’est autre chose que la rectitude avec laquelle ils suivent sans vaciller, jusqu’à son foyer même, le céleste rayon dont nous ne pouvons soutenir qu’un reflet amoindri. Que surtout les feux follets de ce monde de ténèbres [2] ne nous égarent pas au point de prétendre contrôler à leur vain éclat les actes des Saints : l’oiseau de nuit préférera-t-il son jugement à celui de l’aigle touchant la lumière ?
Descendant du ciel très pur de la sainte Liturgie jusqu’aux plus humbles conditions de la vie chrétienne, la lumière qui conduit Alexis par les sommets du plus haut détachement se traduit pour tous dans cette conclusion que formule l’Apôtre : « Quiconque prend femme ne pèche pas, ni non plus la vierge qu’il épouse ; ceux-là pourtant connaîtront les tribulations de la chair, et je voudrais vous les épargner. Voici donc ce que je dis, mes Frères : le temps est court ; en conséquence, que ceux qui ont des épouses soient comme n’en ayant pas, et ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, et ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, et ceux qui achètent comme ne possédant pas, et ceux qui usent de ce monde comme n’en usant point ; car la figure de ce monde passe » [3].
Elle ne passe point si vite cependant cette face changeante du monde et de son histoire, que le Seigneur ne se réserve toujours de montrer en sa courte durée que ses paroles à lui ne passent jamais [4]. Cinq siècles après la mort glorieuse d’Alexis, le Dieu éternel pour qui les distances ne sont rien dans l’espace et les temps, lui rendait au centuple la postérité à laquelle il avait renoncé pour son amour. Le monastère qui sur l’Aventin garde encore son nom joint à celui du martyr Boniface, était devenu le patrimoine commun de l’Orient et de l’Occident dans la Ville éternelle ; les deux grandes familles monastiques de Basile et de Benoît unissaient leurs rameaux sous le toit d’Alexis ; et la semence féconde cueillie à son tombeau par l’évêque-moine saint Adalbert engendrait à la foi les nations du Nord.
Homme de Dieu, c’est le nom que vous donna le ciel, ô Alexis, celui sous lequel l’Orient vous distingue, et que Rome même a consacré par le choix de l’Épître accompagnant aujourd’hui l’oblation du grand Sacrifice [5] ; nous y voyons en effet l’Apôtre appliquer ce beau titre à son disciple Timothée, en lui recommandant les vertus que vous avez si éminemment pratiquées. Titre sublime, qui nous montre la noblesse des cieux à la portée des habitants de la terre ! Vous l’avez préféré aux plus beaux que le monde puisse offrir. Il vous les présentait avec le cortège de tous les bonheurs permis par Dieu à ceux qui se contentent de ne pas l’offenser. Mais votre âme, plus grande que le monde, dédaigna ses présents d’un jour. Au milieu de l’éclat des fêtes nuptiales, vous entendîtes ces harmonies qui dégoûtent de la terre, que, deux siècles plus tôt, la noble Cécile écoutait elle aussi dans un autre palais de la cité reine. Celui qui voilant sa divinité quitta les joies de la céleste Jérusalem et n’eut pas même où reposer sa tête [6] se révélait à votre cœur si pur [7] ; et, en même temps que son amour, entraient en vous les sentiments qu’avait Jésus-Christ [8]. Usant de la liberté qui vous restait encore d’opter entre la vie, parfaite et la consommation d’une union de ce monde, vous résolûtes de n’être plus qu’étranger et pèlerin sur la terre [9], pour mériter de posséder dans la patrie l’éternelle Sagesse [10]. O voies admirables ! ô mystérieuse direction de cette Sagesse du Père pour tous ceux qu’a conquis son amour [11] ! On vit la Reine des Anges applaudir à ce spectacle digne d’eux [12], et révéler aux hommes sous le ciel d’Orient le nom illustre que leur cachaient en vous les livrées de la sainte pauvreté. Ramené par une fuite nouvelle après dix-sept ans dans la patrie de votre naissance, vous sûtes y demeurer par la vaillance de votre foi comme dans une terre étrangère [13]. Sous cet escalier de la maison paternelle aujourd’hui l’objet d’une vénération attendrie, en butte aux avanies de vos propres esclaves, mendiant inconnu pour le père, la mère, l’épouse qui vous pleuraient toujours, vous attendîtes dix-sept autres années, sans vous trahir jamais, votre passage à la céleste et seule vraie patrie [14]. Aussi Dieu s’honora-t-il lui-même d’être appelé votre Dieu [15], lorsque, au moment de votre mort précieuse, une voix puissante retentit dans Rome, ordonnant à tous de chercher l’Homme de Dieu.
Souvenez-vous, Alexis, que la voix ajouta au sujet de cet Homme de Dieu qui était vous-même : « Il priera pour Rome, et sera exaucé ». Priez donc pour l’illustre cité qui vous donna le jour, qui vous dut son salut sous le choc des barbares, et vous entoure maintenant de plus d’honneurs a coup sûr qu’elle n’eût fait, si vous vous étiez borné à continuer dans ses murs les traditions de vos nobles aïeux ; l’enfer se vante de l’avoir arrachée pour jamais à la puissance des successeurs de Pierre et d’Innocent : priez, et que le ciel vous exauce à nouveau contre les modernes successeurs d’Alaric. Puisse le peuple chrétien, à la lumière de vos actes sublimes, s’élever toujours plus au-dessus de la terre ; conduisez-nous sûrement par l’étroit sentier [16] à la maison du Père qui est aux cieux.
Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Le culte de saint Alexis vint à Rome de l’Orient où l’Homme de Dieu, ou Mar-Risà — ainsi en effet l’appellent les Syriens — fut l’objet d’une grande vénération. Ses Actes sont très douteux ; et quant à la résidence de saint Alexis à Rome, il semble qu’il s’agisse d’une adaptation de la légende importée de Syrie sur les rives du Tibre et localisée ensuite sur le Mont Aventin par un métropolite nommé Serge de Damas, qui s’y installa avec la permission de Benoît VII et y fonda un monastère gréco-latin. Le phénomène d’une vie cachée, passée dans la pénitence et les pèlerinages, et embrassée spontanément pour l’amour du Christ, n’est ni nouveau ni rare dans les fastes de l’Église. Au siècle dernier, saint Benoît-Joseph Labre reproduisit à Rome la vie héroïque décrite dans les Actes de saint Jean Calybite et de saint Alexis, — si toutefois ces deux saints sont deux personnages distincts.
L’homme de Dieu, selon la narration syriaque primitive qui semble postérieure d’un demi-siècle à peine aux événements, vécut à Édesse sous l’évêque Rabula (412-435). Sa sainteté fut reconnue seulement après sa mort, mais son culte se répandit immédiatement dans l’Orient grec, qui, nous ne savons pourquoi, donna au pèlerin anonyme le nom d’Alexis.
Son histoire fut chantée au IXᵉ siècle par Joseph l’Hymnographe, et, transportée à Rome sur l’Aventin, elle trouva un panégyriste enthousiaste en saint Adalbert, évêque de Prague, devenu moine au monastère de Saint-Boniface.
Les Grecs célèbrent la fête d’Alexis le 17 mars : Ἀλεξίου τοῦ άνθρώπου τοῦ Θεοῦ.
La messe est du Commun, sauf les deux lectures. L’Évangile est celui de la fête des Abbés ; — le titre : homme de Dieu, chez les Syriens, désigne probablement la profession monastique du saint mendiant. Quant à l’épître (I Timot., VI, 6-12), l’Apôtre y traite des périls qu’entraîné la possession des richesses. Tel un hydropique altéré, plus le riche possède, plus il veut posséder. Il n’a jamais assez, et pour thésauriser davantage, il sacrifie parfois l’honnêteté, l’amitié, la santé corporelle et jusqu’à la religion et au salut de son âme. L’apôtre conclut donc en observant que l’intime racine de tout péché est la cupidité.
Voilà les motifs surnaturels sur quoi se fonde la pauvreté évangélique que professent par vœu les religieux. Selon l’observation du Docteur angélique, ceux-ci, moyennant un tel renoncement, éloignent efficacement d’eux-mêmes tout ce qui aurait pu créer un obstacle au développement de la charité et de la grâce de Dieu dans leur âme.
Les Menées des Grecs contiennent les vers suivants en l’honneur de l’homme de Dieu :
Toi seul portas sur la terre le nom d’homme de Dieu.
Toi seul au ciel également as obtenu, ô Père, un nom nouveau.
Le dix-septième jour t’apporte la mort, ô Alexis.
Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique
Il quitta sa maison, son père et son épouse pour l’amour de Dieu.
1. Saint Alexis. — Qui fut-il exactement et dans quelle mesure les faits qu’on lui attribue sont-ils exacts ? Cet « homme de Dieu », comme on l’appelle en Orient, a-t-il vécu en Orient ou à Rome ? Ce sont des questions que nous n’avons pas à discuter ici.
La légende de saint Alexis compte parmi les plus touchantes que nous possédions. Fort instructive et édifiante, elle illustre à merveille l’idéal de la perfection chrétienne : savoir endurer pour le Sauveur la pauvreté et les humiliations. Peut-il y avoir héroïsme plus grand que d’habiter pendant dix-sept ans sous l’escalier de la demeure paternelle, exposé aux railleries de ses propres esclaves, de passer pour un mendiant inconnu aux yeux de son père, de sa mère et de son épouse inconsolable ? Et tout cela, résultat de l’amour du Christ qui triomphe de tout. En supposant que la légende soit dépourvue de fondement historique, il y aurait encore lieu d’admirer la foi capable de concevoir un tel idéal.
« Alexis, lisons-nous dans le bréviaire, romain de très noble origine, poussé par un vif amour de Jésus-Christ, et sur un avertissement particulier de Dieu, partit le premier soir de ses noces, laissant vierge son épouse, et entreprit à travers le monde le pèlerinage des plus célèbres sanctuaires. Pendant ces voyages, il resta dix-sept ans inconnu, jusqu’au jour où à Édesse, en Syrie, son nom fut divulgué par une image de la Très Sainte Vierge. Quittant donc ce pays, il aborda au port de Rome et fut reçu chez son père comme un pauvre étranger. Il y vécut dix-sept ans sans que personne ne le reconnût ; mais, à sa mort, il laissa un écrit où il révélait son nom, sa naissance et les diverses circonstances de son existence. Il passa de la terre au ciel sous le pontificat d’Innocent 1ᵉʳ (17 juillet 417) ».La vie de ce saint offre un exemple extraordinaire des voies et des volontés divines que nous pouvons sinon suivre, du moins admirer. Il montre à quel héroïsme peut conduire l’amour de Dieu. Efforçons-nous aujourd’hui de nous laisser pénétrer de cet amour, et qu’il nous incite à l’accomplissement de multiples bonnes actions.
2. Messe (Os justi). — La messe, composée en partie de textes du commun et en partie de textes propres, parle de la pauvreté (Épître et Évangile) : « Nous n’avons rien apporté en ce monde, et nul doute que nous n’en pouvons rien emporter. Ayant donc la nourriture et le vêtement, estimons-nous satisfaits. Les avides de richesses deviennent victimes des tentations et des filets du diable... Car la cupidité est la racine de tous les vices » (Ép.). Quelle force en ces paroles dans la bouche d’un saint qui en a tiré les conséquences les plus dures ! Son séjour dans la demeure paternelle fut une grande « épreuve qu’il supporta » (All.). Il a « tout quitté et suivi le Sauveur » ; c’est pourquoi « lorsque, au jour du renouvellement, le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire », il régnera avec lui. Il a suivi à la lettre la parole du Maître, et, « ayant quitté pour l’amour du Christ sa maison, son père, son épouse, il a reçu le centuple et la vie éternelle ». Nous aussi nous pouvons, à la messe, participer à cette gloire. L’église de Saint-Bonaventure et Saint-Alexis, à Rome, sur l’Aventin, conserve un certain nombre de souvenirs de notre saint : on y montre dans la crypte le lieu de sa mort ; plus loin la fontaine de sa maison, et, enfin, l’escalier sous lequel il a longtemps habité.
Office du jour
Office du jour
Office
Leçons des Matines avant 1960.
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Alexis, Romain de très noble origine, poussé par un vif amour de Jésus-Christ, et docile à un avertissement divin tout particulier, partit le premier soir de ses noces laissant son épouse vierge, et entreprit à travers le monde le pèlerinage des plus célèbres sanctuaires. Pendant ces voyages, il resta dix-sept ans inconnu, jusqu’au jour où une image de la sainte Vierge Marie divulgua son nom. C’était à Édesse, en Syrie. Ayant pris la mer pour s’éloigner, il aborda au port Romain et fut reçu chez son père, à titre de pauvre étranger. Il vécut dix-sept ans sous le toit paternel sans être connu de personne. Mais, en mourant, il laissa par écrit, avec l’indication de son nom et de sa naissance, le récit abrégé de toute sa vie. Il passa de la terre au ciel, sous le Pontificat d’Innocent 1ᵉʳ.
Du livre des Morales de saint Grégoire, Pape. (du commun)
Cinquième leçon. « La simplicité du juste est tournée en dérision » [1]. La sagesse de ce monde consiste à employer toutes sortes de ruses pour cacher le fond de son cœur, à se servir de la parole pour déguiser sa pensée, à faire paraître vrai ce qui est faux et faux ce qui est vrai. Cette sagesse, les jeunes gens l’acquièrent par l’usage ; les enfants l’apprennent à prix d’argent ; ceux qui la savent s’enorgueillissent et méprisent le reste des hommes ; ceux qui l’ignorent sont un objet d’étonnement pour les autres, qui les regardent comme des êtres timides et dégradés. Ils aiment cette inique duplicité sous le nom qui la recouvre, car on qualifie d’urbanité une telle perversité d’esprit. La sagesse mondaine enseigne à ses disciples à rechercher le faîte des honneurs, à se réjouir, par vanité, de l’acquisition d’une gloire temporelle, à rendre abondamment aux autres le mal qu’ils nous ont fait ; à ne jamais céder, tant qu’ils sont assez forts pour cela, aux adversaires qui leur résistent ; mais, si le courage leur fait défaut, à dissimuler sous des apparences de bonté et de douceur, l’impuissance de leur malice.
Sixième leçon. La sagesse des justes consiste, au contraire, à ne jamais agir par ostentation, à dire ce que l’on pense, à aimer le vrai tel qu’il est, à éviter le faux, à faire le bien gratuitement, à souffrir très volontiers des peines plutôt que d’en causer aux autres, à ne pas tirer vengeance des injures reçues, à estimer comme un gain l’outrage qu’on endure pour J’amour de la vérité. « Mais cette simplicité des justes est tournée en dérision ». Car les sages de ce monde regardent la pureté de la vertu comme une sottise. Tout ce qu’on fait innocemment, ils le taxent de folie, tout ce que la vérité approuve dans nos œuvres paraît insensé à cette sagesse charnelle. Rien semble-t-il, en effet, plus stupide aux yeux du monde, que de montrer sa pensée .quand on parle, de ne rien feindre par d’habiles expédients, de ne pas rendre des affronts pour des injures, de prier pour ceux qui nous maudissent, de rechercher la pauvreté, d’abandonner ses biens, de ne pas résister à ceux qui nous pillent, de présenter l’autre joue à ceux qui nous frappent.
Au troisième nocturne.
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu. Cap. 19, 27-29.
En ce temps-là : Pierre dit à Jésus : Voici que nous avons tout quitté, et que nous vous avons suivi ; qu’y aura-t-il donc pour nous ? Et le reste.
Homélie de saint Jérôme, Prêtre. Lib. 3 in Matth. Cap. 19
Septième leçon. Confiance admirable ! Pierre était pêcheur, il était loin d’être riche, il gagnait sa vie par le travail de ses mains, et cependant il dit avec la plus grande assurance : « Nous avons tout quitté ». Et, comme tout quitter ne suffit pas, il ajoute ce qui est parfait : « Et nous vous avons suivi » ; nous avons fait ce que vous avez commandé, que nous donnerez-vous en récompense ? Jésus leur répondit : « Je vous dis en vérité que pour vous qui m’avez suivi, lorsqu’au temps de la régénération le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez aussi assis sur douze trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël. » Le Sauveur ne dit pas : vous qui avez tout quitté ; car cela le philosophe Cratès l’a fait, et une foule d’autres ont méprisé les richesses, mais il dit : « vous qui m’avez suivi », ce qui est le propre des Apôtres et des fidèles.
Huitième leçon. Lorsqu’au jour de la résurrection, le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, quand les morts sortiront, incorruptibles désormais, de la corruption du tombeau, vous serez, vous aussi, assis sur des trônes de juges et vous condamnerez les douze tribus d’Israël, parce que, tandis que vous embrassiez la foi, elles l’ont repoussée. « Et quiconque aura quitté pour moi, ou maison, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfants, ou terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle ». Ce passage concorde avec cette autre déclaration du Sauveur : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ; car je suis venu séparer le fils d’avec le père, la fille d’avec la mère, la belle-fille d’avec la belle-mère, et l’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison ». Ceux donc qui pour la foi de Jésus-Christ et la prédication de l’Évangile, auront sacrifié toutes les affections, renoncé aux richesses et aux plaisirs du monde, recevront le centuple et posséderont la vie éternelle.
Neuvième leçon. Certains esprits s’appuient sur cette promesse pour imaginer une période de mille ans après la résurrection, période pendant laquelle nous recevrions le centuple de ce que nous avons quitté et ensuite la vie éternelle ; ils ne réfléchissent pas que si cela paraît convenable pour la plupart des biens, il serait ridicule, sous le rapport des femmes, que celui qui aurait quitté son épouse pour le Seigneur, en reçoive cent dans la vie future. Voici dons le sens de cette promesse : celui qui, pour l’amour du Sauveur aura quitté les biens charnels recevra des biens spirituels, lesquels, par leur valeur propre et comparés aux premiers, leur sont aussi supérieurs que le nombre cent l’est à un petit nombre.
Saint Alexis, Confesseur
Sancti Alexii · Conf.
Commemoratio (ante CR 1960 : semiduplex) · Commémoraison (avant 1960 : semidouble)
Ou
ou Messe de Dim. : Mém. de S. Alexis & pro Papa. Préf. commune.

Commentaires
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Le cycle dominical du Temps après la Pentecôte complète aujourd’hui son premier septénaire. Avant la translation générale qu’eurent à subir les lectures évangéliques dans cette partie de l’année, l’Évangile de la multiplication des sept pains donnait son nom au septième Dimanche, et le mystère qu’il renferme inspire encore en plus d’un point la liturgie de ce jour.
Or nous avons vu que ce mystère était celui de la consommation des parfaits dans le repos de Dieu, dans la paix féconde de l’union divine. Salomon, le Pacifique par excellence, le chantre auguste et autorisé de l’épithalame sacré du Cantique, est donc bienvenu pour exalter aujourd’hui la Sagesse divine, et révéler ses voies aux fils des hommes. Dans les années où la Pâque atteint son plus haut terme en avril, le septième Dimanche après la Pentecôte est en effet le premier du mois d’août, et l’Église y commence, à l’Office de la nuit, la lecture des livres Sapientiaux. Autrement elle continue, il est vrai, celle des livres historiques, qui peut se poursuivre ainsi cinq semaines encore ; mais alors même la Sagesse éternelle garde ses droits sur ce Dimanche que le nombre septénaire lui consacrait déjà d’une façon si spéciale. Car au défaut des instructions inspirées du livre des Proverbes, nous voyons Salomon en personne prêcher d’exemple au troisième livre des Rois, préférer la Sagesse à tous les trésors, et la faire asseoir avec lui comme son inspiratrice et sa très noble Épouse sur le trône de David son père.
David lui aussi, nous dit saint Jérôme interprétant l’Écriture de ce jour au.nom de l’Église elle-même [25], David, sur la fin de sa vie guerrière et tourmentée, connut les charmes de cette incomparable Épouse des pacifiques ; et ses chastes caresses, qui n’allument point les feux de la concupiscence, triomphèrent en lui divinement des glaces de l’âge.
« Qu’elle soit donc mienne aussi, reprend un peu plus loin le solitaire de Bethlehem ; qu’elle repose en mon sein cette Sagesse toujours pure. Sans vieillir jamais, féconde à toute heure en son éternelle virginité, c’est aux ardeurs de sa flamme divine que s’allume dans le chrétien la ferveur de l’esprit demandée par l’Apôtre [26] ; c’est par l’amoindrissement de son empire qu’à la fin des temps [27] se refroidira la charité de plusieurs [28]. »
A LA MESSE
L’Église, laissant la synagogue dans ses villes condamnées à périr, a suivi Jésus au désert. Pendant que les fils du royaume [29] assistent sans voir à cette transmigration pour eux si fatale, la tige de Jessé, devenue l’étendard des nations [30], convoque les peuples et les amène par rangs pressés sur les traces de l’Église. De l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi, ils arrivent et prennent place avec Abraham, Isaac et Jacob au banquet du royaume des cieux [31]. Mêlons nos voix, dans l’Introït, à leurs chants d’allégresse.
Il n’est point de contradiction qui puisse empêcher la Sagesse d’arriver à ses fins. Le peuple juif renie son roi ; mais la gentilité s’est levée pour acclamer le fils de David [32]. Comme nous le chantions dans l’Introït, son règne s’étend déjà sur toute la terre. L’Église demande, dans la Collecte, l’éloignement des maux et l’abondance des biens qui doivent affermir dans la paix la puissance du vrai Salomon.
ÉPÎTRE.
« Considérez-vous comme morts au péché et vivant pour Dieu dans le Christ Jésus notre Seigneur [33]. » Le Docteur des nations entre aujourd’hui dans le développement de cette formule par excellence de la vie chrétienne. L’Épître de Dimanche dernier n’avait eu d’autre but que d’en établir les termes ; elle nous l’a montrée ressortant de la notion du baptême qui nous unit au Christ sous les eaux.
Là, comme dans un tombeau, la mort de Jésus devient nôtre et nous délivre du péché. Vendus au péché [34] par nos premiers parents avant même que d’avoir vu le jour, marqués en naissant de son stigmate ignominieux, notre vie entière appartenait à ce tyran cruel ; maître avide, il nous faisait sentir son droit de tout instant sur les membres flétris d’un corps esclave. Mais si la vie de l’esclave est de droit à son maître, la mort au moins délivre son âme, et la sépulture dérobe son corps même aux revendications de l’exacteur [35]. Or sur la croix de l’Homme-Dieu, sur la croix de Jésus devenu péché [36] pour nos crimes, l’humanité coupable a suivi, au regard d’une miséricordieuse justice, le sort de son chef innocent. Le vieil homme, issu d’Adam pécheur, a été crucifié ; il est mort dans le Christ ; et l’esclave de naissance, affranchi par cette bienheureuse mort, a vu ensevelir sous les eaux le corps de péché qui portait dans sa chair le titre de sa servitude.
Le corps du péché, c’était en effet notre chair, non l’innocente sortie toute pure à l’origine des mains du Créateur, mais la chair souillée de génération en génération par la transmission d’un honteux héritage. Dans le secret du mystérieux tombeau, l’onde dissolvante a détruit la souillure de ce corps avili ; elle a disjoint du même coup ces membres du péché qui sont les passions mauvaises [37], tristes puissances du mal qui déformaient en nous et tournaient au crime les facultés et les organes reçus de Dieu pour accomplir toute justice. En un moment, le fort armé [38] a perdu le titre de sa possession ; la mort lui a ravi son esclave. Le péché donc étant détruit, la triple concupiscence décapitée s’agite en vain ; aidé de la grâce, l’homme délivré saura toujours empêcher, s’il le veut, ces hideux tronçons du serpent de se rejoindre et de retrouver leur chef.
Car telle est l’action multiple et une du saint baptême : en un clin d’œil, et par sa seule puissance, il extirpe le péché et réduit à néant tous ses droits acquis ; mais l’homme doit ensuite prêter son concours à la grâce du sacrement, pour surveiller en lui les penchants complices du mal toujours prêt à renaître, et continuer sans fin sur ses rejetons impurs l’œuvre d’extermination salutaire du premier jour. A la mort du péché, résultat tout divin dans sa plénitude et sa rapidité foudroyante pour l’ancien ennemi, succède pour l’esclave affranchi le long travail de la mortification de l’esprit et des sens. Mais c’est toujours la vertu du premier sacrement qui poursuit alors dans le chrétien son œuvre vengeresse ; c’est le saint baptême qui, ayant opéré seul dans le malheureux captif du péché ce que Dieu seul en effet pouvait faire, l’appelle, maintenant que ses chaînes sont tombées, à mener de concert la lutte glorieuse de son indépendance, et le convie à partager l’honneur de la victoire divine sur Satan et ses œuvres.
La répression de la chair apparaîtra de nouveau, Dimanche prochain, comme le vrai monument de notre liberté sur terre, comme la preuve authentique de la noblesse des fils de Dieu. « Que du moins, dirons-nous dès maintenant avec l’Apôtre [39], que du moins le péché ne règne plus dans votre corps mortel ; n’obéissez plus à ses désirs honteux. Ne faites plus de vos membres des armes d’injustice au service du mal ; de morts que vous étiez, soyez vraiment vivants pour Dieu ; faites de vos membres des armes de justice à sa gloire. Car le péché n’est plus votre maître, et sa tyrannie sur vous a pris fin par la grâce. Lui obéissant de nouveau, vous redeviendriez son esclave ; ne lui rendez pas contre vous ce titre de mort. Mais louez Dieu qui a brisé vos fers, et souvenez-vous qu’affranchis du péché, vous êtes devenus les serviteurs de la justice. »
Ferons-nous moins pour elle qu’on ne fait partout pour le péché son ennemi ? Certes, la justice mérite plus d’efforts de notre part que l’odieux tyran qui n’a pour ses esclaves que la honte et la mort. Et pourtant, admirable condescendance du ciel pour notre faiblesse ! saint Paul le déclare au nom du Saint-Esprit, dans l’Épître du jour : servons la justice comme nous avons servi le péché, et nous serons saints, et nous aurons la vie éternelle [40].
Humilions-nous, hélas ! et sondons nos misères. Qu’est devenue pour plusieurs, dans la voie du salut, cette ardeur dévorante avec laquelle on les voyait courir les mille sentiers du mal ? La vraie conversion cependant n’a point pour résultat l’engourdissement des facultés ; elle tourne à Dieu l’activité humaine, et l’augmente en lui rendant son but légitime, ou tout au moins ne la diminue pas, ce qui serait une injure à la grâce.
Quelles leçons donc ne nous donnent point les fils du siècle, à la poursuite de l’ambition, de l’intérêt ou du plaisir ! Que d’activité, d’industrie et de persévérance, que de souffrances souvent, que d’abnégation en tous genres et d’héroïsme à faux, pour satisfaire à la fois les sept têtes de la bête, et gagner d’être admis à tremper ses lèvres un instant dans la coupe fangeuse de Babylone [41] ! Il en est, sous les voûtes infernales, qui ont plus peiné et pâti, pour se damner, que n’ont fait les martyrs : et que de fois sans même avoir atteint la compensation prétendue qu’ils rêvaient ici-bas ! Car le troupeau de Satan n’arrive pas toujours à lui complaire au point de mériter, même un jour, les viles récompenses de ses esclaves. La justice en use autrement avec les siens ; elle n’abaisse point, elle ne trompe point ceux qui la servent. Elle affermit leurs pas dans la paix, augmente sans fin le trésor de leurs mérites, et les conduit sûrement à la perfection de l’amour. La vie de l’union divine s’épanouit alors comme spontanément à ce faîte de la justice, et s’appuie sur elle comme la fleur sur sa tige. « Celui qui est affermi dans la justice possédera la Sagesse, dit l’Esprit-Saint ; c’est en lui qu’elle prendra ses délices d’Épouse [42]. »
Pourrions-nous donc compter avec des travaux qui préparent le ciel, et devancent ici-bas les mystères de la patrie ? La vie présente, quelque longue qu’elle puisse être, paraît peu de chose à l’âme fidèle heureuse de pouvoir y prouver son amour. « Jacob, dit saint Augustin, servit deux fois sept ans [43] pour Rachel, dont le nom signifie la vision du principe, ou le Verbe, la Sagesse qui révèle Dieu. C’est elle qu’aime en effet tout homme vertueux en ce monde ; c’est pour elle qu’il travaille et souffre, en servant la justice. Comme Jacob, ce qu’il recherche dans ses labeurs, ce n’est point assurément la fatigue pour elle-même, mais la possession qu’elle doit lui valoir de Rachel en sa beauté, le repos dans le Verbe où l’on voit le principe qui est Dieu. Est-il un vrai serviteur de Dieu qui puisse avoir d’autre pensée sous l’empire de la grâce ? Que veut l’homme, quand il se convertit ? que médite-t-il, que porte-t-il en son cœur, qu’aime-t-il et désire-t-il ainsi passionnément, sinon la science de la Sagesse ? L’homme sans doute voudrait, s’il était possible, écarter le travail et la peine, pour arriver de suite aux délices de la toute belle et parfaite Sagesse ; mais cela ne se peut dans la terre des mourants. L’Écriture nous l’apprend, quand elle dit : Tu désires la Sagesse ? garde les commandements, et le Seigneur te la donnera [44]. Les commandements dont il est ici parlé regardent les œuvres de la justice, de cette justice qui vient de la foi, qui vit au milieu de l’incertitude des tentations et sous les ombres, afin qu’en croyant pieusement ce qu’elle ne comprend pas encore, elle arrive à mériter l’intelligence. « Il ne faut donc point blâmer l’ardeur de ceux qu’embrase le désir de posséder la vérité sans voiles, mais ramener leur amour à l’ordre qui est de commencer par la foi, et de s’efforcer d’arriver par l’exercice des bonnes mœurs où il tend. Dans le chemin, c’est le labeur de la vertu ; mais au terme convoité brille la Sagesse. Aime et désire dès le commencement et au-dessus de toute chose un objet si digne ; mais que l’ardeur qui te domine ait pour premier résultat, de te faire embrasser la fatigue de la route qui conduit au but où te porte l’amour. Une fois arrivé même, tu ne posséderas point dans le temps la belle vérité, sans avoir à cultiver toujours de compagnie la laborieuse justice. Quelque pénétrante et pure que puisse devenir en effet pour des mortels la vue du bien immuable, le corps qui se corrompt alourdit l’âme, et cette demeure terrestre abat toujours l’esprit sous le poids de mille soins [45]. La Sagesse est Tunique but auquel on doit tendre ; mais il faut supporter beaucoup pour l’atteindre [46]. »
L’Église, dans le Graduel, continue d’exprimer la pensée qui domine ce septième Dimanche : elle invite ses fils à venir recevoir d’elle la science de la crainte du Seigneur ; car la crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse [47]. Le Verset appelle de nouveau les nations, héritières de Jacob, à célébrer dans l’allégresse le don de Dieu.
ÉVANGILE.
Le peuple juif, en repoussant l’Évangile, a rejeté la lumière. Pendant que le Soleil de justice, salué par les nations, illumine de ses feux toujours croissants l’ancienne région des ombres de la mort [48], la nuit s’étend sur la terre autrefois bénie des patriarches, et les ténèbres s’épaississent à toute heure en Jérusalem. Dans l’aveuglement qui la pousse à sa perte, la synagogue justifie pleinement la parole du Sauveur : Celui gui marche dans les ténèbres ne sait où il va [49]. Elle précipite par ses démarches insensées la catastrophe qui doit l’engloutir.
Les faux prophètes et les faux christs abondent en Israël [50], depuis que le vrai Messie qu’annonçaient les Prophètes, s’est vu méconnu et traité par les siens [51] comme les Prophètes eux-mêmes [52]. Ses témoins, les Apôtres, ont tenté en vain d’obtenir de Juda la rétractation du fatal reniement du prétoire. Juda cependant sait mieux que personne que les temps sont accomplis, depuis que le sceptre est tombé de ses mains [53] ; et Juda, qui repousse dédaigneusement la royauté spirituelle du Sauveur des hommes, n’en continue pas moins d’attendre sans cesse et de chercher partout le christ qu’il a rêvé, le messie qui lui rendra sa puissance. Les docteurs juifs n’ont point encore, pour écarter l’autorité écrasante d’oracles qui les confondent, inventé la sentence de leur Talmud : « Maudit soit celui qui suppute les temps de la venue du Messie [54] ! » Quels sentiments ne doivent donc pas s’agiter dans l’âme d’un peuple qui, tant de siècles durant, vécut de l’attente d’une heure solennelle entre toutes : lorsqu’enfin il se rend compte que la dernière limite des temps annoncés lui échappe et va le contraindre à renier son passé, ou le forcer d’avouer, au pied de la croix qu’il a dressée, son erreur lamentable !
Une étrange anxiété s’empare alors de la nation déicide. L’esprit de vertige préside à ses conseils. Dans l’effarement de la fébrile démence qui remplace en son cœur l’attente sereine et soumise des patriarches, elle voit le Christ en tous les révoltés ; elle qui n’a point voulu du fils de David se livre à des hommes sans nom, et s’abandonne à tous les aventuriers qui se la disputent au nom de l’insurrection contre Rome et de l’indépendance chimérique de la patrie terrestre. Bientôt l’anarchie et la confusion sont au comble dans la Judée ; les partis hostiles portent leurs querelles sanglantes jusqu’au fond du sanctuaire. La fille de Sion suit ses faux christs au désert [55], et s’y dresse à l’émeute ; elle en revient, pour remplir la ville sainte des voleurs de grand chemin et de tous les sicaires errants dans les solitudes. Longtemps à l’avance, Ezéchiel avait dit : « Tes prophètes, Israël, sont devenus pareils aux renards du désert ; malheur aux prophètes insensés qui ne débitent que des visions menteuses [56] ! » Et Isaïe s’écriait : « A cause de cela, le Seigneur frappera ce peuple ; il n’aura pitié ni des jeunes gens, ni des enfants, ni des veuves, parce qu’ils sont tous hypocrites et criminels, et que leur bouche ne profère que folies [57]. » Le temps est proche ; l’heure vient, pour ceux qui sont dans la Judée, de fuir aux montagnes [58].
C’était la recommandation du Seigneur ; et, en effet, l’histoire nous montrera bientôt les chrétiens de Jérusalem quittant la ville réprouvée, sous la conduite de Siméon leur évêque [59]. Avec eux s’enfuit la dernière espérance de Sion ; Dieu va venger son Christ. Déjà le signal de ruine, le coup de sifflet divin qu’entendait le prophète [60], a retenti au delà des mers ; et ils accourent, ils viennent d’Italie sur les navires qu’avait vus Balaam [61] ceux qui doivent dévaster les Hébreux. Le chef annoncé par Daniel aborde enfin l’ancienne terre des promesses ; la désolation et la ruine qui l’accompagnent resteront après lui [62]. Laissons les Juifs hâter leur perte et revenons à l’Église qui s’élève, au même temps, si grande et si belle sur la pierre d’angle rejetée de la synagogue [63]. A cause de l’absence de cette pierre, où les ouvriers de Sion n’ont point su reconnaître la base nécessaire qui portait leur ville, Jérusalem tombe en Judée ; mais elle reparaît plus brillante sur les collines [64] où Céphas [65], prince des Apôtres, a transplanté son fondement éternel. Affermie sur le roc divin, elle ne craindra plus la violence des flots ni les vents déchaînés contre ses murailles [66]. Les faux prophètes et tous ces ouvriers de mensonge, qui sapèrent si fatalement les murs de l’ancienne, ne manqueront point cependant à la nouvelle Jérusalem. « Car il est nécessaire que le scandale arrive », disait le Seigneur [67] ; et l’Apôtre, parlant de l’hérésie, le plus grand des scandales : « Il faut, dit-il de même, qu’il y ait des hérésies,pour que la vertu des bons soit manifestée dans l’épreuve de leur foi [68]. »
Pour chaque chrétien, en effet, comme pour l’Église entière, la garantie de l’édifice de la sainteté repose sur la fermeté de la foi qui en est le fondement. L’Esprit-Saint se refuse à bâtir sur un fondement ruineux ou mal assuré. Quand surtout il doit conduire une âme jusqu’aux régions supérieures de l’union divine, il exige d’elle tout d’abord une foi non moins supérieure, dont l’héroïsme puisse affronter victorieusement les luttes purificatrices au prix desquelles se conquièrent la lumière et l’amour. A tous les degrés de la vie chrétienne d’ailleurs, c’est la foi qui fournit à l’amour son aliment et sa substance [69], comme c’est elle aussi qui donne aux vertus leurs motifs surnaturels et les rend dignes de former le cortège royal de la sainte charité. Le développement d’une âme ne saurait donc point dépasser la mesure de sa foi. L’ampleur de celle-ci, sa plénitude croissante, sa rectitude en tout, assurent les progrès que le juste doit accomplir ; tandis que la sainteté qui prétend marcher de concert avec une croyance amoindrie, n’est elle-même qu’une sainteté bien équivoque et sujette aux plus redoutables illusions. Il était donc véritablement bon et salutaire que la foi fût tentée, parce qu’elle rayonne davantage et s’affermit dans l’épreuve. Saint Paul a célébré magnifiquement, dans l’Épître aux Hébreux [70], les triomphes de la foi des anciens. L’alliance nouvelle pouvait-elle se trouver dépourvue des luttes glorieuses qui furent le mérite de nos pères au temps des figures ?
C’est par leur foi victorieuse dans la parole de la promesse, que tous ces dignes ancêtres du peuple chrétien ont mérité que Dieu même leur rendît témoignage [71], Pour nous qui possédons dans la joie l’objet de leurs héroïques espérances, l’épreuve sans doute n’est plus comme pour eux dans l’attente. Mais l’hérésie, née de l’orgueil de l’homme et de la malice de l’enfer, l’hérésie et ses annexes variées, qui sont les multiples diminutions de la vérité dans le monde [72], sauront nous faire un mérite de la bienheureuse possession des réalités qu’ils saluaient de loin dans leurs larmes [73]. L’homme voudra, malgré l’Église, mêler à la révélation d’en haut ses vaines pensées ; et le prince du monde [74] appuiera ces tentatives audacieuses d’altération du Verbe. Mais la Sagesse, jamais vaincue [75], y trouvera pour les siens l’occasion des plus belles victoires ; de là cette permission si large laissée par Dieu aux sectes ennemies, dès les premiers jours du christianisme et dans tous les temps, de se produire au grand jour. C’est dans le champ des combats contre l’erreur que l’Église, produisant au soleil sa divine armure [76], apparaît toute resplendissante de cette vérité absolue qui est la splendeur du Verbe son Époux [77] ; c’est par le triomphe personnel sur l’esprit de mensonge et l’adhésion spontanée aux enseignements du Christ et de son Église, que le chrétien se manifeste en toute vérité fils de la lumière [78], et devient lui-même la lumière du monde [79].
Le combat n’est point sans périls pour le chrétien qui veut garder dans son intégrité la foi de sa mère l’Église. Les ruses de l’ennemi, son hypocrisie calculée et patiente, l’adresse perfide avec laquelle il sait mouvoir dans l’âme, presque à l’insu de l’âme même, mille ressorts secrets qui l’inclinent à l’erreur, finissent souvent par prévaloir contre la lumière en diminuant ses rayons, s’ils ne l’éteignent entièrement. La victoire néanmoins reste assurée à ceux qui s’inspirent des enseignements de notre Évangile. Méditons-les dans la reconnaissance et l’amour ; car c’est par eux que l’éternelle Sagesse exauce la prière que nous lui adressions au temps de l’Avent, la suppliant de venir nous enseigner le chemin de la prudence [80]. La prudence, amie du sage [81], gardienne de ses trésors et sa très sûre défense, n’a point en effet de danger plus grand à écarter de celui qui la prend pour compagne, que le danger du naufrage de la foi [82], dont la perte entraîne tout le reste dans l’abîme. Acquérons à tout prix [83] cette prudence du serpent qui s’allie si bien, dans les disciples de Jésus-Christ, avec la simplicité de la colombe [84]. Quand nous l’aurons, la distinction se fera pour nous d’elle-même entre les docteurs que nous devons fuir et ceux qu’il convient d’écouter, entre les faussaires du Verbe et ses interprètes fidèles.
« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », dit l’Évangile ; et l’histoire justifie la parole du Sauveur. Sous la peau de brebis dans laquelle ils veulent tromper les simples, les apôtres du mensonge exhalent toujours une odeur de mort. Leurs habiletés de paroles [85] et leurs flatteries intéressées [86] ne dissimulent point le vide de leurs œuvres [87]. N’ayez donc rien de commun avec eux [88]. Les fruits inutiles ou impurs des ténèbres, les arbres d’automne et deux fois morts [89] qui les portent sur leurs branches desséchées, auront le feu pour partage. Si vous avez été vous-mêmes ténèbres autrefois, maintenant que vous êtes devenus lumière dans le Seigneur par le baptême ou le retour d’une conversion sincère, montrez-vous tels : produisez les fruits de la lumière en toute bonté, justice et vérité [90]. A cette condition seulement vous pourrez espérer le royaume des cieux, et vous dire dès ce monde les disciples de cette Sagesse du Père qui réclame pour elle aujourd’hui notre amour.
En effet, dit l’Apôtre saint Jacques, semblant commenter l’Évangile de ce jour, « est-ce que le figuier peut porter des raisins, ou la vigne produire des figues ? Est-ce que la fontaine peut donner de l’eau amère et de l’eau douce à la fois ? Et maintenant qui d’entre vous prétend passer pour sage ? Qu’il le prouve en montrant dans ses œuvres et toute sa vie la douceur de la Sagesse. Car il y a une sagesse amère et trompeuse qui n’est point d’en haut, mais de la terre et de l’enfer. La Sagesse qui est d’en haut est d’abord toute chaste et pure, ensuite amie de la paix, modeste, sans attache à son sens, toujours d’accord avec les bons, pleine de miséricorde et de fruits de bonnes œuvres, ne jugeant point les autres et sans arrière-pensée. Les fruits de justice qu’elle produit se sèment dans la paix au sein des pacifiques [91]. »
L’Antienne de l’Offertoire a été choisie, d’après Honorius d’Autun [92], pour rappeler le sacrifice de mille victimes offert à Gabaon par Salomon, dans les premiers jours de son règne ; à la suite de ce sacrifice, ayant à demander ce qu’il voudrait au Seigneur, il désira et obtint la Sagesse, avec les richesses et la gloire qu’il n’avait point recherchées [93]. Il ne tient qu’à nous que le Sacrifice qui s’apprête soit agréé pareillement et mieux encore. Car c’est la Sagesse incarnée qui s’y offre en personne au Dieu Très-haut, désirant nous mériter tous les dons du Père souverain et se donner elle-même.
Nouveau trait qui confirme ce que nous avons remarqué du caractère mystérieux de ce septième Dimanche, consacré plus spécialement à l’éternelle Sagesse : le Verset de l’Écriture qui accompagnait autrefois pour aujourd’hui l’Antienne de l’Offertoire [94], est le même qui ouvre, au Pontifical romain, la splendide fonction de la Consécration des Vierges : Et maintenant nous vous suivons de tout notre cœur, nous vous craignons et cherchons votre face ; ne nous repoussez pas ; mais agissez avec nous d’après votre douceur et selon la multitude de vos miséricordes [95]. C’est en chantant ces mots, qu’à l’appel du Pontife, les élues du Seigneur s’avancent vers l’autel où doit se consommer leur alliance.
La Secrète rappelle à Dieu comment la multiple variété des victimes légales, célébrées dans l’Offertoire, a trouvé son unité dans l’oblation du grand Sacrifice.
D’après Honorius d’Autun , l’Antienne de la Communion , qu’il ne faut point séparer du Psaume 30 d’où elle est tirée, exprime la prière du fils de David demandant à Dieu la Sagesse et l’obtenant aussitôt [96]. Si quelqu’un de vous désire la Sagesse, dit l’apôtre saint Jacques, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous sans compter et ne rebute personne ; elle lui sera donnée [97].
La faute première a tellement vicié l’homme, il est si loin de l’union divine à son entrée dans la vie, qu’il ne peut de lui-même ni laver ses souillures, ni s’engager dans la voie qui mène à Dieu. Il faut que le Seigneur, comme un médecin généreux et patient, fasse tous les frais de sa guérison, et, même après qu’il est relevé, le soutienne et le conduise. Disons avec l’Église, dans la Postcommunion.
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Dans la succession des introïts après la Pentecôte, le mode étrange selon lequel très souvent s’interrompt l’ordre des psaumes, est remarquable. Ainsi le Ve Dimanche prend son introït au psaume 26, le VIᵉ au 27ᵉ, puis se présente une lacune de dix-neuf psaumes avant le VIIᵉ dimanche qui tirera son introït du psaume 46 ; le VIIIᵉ dimanche l’empruntera au 47ᵉ, puis nouvelle lacune de cinq psaumes, interrompue au IXᵉ dimanche par le psaume 53 ; ensuite viennent le Xᵉ dimanche avec le psaume 54, le XIᵉ avec le 67ᵉ, le XIIᵉ avec le 69ᵉ et ainsi de suite. Comment expliquer cette anomalie ? Les stations hebdomadaires du mercredi, du vendredi et du samedi auraient-elles fait primitivement partie de la série ? Ou bien, avant saint Grégoire le Grand, chaque jour aurait-il eu son propre introït, en sorte que les lacunes que nous observons maintenant ne seraient dues qu’à l’élimination pure et simple des messes quotidiennes du Sacramentaire et de l’Antiphonaire ? Faute de documents, nous allons un peu à tâtons dans les ténèbres, tout en concédant que les hypothèses proposées ne sont pas dépourvues de probabilités.
Quelle que soit d’ailleurs la solution de la question, même si jamais l’on ne peut reconstituer la série primitive des messes dominicales, il importe pourtant toujours à l’histoire de la liturgie romaine de constater l’antiquité reculée de son formulaire euchologique, lequel apparaît à nos yeux d’autant plus vénérable qu’il est plus mutilé.
L’introït est tiré, comme on l’a vu, du psaume 46, qui prélude à la rédemption messianique universelle, sans barrières nationales. « Vous tous, ô peuples, battez des mains, jubilez à Dieu avec des hymnes de gloire, parce que le Seigneur s’est montré le Très-Haut, le terrible, le souverain Dominateur sur la terre. » Le Très-Haut, parce que son conseil de paix est impénétrable aux démons, qui n’ont pas pu y mettre obstacle ; terrible, parce qu’il a causé la perte de Satan dans l’effort suprême que celui-ci faisait pour étendre son domaine sur Lui, innocent, en le frappant de mort ignominieuse : « O mors, ero mors tua, morsus tuus ero, o inferne » ainsi qu’il en avait déjà menacé le démon par l’intermédiaire du prophète Osée ; le souverain Dominateur sur la terre, parce que le divin Crucifié étend ses pacifiques conquêtes sur tous les peuples et les enrôle dans ses milices, ne contraignant pas mais persuadant, avec les suaves procédés de l’amour. Ainsi le service même que l’homme prête à Dieu, non seulement est l’unique qui convienne à la majesté du Seigneur, qui est Esprit et veut être adoré en esprit et en vérité, mais il est aussi celui qui convient le mieux à la noblesse et à la dignité de la nature humaine, dont il sauvegarde toujours les exigences naturelles. En effet, la foi ne rabaisse pas, mais au contraire élève à d’inaccessibles régions surnaturelles la raison humaine, et la charité de Dieu, loin de faire violence au libre arbitre, rend son acte plus libre, plus volontaire, plus énergique, puisque rien ne peut être plus voulu et plus dignement voulu par la créature raisonnable que Celui qui se définissait à Abraham : Omne bonum. La collecte de ce jour touche précisément la question des rapports entre la liberté de notre vouloir et l’indéfectibilité de la divine Providence, dont les desseins ne peuvent faillir. La sainte liturgie, pour être populaire, ne peut faire ici une dissertation théologique relative à la conciliation entre ces deux mystères, c’est-à-dire entre le cœur humain et le Cœur de Dieu. Toutefois, étant donné qu’il est impossible que la divine prédestination vienne à faillir, la liturgie en indique d’une manière simple et populaire le mode même. Dieu veut nous sauver. Eh bien ! Pour atteindre ce but, il écarte de notre chemin les obstacles, et il nous donne toutes ces grâces qu’il sait nous être nécessaires et efficaces pour persévérer dans notre sainte vocation à la vie éternelle.
Dans le passage de l’épître aux Romains (6, 19-23) l’Apôtre, considérant la vertu encore peu affermie de ses correspondants, déclare vouloir exposer une doctrine plutôt simple, afin de leur inspirer une vive horreur de l’état de dépravation où les avait conduits l’idolâtrie. Au souvenir de leurs crimes passés, les Romains rougissaient ; mais l’Apôtre, en maître prudent, rie leur épargne pas cette confusion, qui, dans les âmes pieuses, est toujours une source d’humilité et de contrition. C’est pourquoi Dieu permet parfois pour ses élus des chutes honteuses, comme le reniement de Pierre, afin que l’humiliation qui en résulte pour l’âme et la vive contrition qu’elle en éprouve, soient la meilleure garantie des dons magnifiques que Dieu lui réserve dans l’avenir. L’humiliation et la contrition assurent l’âme contre la chaleur fébrile de l’amour-propre.
Le répons devant être chanté par le soliste est le même qui fut exécuté après la première lecture à l’occasion des grands scrutins baptismaux à Saint-Paul, le mercredi après le IVᵉ dimanche de Carême. Il est tiré du psaume 33. Le Psalmiste, à la lumière prophétique de l’Esprit, voit les futures générations chrétiennes qui, par l’intermédiaire du Christ son Fils, remonteront jusqu’à lui comme au chef de leur race, au patriarche des rachetés, au dépositaire des divines promesses, pour être instruites des voies de la justice. Il ne peut se refuser à une telle mission, et commence donc son enseignement en inculquant la crainte de Dieu, principe de toute sagesse. Cette crainte sainte jaillit, comme une conséquence nécessaire, de la connaissance de Dieu et de tous les droits qu’il a à notre obéissance et à notre service.
Mais même avant de nous apprendre la crainte, il nous invite à nous approcher avec confiance de Dieu pour être illuminés. Cette confiance est, elle aussi, le fruit de la connaissance de Dieu, car ceux qui ne le connaissent pas pourront seuls trouver de la difficulté à s’approcher de Lui. Les âmes au contraire qui savent que Dieu est le bien commun, le bien le plus personnel à chaque créature, que chacune, par le fait même qu’elle est sortie des mains et du cœur de Dieu, peut saluer comme son bien, les âmes qui sentent ces choses, ne peuvent pas ne pas nourrir une très vive confiance en Dieu.
Le verset alléluiatique répète Antienne de l’introït. Battre des mains en l’honneur du Seigneur peut fort bien s’entendre de la nécessité d’accompagner par nos œuvres les louanges que nous rendons à Dieu par nos lèvres. Bien plus, selon l’avertissement de saint Philippe Néri, nous devons veiller à ce que notre dévotion consiste plutôt en actes qu’en paroles ; de celles-ci, nous devons être extrêmement sobres, soit pour éviter la vaine gloire, soit encore parce que les paroles sont comme l’abondant feuillage qui couvre un arbre touffu ; si tout l’amour s’en va dans les feuilles et dans les branches, c’en est fini des fruits.
La lecture évangélique (Matth., vu, 15-21) nous enseigne la prudence surnaturelle dans le discernement des voies de Dieu, Pour connaître la vertu d’une personne, la règle la plus sûre est de regarder ses œuvres. Les paroles bonnes et saintes coûtent peu, et le démon lui-même sait citer avec une onction apparente la sainte Écriture [98]. Ce qui importe, c’est de se vaincre soi-même, pour accomplir la sainte volonté de Dieu. Aujourd’hui surtout que la fausse gnose oppose à la doctrine traditionnelle catholique de soi-disant magistros prurientes auribus comme le prévoyait déjà l’Apôtre, cette règle est très importante pour distinguer tout de suite les vrais maîtres des faux. Dans ce but, il faut avant tout tenir compte de ce qu’est vraiment la vie spirituelle, c’est-à-dire non pas une joyeuse promenade sportive, mais une marche militaire vers la vie éternelle. Il n’est donc pas question de dilettantisme, mais il s’agit d’accomplir un devoir ardu.
De plus, il faut observer aussi quelle est l’autorité de celui qui se présente aux autres comme maître de vérité. Pour accomplir dignement ce ministère, il faut d’abord pratiquer et vivre ce qu’on veut enseigner aux autres par la parole, en sorte que la prédication la plus efficace soit le bon exemple. En tout cas, les belles théories ne suffisent pas, et soit pour la propre sanctification, soit pour celle d’autrui, les bonnes œuvres, et les œuvres très bonnes sont requises.
Il y a une intime liaison entre l’antienne de l’offertoire d’aujourd’hui, tirée de Daniel (3, 40) et la Secrète. Ananias, étant avec ses deux compagnons dans la fournaise ardente de Babylone, et considérant qu’alors il n’était plus possible d’offrir au Seigneur le sacrifice légal des agneaux et des taureaux, puisque le temple était détruit, lui offre le sacrifice spirituel de la foi et du martyre. De même, au lieu des victimes inconscientes de l’Ancienne Loi, le peuple chrétien associe l’offrande du cœur au sacrifice eucharistique, afin que, au lieu de réserver au culte du Seigneur, comme les Juifs, une petite partie de ses biens, l’esprit de l’homme se soumette au domaine de Dieu, et sit Deus omnia. in omnibus.
La secrète reprend un concept déjà développé admirablement dans l’épître aux Hébreux sur l’unité du sacrifice de la Nouvelle Loi, ce qui démontre la supériorité du sacerdoce du Christ sur celui d’Aaron. Celui-ci avait besoin d’une quantité de sacrifices rituels, qui, par le fait même de leur continuelle répétition, accusaient leur insuffisance. Le Christ au contraire a, par un unique sacrifice, accompli l’office de son pontificat, et à travers tous les siècles passés et futurs, il a conféré la grâce et la sainteté à ses fidèles. La force de l’argumentation de l’Apôtre relativement à l’unité du sacrifice du Christ — dont le sacrifice d’Abel innocent est un délicat symbole — n’est pas affaiblie par le fait de l’incessant renouvellement de l’oblation eucharistique, puisque par elle on commémore la Victime du Calvaire et on donne un caractère de pérennité à son immolation qui dépasse les jours et les lieux, et qui est vraiment universelle, c’est-à-dire éminemment catholique.
De plus, le Christ sur la croix ne voulut pas être seul, et il nous rendit tous solidaires de son acte expiatoire, associant à son sacrifice celui de l’humanité croyante. Pour cette raison, tout ce que nous faisons et souffrons pour lui entre dans la sainteté de cet holocauste, si bien que l’Apôtre a pu considérer les labeurs de son ministère comme l’achèvement de la passion de Jésus pour le bien de l’Église. Voici le texte de cette magnifique collecte :
| Secreta | Secrète |
| Deus, qui legálium differéntiam hostiárum unius sacrifícii perfectione sanxísti : accipe sacrifícium a devótis tibi fámulis, et pari benedictióne, sicut múnera Abel, sanctífica ; ut, quod sínguli obtulérunt ad maiestátis tuæ honórem, cunctis profíciat ad salútem. Per Dóminum. | O Dieu, qui avez sanctionné les divers sacrifices offerts sous la loi par la perfection d’un sacrifice unique, recevez ce sacrifice que vous présentent vos dévots serviteurs, et rendez-le saint au moyen d’une bénédiction pareille à celle qu’obtinrent les dons d’Abel, afin que ce que chacun de nous a offert en l’honneur de votre majesté, profite à tous pour le salut. |
Le souvenir de ces relations entre notre vie spirituelle et le sacrifice du Calvaire est très apte à alimenter la solide piété chrétienne surtout au moment du Sacrifice Eucharistique, où toute la communauté des fidèles présente à Dieu, par la main du prêtre, l’offrande de l’Agneau immolé pour les péchés du monde, célébrant ainsi « les mystères de la mort de Jésus ».
L’antienne durant la distribution de la sainte Communion est tirée du psaume 30. « Prêtez l’oreille, ô Seigneur, et venez m’arracher aux dents de l’adversaire. » Prêter l’oreille signifie de la part de Dieu la condescendance, et, par suite, le caractère gratuit de la divine grâce. La raison pour laquelle le Psalmiste nous décrit si souvent ses souffrances, est que notre misère est précisément ce qui détermine le cœur de Dieu à la miséricorde, en sorte que plus grandes sont nos misères, plus elles sont puissantes sur le cœur si bon de Dieu. Dans la prière d’action de grâces de ce jour, il est fait allusion au caractère médicinal de la divine Eucharistie, véritable antidote contre le virus du fruit fatal de l’Éden. Dans ce Sacrement en effet, sous le léger voile de la foi, le Christ nous nourrit du bois très amer du Calvaire, — in amaro salus, — et par sa mort triomphale, il nous immunise contre notre propre mort.
| Postcommunio | Postcommunion |
| Tua nos, Dómine, medicinális operátio, et a nostris perversitátibus cleménter expédiat, et ad ea, quæ sunt recta, perdúcat. Per Dóminum nostrum. | Que votre action qui guérit, ô Seigneur, nous délivre doucement des tendances perverses, et nous conduise à ce qu’il y a de bien et de droit. |
Même le pain azyme, dont se sert l’Église latine pour offrir à Dieu le divin Sacrifice, symbolise bien le mystère de douleur qui enveloppe le Sacrement de la mort du Christ. L’azyme fut en effet le pain de l’angoisse qui tourmenta nos pères, quand les Égyptiens les pressèrent de s’en aller d’Égypte. Ils n’eurent pas le temps alors de laisser fermenter leur pain, et ils se nourrirent de l’azyme arrosé de leurs larmes. Toutefois quand ils furent entrés dans la terre promise, ils s’assirent joyeusement à table et se nourrirent du pain de la fleur de farine. Ainsi fait Dieu avec le peuple chrétien. Ce monde est l’Égypte, et nous nous nourrissons en pleurant de l’azyme des exilés, anticipant par l’espérance ce jour fortuné où, arrivés dans l’éternité, et posant le pied sur la terre promise, nous serons nourris par le Christ du pain des enfants, dans les splendeurs de la béatitude.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Esclaves du péché — esclaves de Dieu.
Nous avons pris plaisir, les dimanches précédents, à faire ressortir une pensée et une image qui nous ont permis de caractériser d’un mot chacun de ces dimanches. Nous avons vu dans le Christ notre hôte généreux (2ᵉ dimanche), le bon Pasteur (3ᵉ dimanche), le divin Pêcheur (4ᵉ dimanche). Le cinquième dimanche a été le dimanche de l’amour du prochain. Quant au sixième dimanche, nous l’avons intitulé : Baptême et Eucharistie. Maintenant commence une série de dimanches qui nous offrent une antithèse. Ils nous montrent deux camps : ici, le royaume de Dieu ; là, le royaume du monde ; ici, le bon chrétien ; là, le mauvais chrétien. Ce parallèle nous est présenté pendant ces dimanches, sous différentes images.
1. Premières impressions. — Le dimanche d’aujourd’hui nous montre deux images opposées : une image guerrière et une image pacifique.
a) La première est une image guerrière. Le livre des Exercices de saint Ignace en donne une vive peinture. Nous voyons la plaine de Babylone. Sur un trône de feu et de fumée est assis le roi du monde, Lucifer. Il rassemble tous ses soldats. Il leur donne l’ordre de s’en aller dans tout pays et dans toute ville pour tenter les hommes. Ils doivent jeter leurs chaînes et tendre leurs filets pour soumettre beaucoup de sujets à leur roi. Lucifer indique aussi à ses soldats les moyens de captiver les hommes. C’est d’abord, par le désir des biens terrestres ; puis, par la recherche du vain honneur du monde : cela les conduit à l’orgueil indomptable. Nous voyons les soldats de Lucifer s’en aller pour exécuter avec zèle leur mission. Si nous nous demandons quelle est la solde des soldats de Lucifer, nous apprenons avec horreur que l’unique solde de ces soldats, c’est la mort, la mort éternelle. — Nous voyons une autre réunion de guerriers. C’est dans la plaine de Jérusalem. Là aussi, un trône est érigé. Sur ce trône est assis le Roi Jésus-Christ : u Tous les peuples applaudissent, car terrible est le grand Roi de l’univers entier » (Intr.). Il enrôle ici aussi des soldats pour son service. Il les envoie conquérir et agrandir le royaume de Dieu. Ils doivent aller dans toute ville, dans toute maison. Le Christ, lui aussi, indique les moyens de soumettre les hommes à son empire : ses soldats doivent les amener au mépris du monde, à l’acceptation de la souffrance et de la croix, et enfin à l’humilité. Si nous demandons quelle est la récompense des soldats du Christ, on nous répond : c’est la vie éternelle. — Est-ce que l’Église nous laisse le choix entre ces deux récompenses ? Non, nous avons déjà choisi. Déjà, dans le baptême, nous avons renoncé au service de Lucifer. Quand le prêtre nous demanda : Renoncez-vous au démon, nous avons répondu : j’y renonce. Nous avons reconnu de tout cœur le Christ pour notre véritable Roi. Si l’Église a mis sous nos yeux cette image, c’était simplement pour que nous nous rappelions avec gratitude notre délivrance du joug de l’esclavage. Le dimanche est un jour de Pâques, un jour de baptême. Renouvelons nos promesses du baptême. Ne soyons pas des traîtres, des déserteurs, en adhérant tantôt à un parti, tantôt à l’autre. Rangeons-nous aujourd’hui de toute notre âme sous les étendards du divin chef de l’armée du ciel.
b) La seconde est une image pacifique. Nous entrons dans un beau jardin bien entretenu où se trouvent des arbres fruitiers innombrables. Dans ce jardin, le jardinier et ses aides travaillent inlassablement. A travers le jardin coule un ruisseau qui apporte la fraîcheur aux arbres. Le soleil brille avec une chaleur douce ; il fait mûrir les pommes rougissantes. Or, le maître de la maison vient trouver le jardinier. Tous les deux examinent un arbre qui a bien des feuilles, mais ne porte aucun fruit. Le maître secoue pensivement la tête et dit : « Il y a des années que je viens ici pour chercher des fruits sur cet arbre et je n’en trouve pas. Abats-le donc. Pourquoi occupe-t-il la terre ? » Le jardinier intercède auprès du maître : « Maître, laisse-le encore debout cette année. Je creuserai tout autour et je mettrai du fumier. Peut-être portera-t-il des fruits dans l’avenir. Sinon, tu pourras le faire abattre » (Luc, 13, 7 sq.). Le père de famille se laisse toucher. Tous les deux s’en vont. Ils voient les arbres chargés de beaux fruits et se réjouissent dans leur cœur. — Comprenons-nous cette seconde image ? Dans la première, il nous fallait choisir entre le Christ et le diable. Dans la seconde, nous entrons dans le jardin le l’Église. Chaque chrétien est un arbre de ce jardin. Le jardinier, c’est le Christ qui plante, nourrit, lie et appuie les arbres. Le ruisseau a jailli de la plaie du côté du Christ et coule dans les sacrements à travers le jardin de l’Église. Le soleil est le Saint-Esprit qui fait mûrir les fruits. Or, le père de famille circule avec le jardinier à travers les rangées d’arbres. Maintenant, Dieu le Père et le Christ visitent notre âme. Ils l’examinent en tenant compte non de la belle couronne de feuilles, mais des fruits, c’est-à-dire : des bonnes œuvres. Ils s’arrêtent devant un arbre. C’est moi. Hélas ! J’ai bien des feuilles, mais peu ou pas de fruits. Le Père de famille me regarde avec sévérité, mais le Christ prie pour moi. Il prie en ce moment à la messe ; il rappelle sa Croix.
2. La messe (Omnes gentes). — L’Introït donne souvent l’impression générale du jour. Aujourd’hui, c’est une impression pascale. Le Christ, le Roi glorifié, trône au-dessus de nous. La raison de la joie pascale, c’est la vie divine. Le psaume 46 dans son entier expose cette raison. Dieu a vaincu en nous l’ennemi de notre âme, il nous a choisis pour son héritage. Notre seul souci, notre seul désir doit être d’écarter l’ennemi de notre âme.
Oraison : Les enfants de Dieu demandent à leur Père, dont la Providence sage veille sur eux, de leur donner les moyens convenables pour arriver à la véritable vie...
Maintenant, notre docteur se présente de nouveau devant nous et, dans l’Épître (Rom. 6, 19-23), nous fait jeter un regard sur le passé pour nous rappeler tout notre bonheur et aussi la grande tâche qui s’impose à nous. Saint Paul nous présente dans une puissante antithèse deux images : l’esclave du péché et l’esclave de Dieu. Autrefois, avant notre conversion, nous étions soumis à la tyrannie du péché et nous mettions toutes nos forces à son service. Maintenant, nous servons Dieu et nous devons mettre notre âme, notre corps et notre vie à son service. C’est là la véritable liberté. Le fruit d’une telle vie, c’est la sainteté, et sa fin est la béatitude éternelle. « Mais maintenant que vous êtes délivrés du péché, vous avez comme fruit la sainteté, et comme fin la vie éternelle ». Ce sont là des paroles que le monde entier devrait méditer.
Au Graduel, c’est notre Mère l’Église qui veut nous enseigner cet esclavage de Dieu, le « fruit du Seigneur ». Par là nous deviendrons des « hommes de lumière ». L’Alléluia, lui aussi, est un chant joyeux de Pâques.
Le disciple nous a parlé des fruits de la vie au service du péché et de la vie au service de Dieu. Nous entendons maintenant le même enseignement de la bouche du Maître. L’Évangile est un extrait du Sermon sur la montagne. Jésus y parle des tentateurs (faux-prophètes) et nous indique à quels signes nous les reconnaîtrons : leurs œuvres. Que veut nous dire l’Église ? Elle nous enseigne à distinguer la véritable vie chrétienne de la fausse. On reconnaît l’arbre à ses fruits ; de même on reconnaît le vrai chrétien non pas à ses paroles pieuses, mais à la manière dont il accomplit la volonté de Dieu. L’Évangile nous propose un sérieux examen de conscience : Gardons-nous de l’illusion ; sommes-nous un bon arbre avec de bons fruits ?
L’Offertoire et la Secrète sont aujourd’hui d’importantes prières sacrificielles, qui empruntent leurs images aux rites de l’Ancien Testament et nous rappellent de nouveau la supériorité de la messe. Le fruit du Saint-Sacrifice est, aujourd’hui, la force et la grâce d’accomplir la volonté de Dieu, d’être un esclave de Dieu, un bon arbre.
Office du jour
Office du jour
Office
AUX PREMIÈRES VÊPRES.
Psaumes, capitule et hymne :
| V/. Vespertína orátio ascéndat ad te, Dómine. | V/. Que la prière du soir s’élève vers vous, Seigneur. |
| R/. Et descéndat super nos misericórdia tua. | R/. Et que votre miséricorde descende sur nous. |
| Ad Magnificat Ant. Unxérunt Salomónem * Sadoc sacérdos et Nathan prophéta, regem in Gihon et ascendéntes læti dixérunt : Vivat rex in ætérnum. | Ant. au Magnificat Ils donnèrent à Salomon l’onction * royale à Gihon, Sadoc le prêtre et Nathan le prophète [1] ; puis, montant de là ils dirent en se réjouissant : Que le Roi vive à jamais [2]. |
| Oratio | Prière |
| Deus, cuius providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas. Per Dóminum. | Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux. |
A MATINES
1ᵉʳ Nocturne
Nota bene :Le Troisième Livre des Rois est lu en lecture continue à partir de ce jour [8], sauf si ce dimanche tombe entre le 29 juillet et le 4 août, auquel cas on commence la lecture des Livres Sapientiaux, en omettant le reste des Livres Historiques2ᵈ Nocturne
3ᵉ Nocturne
A LAUDES.
Psaumes, capitule et hymne :
| V/. Dóminus regnávit, decórem índuit. | V/. Le Seigneur a régné, il revêt la beauté [20]. |
| R/. Induit Dóminus fortitúdinem, et præcínxit se virtúte. | R/. Le Seigneur se revêt de force, il s’est ceint de puissance [21]. |
| Ad Bened. Ant. Atténdite * a falsis prophétis, qui véniunt ad vos in vestiméntis óvium, intrínsecus autem sunt lupi rapáces ; a frúctibus eórum cognoscétis eos, allelúia. | Ant. au Benedictus Gardez-vous * des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis, tandis qu’au dedans ce sont des loups ravissants : vous les connaîtrez à leurs fruits, alléluia [22]. |
| Oratio | Prière |
| Deus, cuius providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas. Per Dóminum. | Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux. |
AUX DEUXIÈMES VÊPRES.
Psaumes, capitule et hymne :
| V/. Dirigátur, Dómine, orátio mea. | V/. Que ma prière soit dirigée, Seigneur [23]. |
| R/. Sicut incénsum in conspéctu tuo. | R/. Comme un encens en votre présence. |
| Ad Magnificat Ant. Non potest arbor * bona fructus malos fácere, nec arbor mala fructus bonos fácere. Omnis arbor quæ non facit fructum bonum, excidétur, et in ignem mittétur, allelúia. | Ant. au Magnificat Il n’est pas possible qu’un arbre * bon produise de mauvais fruits, ni qu’un arbre mauvais produise de bons fruits. Tout arbre qui ne porte point de bon fruit sera coupé et jeté au feu, alléluia [24]. |
| Oratio | Prière |
| Deus, cuius providéntia in sui dispositióne non fállitur : te súpplices exorámus ; ut nóxia cuncta submóveas, et ómnia nobis profutúra concédas. Per Dóminum. | Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux. |
7ᵉ dimanche après la Pentecôte
Dominica Septima post Pentecosten
Collecte
Secrète
Postcommunion